« L'âme est un arbre fait pour l'amour » Sainte Catherine de Sienne

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  • Sens de lecture :

• 1° _ Théologie spirituelle des saints ;
• 2° _ Témoignage d'expériences de l'animatrice de la communauté ;
• 3° _ L'extrait des Élévations de Sophie Prouvier.

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Cœur de Jésus-Christ : – Mon amour est sans réserve, sans condition. Je multiplierai mon sacerdoce, comme les étoiles du ciel.

Mes ministres couvriront le monde de temples et d'autels, afin qu'en tout lieu on m'offre à mon Père en oblation pure [cf. Ml 1,11]. Mes prêtres seront les incendiaires de ce feu divin que j'ai apporté du ciel et allumé au divin Tabernacle. Il faut que l'univers soit incendié par ce feu d'amour.

S. Pierre-Julien Eymard in Neuvaine du Sacré Cœur à Saint-Sulpice (intégrale) - Le cœur de Jésus instituant l'Eucharistie III (PO 7,11) – 5-14 juillet 1861, Paris.


L'âme est un arbre fait pour l'amour

            2014 sera une année extrêmement dense. En janvier et février, j'irai plusieurs fois avec ce musulman – voir la publication précédente Adoration de tout l'être – une eucharistie de soi – visiter la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre. Je l'interrogerai sur le rite des ablutions alors que je verrai un peu plus loin un baptistère ; la colombe de l'Esprit Saint sur la mosaïque dans la coupole du chœur, à ma gauche ; – et, devant la chapelle saint Ignace de Loyola, le vitrail Je suis venu répandre un feu sur la terre. Lors d'une autre visite commune, ce sera l'importance dévolue à Charles de Foucauld, dans la crypte, et à la dévotion au Sacré-Cœur dans les tranchées pendant la Guerre de 14-18.

            Je vais m'attarder maintenant sur le vendredi 7 février 2014, alors que j'allais entrer en récollection, le soir, à la Maison d'Accueil Ephrem de la Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre, pour 2 jours. « Nos vulnérabilités, Sources de vie » était le thème qui m'attira à cette récollection menée par le Père Christian Mahéas, de l'Arche.

            Dans l'après-midi, ce musulman et moi visitons ensemble le Dôme de Montmartre, puis allons nous restaurer dans une crêperie. C'est là que je lui donne un texte que je lui ai apporté, de Catherine de Sienne, où elle décrit l'âme comme un arbre fait pour l'amour. Quand j'avais lu précédemment ce texte, j'y voyais la description de l'économie de l'Eucharistie. J'y voyais le cercle de l'Eucharistie tracée au pied de l'arbre, sur la terre. Ce texte de la dominicaine extrait du Livre des Dialogues répond à ce que **** avait dit de la France, lors de notre première rencontre, en juin 2013 :

« La France est un arbre dont les racines sont païennes, le tronc catholique et la ramure formée des différentes confessions et sensibilités religieuses actuelles, en passant par l'athéisme et l'agnosticisme. » 

            L'assemblée nombreuse alors présente, à majorité catholique, avait frémi d'entendre cela de la bouche d'un français musulman patriote, amoureux de la France.

            Quand je lui partageai ce texte à table, il le lut en silence, puis, relevant la tête, il déclara :

« Sandrine, on va faire un livre. » 

            Aussitôt, c'est comme si cette phrase lapidaire avait appuyé sur un petit bouton dans mon cœur : en quelques jours, le Miroir catholique fut devant moi. Je n'avais qu'à reprendre les notes dans mes cahiers où je recopiais des passages entiers tirés de mes lectures spirituelles : Thérèse d'Avila, Augustin d'Hippone, Bernard de Clairvaux, Jean de la Croix, Édith Stein, Marthe Robin, Charles de Foucauld… 14 auteurs spirituels formeront le Miroir catholique de ce qui sera Le Livre des Miroirs. Plus tard, un musulman proposera 14 auteurs spirituels de la tradition musulmane pour former le Miroir musulman.

            Avant de transmettre l'ensemble des textes choisis du Miroir catholique au musulman ami de ****, j'écrivis une introduction aux textes et une préface pour expliquer ma démarche et l'origine du projet. C'est en écrivant cette préface que je pris conscience que tout, dans une église, comme dans la vie des saints est orienté vers la personne du Christ présent à l'autel – lors de la messe, ou de l'adoration eucharistique – ou au tabernacle. Tout de la vie du chrétien est orienté vers l'Eucharistie, qui est l'offrande de lui-même de Jésus-Christ pour le salut de tout homme. Et cette Eucharistie suprême du Christ est un appel à l'eucharistie particulière de chaque chrétien, en union, en communion avec celle de Jésus.

            C'est par l'impulsion d'un musulman que je fus amenée à faire, en profondeur, cette découverte fondamentale.


ÉLÉVATIONS de Sophie Prouvier – L'extrait

Troisième Élévation

Cœur Solitaire
Première plainte du Cœur Eucharistique de Jésus
à l'âme indifférente

I

Réflexion. – Malheur à celui qui est seul, a dit l'Esprit Saint ; « Vae Soli » (Ec. 4,10 : « Malheur à l'homme seul (: s'il tombe, personne ne le relève) »). L'isolement n'est pas dans l'ordre de la Providence. Dieu, la perfection infinie, a des relations divines, trois personnes sont dans l'Unité, par essence : « his tres unum sunt » (1Jn 5,7 : « En effet, ils sont trois qui rendent témoignage »). Le cœur solitaire est donc toujours un cœur blessé, trompé dans ses affections, dédaigné dans ses dévouements, ou déçu dans ses espérances ; il s'est retiré des hommes, ou bien les hommes se sont éloignés de lui, et il est seul !

II

Jésus. – Je ne me suis pas retiré, c'est vous qui m'avez laissé ; « mes délices sont d'être avec les enfants des hommes » (Pr. 8,31), et ils m'ont abandonné, moi qui suis la source d'eau vive et ils se sont creusés des citernes sans eaux (Jr 2,13). J'étais venu vivre avec eux sur la terre, et ils m'ont fait mourir ; j'ai répandu sur eux pour les sauver tout le sang de mon cœur : ils l'ont foulé aux pieds ; – j'ai voulu les vaincre à force d'amour, je leur ai rendu ce même cœur ressuscité du tombeau ; et de nouveau, je l'ai laissé sur la terre, non plus comme autrefois dans la Judée seulement ; non plus sur un seul point du globe où il faille venir de loin me rendre les hommages qui me sont dus, mais, à côté de chacun des miens, à la porte de leur demeure ; non dans une arche d'or mais captif dans leurs humides et froids tabernacles, moi le Seigneur votre Dieu, le Très-Haut, le Puissant Roi du ciel et de la terre ! Et c'est là que depuis dix-huit siècles je tends vainement les bras, à un peuple rebelle que ses passions emportent loin de moi.
            Je suis seul dans mon temple ; non seulement l'église où je réside est souvent déserte, mais quelques fois les portes en sont fermées. Qui pense à moi avec amour ?… mon cœur est seul !…

III

L'âme. – « Vae soli » (« Malheur à l'homme seul ») ! Et c'est sur vous, ô Jésus, que nous-mêmes, en échange de votre incomparable amour, avons fait retomber cet anathème, quand votre cœur vous avait fait amené dans les tabernacles de l'Eucharistie à demeurer avec nous, pour nous l'épargner !…
            Et nous ne vous avons rendu qu'amère ingratitude !…
            Beaucoup d'âmes, il est vrai, comme des lampes luisantes et ardentes, vous tiennent jour et nuit fidèle compagnie ; mais qu'est-ce, hélas ! auprès du grand nombre de celles qui devraient vous entourer ? Et encore, toutes vous portent-elles la consolation que votre cœur désire ? La solitude qui fait souffrir n'est pas tant l'absence des créatures que l'isolement du cœur : qui ne préfère être seul plutôt que de vivre avec un ennemi, ou seulement un indifférent ? Et c'est avec des ennemis, avec des indifférents, qu'indifférent moi-même, je vous ai laissé, ô Jésus, pendant que votre Cœur, comme en deuil sous ses voiles eucharistiques, restait seul dans sa prison d'amour. Ah ! ce qui me console, c'est que votre prison, ô Jésus, en dépit de notre cruauté à la rendre indigne de vous, a, dans ses ténèbres et ses isolements, des avenues sur le ciel, où des myriades d'anges viennent vous louer ; que dis-je, elle est le ciel même, puisqu'elle vous contient. Les âmes qui ne vous ont pas laissé, en connaissent aussi les sentiers que je ne sais plus. Hélas ! pourquoi en ai-je perdu la trace ? Malheur à ceux qui manquent de cœur auprès du Cœur de Jésus ; ils méritent cet anathème : La Lumière de son tabernacle se couvrira d'obscurité, et la lampe qui éclairait au-dessus s'éteindra. Seigneur, Seigneur ! non, de grâce, ne laissez pas s'éteindre la mèche qui fume encore, je me réveillerai de mon assoupissement ; et désormais j'entretiendrai le feu perpétuel que vous demandez devant votre autel, c'est-à-dire la prière continuelle devant votre Cœur Eucharistique, ô Jésus, dans le sens que vous-même commandez.


(Troisième ÉlévationCœur solitairePremière plainte du Cœur Eucharistique de Jésus à l'âme indifférenteI-II-III – pp.40-43)

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Dessin : d'après Catherine de SienneAllégorie qui montre comment la charité,
l'humilité et la discrétion sont unies, et comment l'âme doit se conformer à cette allégorie
Le Livre des dialogues – Chapitre X – Traité de la discrétion (1378) – © Sandrine Treuillard, mars 2018

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Prochaine publication dans 3 semaines : le jeudi 19 mai 2022.

Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

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Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

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