Pélage, à l'origine de l'hérésie pélagienne

A la fin du IVe siècle, alors que l’Empire romain chancelle et que l’Église cherche encore son visage, surgit une figure dont la vie demeure enveloppée de débats passionnés. Pélage apparaît comme un maître exigeant, animé d’un ardent désir de pureté morale et d’une confiance profonde dans la capacité de l’homme à répondre librement à l’appel de Dieu.

Sa trajectoire, pourtant, ne tarde pas à se trouver enveloppée de débats croissants. Au fil des rencontres, des prédications et des échanges théologiques, Pélage s’avance sur un chemin où se mêlent admiration, controverse et suspicion. Son enseignement, le pélagianisme, reçu d’abord comme une exhortation à la vertu, attire bientôt des critiques sévères, notamment de la part d’Augustin d’Hippone, dont la pensée sur la grâce divine marque profondément le christianisme latin. Ainsi, sans l’avoir cherché, Pélage devient l’un des acteurs majeurs d’une querelle qui façonne durablement la théologie occidentale.

Dans cette atmosphère où se mêlent ferveur, inquiétude et quête de perfection chrétienne, la figure de Pélage s’avance avec son rayonnement propre : un maître exigeant, un moraliste attentif, un homme convaincu que la liberté humaine doit répondre à l’appel de Dieu. Loin de se réduire aux débats sur l’hérésie pélagienne, son itinéraire personnel révèle un visage plus nuancé, inscrit dans les tensions spirituelles et pastorales de l’Antiquité tardive. 

Les origines et la formation de Pélage

Pélage serait né dans les îles britanniques vers 350, dans un monde encore façonné par les structures de l’Empire romain. L’Église naissante britannique mêle ferveur populaire et enseignement venu du continent, offrant au jeune moine un premier horizon spirituel nourri d’ascèse et d’étude. Son tempérament se forge dans le goût de la discipline intérieure et dans le sérieux moral qui marqueront toute sa vie.

Lorsqu’il gagne Rome, probablement vers 380-390, il découvre une capitale où la foi chrétienne, désormais reconnue et largement répandue, devient le théâtre d’effervescences multiples. L’Empire chancèle sous les pressions barbares des goths, vandales, wisigoths, et l’Église connaît une floraison intellectuelle remarquable. Dans cette ville où affluent lettrés, moines, veuves consacrées et prédicateurs d’Orient, divers courants spirituels s’entrecroisent avec vigueur : l’ardeur monastique de tradition orientale, venue de Basile et d’Antoine ; l’ascétisme rigoureux de Jérôme, dont les disciples romains prônent une vie de détachement radical ; l’héritage théologique d’Ambroise de Milan, qui nourrit une piété profonde centrée sur le baptême et la transformation intérieure ; sans oublier les discussions vives que provoquent encore l’arianisme en déclin, les débats trinitaires, et les premières interrogations sur la place respective de la liberté humaine et de l’action de la grâce.

C’est dans cette atmosphère vibrante, à la fois studieuse et inquiète, que Pélage mûrit sa vision spirituelle. Il fréquente des cercles d’ascètes, enseigne, conseille, écrit. Sa conviction intime, celle que l’homme, créé libre, doit coopérer pleinement à la volonté de Dieu, s’enracine peu à peu. Pélage s’affirme comme un maître de vie spirituelle, soucieux d’éveiller les consciences et de restaurer le sérieux des mœurs dans une société romaine qu’il juge affaiblie.

Pélage, pasteur et homme d’église

Pélage se distingue d’emblée par une gravité intérieure, un ascétisme exigeant et une autorité morale qui impressionnent ceux qui l’approchent. Rien ne permet d’affirmer qu’il occupe des charges prestigieuses ; il semble plutôt avoir exercé un ministère de direction spirituelle, humble et direct. Son enseignement s’adresse à des âmes désireuses d’une vie droite, capables de lutter contre la mollesse qui gagnait parfois les élites romaines en pleine décadence sociale.

À Rome, Pélage attire des disciples qui voient en lui un maître de vertu. Parmi eux se trouve le diacre Célestius, esprit ardent et convaincu, qui portera plus loin encore certaines intuitions du maître. Leur prédication s’enracine dans la conviction que l’Évangile appelle à une cohérence sans faille entre la parole professée et la vie réelle : un appel à la vigilance, à la sobriété, à une ascèse quotidienne. 

L’effondrement de Rome en 410 bouleverse ses projets et son ministère. Contraint, comme tant d’autres, de quitter la ville menacée, Pélage gagne l’Afrique du Nord, puis la Palestine. Partout où il passe, il continue d’enseigner la force du combat chrétien, persuadé qu’aucune âme n’est irrémédiablement entravée dans sa quête de sainteté.

Le débat qui l'entraîne vers la controverse

Peu à peu, de Rome à Carthage, puis en Palestine, les débats font rage et apparaissent des inquiétudes profondes sur la condition humaine, la liberté, la faute et le secours divin. C’est dans ce climat que la parole de Pélage, jusque-là reçue avec estime pour sa clarté et son appel à la droiture, commence à susciter des malentendus et des résistances.

Le séjour qu’il effectue en Afrique marque un tournant décisif. On lui reproche alors de trop insister sur la force intérieure de l’homme, comme si la vertu pouvait éclore sans le secours secret de Dieu. Ses commentaires circulent, parfois déformés, parfois répétés sans nuance ; des disciples zélés amplifient certaines formules ; des adversaires y voient le germe d’un danger pour l’équilibre fragile de la foi. 

C’est au même moment que s’élève la voix d’Augustin d’Hippone, figure d’autorité de son temps. Augustin craint que l’enseignement de Pélage n’affaiblisse la place du Christ dans le salut, tandis que Pélage veut rappeler aux fidèles la noblesse du combat intérieur et la responsabilité de chacun dans la recherche du bien. Le nom de Pélage se trouve peu à peu entraîné dans un tourbillon de suspicions et de dénonciations. L’Église, inquiète de préserver l’intégrité de la foi, observe désormais chacun de ses propos avec une attention redoublée.

Condamnation, procès et exils

Les premières accusations émergent en Afrique, où plusieurs évêques, parmi lesquels Saint Augustin, s’inquiètent de ses exhortations morales jugées trop confiantes envers les forces humaines. Convoqué à divers synodes, Pélage s’efforce d’expliquer sa pensée, affirmant ne jamais avoir voulu diminuer la grâce, mais encourager les chrétiens à vivre avec droiture. Il parvient parfois à convaincre les évêques de sa bonne foi ; pourtant, rien ne suffit à désamorcer des soupçons qui, déjà, se diffusent largement.

C’est alors qu’interviennent les conciles africains, bientôt relayés par l’autorité romaine. Le pape Innocent Ier, puis Zosime, examinent ses écrits présentés ; des formulations ambiguës, des lettres attribuées à ses disciples et, surtout, une réception parfois maladroite de sa pensée jettent un voile sur son enseignement. En 418, le concile de Carthage condamne solennellement plusieurs thèses associées à Pélage, en particulier celles qui semblaient minimiser la blessure du péché originel et l’indispensable initiative de la grâce. Peu après, l’empereur Honorius ordonne l’exil des partisans du mouvement, fixant politiquement ce que l’Église avait tranché théologiquement.

Commence alors pour Pélage un long chemin de retrait. On le retrouve un temps à Jérusalem, puis à Constantinople auprès de Nestorius, cherchant refuge. Ses traces deviennent plus floues ensuite et on ne sait exactement quelle a été sa fin. 

La postérité de Pélage, une mémoire contrastée

À mesure que les siècles s’écoulent, la figure de Pélage est tantôt condamnée sans nuance, tantôt revisitée avec prudence par des regards modernes plus sensibles au contexte de son époque. Dès le Ve siècle, son nom suscite des prolongements inattendus : pour réagir à la rigueur d’Augustin sans pour autant suivre Pélage dans l’exaltation des forces humaines, certains moines de Provence tels que Saint Jean Cassien et Vincent de Lérins, élaborent une voie intermédiaire, que l’on appellera plus tard semi-pélagianisme. Ce courant, cherchant à concilier l’initiative humaine et la primauté de la grâce, montre combien les interrogations soulevées par Pélage ont continué, malgré sa condamnation, à habiter la réflexion chrétienne.

Plus tard, au fil de l’histoire, des voix isolées tentent de relire sa pensée avec davantage de clémence. Des historiens, des théologiens, des philosophes s’interrogent alors : est ce qu’il n’y a pas eu un appel sincère à la responsabilité morale, une volonté ardente de voir les chrétiens vivre pleinement l’Évangile ? Ainsi, de siècle en siècle, Pélage émerge tantôt comme un ascète intransigeant, tantôt comme un moraliste trop confiant dans l’effort humain, parfois même comme un témoin maladroit d’un idéal de sainteté exigeant.

Aujourd’hui encore, son héritage résonne dans les débats contemporains sur la liberté, la moralité, l’éducation chrétienne, ou la tentation toujours renaissante de croire que l’homme peut, par lui-même, s’élever jusqu’à Dieu. 

Avec Hozana, nourrissez chaque jour votre foi !

Sur Hozana, rejoignez des communautés de prières dynamiques et vivez des instants spirituels qui vous permettent de redécouvrir, d’enrichir et de nourrir votre foi chaque jour.

Découvrez par exemple : 

cette communauté vous permettant de

cette neuvaine à Saint Joseph pour avec Saint Joseph

voici encore cette de Jésus, du Padre Pio

  1. https://www.universalis.fr/encyclopedie/pelagianisme/
  2. https://www.historia.fr/societe-religions/histoire-des-religions/pelage-ou-lattrait-de-linsoluble-2051709
  3. https://www.assomption.org/wp-content/uploads/2021/02/RIA-50-Enjeux-theologiques-du-conflit-avec-les-pelagiens.pdf

Association Hozana - 8 rue du Palais de Justice, 69005 Lyon

Nous contacter