Concile de Constantinople : histoire, enjeux et héritage du premier concile

En 381, près de soixante ans après le concile de Nicée, un nouveau concile est réuni à Constantinople, à l’initiative de l’empereur Théodose Ier. L’Église vient de traverser plusieurs décennies de tensions doctrinales, en particulier autour de l’arianisme, qui avait profondément divisé les communautés chrétiennes. Si Nicée avait affirmé la pleine divinité du Fils face à Dieu le Père, de nombreuses questions demeuraient encore ouvertes, notamment sur la place et la divinité de l’Esprit Saint.

Le premier concile de Constantinople s’inscrit donc dans un moment décisif de l’histoire du christianisme. Il ne s’agit pas seulement d’apaiser des conflits théologiques, mais de préciser la foi trinitairee reçue par l’Église : un seul Dieu en trois personnes, le Père, le Fils et l’Esprit Saint. C’est dans ce contexte que le concile approfondit le symbole (ou définition de foi) de Nicée et contribue à la formulation du Credo de Nicée-Constantinople, encore proclamé aujourd’hui dans la liturgie.

À travers ce concile, l’Église cherche à préserver l’unité de la foi au cœur d’un empire romain désormais favorable au christianisme, mais encore traversé par de profondes divisions. Loin d’être un simple débat du passé, le concile de Constantinople éclaire encore aujourd’hui la manière dont les chrétiens confessent le mystère de Dieu, source de communion, de vérité et de vie.


Un concile réuni dans un empire encore traversé par les divisions

Après le concile de Nicée, réuni en 325, l’unité doctrinale de l’Église demeure fragile. Nicée a bien affirmé que le Fils est “de même substance” que le Père, contre les thèses d’Arius, mais cette formulation ne suffit pas à mettre fin aux débats. Durant plusieurs décennies, les controverses autour de l’arianisme continuent de diviser les évêques, les communautés chrétiennes et parfois même le pouvoir impérial. Selon les régions, les influences théologiques varient, les rivalités ecclésiales se renforcent, et l’Orient chrétien reste particulièrement marqué par ces tensions.

Dans ce contexte, l’arrivée au pouvoir de Théodose Ier joue un rôle décisif. Devenu empereur d’Orient en 379, il souhaite rétablir l’unité religieuse de l’Empire autour de la foi définie à Nicée. En 380, par l’édit de Thessalonique, il impose comme norme la foi catholique nicéenne. L’année suivante, il convoque un concile à Constantinople afin de consolider cette orientation et de répondre aux divisions qui persistent.

Le premier concile de Constantinople s’ouvre donc dans un climat à la fois politique et spirituel. Depuis l’édit de Milan, le christianisme n’est plus une religion persécutée comme aux premiers siècles, mais une foi reconnue, soutenue et désormais engagée dans la construction de l’unité impériale. Cette situation nouvelle donne à l’Église une liberté plus grande, mais aussi une responsabilité inédite : formuler avec clarté ce qu’elle croit, sans réduire le mystère de Dieu aux équilibres du pouvoir. Le concile apparaît alors comme une étape majeure pour affermir la foi chrétienne et poursuivre l’œuvre commencée à Nicée.

L’Esprit Saint au cœur des débats doctrinaux

Si le concile de Nicée avait principalement porté sur la relation entre le Père et le Fils, le premier concile de Constantinople approfondit la foi de l’Église en portant une attention particulière à l’Esprit Saint. En effet, reconnaître pleinement la divinité du Fils appelait aussi à préciser la place de l’Esprit Saint dans la vie divine, dans la prière de l’Église et dans l’expérience chrétienne.

Au IVe siècle, les controverses ne se limitent pas à l’arianisme. D’autres courants, considérés comme hétérodoxes par l’Église, alimentent les débats théologiques. Les macédoniens, aussi appelés pneumatomaques, contestent la pleine divinité de l’Esprit Saint. Le concile condamne également d’autres doctrines, comme l’apollinarisme, qui fragilisait la pleine humanité du Christ. Il s’inscrit ainsi dans un vaste effort de clarification doctrinale : affermir la foi reçue à Nicée et mieux exprimer le mystère du Dieu trinitaire.

 

Le concile de Constantinople affirme ainsi clairement la grandeur de l’Esprit Saint. Dans le Credo de Nicée-Constantinople, l’Église confesse ainsi “l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie”. Cette formule est décisive : l’Esprit n’est pas une force impersonnelle, ni une réalité subordonnée, mais celui qui procède du Père, reçoit même adoration et même gloire, et agit dans l’histoire du salut. Par cette affirmation, le concile vient affermir la foi en un Dieu pleinement trinitaire : le Père, le Fils et l’Esprit Saint, distincts dans leur relation, mais unis dans une même divinité.

Le symbole de Nicée-Constantinople : une formulation majeure de la foi chrétienne

L’un des grands héritages du premier concile de Constantinople est l’approfondissement du symbole de foi hérité de Nicéee. En 325, les évêques réunis à Nicée avaient affirmé avec force que le Fils   est “engendré, non pas créé” et “de même substance que le Père”. En 381, le concile de Constantinople reprend la foi nicéenne, non pour la remplacer, mais pour la confirmer, la préciser et l’élargir. Cette maturation doctrinale doit beaucoup à la réflexion des Pères cappadociens, notamment Grégoire de Nazianze et Grégoire de Nysse, dont les écrits ont contribué à exprimer plus clairement le mystère de la Trinité et qui sont présents au concile, tout comme Cyrille de Jérusalem. Basile de Césarée et Athanase d’Alexandrie, fervent défenseur de la foi de Nicée, sont décédés peu avant l’ouverture du concile. 

Par les mots du Credo, l’Église affirme que l’Esprit Saint n’est pas une simple force divine, ni une créature supérieure, mais qu’il appartient pleinement au mystère de Dieu. Il est confessé avec le Père et le Fils, recevant “même adoration et même gloire”. Cette formulation donne une expression plus complète à la foi trinitaire, au cœur du christianisme.

De plus, si le Credo de Nicée affirmait déjà que le Fils de Dieu, “pour nous les hommes et pour notre salut”, s’est incarné et s’est fait homme, le symbole de Nicée-Constantinople précise cette confession en ajoutant que le Christ “par l’Esprit Saint, a pris chair de la Vierge Marie, et s’est fait homme”. Sans développer encore une doctrine mariale comme le fera le concile d’Éphèse en 431, cette formule inscrit Marie au cœur de la confession de l’Incarnation, dans son lien profond avec le Christ et avec l’action de l’Esprit Saint.

Le concile précise également dans le Credo la crucifixion de Jésus sous Ponce Pilate, son ensevelissement, sa résurrection, ainsi que son règne sans fin.  

Encore proclamé aujourd’hui dans la liturgie catholique, orthodoxe et dans de nombreuses communautés chrétiennes, ce Credo rappelle que la foi chrétienne n’est pas seulement une opinion individuelle, mais une confession reçue, transmise et mûrie au fil des siècles.

 

Un héritage décisif pour l’Église et la foi trinitaire

Le premier concile de Constantinople prolonge l’œuvre de Nicée et donne à la foi trinitaire une expression plus complète. En affirmant plus clairement la divinité de l’Esprit Saint, il permet à l’Église de confesser un seul Dieu en trois personnes : le Père, le Fils et l’Esprit Saint. 

Le concile joue aussi un rôle important dans l’unité de l’Église. En condamnant plusieurs courants jugés hérétiques, il cherche à préserver la cohérence de la foi transmise depuis les apôtres. Il ne s’agit pas seulement de résoudre des querelles doctrinales, mais de maintenir une confession commune du mystère chrétien.

Constantinople acquiert à cette occasion une place particulière dans l’organisation de l’Église. Le concile reconnaît à cette ville le deuxième rang d’honneur après Rome, car elle est devenue la “Nouvelle Rome”, décision très mal reçue à Rome, où l’on fonde la primauté romaine non sur le rang politique de la ville, mais sur son apostolicité, liée à Pierre et Paul. Cette décision annonce le rôle croissant de Constantinople dans le christianisme oriental et montre que ce concile fut à la fois doctrinal, spirituel et institutionnel. 

 

À Constantinople, la foi trinitaire trouve ainsi une expression plus pleine, tandis que l’appui de Théodose Ier contribue à inscrire cette confession commune au cœur de la vie de l’Église et de l’Empire. 

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Camille Mino

Camille Mino Convertie tardivement, je me passionne pour toute la spiritualité chrétienne et l'histoire du christianisme. Je contribue à Hozana depuis trois ans et aussi à d'autres plateformes chrétiennes

Sources

1 https://hozana.org/catechisme/questions-sur-la-foi/trinite/dieu-le-fils
2 https://www.papalencyclicals.net/councils/ecum02.htm
3 https://kiosque.la-croix.com/ccidist-ws/bayard/la_croix/issues/3069/OPS/GB81USJH.1+GSL20M1P.1.html