Dieu caché - Par amour pour nous : miséricorde

Dieu caché - Par amour pour nous : miséricorde

Une prédication qui date de 1861 environ.

Jésus voilé dans l'Eucharistie


2. Par amour pour nous : 1. miséricorde

2° L'amour de l'homme

Le voile eucharistique est un voile d'amour pour l'homme.

1. C'est sa miséricorde qui voile toute sa personne adorable dans le très saint Sacrement par grâce pour le pécheur et l'impie :

1) afin de ne pas réveiller en eux le mépris, la haine de leur indifférence et de leur incrédulité, et leur éviter ainsi l'occasion de commettre d'horribles sacrilèges – comme il le fit à Jérusalem, se cachant de ses ennemis, ne parlant pas en public, pour ne pas surexciter leur haine contre lui.

2) Afin que, si malgré ce voile de miséricorde ils pèchent, il diminue en quelque sorte leur péché, en voilant sa majesté, sa sainte humanité, et que leur fureur n'atteigne que son vêtement, que les saintes espèces.

3) Afin de pouvoir toujours dire à son Père : Pardonne-leur: ils ne savent ce qu'ils font [Lc 23,34]. Histoire de ce père romain qui, sachant que son fils voulait le tuer, le conduit dans une forêt, tire un poignard caché et, le lui présentant, lui dit : “Je sais, mon fils, que vous en voulez à ma vie, que vous ne cherchez que l'occasion d'exécuter sourdement votre parricide. Eh bien, me voici, voici un poignard, exécutez votre dessein, il n'y aura point de témoins, en mourant j'aurai au moins la consolation de vous avoir sauvé du déshonneur.” Et il lui présente son poignard. L'histoire dit que le fils se jeta à ses genoux*.

S. Pierre-Julien Eymard (PG 238,3)

*Une version plus élaborée de ce récit se trouve en PG 157,8 “3e réflexion” :

« Un auteur de l'antiquité païenne rapporte ce fait : un père n'avait qu'un fils unique qu'il aimait tendrement. Ce fils parvenu à l'âge de l'adolescence, bien loin de répondre à sa tendresse, oublie tout ce qu'il lui devait d'amour, de respect et de reconnaissance, et, étouffant le cri de la nature, il conçoit même l'affreux projet d'ôter la vie à celui dont il l'avait reçue.

Ce projet ne put demeurer si secret que le père n'en fût instruit. Jugez de quelle amertume dut être inondé son cœur si plein d'amour pour ce fils ingrat. Sa peine eût été moins grande s'il se fût rappelé d'avoir donné quelque sujet de mécontentement à ce fils; mais non, tous ses soins avaient été de lui faire du bien. Dans sa douleur profonde, un jour, il cacha sous son vêtement un poignard et priant son fils de l'accompagner, il le conduisit à l'écart dans une épaisse forêt où la lumière du soleil avait peine à pénétrer. Le père alors tire son poignard ; à cette vue, l'enfant dénaturé pâlit, il ne doute point que son père, informé de ses desseins criminels, ne l'ait mené dans ce lieu écarté pour en tirer plus sûrement vengeance.

Bien différent était le dessein de ce père. “Mon fils, lui dit-il, prenez ce poignard, et puisque vous avez résolu de m'ôter la vie, contentez en secret votre fureur, voilà mon sein, plongez-y ce fer. Je vous ai mené dans cette solitude, afin qu'en vous offrant ma vie je puisse sauver la vôtre, et garantir votre honneur. Si une aveugle fureur vous a fait oublier que vous étiez mon fils, je n'oublierai point que je suis votre père, et je veux que vous me deviez une seconde fois votre vie que je sauve de la main des bourreaux. Encore une fois, mon fils, mon cher fils, contentez votre dessein quelque cruel qu'il soit ; puisque je vous suis à charge, ôtez cet objet qui vous importune ; aussi bien dois-je mourir bientôt ou par votre cruauté ou par ma douleur, et en mourant ici, j'aurai la consolation de cacher dans les ténèbres la honte de votre parricide, et de vous en épargner la punition.”

(Le père ayant parlé ainsi garde un douloureux silence, il attend le coup de la mort.)

Quelque dur que fût le cœur de ce (fils) monstre dénaturé, il se laissa attendrir à ces paroles. Pressé d'un côté par la honte de son crime et de l'autre par la bonté de son père, il se jette à ses pieds, les pleurs et les sanglots étouffent sa voix, et il peut à peine faire entendre ces mots entrecoupés de soupirs : “Vivez mon père, vivez, c'est à moi de mourir, je l'ai trop mérité, tournez contre moi ce poignard. Je ne puis supporter la vie après avoir été si criminel, ensevelissez pour jamais dans ces lieux l'opprobre de mes cruels desseins. Si votre main refuse de me punir, donnez-moi ce poignard, il faut que vous soyez vengé, donnez…” Il ne put achever, un torrent de larmes s'échappe de ses yeux, il se frappe le visage contre terre, poussant des cris de douleur et de désespoir.

Le père alors transporté de joie de voir son fils attendri et repentant, fond en larmes à son tour. Il se jette sur le cou de son fils, il le relève, il l'embrasse, et met par le généreux pardon qu'il lui accorde, le comble à toutes ses bontés passées. »

Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

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Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

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