Facebook PixelUne nation doit songer à sa conversion, par Dom Gérard Calvet (+) - Hozana

Une nation doit songer à sa conversion, par Dom Gérard Calvet (+)

Une nation doit songer à sa conversion, par Dom Gérard Calvet (+)

ESPRIT ET MOEURS CHRETIENS

L’idée que la quantité de mal qui ronge la vie des âmes et des sociétés puisse être balayée par un changement de régime politique est une idée enfantine qui n’a pas de poids mais qui peut faire couler inutilement des fleuves de sang. La raison en est évidente. Une nation ne peut basculer par miracle dans le camp d’une politique de lumière ; il faudrait des chefs et des administrateurs qui soient eux-mêmes éclairés des lumières qu’ils veulent répandre. Il y faut surtout de lentes préparations, la sainteté qui élève, la souffrance qui purifie, tant de larmes parfois, souvent le martyre, et toute l’économie cachée de l’intercession et de la prière. Sans doute y eut-il en plein XVème siècle, au milieu d’une anarchie peut-être unique dans l’histoire, le miracle de Jeanne d’Arc. Mais Jeanne n’est pas un fruit purement spontané ; il y avait en France, à l’époque, des milliers de familles offrant un terrain d’éclosion humainement assez riche pour qu’y pût naître une Jeanne d’Arc. Une nation doit songer à sa conversion avec le même sérieux qu’une âme pécheresse ; les mêmes lois de patience et de purification préalable y sont nécessaires. Une nation, fut-elle chrétienne, ne remonte pas tout d’un coup deux cent ans de laïcisme.

On me répondra que Constantin et Charlemagne ont christianisé leurs empires précisément parce qu’ils tenaient en main les rênes du gouvernement. Certes, mais on remarquera qu’un demi-siècle après leur mort, les flots de la barbarie déferlaient à nouveau sur des populations sans défense. Ce qui signifie que de fortes institutions politiques ne suffisent pas. Il faut qu’elles soient occupées, gérées et sans cesse réajustées par de vrais disciples du Christ. Et ces disciples, auxquels l’Evangile recommande de ne pas être moins avisés que les enfants des ténèbres, il faudra qu’ils se fassent reconnaitre par leur énergie, leur prudence, leur générosité et leur science de la chose politique. Des institutions supposées chrétiennes, représentées par des pseudo-chrétiens ou simplement par des êtres faibles ou inconsistants, auront vite fait  de se rendre odieuses aux yeux du peuple qui pardonne plus difficilement qu’autre chose l’hypocrisie religieuse, la couverture religieuse. C’est pourquoi les bâtisseurs de chrétienté ont d’abord été des hommes de valeurs, des sages et des saints. Les institutions naissantes ne durent leur stabilité qu’à la caution offerte par la bonté et la hauteur d’âme de leurs fondateurs. Le rayonnement de ces  centres culturels que furent les monastères au Moyen-âge, lesquels devaient frayer la voie aux grandes universités du XIIIème siècle, ne fut possible que parce que les monastères étaient non pas des écoles de discuteurs et de savantasses, mais d’abord des ateliers où se forgeaient les âmes des saints, où l’on apprenait la prière, la charité fraternelle, l’humilité, l’exemple des vertus communautaires et où le savoir était tout tourné vers la contemplation. Il s’agissait pour les premiers siècles de la Gaule, comme dans la suite des âges, de rendre le christianisme aimable, d’inspirer la confiance et de rendre les princes et les peuples jaloux de cette paix que respiraient les institutions et les familles de la jeune communauté chrétienne. Pense-t-on que Clovis aurait écouté Saint Rémi, Geneviève et Clothilde s’il n’avait perçu en eux quelque chose de supérieurement raisonnable ? De quoi était fait le rayonnement de ces grands saints, sinon d’intelligence et de patience, de douceur et de fermeté, et de cette rare disposition du cœur qu’inspire la charité et qui consiste à deviner chez un adversaire les ressources cachées d’un futur ami du Christ ?

(…) Il faut fonder au prix du sang et des larmes, des institutions fortes qui dominent le temps et fasse durer l’excellence, des institutions temporelles permettant à l’esprit de se propager, de s’étendre dans l’espace et dans la durée, de fonder et de maintenir des mœurs et des vertus chrétiennes. Ecoutons encore une fois notre cher Péguy : « C’est un grand mystère qu’il ne suffise pas d’être catholique et qu’il faille en plus peiner toute sa vie dans le temporel. Mais Jésus même, qui était le prince du spirituel a fondé une Eglise qui n’a point cessé d’être combattue dans le spirituel et dans le temporel, et qui ne cessera point de militer dans le temporel et dans le spirituel. »

Dom Gérard Calvet (1927-2008), fondateur de l'abbaye Sainte Madeleine du Barroux, "Demain la chrétienté", Editions Ste Madeleine 2005

Intention pour la quatrième semaine de l'Avent : prions pour tous les français qui se sont éloignés de l'église, pour les non-croyants et pour ceux qui ne reconnaissent pas la divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Résolution : selon l'antique tradition, engageons-nous à jeûner pour la vigile de la Nativité le 24 décembre et offrons ce jeûne pour la conversion de la France.

 

 

Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

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Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

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