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Sainte Colette - chapitre 1

Sainte Colette de Corbie (1381 - 1447)

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En ce printemps 1380, Robert Boëllec, travaille dur dans son atelier de menuiserie. Il est le charpentier attitré des moines de Corbie et néanmoins très apprécié de ses concitoyens, hostiles au pouvoir de la puissante Abbaye. 


Comme partout dans le pays, la petite ville picarde de Corbie n'a échappé ni aux malheurs de la guerre de Cent Ans, ni à la peste noire survenue en 1348. Elle souffre de plus des événements qui ont marqué son histoire. Son commerce avec les Anglais, vital pour elle, l'a fait basculer du côté des ennemis du Roi de France. Ce parti pris s'est aussi nourri d'une vieille rancœur : la commune n'a pas oublié l'abandon du roi Philippe IV le Bel au moment où, criblée de dettes, elle lui avait demandé secours. Mal lui en avait pris. Le roi avait préféré soutenir l'abbé de Corbie plutôt que la commune. Celle-ci était donc passée en 1310 sous contrôle de sa célèbre abbaye. Elle avait alors perdu son indépendance et assisté à la destruction des symboles de son pouvoir communal : son beffroi, ses cloches.


Tout en travaillant, le menuisier réfléchit. Le roi Charles V vient de mourir. L'héritier du trône n'est qu'un enfant. Une Régence apparaît donc inévitable. Que va-t-il se passer ? Il redoute qu'une reprise des hostilités, en ce XIVe siècle si troublé par la guerre, vienne perturber à nouveau la vie de sa petite cité.

Robert Boëllec prie pour que s'éternise la paix en cette fin de siècle. Car entre l'abbaye et les citadins, l'entente demeure fragile.

D'un côté, les moines, tout acquis aux souverains français, de l'autre une cité prospère qui a tout intérêt à continuer d'entretenir de bonnes relations avec l'Angleterre. La région produit oléagineux et céréales dont elle fait le commerce par voies fluviale et maritime. Surtout, elle cultive la walde surnommée le pastel des teinturiers, recherchée pour son pigment bleu, l'une des richesses de la Picardie médiévale. Corbie l'exporte en Angleterre qui lui adresse, en retour, les laines nécessaires à l'industrie textile picarde.


Ce commerce enrichit les habitants de la ville. Aussi le charpentier, tiraillé entre son amitié pour les moines et sa solidarité vis-à-vis de ses concitoyens, souhaite-t-il rester neutre.

Avec son épouse, Marguerite, il vit heureux… ou presque. Ils ne sont plus tout jeunes et n'ont pas eu d'enfants. Les années passent, ils vieillissent et l'espoir les abandonne peu à peu. A près de cinquante ans, Marguerite n'a cependant pas renoncé à donner le jour : avec son mari, elle a mis toute sa confiance en l'intercession de Saint Nicolas. Tous deux ont même accompli un pèlerinage à Saint Nicolas en Lorraine pour la demander à Dieu.

Ils ont tant prié le grand saint que… bientôt, en cette année 1380, Marguerite peut crier au miracle. Elle se voit exaucée. Au point qu'elle donne naissance, le 13 janvier 1381, à une petite fille, Nicolette, ainsi prénommée en remerciement au grand Saint Nicolas.

Le beau bébé fait la joie des siens. Les années passant, Nicolette va devenir une jolie petite fille, au ravissant visage et au teint éclatant. Très pieux, ses parents lui enseignent

dès son plus jeune âge les rudiments de la foi en insistant sur la Passion du Christ qu'a coutume de méditer Marguerite. Celle-ci, qui se confesse et communie chaque semaine, entraîne l'enfant à l'abbaye où la petite se familiarise avec les lieux. Tant et si bien qu'elle va prendre l'habitude d'y retourner dès l'aube, toute seule, en cachette, pour assister aux Matines célébrées par les moines. Marguerite laisse faire. Elle a compris que son enfant était déjà toute destinée à Dieu. Elle fait semblant de ne pas voir les mortifications que s'impose sa fille qu'elle embrasse, le soir, dans son lit et qu'elle retrouve, le matin, couchée sur une planche. Mais elle s'inquiète de la croissance de l'enfant qui ne se déroule pas normalement. Les deux époux s'affligent bientôt de constater que leur fille, vite surnommée Colette, ne grandit pas du tout. La petite ne semble pas en souffrir tant elle est absorbée par ses prières.

Ce monastère que l'enfant fréquente avec tant de dévotion fut l'un des plus importants du Haut Moyen-Age. Il s'agit de l'abbaye royale Saint Pierre de Corbie, fondée au VIIe siècle par la reine Bathilde, mère de Clotaire III. Les bâtiments ont abrité un scriptorium unique pour l'époque. Il a joué notamment un rôle déterminant dans la diffusion de l'écriture, de la grammaire et des mathématiques. Les moines qui se rattachaient primitivement à la règle de Saint Colomban étaient devenus bénédictins, la règle bénédictine ayant été, au XIIe siècle, imposée à l'ensemble des monastères.

La petite Colette n'a pas connu les bâtiments du monastère d'origine, dévasté par de violents incendies au XIIe siècle.  Il a été reconstruit et c'est vers cette église neuve que se dirige la petite fille. Elle va d'abord prier devant le tabernacle puis se rend à l'oratoire de la Vierge Marie pour se confier à sa Mère du ciel. Peu coquette, sa petite taille ne lui importe guère et les moqueries de ses camarades d'école la laissent insensible. Mais elle souffre du chagrin de ses parents. Un beau matin, elle confie sa tristesse à la Sainte Vierge et lui adresse une demande précise :

- Faites-moi grandir, Sainte Vierge, mes parents en seraient si heureux…

Marie doit sourire de la confiance de l'enfant, cette petite que le Seigneur attire vers Lui. Et elle lui obtient la grâce demandée.

Voici que les jambes de Colette s'allongent et sa croissance se fait régulière et constante au point que tous s'en étonnent. Elle devient une charmante jeune fille, d'une haute taille. Sa beauté lui attire toutes sortes de compliments de la part des galants qui croisent son chemin. Elle s'en émeut, tant elle voudrait passer inaperçue. Elle supplie le Seigneur de l'enlaidir un peu. Il lui ôte donc cette carnation éblouissante. Elle arbore désormais le teint pâle qui ne la quittera plus.

Chez elle, Robert est souvent en proie à de violentes colères. La douceur de la jeune fille en vient à bout. Son esprit de charité éveille chez sa mère le désir de se tourner davantage vers les plus démunies. Marguerite crée une maison d'accueil pour les filles perdues. Aidée de son mari, elle leur trouve un travail honnête. La présence de leur fille dont on murmure déjà qu'elle est une sainte les incite à toujours plus de générosité.


Ce qui motive Colette, c'est d'abord le souci des âmes de sorte qu'elle entreprend, pour son entourage, la lecture d'ouvrages édifiants qu'elle n'hésite pas à commenter, oubliant sa timidité. Les commérages vont bon train car nul ne sait d'où elle tient les connaissances théologiques qui nourrissent son propos. Aussi les rangs de celles qui viennent l'écouter n'arrêtent-ils pas de grossir et sa renommée atteint bientôt les ecclésiastiques de Corbie. On prévient l'évêque qui, pour trancher, demande le témoignage du curé de la paroisse de Colette. Celui-ci ne tarit pas d'éloges sur la piété de la jeune fille, devenue conférencière de spiritualité. Convaincu, l'évêque ne donne pas suite mais les dénonciations continuant, il convoque Colette et est touché par la sainteté de la jeune fille. Il lui demande cependant de renoncer à ses conférences.


Celle-ci se consacre aux pauvres ce qu'elle n'a jamais cessé de faire depuis l'âge de quatre ans, se privant régulièrement de nourriture pour la redistribuer aux miséreux. Or la ville de Corbie n'en manque pas. En effet l'abbaye, du fait de sa renommée attire de nombreux pèlerins. Mêlés à la foule des nobles, des indigents demandent la charité et, parmi eux, circulent aussi des lépreux. Le bruit de leur crécelle, loin de la faire fuir, attire la jeune fille qui leur porte secours, lave leurs plaies, leur donne à manger, cause avec eux sans crainte de la contagion.

Bientôt cependant, c'est dans son propre foyer que l'attendent des épreuves. Tour à tour, se parents tombent malades et Colette se prépare au pire, le cœur étreint par toute cette tendresse qu'elle ne cesse de leur manifester, en réponse à leur amour toujours présent et vigilant.


Dès sa plus tendre enfance, Colette, toute consacrée à Dieu, a mis en œuvre les deux premiers commandements qui résument tous les autres : « Tu aimeras ton Dieu ». Elle ne cesse de prier et de se mortifier pour l'amour de Son Nom. « Tu aimeras ton prochain ». Ce prochain, c'est le pauvre ou le malade qu'elle va secourir, ce sont ses contemporains qu'elle enseigne inlassablement pour attirer leurs âmes vers le Seigneur.

Son amour du Fils passe par Marie, sa mère, qu'elle prie longuement chaque jour et qui, déjà en ce monde, sait exaucer ses vœux.

Je vous salue, Marie…

 

Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

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Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

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