Les persécutions des chrétiens dans l’Antiquité : histoire et martyrs
Dès les premiers siècles de notre ère, les chrétiens connaissent dans l’Empire romain des périodes de rejet, de violences et de persécutions parfois sanglantes. De Néron à Dioclétien, nombre d’entre eux sont arrêtés, emprisonnés ou mis à mort en raison de leur foi. Ces persécutions, qui ne sont ni continues ni uniformes pendant toute l’Antiquité, constituent néanmoins l’un des épisodes les plus marquants de l’histoire du christianisme.
Pourquoi les chrétiens étaient-ils considérés avec méfiance par le pouvoir romain ? Comment les persécutions ont-elles évolué au fil des siècles ? Et comment les martyrs, par leur fidélité jusqu’à la mort, ont-ils profondément marqué la mémoire chrétienne ? Des premières violences du Ier siècle jusqu’à la fin des grandes persécutions au début du IVe siècle, revenons sur cette histoire douloureuse, dont l’écho résonne encore aujourd’hui dans les nombreuses régions du monde où des chrétiens continuent d’être persécutés en raison de leur foi.
Pourquoi les chrétiens étaient-ils persécutés dans l’Empire romain ?
Dans l’Empire romain, la religion occupe une place importante dans la vie publique. Les cultes rendus aux dieux sont étroitement liés à la prospérité de la cité et à la fidélité envers Rome. Or les chrétiens refusent de sacrifier aux divinités romaines et de rendre un culte à l’empereur, car ils reconnaissent un Dieu unique. Ce refus peut alors être interprété comme un manque de loyauté envers l’Empire, voire comme une menace pour l’ordre établi.
Les premières communautés qui se rassemblent suite à l'émergence du christianisme suscitent également méfiance et incompréhension. Leurs rassemblements, souvent privés, leurs rites et leur mode de vie donnent lieu à de nombreuses rumeurs. On les accuse parfois d’athéisme, puisqu’ils rejettent les dieux traditionnels, ou encore d’être responsables des malheurs qui frappent la société. Dans certaines périodes de crise, ils deviennent ainsi des boucs émissaires commodes.
Il ne faut cependant pas imaginer une persécution continue et systématique pendant trois siècles. Selon les époques et les régions, les chrétiens peuvent vivre relativement paisiblement ou, au contraire, subir des arrestations et des condamnations. La politique impériale à leur égard évolue progressivement : d’abord ponctuelles et souvent locales, les persécutions deviennent, à partir du IIIe siècle, plus organisées et plus largement dirigées par le pouvoir impérial.
De Néron aux grandes persécutions : trois siècles de répression
La première grande persécution connue a lieu sous Néron, après l’incendie de Rome en 64. Accusés d’avoir provoqué le désastre, les chrétiens servent de boucs émissaires et plusieurs sont exécutés dans des supplices particulièrement cruels. Selon la tradition chrétienne, saint Pierre et saint Paul auraient été martyrisés à Rome sous son règne. Cette persécution reste cependant essentiellement limitée à la capitale et ne constitue pas encore une politique générale de l’Empire.
Au début du IIe siècle, sous Trajan, la profession du christianisme pouvait entraîner une condamnation lorsqu’un chrétien était dénoncé et refusait d’apostasier, mais les autorités ne devaient pas rechercher systématiquement les chrétiens. Ceux qui sont dénoncés et refusent de sacrifier aux dieux peuvent toutefois être condamnés. D’autres épisodes de persécution ont lieu au cours du siècle suivant, notamment sous Marc Aurèle. Dans un contexte de violences populaires et de procédure judiciaire locale, survient une persécution en 177, le célèbre martyre des chrétiens de Lyon.
Au IIIe siècle, la répression change d’échelle. En 250, Dèce impose à l’ensemble des citoyens de l’Empire un sacrifice public et exige une attestation écrite, appelée libellus. Cette mesure, générale en droit, frappe particulièrement les chrétiens qui refusent de sacrifier aux dieux. Les chrétiens qui refusent s’exposent alors à l’emprisonnement, à la torture ou à la mort. Quelques années plus tard, Valérien prend à son tour des mesures visant particulièrement les responsables de l’Église.
La persécution atteint son paroxysme sous Dioclétien. À partir de 303, plusieurs édits ordonnent la destruction des églises et des Écritures chrétiennes, privent les chrétiens de certains droits et imposent progressivement les sacrifices aux dieux. Cette « Grande Persécution », inégale selon les régions et particulièrement violente dans certaines, marque le dernier grand effort du pouvoir romain pour enrayer l’expansion du christianisme.
Les martyrs chrétiens, témoins de la foi
Le mot martyr vient du grec mártys (μάρτυς), qui signifie « témoin ». Dans le christianisme, il désigne celui qui témoigne de sa foi jusqu’à accepter la mort plutôt que d’y renoncer. Dès les premiers siècles, les récits de martyrs occupent une place importante dans la mémoire des communautés chrétiennes : ils sont lus, transmis et deviennent des exemples de courage, de fidélité et d’espérance. Au IVe siècle, Eusèbe de Césarée, considéré comme l’un des premiers grands historiens de l’Église, rassemble et rapporte nombre de ces témoignages dans son Histoire ecclésiastique, contribuant ainsi à préserver la mémoire des persécutions et des martyrs.
Pour les premiers chrétiens, le martyre prend aussi sens à la lumière de la Passion du Christ. Jésus lui-même a été rejeté, condamné et mis à mort, et il avait annoncé à ses disciples qu’ils pourraient à leur tour être persécutés à cause de son nom (Mt 10, 22 ; Mt 24,9 ; Jn 15, 20). Les martyrs voient ainsi dans leurs souffrances une manière de demeurer unis au Christ et de marcher à sa suite, jusqu’à partager son épreuve. Leur mort n’est pas recherchée pour elle-même, mais acceptée comme le témoignage ultime d’une fidélité à celui qui a donné sa vie.
Parmi les figures les plus célèbres figurent saint Ignace d’Antioche, évêque conduit à Rome et exécuté au début du IIe siècle, ainsi que Saint Polycarpe de Smyrne, évêque martyrisé vers 155 et dont le supplice est rapporté dans l'un des plus anciens récits chrétiens de martyre. Il y a aussi sainte Blandine et saint Pothin, martyrisés à Lyon en 177 avec et plusieurs autres chrétiens. Au début du IIIe siècle, Perpétue et Félicité, deux jeunes femmes mises à mort à Carthage, deviennent elles aussi des figures majeures du martyre chrétien. Quelques décennies plus tard, le diacre saint Laurent est exécuté à Rome lors de la persécution de Valérien. Saint Sébastien, autre grande figure de la mémoire des martyrs romains, aurait quant à lui été mis à mort sous Dioclétien, selon une tradition ancienne développée par les récits hagiographiques.
Le culte des martyrs se développe très tôt autour de leurs tombeaux et du souvenir de leur mort. Les chrétiens célèbrent l’anniversaire de leur martyre comme leur naissance à la vie éternelle. Leurs reliques sont vénérées et leurs récits nourrissent la foi des communautés.
Les persécutions n’ont pas fait disparaître l’Église, loin de là. La fidélité des martyrs a fortifié de nombreuses communautés et a durablement marqué leur mémoire, même si les persécutions ont aussi provoqué des apostasies, des blessures et des divisions
De la fin des persécutions antiques aux chrétiens persécutés aujourd’hui
Au début du IVe siècle, la situation des chrétiens change profondément. En 311, Galère publie un édit de clémence qui met fin aux persécutions dans les territoires où son autorité s’exerce et autorise les chrétiens à se réunir, sous certaines conditions. Deux ans plus tard, en 313, Constantin et Licinius accordent la liberté de culte dans l’Empire par ce que l’on appelle traditionnellement l’édit de Milan. Les biens confisqués aux communautés chrétiennes doivent être restitués. Les grandes persécutions générales prennent progressivement fin entre 311 et 313, même si des mesures hostiles aux chrétiens se poursuivent encore localement jusqu’à la défaite de Maximin Daïa
Le christianisme passe alors progressivement d’une religion parfois persécutée à une religion reconnue et bientôt favorisée par le pouvoir impérial. Cette évolution ne signifie pas encore que le christianisme devient immédiatement religion officielle de l’Empire : il faudra attendre Théodose Ier, à la fin du IVe siècle, pour que le christianisme du concile de Nicée acquière ce statut privilégié.
Mais les persécutions des chrétiens ne disparaissent malheureusement pas avec l’Antiquité. Aujourd’hui encore, dans de nombreux pays, des chrétiens sont victimes de discriminations, d’arrestations, de violences ou d’attaques en raison de leur foi. Les formes et les contextes de ces persécutions diffèrent profondément de ceux de l’Empire romain, mais la question de la liberté religieuse reste d’une douloureuse actualité. Une étude mondiale publiée par le Pew Research Center en 2026 relève ainsi que des chrétiens ont subi des formes de harcèlement de la part de gouvernements ou d’acteurs sociaux dans 165 pays (sur 198) au cours de l’année 2023. Une autre étude en 2026 estime à 388 millions le nombre de chrétiens dans le monde exposés à de fortes persécutions ou discriminations en raison de leur foi, un phénomène qui continue de progresser.
Ainsi, plus de dix-sept siècles après la fin progressive des grandes persécutions impériales, au début du IVe siècle, le témoignage des martyrs des premiers siècles trouve un écho tragique dans le destin de chrétiens qui, aujourd’hui encore, paient parfois de leur liberté ou de leur vie leur fidélité à leur foi.
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Qu'est-ce que la persécution des chrétiens ?
La persécution des chrétiens désigne les actes de violence, de discrimination ou de répression dirigés contre les chrétiens en raison de leur foi. Ces persécutions existent depuis des siècles, notamment sous l'Empire romain, et continuent d'affecter des millions de croyants à travers le monde.
Quelle est la religion la plus persécutée ?
Le christianisme est souvent considéré comme la religion la plus persécutée dans le monde aujourd'hui. Les chrétiens, en particulier dans certaines régions, font face à des violences et des discriminations qui compromettent leur liberté de culte.
Où les chrétiens sont-ils persécutés aujourd’hui ?
Les persécutions et discriminations envers les chrétiens touchent aujourd’hui de nombreuses régions du monde. Selon l’Index mondial de persécution des chrétiens 2026 publié par l’ONG Portes Ouvertes, les situations les plus graves se trouvent notamment en Corée du Nord, en Somalie, au Yémen, au Soudan, en Érythrée, en Syrie, au Nigeria, au Pakistan, en Libye et en Iran. L’Afrique subsaharienne est aujourd’hui particulièrement touchée par les violences : 93 % des chrétiens recensés comme tués en raison de leur foi dans son Index 2026 l’ont été dans cette région.