Saint Antoine Marie Claret (1807-1870) - Hozana

Saint Antoine Marie Claret (1807-1870)

Né en 1807, en Catalogne, en Espagne, il exerce le métier de tisserand jusqu’à son entrée au Séminaire en 1829. Une fois ordonné prêtre, il se rend à Rome pour se mettre à la disposition de la congrégation pour la propagation de la Foi. Cependant, sur les conseils d'un directeur de retraite, il arrive au noviciat de la Compagnie de Jésus qu’il doit bientôt quitter pour cause de maladie. Il parcourt alors la Catalogne pendant neuf ans, prêchant partout la Parole de Dieu et propageant la presse catholique. En 1848, il fonde une maison d'édition à Barcelone. Peu après, il fonde la congrégation des Missionnaires Fils du Cœur Immaculé de Marie. Nommé archevêque de Santiago de Cuba, il évangélise son diocèse pendant six ans, fondant une école d'arts et métiers, les premières caisses d‘épargne d'Amérique Latine et réformant le séminaire et le clergé. Puis, il rentre en Espagne pour assumer la direction spirituelle de la Reine Isabelle II.

Il crée ensuite l’Académie Saint-Michel destinée aux intellectuels catholiques, ainsi que des bibliothèques populaires. En 1868, il accompagne la reine dans son exil. Il prend part au concile Vatican I. Il se retire finalement en France où il meurt le 24 octobre 1870.

 

Sa jeunesse est d’abord marquée par une foi très vive, et un profond zèle pour faire le bien et rester pieux.

 

Voici ce qu’il raconte dans son autobiographie[1], particulièrement édifiante :

 

53. En ma présence, personne n'osait prononcer de mauvaises paroles ni tenir des conversations scabreuses. En une certaine occasion, je me trouvais par hasard dans une réunion de jeunes, - ce que j'évitais d'habitude, parce que je savais le langage qu'on y tenait - et l’un des plus grands me dit: "Antoine, va-t’en, parce que nous allons parler de choses mauvaises". Je l’ai remercié de m'avertir et jamais plus je ne suis allé avec eux.

 

Cependant, comme beaucoup de jeunes, l’esprit du monde le détourne lentement des préoccupations spirituelles car il aime beaucoup son activité professionnelle dans laquelle il excelle, et que d’autre part, il achète volontiers des billets à la loterie avec un camarade dont il aura plus tard à regretter la conduite. Peu à peu, il se rend compte que son cœur n’est plus totalement à Dieu, et il revient finalement à une foi sincère à la suite de quelques « péripéties » étonnantes…

 

70. Ma ferveur se ranima; j'ouvris les yeux sur les dangers que j'avais courus pour mon âme et pour mon corps. J'en relaterai quelques-uns ici.

 

71. Le premier eut lieu pendant l'été. La sainte Vierge me préserva de mourir noyé dans la mer. Comme je travaillais beaucoup, je souffrais beaucoup pendant les étés et je perdais presque complètement l'appétit. Je trouvais un certain soulagement à aller me tremper les pieds dans la mer et à boire quelques gorgées de cette eau salée. Un jour que je m'étais rendu à la «  Barceloneta », à une plage appelée la vieille mer, j'avais les pieds dans l'eau lorsque, tout à coup, la mer devint mauvaise. Une vague m'emporta, puis une seconde m'éloigna de la côte. Cependant, j'étais rempli d'étonnement en voyant que je flottais, moi qui ne sais pas nager. J'ai donc invoqué la très sainte Vierge et je me suis retrouvé sur la plage, sans avoir avalé une seule goutte d'eau. Or, pendant que je me trouvais au loin, sur l’eau, je me sentais calme et serein; mais lorsque je me suis trouvé hors de danger, sur le rivage, je fus saisi de la plus grande frayeur à la pensée du péril auquel j'avais échappé grâce à Marie.

 

72. Cette bonne Mère m'a délivré d'un danger bien plus grave encore, dans le genre de celui que courut le chaste Joseph. J'avais, à Barcelone, un compatriote auquel j'allais parfois rendre visite. Arrivé chez lui, je ne parlais à personne d'autre, il m'amenait tout droit à sa chambre et je m'entretenais uniquement avec lui. Mais les gens de la maison me voyaient à l'entrée et à la sortie. J'étais jeune et j'aimais me vêtir, non avec luxe sans doute, mais avec une certaine élégance, peut-être même trop. Qui sait si le Seigneur ne m'en demandera pas compte au jour du jugement! Or, un jour que j'étais allé chez. mon ami, j'ai demandé s'il était là. La maîtresse de maison, qui était une jeune dame, me pria d'attendre, disant qu'il arriverait bientôt. Pendant que j'attendais, je me rendis compte, par ses paroles et ses démarches, qu'elle nourrissait une passion pour moi. J'invoquai la très sainte Vierge et, usant de toutes mes forces, je me suis arraché de ses bras et je suis sorti de la maison pour n'y plus y retourner, et sans jamais dire à personne ce qui était arrivé, pour ne pas nuire à l’honneur de cette femme.

 

311. Si, de tous temps, la lecture de bons livres est considérée utile, elle est une nécessité dans l'époque actuelle. Je dis que c'est une nécessité parce que les gens ont une grande passion pour la lecture; s'ils ne trouvent pas de bons livres, ils en liront des mauvais. On peut dire que la lecture est la nourriture de l’esprit et que si l’on donne au corps affamé une nourriture saine, il se portera bien, et si on lui donne des mets avariés, il éprouvera des malaises. Il en va de même pour l’esprit; si on lui donne de bons livres, adaptés à la personne et aux circonstances, il se portera bien, mais si on lui donne de mauvais livres, des périodiques impies, des feuillets hérétiques et des écrits pernicieux, on corrompra les croyances et on pervertira les mœurs. En corrompant l'esprit, on corrompt le cœur, et du cœur corrompu sortent tous les maux, comme dit Jésus[2]; et de cette sorte, on arrive même à nier la vérité primordiale de l’existence de Dieu, fondement de toute vérité: l'insensé dit dans son cœur: Il n'y a plus de Dieu[3].

 

317 L'impureté avait également renversé toutes les bornes; c'est pourquoi j'ai aussi décidé d'écrire sur ce sujet. Comme la dévotion à Marie est le plus puissant remède contre tous les maux, j'ai écrit, au début de la feuille contre le blasphème, une prière qui commence ainsi: ô vierge et Mère de Dieu..., etc. on trouve cette prière au début de presque toutes mes publications[4]. Dans cette prière, je donne à Marie les deux titres de Vierge et Mère de Dieu parce que, ayant lu dans ma jeunesse la vie de saint Philippe Néri, écrite par le P. Conciencia, j'avais remarqué que ce saint la nommait ainsi. Il disait que de cette façon on honore beaucoup Marie en rappelant ses deux grands privilèges de Vierge et de Mère de Dieu. Le reste de la prière est une consécration à Marie.

 

318 En constatant les heureux résultats de cette feuille volante, j'ai décidé d’en écrire d'autres selon les besoins que je détectais dans la société. Je les distribuais à profusion, tant aux grandes personnes qu'aux enfants, qui s'approchaient de moi pour me baiser la main ou pour avoir des images, que j'avais toujours en quantité. À ce sujet, je raconterai, pour la plus la grande gloire de Dieu, un fait parmi tant d'autres qui me sont arrivés.

 

319. un soir comme je passais sur la rue d'une des plus grandes villes d'Espagne, un enfant vint à moi, me baisa la main et me demanda une image que je lui donnai de bon cœur. Le lendemain, je me suis rendu de bonne heure à l'église où j'avais l’habitude de dire la messe et de confesser. Après avoir célébré la messe, je faisais mon action de grâce dans le sanctuaire lorsque s'approcha de moi un homme grand et fort, avec de longues moustaches et une barbe fournie, enveloppé dans une grande cape. Je ne pouvais voir de son visage que le nez et le front, le reste étant caché par le poil de son épaisse barbe, sa moustache touffue et par le col, large et velu de son manteau. D'une voix rauque et tremblante, il me demanda poliment si je voulais l’entendre en confession. Je lui répondis que oui. Et comme je voyais que l’accès de mon confessionnal était encombré par des hommes et des femmes en grand nombre qui m'attendaient, j'ai pensé que je devais quelques égards à cet homme et je le conduisis avec moi dans la sacristie. J'ai choisi un bon coin tranquille où nous avons pu nous isoler.

 

320. Après m'être assis, cet homme s'est jeté à genoux en pleurant avec tant de chagrin que je ne parvenais pas à l’apaiser. Je lui posai alors quelques questions pour en savoir la cause. Parmi les sanglots et les soupirs, il me raconta ceci:

 

"Père, vous êtes passé hier devant ma maison; mon enfant est sorti pour vous baiser la main et il vous a demandé une image. Puis, tout content, il est revenu et, après avoir gardé l'image quelques moments, il la laissa sur la table et sortît à nouveau pour aller jouer, me laissant seul. Piqué par la curiosité, et pour passer le temps, j'ai pris cette image et je me suis mis à lire le texte qui l'accompagnait. Ah! Mon Père, je ne puis expliquer ce que j'ai ressenti alors. À chacun des mots que je lisais, une flèche m'entrait dans le cœur. Aussitôt, j’ai décidé de me confesser. Et comme Dieu s'était servi de vous pour me rappeler à son souvenir, j’ai pensé que je devais me confesser à vous. J'ai pleuré toute la nuit en examinant ma conscience. Et me voici à vos pieds. Je suis un grand pécheur; je ne me suis pas confessé depuis mon enfance et j'ai cinquante ans. J'ai été le chef de gens très méchants. Père, croyez-vous qu'il y aura un pardon pour moi?" – Je lui ai répondu: "Oui, bien sûr. Courage! Ayez confiance dans la miséricorde de Dieu! Il vous a appelé pour vous sauver. Vous avez bien fait de ne pas endurcir votre cœur et d'exécuter sans tarder votre résolution de vous confesser." Après cela, il s'est confessé et a reçu l'absolution. Il s'est relevé l'âme rassurée et pleine de joie.

 

321. Même si mes images et mes imprimés n'avaient produit que cette conversion, je m'estimerais très bien payé de mes peines et de mes dépenses. Mais il y a aussi d'autres cas de conversion en lisant les textes et images que je publiais.

 

Les succès magnifiques que saint Antoine-Marie Claret rencontrent dans sa prédication et son ministère ne lui ôtent aucunement sa profonde humilité. Il est confronté à de dures épreuves et à la calomnie : Bien qu’il soit d’une chasteté exemplaire, on fait paraître des écrits obscènes sous son nom…

De son côté, pour rester à l’abri des tentations, il sait pratiquer la garde du regard, c’est-à-dire une véritable vigilance personnelle dans la manière de s’occuper des autres.

 

393. J'ai été très stimulé par les exemples de Jésus et de Marie, et aussi par ceux des saints qui l'ont pratiquée d'une façon exceptionnelle, tels saint Bernard et saint Pierre d'Alcantara, dont j'ai lu les biographies attentivement en prenant des notes pour mon édification. Dans la vie de saint Philippe de Néri, j'ai lu « qu'après avoir confessé pendant trente ans une dame de Rome, célèbre par sa beauté singulière, il ne la connaissait pas encore de vue. »

 

395. Quand j'exerçais mon ministère apostolique en Catalogne, je logeais dans les presbytères et jamais ailleurs. Je ne me rappelle pas avoir jamais regardé le visage des femmes qui pouvaient s'y trouver, telles les bonnes ou les parentes. Aussi m'arrivait-il parfois, lorsque je rentrais à Vic, de rencontrer une femme qui me disait: « Monsieur Claret, comment, vous ne me reconnaissez pas? Je suis la bonne de Monsieur le curé de tel endroit, où vous avez prêché la mission pendant plusieurs jours. » Mais moi, qui ne la connaissais nullement, je lui demandais, les yeux fixés à terre. « Et monsieur le curé, comment va-t-il? ».

 

Il donne également, dans les quelques lignes ci-dessous, un magnifique argumentaire en faveur de la chasteté, qui peut nous faire mesurer les innombrables fruits spirituels de celui (ou celle) qui veut acquérir la maîtrise de soi :

 

414. J'ai appris que dans un seul acte de mortification on peut pratiquer plusieurs vertus, selon les différents buts que chacun se propose dans chaque acte. Par exemple:

 

1° Celui qui mortifie son corps dans le but de réfréner la concupiscence accomplit un acte de la vertu de tempérance.

 

2° si ce même acte est fait dans l’intention de bien ordonner sa vie, c'est un acte de prudence.

 

3° S'il est fait en vue de satisfaire pour les péchés de la vie passée, il deviendra un acte de justice.

 

4° Il sera un acte de force si on le fait afin de vaincre les difficultés de la vie spirituelle.

 

5° s'il est fait avec le but d'offrir un sacrifice à Dieu en se privant d'une chose qui plaît pour en prendre une autre qui répugne ou qui déplaît, il sera un acte de la vertu de religion.

 

415.   6° Il est un acte de foi si on le fait pour implorer la lumière divine afin de mieux connaître les attributs divins ;

           

7° Si vous le faites afin d’assurer votre salut éternel, il sera un acte d’espérance.

 

8° Un acte de mortification fait pour la conversion des pécheurs et le soulagement des âmes du purgatoire constitue un acte de charité envers le prochain.

 

9° Quand l’acte de mortification consiste à se priver pour secourir les pauvres, c’est un acte de miséricorde.

 

10° Si nous faisons cet acte de mortification pour montrer à Dieu que nous voulons lui plaire de plus en plus, nous réalisons un acte d’amour de Dieu.

 

En chaque acte de mortification, je pourrai exercer ces dix vertus selon les buts que je me propose.

 

416. Plus la vertu est accompagnée de sacrifices et d’abnégation, plus elle brille à nos yeux, plus elle nous ravit et nous transporte, plus elle a de mérite.

 

417. L’homme vil, faible, lâche et peureux ne fait pas de sacrifice et n’est pas capable d’en faire parce qu’il ne résiste à aucun caprices ou appétit de la concupiscence. Il ne sait pas refuser à la passion ce qu’elle demande ; c’est un lâche qui se rend sans combattre. Quand deux hommes luttent entre eux, le plus fort et le plus courageux l’emporte. Ainsi en est-il dans le combat entre le vicieux et ses appétits déréglés ; ces derniers l’emportent aisément. L’homme chaste, au contraire, lutte vaillamment contre ses passions, s’abstenant des plaisirs que lui offre la nature ou la passion. Voilà pourquoi sa victoire est digne des plus grands éloges.

 

418. C’est pourquoi le mérite de l’homme est d’autant plus grand que le plaisir sacrifié est séduisant, que la répugnance surmontée est considérable, que la douleur acceptée est lourde ou que le respect humain méprisé est insidieux. Mais tout cela doit être fait ou souffert par amour de la vertu et pour la plus grande gloire de Dieu.

 

759. Le point où je dois lutter plus fort c'est le manger. Mon corps est comme un baudet rétif qui, parfois, réussit à me déjouer et se moque de moi. Dès qu'il voit le dîner sur la table, il a un appétit démesuré. Aussi, le fais-je jeûner trois fois par semaine, mercredi, vendredi et samedi. En aucun jour de l’année, pas même les jours de fêtes principales, je ne l’autorise à manger ni viande ni poisson. Cependant, je veux que mes familiers soient exempts de cette discipline que j'impose à mon corps et je demande qu'on prépare pour eux des mets où entrent la viande et le poisson. Je veux aussi qu'ils aient du vin, tandis que je m'en prive, même si j'aimerais en boire. Tout cela est une sorte de supplice de Tantale. J'aime la viande et le vin, mais je ne veux ni manger ni boire et je me trouve d'autant mieux corporellement et spirituellement.

 

760. Mon corps accepte facilement, bien que non sans quelque peine, l’abstinence de viande, de poisson et de vin. Ce qui lui coûte le plus, c'est de ne pouvoir manger à sa guise les autres aliments. Il réclame une plus grande quantité, et, quelques fois, je me laisse vaincre et je lui donne un peu plus que ce que je m'étais proposé. Je commets aussi une faute plus grande: je mange plus vite que prévu. Comme je me sers le premier et je ne prends que quelques pommes ou légumes, etc., et les autres se servent après moi et prennent ce qu'ils veulent, naturellement, ils ont besoin de plus de temps pour manger la portion qu'ils ont mise dans l'assiette. Je veux les attendre, en mangeant lentement, afin de finir en même temps; et là commence ma difficulté. Comme je commence le premier et n'ai pas à découper la viande et, en plus, j'ai un grand appétit, je ne peux freiner le baudet de mon corps; il m'échappe et je mange plus vite que prévu. Entre les repas, je ne prends ni nourriture, ni boisson.

 

761. Les fins que je me propose en pratiquant l'abstinence sont nombreuses: 1° Mortifier mon corps; 2° Édifier le prochain, ce qui me paraît être une chose convenable ces temps-ci; 3° Ne pas gêner mes hôtes lorsque je mange hors de chez nous; 4.' Économiser pour donner davantage. Et, principalement, imiter Jésus et Marie[5].

 

Depuis quelque temps, Dieu notre Seigneur, dans son infinie bonté, me fait connaître beaucoup de choses pendant que je prie.

 

Ma mission au palais

 

772. 4° Le baisemain. - ce genre de réception est l’acte officiel qui me donne peut-être le plus de souci, car la toilette des dames comporte le décolleté et moi, je demande que la tenue soit plus décente. On me répond, évidemment, que cela s'est toujours fait ainsi, que le protocole règle ces usages. Je me montre strict en parlant selon mon devoir. Sans doute la reine écoute-t-elle ma voix et on peut dire qu'elle est la dame la plus vêtue de la cour. Mais cela ne me suffit pas et je lui manifeste mon dégoût et ma peine, et le désir que j'éprouve de quitter le Palais royal pour cette raison.

 

829. Madrid, 21 mars 1865. Celui qui a réalisé de nombreuses caricatures et photos méchantes et calomnieuses contre moi, caricatures vendues et répandues partout, s'est converti et est venu se confesser. Cette année-là, encore, une femme bien méchante, et qui avait commis toutes sortes de péchés s'est convertie. Elle doit cette conversion à la prière « Ô Vierge et Mère de Dieu », que je fais réciter à la fin du sermon. Elle l'a récitée tous les jours malgré sa mauvaise vie et, à la fin, la sainte Vierge a touché son cœur et elle a fait une bonne confession générale. Elle ne s'était jamais bien confessée. Sous toutes réserves, je dirai qu'elle avait commis toutes sortes de péchés, si on peut dire, des actions honteuses sur elle-même, avec d'autres femmes, avec des hommes célibataires, veufs ou mariés, avec son propre père, son propre fils, des animaux et de bien des manières. Elle avait empoisonné son mari et avait tenté de se suicider plusieurs fois sans jamais réussir toutefois, parce qu'on la trouvait à demi morte et on la soignait. Elle avait fait appel au démon plusieurs fois. Elle s'en était remise à lui pour qu'il l’amène etc... Et, c'est à cause de cette petite prière récitée tous les jours à la sainte Vierge que le seigneur l’a sauvée. Le Seigneur l’a finalement convertie. Oh! Que la vierge Marie est miséricordieuse! Cette conversion est arrivée pendant la neuvaine du Cœur Immaculé de Marie en 1865.

 

 

Le texte ci-après, écrit après 1865, couvre un événement qui s'est produit dans la vie de Claret en 1831, alors qu'il était âgé de 24 ans. Écrit à la troisième personne, il est destiné aux séminaristes de l’Escurial. Son importance se trouve dans la vision de la Sainte Vierge que Claret a eue au cours de sa deuxième année de philosophie à Vic. Comme conséquence de cette vision, il a été confirmé dans la chasteté qui est devenue la source de la fécondité de son apostolat.

 

En 1831, à Vic, en Catalogne, se trouvait un séminariste de philosophie au séminaire de cette ville. Il était très studieux et très appliqué. Il était ponctuel en classe.

Il se levait de bon matin et à une heure fixe, sans se laisser tromper par la paresse. Il s'agenouillait tout de suite et offrait à Dieu et à la très sainte Vierge ses travaux, ses paroles et ses pensées. Suivait une demi-heure de méditation sur la vie, la passion et la mort de Jésus-Christ. Cela fait, il se rendait à la sainte messe et, au retour, commençait à étudier jusqu'à huit heures, temps de prendre un chocolat. Il repassait ensuite ses leçons et se rendait en classe. Une fois sorti de classe, il notait ce que le professeur avait dit d'important et se reposait jusqu'à onze heures. A ce moment-là, il commençait à étudier jusqu'à midi pour les cours de l'après-midi. À midi, il mangeait, se reposait un peu, faisait la lecture spirituelle, repassait ses leçons et retournait en classe. En sortant, il visitait le Saint Sacrement dans les quarante-heures et se rendait visiter tout de suite la Vierge du Rosaire à l'église de saint Dominique. Jamais, même sous la neige ou la pluie, il n'a manqué ces deux visites : au très Saint Sacrement et à la Vierge du Rosaire. Les jours de congé, il prolongeait ces visites, car il n'avait d'autres amis que Jésus et Marie et n'entrait pas ailleurs que dans l'église.

 

Toutes les semaines, il se présentait au sacrement du pardon et à l'eucharistie. Comme il appartenait à la confrérie de saint Louis de Gonzague, il participait tous les ans aux exercices spirituels à l'église du Séminaire. Ils étaient dirigés par Mgr l'évêque, Paul de Jésus Corcuera, qui aimait bien les séminaristes et s'occupait beaucoup d'eux pour qu'ils deviennent des prêtres saints et savants.

 

Cet étudiant, membre de cette confrérie, avait une grande dévotion à saint Louis de Gonzague. Comme il savait que la véritable dévotion envers un saint consiste à imiter ses vertus et à réaliser promptement et avec attention les choses qui contribuent davantage au service de Dieu, ce jeune donc, accordait la plus grande attention à la vertu de chasteté. De plus, puisqu'il aimait la sainte vierge Marie comme sa douce et affectueuse mère, il se demandait toujours quel cadeau il pourrait lui donner.

 

L'idée lui vint à l'esprit qu'il devait lire et étudier la vie de saint Jean l'Évangéliste et l'imiter. Ce faisant, il a découvert que ce fils de Marie, confié à elle par Jésus sur la croix, brillait de toutes les vertus, mais surtout par son humilité, sa pureté et sa charité. Ce jeune étudiant voulait donc mettre ces vertus en pratique.

 

Malgré l'application qu'il a mis à s'éloigner de tout danger, Dieu a permis qu'il subisse une tentation très forte et véhémente contre la sainte pureté, qu'il appréciait tant. Cela se passa ainsi. Il fut atteint par une forte grippe au début de 1831. On lui a demandé de garder le lit. C’est ce qu'il a fait. Un jour, à dix heures et demie du matin, il fut assailli par une tentation si forte contre la chasteté qu'il ne savait que faire pour la vaincre. Il a invoqué son ange gardien, saint Louis de Gonzague et d'autres saints de sa dévotion, mais il n'obtenait aucun soulagement. Il se signait le front, y traçant trois croix en disant: "Par le signe de la sainte croix, délivre-nous de nos ennemis, Seigneur notre Dieu". Tout cela était en vain. Il se sentait même plus fortement encore stimulé par la passion.

 

Comme il ne pouvait se lever, il se tourna de l'autre côté du lit. Au moment même où il s'est retourné, il a vu quatre images: la sainte vierge Marie, lui-même, les saints de sa dévotion et les démons.

 

Il voyait Marie très belle, portant un vêtement rose, presque carmin, un manteau bleu et tenant beaucoup de guirlandes de roses à la main gauche. Elle avait une très belle couronne de roses dans la main droite et elle lui dit: "Tu auras cette couronne si tu vaincs".

 

A peine avait-elle prononcé ces mots qu'elle lui posa la couronne sur la tête. Rappelons que l'étudiant était au lit, enchanté de ce qui se passait. La Vierge flottait dans l'air sans s'appuyer sur rien, à environ un mètre au-dessus du lit. L'étudiant se reconnaissait dans l'image d'un enfant d'environ douze ans, vif et beau, portant sur la tête la couronne de roses, agenouillé, les mains jointes en attitude de prière fervente. Il comprit très bien, à la suite de la lumière reçue, que cet enfant était le portrait de son âme. Il se trouvait à un mètre de distance, à droite du spectateur. Du même côté, à une distance de deux mètres mais situé un peu plus haut dans les airs, il voyait un groupe de saints, ses patrons, en train de prier pour lui. Saint Etienne était le plus proche. Il était revêtu de la dalmatique de diacre. Comme ce saint était le patron du village de l'étudiant, il a cru que c'était là le motif de sa présence à ce combat. Plusieurs années plus tard, cependant, quand l'étudiant fut ordonné diacre, le Seigneur lui révéla, au cours même de l'ordination, pourquoi saint Étienne avait été là, tout près de lui. Quand l'évêque prononça ces paroles de l'apôtre: "Nous n'avons pas à lutter seulement contre la chair et le sang, mais aussi contre les puissances et les principautés, contre les princes des ténèbres... " (Rituel et Ep 6,12). Après avoir regardé avec attention la vision de la Vierge et des saints patrons, l'étudiant a tourné son regard vers la gauche. A trois mètres il vit, dans l'air, une grande armée de démons en rangs serrés comme s'ils battaient en retraite après une bataille.

 

La vision se termina ainsi, laissant l'étudiant plein de joie et de courage. Soyez tous fervents envers Marie !

Dans tout ce que vous faites, pensez à vos derniers jours et vous ne pécherez pas (Sir. 7,40). Peu importe le moment et l'occupation, examine ta conscience et, si tu remarques des fautes, essaie de te corriger avec la grâce de Dieu. C'est ainsi que tu parviendras à la perfection (sainte Thérèse, Avis, Tome 1, p. s91).

 

 

[1] Nous empruntons cette Autobiographie d’Antoine-Marie au site internet de la congrégation des Claretains à l’adresse suivante http://www.claret.org/fr/biographie-saint-antoine-marie-claret

[2] Mt 15,19.

[3] Ps 14,1.

[4]En Catalogne, la prière Ô Vierge et Mère devint aussi populaire que le Salve Regina. Elle dit: Ô Vierge et Mère de Dieu, je me donne tout à vous comme votre enfant. Pour honorer votre pureté, je vous consacre mon âme et mon corps, mes facultés et mes sens et je vous demande la grâce de ne jamais commettre un seul péché. Mère, voici votre Fils! (trois fois) En vous j'ai mis toute ma confiance, jamais je ne serai confondu. Amen.

 

Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6