Saint André-Hubert Fournet - chapitre 1

Saint André-Hubert Fournet

6/12/1752- 13/5/1834


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Parmi les nombreux saints qui ont bâti l'Eglise de France, il arrive que le Seigneur en choisisse deux, homme et femme, pour construire une œuvre commune. Ainsi de Saint Vincent de Paul et de Sainte Louise de Marillac, de Saint François de Sales et de Sainte Jeanne de Chantal et aussi, comme nous l'allons voir, de Saint André-Hubert Fournet et de Sainte Jeanne-Elisabeth Bichier des Ages.

Nous connaissons cette dernière car nous l'avons déjà priée au tout début de la publication de notre Communauté Cheminer avec les saints en terre de France. Ceux et celles qui souhaiteraient se référer à ces textes peuvent les retrouver en cliquant sur les liens suivants :


Poitevins, André-Hubert Fournet et Jeanne-Elisabeth Bichier des Ages ont vécu leur foi pendant la Révolution. Puis ils ont ensemble pris leur part de la reconstruction de l'Eglise ruinée. Ils l'ont fait en se penchant vers les petits et les pauvres, en les éduquant, en les aidant à retrouver le Seigneur dans le quotidien de leur vie. Pour ce faire, ils ont fondé la Congrégation des Filles de la Croix qui a vite essaimé sur l'ensemble du territoire.

Issu d'une famille profondément chrétienne, André-Hubert, enfant gai et turbulent, a peu de goût pour les études et pense surtout à s'amuser. Avant-dernier d'une famille de dix enfants, il naît le 6 décembre 1752, à Saint-Pierre de Maillé, village situé à l'est de la Vienne, traversé par la jolie rivière de la Gartempe. Les Fournet y habitent une belle propriété, dans le hameau de Pérusse, petite thébaïde où André-Hubert vit une enfance heureuse. L'exemple de sa mère, Florence Chasseloup, qui accueille les pauvres avec amour et respect marque cet enfant au grand cœur. Il n'en reste pas moins opposé à l'influence maternelle. En effet Dame Florence ne cesse de prier pour que le Seigneur l'appelle à la prêtrise. André-Hubert ne compte-t-il pas déjà, dans la famille de son père, cinq oncles prêtres et deux tantes religieuses ?

Mais l'enfant ne l'entend pas du tout de cette oreille-là. Au point que, en signe de protestation, il écrit sur l'un de ses livres : « Ce livre appartient à André-Hubert Fournet, bon garçon qui ne veut être ni moine ni prêtre. » La cause semble entendue !

Pour l'heure, il entre au Collège de Châtellerault pour y faire « ses humanités ». Il ne s'y distingue guère...

Son parcours apparaît par la suite un peu chaotique. On ne sait pourquoi, compte tenu de sa faible inclination pour la prêtrise, il reçoit la tonsure cléricale à l'âge de 17 ans. Puis il part à Poitiers étudier la philosophie qu'il délaisse assez vite. Il pense alors à une carrière libérale, et suit, toujours à Poitiers, les cours de la Faculté de Droit. Un enseignement qui lui paraît bien aride, auquel il finit par tourner le dos. Une vie plus facile l'attire et il se laisse distraire bien volontiers... « sans jamais sortir des bornes de l'honnêteté », est-il relaté... Bientôt il entre dans l'armée à l'insu de sa famille qui va lui faire comprendre sa désapprobation. Lorsqu'il se présente sous l'uniforme militaire à son oncle, le curé de Saint-Pierre, ce dernier ne veut pas le reconnaître et lui ferme sa porte. Dépité, André-Hubert n'ose même pas aller voir son père... C'est sa maman qui sauve la situation en lui achetant un remplaçant. Elle le reconduit à Poitiers, lui cherche un emploi chez un notaire. Mais l'écriture du jeune homme est tellement illisible qu'il est aussitôt éconduit. Que faire de lui ? On l'envoie en séjour chez un oncle, Jean Fournet, curé d'Haims, archiprêtre de Montmorillon.

Dans ce petit village de campagne, André-Hubert prend le temps de réfléchir. Sa vie lui apparaît bien inutile. A l'inverse, celle de son oncle prêtre, si riche dans sa modestie, paisible et sereine, se révèle à lui dans sa beauté. Il repense à l'éducation chrétienne qu'il a reçue, aux grâces dont il a été l'objet et sa foi vient emplir sa vie. Il prend conscience du projet du Seigneur : oui, c'est bien à la prêtrise qu'il est appelé ! La vie exemplaire de cet oncle qui l'héberge, les lettres touchantes de sa mère qui multiplie pour lui prières et aumônes, tout l'incite à choisir cette voie qui l'attire désormais. En mars 1774, il entre, à Poitiers, au séminaire Saint Charles, tenu par des Lazaristes. Il suit aussi des cours de théologie chez les Dominicains. Cependant sa santé est fragile et, à deux reprises, il doit interrompre ses études. Il les reprend, dès qu'il va mieux, avec la ferme volonté de les terminer.

Ordonné prêtre à la fin de l'année 1776, André-Hubert Fournet est nommé vicaire à Haims, dans cette paroisse qu'il connaît bien pour y avoir vécu et dont son oncle est le curé. Ses débuts sont piteux : comme il doit prononcer l'homélie du dimanche, il monte en chaire et, là, au vu de tous les regards fixés sur lui, il s'affole, renonce... et disparaît dans la chaire si bien que son oncle doit envoyer le sacristain pour le faire descendre. Encouragé par son oncle, il prononce l'homélie le dimanche suivant avec grandes piété et humilité si bien que les paroissiens en sont impressionnés.

Au bout de deux ans, il est transféré, toujours vicaire, à Saint Phêle, autre paroisse de Maillé. Fin 1781, il est nommé curé de Saint-Pierre de Maillé, en remplacement de son oncle Antoine qui se retire.

Gentilhomme, il s'appelle Fournet de Thoiré. C'est ce dernier nom que lui donnent ses paroissiens. Et, du gentihomme, il a gardé l'allure. Ses manières sont aisées, il a grand air, se montre un parfait cavalier et jouit d'un certain luxe car il bénéficie des revenus de sa famille en sus de ceux inhérents à sa fonction. Sa table est toujours bien servie et il reçoit ses confrères avec libéralité. Ses sermons, très étudiés, le font bien voir de la noblesse des châteaux voisins. Bref, André-Hubert est un bon prêtre, satisfait de son sort.

Un événement va bouleverser ce train-train. Au presbytère, ce jour-là, la table est bien mise. L'argenterie de famille brille et le couvert est parfait. André-Hubert a invité d'autres prêtres et les attend. Voici qu'un mendiant se présente. On lui donne du pain. Mais il demande de l'argent et insiste. Or André-Hubert s'excuse. Il n'a pas d'argent sur lui. Le mendiant s'écrie : « Comment ? Vous n'avez pas d'argent et votre table en est couverte ! »

La vie du prêtre bascule à cet instant. Le reproche impertinent du pauvre lui apparaît comme venant de la bouche de Dieu même. Son confort lui apparaît vain, et l'appel à la sainteté s'impose à lui. Une vie nouvelle, tout autre, l'attend. Il doit la préparer. Séance tenante, il part à Poitiers pour une retraite de dix jours. A son retour, il n'est plus le même homme. Finis le confort, les réceptions, les sermons fleuris. Il vend, au profit des indigents, les meubles et l'argenterie. Il jeûne, couche sur la paille, porte un cilice. Son vicaire et sa sœur Catherine qui tient sa maison se mortifient, eux aussi. Son presbytère devient l'une des demeures les plus pauvres de la paroisse.

Levé bien avant l'aube, il se prépare avec ferveur à la célébration de sa messe matinale. Puis il confesse, s'en va visiter les pauvres et les malades, passe l'essentiel de sa journée à étudier et à prier. Bienveillant envers les indigents, il ne cesse de les secourir, fait fabriquer des pièces de tissu pour les habiller, va jusqu'à se dépouiller de ses propres vêtements. On dit que des familles entières vécurent de ses dons pendant des années. A sa sœur Catherine qui lui fait parfois observer qu'il en fait trop, il répond : « J'ai rencontré Notre-Seigneur Jésus-Christ. Pouvais-je lui refuser ? » Il n'hésite pas à parcourir les chemins de campagne pour visiter les paysans, partager parfois leur repas frugal et toujours les enseigner.

Au presbytère, sa porte reste ouverte. Le Père Fournet accueille ses paroissiens de grand cœur et est toujours prêt à dénouer les cordons de sa bourse à leur intention. Le dimanche, en hiver, toutes les cheminées du presbytère offrent un beau feu pour que les paroissiens qui viennent de loin aient le temps de se réchauffer et de faire sécher leurs vêtements avant la messe.

Ce jour dominical est tout entier consacré au Seigneur : deux messes, des confessions, des prédications, l'enseignement du catéchisme, les vêpres. Le Père Fournet et son vicaire ne sortent pratiquement pas de l'église pour permettre aux paroissiens, en célébrant deux messes, de se remplacer afin de ne pas laisser les fermes vacantes. En fin d'après-midi, on récite le chapelet et la journée termine souvent par une procession dans l'église.

Attentif à chacun, le Père Fournet apparaît comme un bon père de famille et ses paroissiens lui sont très attachés. Au point qu'ils l'appellent Le Bon Père car ils ont fini par oublier son nom.

Bon Père, il demeure ferme dans ses convictions et peut se montrer pointilleux pour tout ce qui a trait à la coquetterie féminine. Il ne badine pas avec la mise de ses paroissiennes au point de leur offrir des fichus quand il voit leurs cous trop dégagés pendant la chaleur de l'été... A une pénitente venue lui demander l'autorisation de se faire friser les cheveux, il conseille, si elle persiste, de se choisir un autre confesseur... Lors d'une messe, il repère une dame à la mise qu'il juge osée. Il lui envoie le sacristain pour l'inviter à se retirer afin de compléter sa toilette...

Et chacun de se soumettre car la sainteté du Curé de Saint-Pierre est, pour tous ses paroissiens, une évidence.

Leur foi à tous comme la sainteté de leur pasteur va bientôt subir l'épreuve du feu. Car la tempête de la Révolution s'annonce et va atteindre le bourg, même s'il fut loin de compter parmi les plus ardents. Surtout elle va atteindre le Bon Père de plein fouet.

Dieu est patient. Il attend, sans le brusquer, celui qu'Il a choisi faire usage de sa liberté. D'étape en étape, il l'attire vers Lui. De renoncement en renoncement, André-Hubert, en soldat de Jésus-Christ, est désormais prêt à affronter les épreuves à venir.

 Sur notre chemin à nous parfois chaotique, le Seigneur attend patiemment notre oui. A nous de déceler les signes qu'Il nous envoie. A nous de décider. A nous de répondre.
Prions.

Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

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Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

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