La réforme clunisienne, qu’est-ce ?
L’ordre clunisien est un ordre monastique dont les moines suivent la règle de saint Benoît. Il a été créé au Xème siècle avec la volonté de réformer le monachisme, et a été supprimé à la fin du XVIIIème siècle. Son nom tient de l’abbaye où il a été inventé : l’abbaye de Cluny, en Bourgogne-Franche-Comté. Le pape de l’époque a soutenu cette initiative de réforme.
Origine de l’ordre clunisien
Fondation de l’abbaye et de l’ordre de Cluny
L’ordre clunisien est créé le 11 septembre 909 (ou 910 selon les sources) par Guillaume Ier, duc d’Aquitaine et comte de Mâcon, par un acte rédigé à Bourges, confiant le domaine de Cluny “aux apôtres de Pierre et Paul” (donc à l’Église) afin d’y fonder un monastère de douze moines. Bénéficiant de la protection pontificale, cette abbaye estindépendante vis-à-vis du pouvoir local, qu’il soit laïc ou épiscopal.
Lors de la rédaction de la Charte de fondation de l’abbaye de Cluny, il est décidé que ce serait les moines qui éliraient leur abbé. C’est un point important de la règle bénédictine, que suivent les douze moines installés : « Je donne tout cela pour qu'à Cluny on construise un monastère régulier en l'honneur des saints apôtres Pierre et Paul et que là soient réunis des moines vivant sous la règle du bienheureux Benoît. Ils posséderont, détiendront, auront et administreront ces biens à perpétuité afin que désormais ce lieu devienne un asile vénérable de la prière. Lesdits moines seront sous le pouvoir et la domination de l'abbé Bernon […] et, après son décès, ils auront le pouvoir et l'autorisation d'élire pour abbé un religieux quelconque de leur ordre conformément à la volonté de Dieu et à la règle de saint Benoît. »
Cet ordre clunisien est donc le point de départ d’une des plus importantes réformes du monachisme occidental. À sa fondation, la règle de saint Benoît de Nursie (initiée au VIème siècle) est restaurée. Le premier abbé, Bernon de Baume, instaure un meilleur équilibre de vie en réduisant le travail manuel et en accordant une plus grande importance à la prière et aux offices.
Expansion de la réforme clunisienne
Rapidement, la renommée de l’abbaye augmente et l’ordre se développe, en France mais également à l’étranger (en Italie, en Espagne, en Allemagne et en Angleterre après avoir obtenu l’approbation papale). Aussi, le second abbé de Cluny, le futur saint Odon de Cluny, fait construire d’autres maisons tout en s’efforçant de poursuivre la réforme clunisienne. En effet, l’abbaye de Cluny ose pointer du doigt les maux de son temps et cherche à les soigner en réformant en profondeur le monachisme tout en s’adaptant aux circonstances, notamment grâce à la rédaction de coutumes (consuetudines).
Déclin de l’ordre clunisien
Après trois siècles d’un succès sans précédent, l’influence de l’abbaye de Cluny décline, notamment en raison del’évolution du contexte social et politique mais également des nouvelles réformes de l’Église, comme celles des cisterciens par exemple. En effet, il faut noter que Cluny a permis la diffusion d’autres réformes, comme la réforme grégorienne, initiée par le pape Grégoire VII, membre de l’ordre clunisien.
À son apogée, l’abbaye comptait plus de mille monastères (dont le prieuré Notre-Dame de La Charité-sur-Loire, le prieuré Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Souvigny, le prieuré de Sauxillanges, le prieuré Saint-Martin-des-Champs à Paris, le prieuré Saint-Pancrace de Lewes, en Angleterre), a donné quatre papes à l’Église et comptait entre neuf mille et douze mille moines clunisiens. Il est important de préciser que la plupart des monastères devinrent de simples prieurés en intégrant l’ordre, seulement un petit nombre y entrèrent en conservant leur rang d’abbaye, tout en acceptant la discipline commune et l’autorité supérieure de l’abbé de Cluny.
Disparition de l’ordre clunisien
En 1768, le gouvernement royal crée une Commission des réguliers chargée d’évaluer la situation des monastères de tous les ordres afin de procéder à des regroupements.
À ce moment-là, Cluny compte 296 religieux de l’ancienne observance et 375 de l’étroite observance. Le 27 mars 1788, un arrêt du Conseil est publié, interdisant aux monastères suivant l’ancienne observance de recruter des novices. Ainsi, les 214 religieux restants sont répartis dans d’autres établissements. Il ne reste alors dans l’ordre de Cluny que les prieurés et abbayes de l’étroite observance.
Enfin, l’abolition des vœux religieux et la suppression du clergé régulier par l’Assemblée nationale constituante, enfévrier 1790, entraîne la dispersion des moines et la disparition de l'Ordre. L’abbaye de Cluny est alors vendue, devenue bien national puis est détruite au début du XIXème siècle.
Spécificité de la réforme clunisienne
Dès le départ, l’ordre clunisien rédige un certain nombre de règlements, précis, qui adaptent la règle de saint Benoît aux préoccupations de l’époque afin de lutter contre les vices dont souffrait l’Église, gênée par ses liens féodaux avec le monde laïc : simonie (achat et vente de biens spirituels, de sacrements ou de charges ecclésiastiques) etnicolaïsme (mariage des prêtres). Après autorisation du Saint Père, il a le droit de battre monnaie, d’ouvrir des écoles et des bibliothèques, les monastères sont indépendants vis-à-vis de leur évêché et se sont les moines qui choisissent eux-mêmes leur abbé.
Les différents abbés se sont attachés à réaffirmer les bases du monachisme : la prière, la lecture, la méditation des textes sacrés, le chant liturgique, la construction, une ascèse qui n’altère pas l’office divin, une obéissance totale au pape.
Prière à la Sainte Vierge Marie du dernier abbé de Cluny
« Je vous salue, Vierge bénie, qui avez mis le mal en déroute, épouse du Très-Haut et Mère de l’Agneau le plus doux. Vous régnez dans les cieux. Vous sauvez la terre. Les hommes soupirent vers vous et les démons mauvais vous redoutent. Vous êtes la fenêtre, la porte et le voile, la cour et la maison, le temple, la terre, lys par votre virginité et rose par votre martyre. Vous êtes le jardin clos et la fontaine du jardin qui lave ceux qui sont souillés, purifie ceux qui sont corrompus et vivifie ceux qui sont morts. Vous êtes la maîtresse des anges, l’espoir après Dieu de tous les siècles, le reposoir du roi et le siège de la divinité. Vous êtes l’étoile qui brille à l’Orient et dissipe à l’Occident les ténèbres, l’aurore qui annonce le soleil et le jour qui ignore la nuit. Vous qui avez engendré celui qui nous engendre, confiante comme une mère qui a bien rempli sa tâche, réconciliez les hommes avec Dieu. Priez, Mère, le Dieu que vous avez mis au monde qu’il nous absolve de nos fautes et après nous avoir pardonné qu’il nous donne la grâce et la gloire. Amen. »
Prière de saint Pierre le Vénérable, neuvième et dernier abbé de Cluny.
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