Bienheureuse Rosalie Rendu - Chapitre 4 - Hozana

Bienheureuse Rosalie Rendu - Chapitre 4

Sœur Rosalie, au fil des ans, tisse un réseau de bienfaiteurs et de laïcs qui l’aident soit par de l’argent soit par le don de leur personne. Ils s’engagent ainsi dans un catholicisme social. Ainsi de Frédéric Ozanam ou de Léon Le Prévost, par exemple. De plus, en attirant l’attention d’hommes politiques sur les conditions de vie et la misère des ouvriers, elle intervient, à sa manière, en politique. A cet égard, sa rencontre en 1838 avec Armand de Melun, député breton, est déterminante. C’est lui qui fera voter en 1850 et 1851 un premier grand train de lois sociales : logements insalubres, caisses de retraite, délits d’usure, assistance judiciaire, assistance hospitalière, contrats d’apprentissage.

Des évêques et des prêtres fréquentent le parloir de la communauté. Mais aussi l'Ambassadeur d'Espagne, Donoso Cortés, Charles X, le Général Cavaignac, des écrivains et des hommes politiques. Rosalie sait aussi nouer des liens avec les riches et les puissants de la capitale, jouant ainsi les intermédiaires entre les salons du faubourg Saint-Germain et les taudis de la rue Mouffetard. Pleine de compassion, de délicatesse et de clairvoyance, d’une autorité quasi maternelle, elle se montre franche dans ses paroles, avec un brin de sévérité s’il le faut.

 Elle est en relation avec la reine Marie-Amélie, épouse de Louis-Philippe, et avec Madame de la Villette, fille adoptive de Voltaire. L’une de ses amies haut placée, Marie Baccoffe de Montmahaut, lui obtient, sans qu’elle l’ait recherchée, la Croix de la Légion d’honneur en 1852. Elle est prête à refuser cet honneur personnel, mais Monsieur Etienne, supérieur des Prêtres de la Mission et des Filles de la Charité l'oblige à l'accepter et c’est Napoléon III qui la lui remet.

Deux ans plus tard, lui-même et l’impératrice Eugénie visitent sa crèche.

Connue dans les milieux ecclésiastiques, ses liens avec l’archevêque de Paris, Mgr Affre, lui permettent d’intervenir dans les affaires internes aux lazaristes, notamment dans le conflit opposant le Supérieur général, le père Nozo, à son Conseil.

Curieusement, la notoriété de Sœur Rosalie n’est pas bien perçue au sein de son Ordre.

Incompréhension, jalousie, critique vis-à-vis du réseau de relations qu’elle entretient, toujours est-il que plus elle devient célèbre, plus elle est rejetée par un certain nombre de Filles de la Charité. Elles n’apprécient pas son pouvoir d’influence. Au point que, dans les années 1840, elle est mise à pied pendant dix jours par ses Supérieures. Cette animosité aura la vie dure comme nous le verrons plus loin.

Sœur Rosalie, tout au long de son apostolat ne s’est guère ménagée. Jamais un instant de repos, jamais de vacances. Or sa santé n’est pas bonne même si elle ne se plaint jamais et que sa volonté de fer lui permet toujours de surmonter ses fièvres et ses fatigues. A partir de 1854, elle devient progressivement aveugle. On tente bien, en octobre 1855, une opération de la cataracte mais c’est un échec. Elle a du mal à se diriger dans la maison sauf quand il s’agit de soigner les pauvres qui se présentent, elle semble alors retrouver la vue. Elle refuse une neuvaine que les Sœurs veulent faire pour sa guérison disant qu’elle serait « effrayée d’être la personne choisie par Dieu pour être l’objet d’un miracle ».

Même handicapée, elle veut vivre. Elle confie à une Sœur : « J’ai grand peur de la mort. Si Dieu veut me donner encore quelques années sur cette terre, je ne demande pas à la quitter ! »

Pourtant, ses jours sont comptés. Dans la nuit du 4 février 1856, elle sent bien qu’elle prend froid mais elle ne veut pas réveiller la Sœur qui est auprès d’elle. Au matin le médecin diagnostique une pleurésie. Le mal ne lui fait pas oublier ses pauvres dont elle dit : « Ils ne sont pas si bien que moi. » On lui pose un vésicatoire. Or la serviette qui l’entoure pèse sur la plaie et provoque une vive souffrance. « N’avez-vous donc rien senti ? » lui demande la Sœur infirmière. Sœur Rosalie répond : « Oui, je le sentais, mais c’était un clou de la croix de Notre Seigneur et je voulais le conserver. »

Le 6 février, elle ressent un léger mieux et prend un bouillon. On lui dit qu’un pauvre demande à se réchauffer et elle s’écrie : « et moi qui grelotte dans un bon lit, portez-lui de suite une couverture… Mes enfants, mes chers enfants, quand je ne serai plus, ô mon Dieu, vous ne les abandonnerez pas ! » 

Le curé de Saint-Médard lui donne l’Extrême-Onction. Elle fait le signe de la croix, tombe dans le coma et s’éteint le lendemain 7 février à 11 heures.

Dans tout Paris, c’est la consternation. Le jour de ses obsèques, 9 février, est chômé comme un dimanche. Ses funérailles à Saint-Médard le 9 février 1856 attirent des foules considérables et suscitent un hommage unanime qui transcende les conditions sociales et les clivages politiques. C’est à peine si on peut circuler dans les rues.

Après la célébration des obsèques, une foule immense et très émue suit sa dépouille jusqu'au cimetière Montparnasse. Elle vient manifester son admiration pour l'œuvre accomplie et son affection pour cette Sœur hors du commun. 

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La tombe de Sœur Rosalie, à l’entrée du cimetière Montparnasse, est toujours fleurie. C’est une tombe toute simple, surmontée d'une grande Croix, où sont gravés ces mots : À la bonne mère Rosalie, ses amis reconnaissants, les pauvres et les riches

L’admiration et la vénération suscitées par Sœur Rosalie sont telles que tous les journaux, quelles que soient les tendances politiques se font l’écho de sa disparition. Même Le Constitutionnel, journal de la gauche anticlérical lui consacre un long article : « Les malheureux du 12ème arrondissement viennent de faire une perte bien regrettable : la Sœur Rosalie, Supérieure de la communauté de la rue de l'Épée de Bois, est décédée hier à la suite d'une longue maladie. Depuis de longues années, cette respectable religieuse était la providence des classes nécessiteuses et nombreuses dans ce quartier ». 

Le Moniteur, journal officiel de l’Empire, loue son action :

« Les honneurs funèbres ont été rendus à la Sœur Rosalie avec un éclat inaccoutumé. La sainte femme était depuis cinquante‑deux ans hospitalière dans un quartier où il y a beaucoup de malheureux à soulager et tous les malheureux reconnaissants l'ont accompagnée à l'église et au cimetière. Un piquet d'honneur faisait partie du cortège ».

Ces hommages unanimes rendus à Sœur Rosalie n’ont cependant pas trouvé d’écho auprès des Supérieures de sa communauté. Elles campaient sur leurs positions, à savoir leur opposition à son action sociale auprès des réseaux qu’elle avait constitués. Elles ne se déplacèrent même pas pour assister aux obsèques et gardèrent un silence complet. Ces réticences expliquent pourquoi l’introduction de sa cause de béatification a pris tant de temps. Il fallut attendre, vers la fin du XIXe siècle,  l’arrivée aux postes dirigeants des Sœurs formées par Sœur Rosalie pour que les attitudes changent. Plus tard, des articles sur Sœur Rosalie parurent dans les journaux de la Compagnie. Enfin, dans les années cinquante, les Filles de la Charité se sont associées au diocèse de Paris pour introduire la cause de béatification. Celle-ci aboutit au début des années 2000. Le 9 novembre 2003, Sœur Rosalie fut enfin béatifiée par le pape Jean-Paul II. Voici un extrait de son homélie :

« A une époque troublée par des conflits sociaux,  Rosalie Rendu s'est joyeusement faite la servante des plus pauvres, pour redonner à chacun sa dignité, par des aides matérielles, par l'éducation et l'enseignement du mystère chrétien, poussant Frédéric Ozanam à se mettre au service des pauvres. 

Sa charité était inventive. Où puisait-elle la force pour réaliser autant de choses? C'est dans son intense vie d'oraison et dans sa prière incessante du chapelet qui ne la quittait pas. Son secret était simple : en vraie fille de Vincent de Paul, comme une autre Sœur de son temps, sainte Catherine Labouré, voir en tout homme le visage du Christ. Rendons grâce pour le témoignage de charité que la famille vincentienne ne cesse de donner au monde ! »

La Compagnie a donc désormais inclus une figure de plus dans la famille vincentienne : Vincent de Paul, Louise de Marillac, Catherine Labouré, Rosalie Rendu et enfin Frédéric Ozanam lui-même béatifié le 22 août 1997.

Quant aux autorités parisiennes, laïques et religieuses, elles avaient moins tardé que la Compagnie des Filles de la Charité à vénérer le souvenir de Sœur Rosalie : Le maire du XIIe arrondissement (quartier à cheval sur les actuels Ve et XIIIe arrondissements) fit sculpter un buste en bronze de la disparue qu’il plaça dans la salle de la mairie en décembre 1856. En 1867, on donna son nom à la courte avenue qui part de l’actuelle place d’Italie. L’Église de Paris, par l’intermédiaire de l’abbé Le Rebours, curé de la Madeleine, construisit une chapelle en son honneur au sud du quartier Mouffetard. Détruite pour percer l’actuelle avenue Sœur Rosalie, la chapelle fut reconstruite Bd Auguste Blanqui. Elle fut dédiée à Sainte Rosalie de Palerme (Sœur Rosalie n’ayant pas été béatifiée à l’époque). Si aujourd’hui vous entrez dans cette église, devenue paroisse en 1963, ne manquez pas d’aller voir le vitrail consacré à Sœur Rosalie.

Aujourd’hui, comme il y a deux cents ans, les pauvres du XXIe siècle sont là et nous interpellent. Ils sont laissés pour compte, chômeurs, étrangers, demandeurs d’asile. Ils ont froid, ils ont faim. Mal logés ou SDF, ils sont rejetés. Pourtant Sœur Rosalie disait : « Rappelez-vous ces haillons qui vous cachent Notre-Seigneur ».

Qu’elle nous aide à changer notre regard. Prions avec la Vierge Marie.

Je vous salue, Marie…

Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

2 commentaires

Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

jean
jean place Haguenau, il y a 2 mois
En union de prière. Amen.🌹🙏🙏🙏 j-m
Florence
Florence place Plouray, il y a 2 mois
en trés grande union de prière amen fiat
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