La Messe…………Après la consécration -> Début Memento des morts - Hozana

La Messe…………Après la consécration -> Début Memento des morts

 La Messe…………Après la consécration -> Début Memento des morts

Jésus est dépouillé de ses vêtements. Dixième station du chemin de croix de la colline des Espélugues surplombant la grotte de Massabielle à Lourdes,

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         Dixième publication de l’EXPLICATION DE LA MESSE d’après les notes prises lors des différents explications données par Dom Guéranger à ses moines : Elle concerne les prières qui suivent la consécration jusqu’à la première partie du Memento des morts.   

UNDE ET MEMORES

        Le Prêtre ayant adoré le Précieux Sang, l’a montré au peuple, puis adoré encore. Il étend alors de nouveau les mains, et poursuit sa prière : Unde et memores, Domine, nos servi tui ;sed plebs tua sancta, ejusdem Christi Filii tui tam beatae Passionis, necnon et ab inferis Resurrectionis, sed et in coelos gloriosae Ascensionis : offerimus praeclarae majestati tuae . . . .(C’est pourquoi, Seigneur, nous vos serviteurs, avec nous, votre peuple saint, nous souvenant de la bienheureuse Passion de votre Fils, le Christ Notre Seigneur, et aussi de sa Résurrection et de son Ascension glorieuse, nous offrons à votre divine majesté….)

      Aussi nous nous souvenons. Le Prêtre dit nous, car il ne s’agit pas seulement de lui, mais encore de tout le peuple. Il le rappelle à Dieu le Père ; et tous, unis à lui, se souviennent de la bienheureuse Passion, de la Résurrection, et de l’Ascension de leur divin Sauveur. Durant l’oblation, il avait bien été question déjà de ces trois grands mystères ; mais la sainte Église n’y avait pas insisté avec autant de complaisance qu’elle le fait ici. Elle sait que Dieu a tout fait pour l’homme, et elle ne veut rien perdre de ses bienfaits.

       Oui, nous offrons quelque chose de grand, parce que nous sommes en présence du corps et du sang de Jésus-Christ. Nous nous souvenons de sa Passion qui a été bienheureuse pour nous ; ici encore la victime est immolée ; mais il y a plus que cela, et la victime que nous possédons, est celui-là même qui est ressuscité. Ce n’est pas tout : nous nous souvenons encore de sa glorieuse Ascension dans les Cieux. Oui, celui qui est ici, est le Ressuscité du tombeau ; c’est aussi lui qui, montant dans les Cieux, s’est assis à la droite du Père, alors que les Anges faisaient retentir ces chants : Attollite portas, principes, vestras, et elevamini, portae aeternales, et introibit Rex gloriae (Ps. XXIII, 7 ) ( Levez vos portes, princes : et élevez-vous, portes éternelles :et le Roi de gloire fera son entrée.) 

.       Ainsi nous avons ici celui qui a souffert, qui est ressuscité, et qui maintenant triomphe avec gloire dans les Cieux. Oui, nous nous souvenons de toutes ces choses, et c’est ce qui nous donne une confiance si ferme, ce qui nous fait dire avec tant d’assurance offerimus praeclara : majestati tuae de tuis donis ac datis. (Nous offrons à votre divine majestée le don que nous avons reçu de vous) Nous parlons d’offrir et cependant nous n’avons rien. C’est vrai, rien n’est à nous, mais nous vous offrons vos dons eux-mêmes, nous ne disons pas autre chose. Ce pain et ce vin, vous nous les avez donnés ; ils sont devenus le corps et le sang de votre Fils, lequel vous nous avez donné également tout entier ; nous puisons donc dans vos magnificences, et nous vous offrons quelque chose que vous nous avez donné.

            Et quelles sont les qualités de cette offrande ? Elle est pure, sainte et sans tache. Cependant sur la terre tout est impur, rien n’est saint, tout est taché et souillé ; comment donc le Prêtre ose-t-il dire ce que nous venons d’entendre ? Rappelons-nous quelle est son offrande. C’est le Fils de Dieu lui-même, en qui se sont accomplis les grands mystères de la Passion, de la Résurrection et de l’Ascension. Voilà ce qui donne tant d’assurance à la sainte Église à ce moment. Épouse, elle se dresse devant la glorieuse Trinité, lui disant : Je suis riche de votre bien même, riche de celui qui a fait tout ce que je rappelle ici, car vous me l’avez donné ; mais je vous l’offre, et cette offrande est digne de vous, car elle est pure, sainte et sans tache.

               Ce Sacrifice est si puissant que Dieu est obligé de regarder notre offrande ; il ne peut pas la refuser ; et la force de ce Sacrifice vient précisément de ce que le Fils nous a été donné. Avec lui nous atteignons les quatre fins du sacrifice chrétien ; nous tenons ainsi le cœur de Dieu qui est obligé d’accepter cette offrande et de s’en déclarer satisfait. Dans l’ancienne loi, il n’en était pas ainsi ; les sacrifices de béliers et d’agneaux ne pouvaient assurément agir sur Dieu de la même façon : qu’en avait-il besoin ? Mais ici, sous les faibles apparences du pain et du vin, il y a quelque chose de grand qui force l’attention de Dieu, et l’oblige de nous prouver qu’il a pour agréable ce qui lui est offert. On comprend que le diable enrage à cette vue, et qu’il fasse tous ses efforts pour EMPECHER la foi à la présence réelle, cherchant à renverser les autels, à diminuer le nombre des prêtres, afin qu’il y ait moins de Messes offertes à Dieu.

         Quand on pense que c’est un homme pécheur qui opère de si grandes choses, qui se trouve si puissant devant Dieu ! Si encore ce ministère sacré était réservé aux Anges, ces purs esprits que le péché ne souille pas, on se l’expliquerait davantage. Mais non ; c’est un homme pécheur que Dieu a choisi et qu’il a honoré de ce privilège. Cet homme devrait trembler sans doute ; mais il se sent tout-puissant, ayant entre ses mains le Fils de Dieu.

        Cette Hostie pure, sainte et sans tache que le Prêtre offre à Dieu est encore : Panem sanctum vitae aeternae, et calicem salutis perpetuae. (le pain sacré de la vie qui ne finira pas, et le calice du salut éternel) Voilà le côté sacramentel de la sainte Eucharistie. Si elle est un Sacrifice offert à Dieu, elle est aussi le sacrement destiné à nourrir nos âmes, pour leur donner la vie et le salut éternels.

        Dans cette magnifique Oraison, le Prêtre en prononçant ces paroles : Hostiam puram, hostiam sanctam, hostiam immaculatam,  (hostie pure, hostie sainte, hostie sans tache)  fait le signe de la Croix par trois fois sur l’hostie et le calice en même temps ; puis en disant : Panem sanctum vitae aeternae, (Le pain sacré de la vie éternel) il le fait sur le pain ; en disant : calicem salutis perpetuae, (Le calice du salut éternel) il le fait sur le calice. Aurait-il donc par hasard la prétention de bénir Notre Seigneur ? Non assurément. Jusqu’à la consécration il a béni le pain parce qu’il a le droit de le bénir, ayant reçu la puissance de bénédiction. Mais ici, il n’a plus le pain entre les mains : c’est l’Auteur de toute bénédiction qui est sur l’autel. Si le Prêtre fait ainsi le signe de la Croix, c’est pour nous montrer que ce Sacrifice EST le Sacrifice de la Croix, Sacrifice vraiment pur, saint et sans tache. Il signe l’hostie à part, pour nous dire qu’il y a bien là le Corps du Seigneur qui a été crucifié ; et ensuite le calice, pour nous montrer qu’il contient vraiment le Sang qui a coulé sur la Croix. Ainsi à partir du moment de la consécration, nous devons regarder les signes de Croix que la sainte Église fait faire par le Prêtre, comme INDIQUANT et RAPPELANT le Sacrifice de la Croix, et non comme signes de bénédiction sur Notre Seigneur.

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SUPRA QUAE, PROPITIO 

       Le Prêtre ayant de nouveau étendu les mains poursuit la grande prière, disant : Supra quae ; propitio ac sereno vultu respicere digneris. (Sur lesquels il vous plaise de jeter un regard doux et serein) Oui, Seigneur, malgré votre souveraine sainteté., votre souveraine puissance, vous qui êtes l’Être, daignez jeter les yeux sur cette demeure terrestre avec bonté et miséricorde, et daignez faire attention à ce que nous vous offrons . 

         Autrefois, et jusqu’à saint Léon, cette Oraison ne se terminait pas comme aujourd’hui ; on sous-entendait là, ces choses, pour finir la phrase. Saint Léon trouva qu’on pouvait compléter d’une manière plus déterminée, et il ajouta à la fin de l’Oraison ces mots : Sanctum sacrificium, immaculatam hostiam. Tel est donc le sens : et accepta habere sanctum sacrificiumimmaculatam hostiam. Le reste de la phrase que nous avons aujourd’hui sous les yeux forme alors une sorte de parenthèse : sicuti accepta habere dignatus es munera pueri tui justi Abel.. . Recevez donc ce sacrifice, ô Seigneur, dit le Prêtre, comme vous avez eu pour agréables les offrandes de votre serviteur, le juste Abel. Ainsi, Seigneur, vous avez agréé les présents d’Abel ; cependant ce qu’il vous offrait était infiniment au-dessous de ce que nous pouvons vous présenter ; il n’y a pas de comparaison à établir entre ces deux sacrifices ; cependant tout infimes qu’étaient les offrandes d’Abel, vous les avez agréées.

        Mais ce n’est pas tout ; il y eut autrefois un autre sacrifice que Dieu eut aussi pour agréable : et sacrificum patriarchae nostri Abrahae, c’est le sacrifice d’Abraham. Le premier sacrifice, celui d’Abel, est un sacrifice sanglant ; celui-ci est non sanglant : c’est le sacrifice du père qui consent à l’immolation de son fils que Dieu lui demande. Dieu lui dit : Prends ton fils, et va me l’offrir en holocauste sur la montagne que je te montrerai. Et Abraham obéit à Dieu et part avec son fils. Tout consiste dans cet acquiescement du grand patriarche ; son sacrifice est tout spirituel, car Dieu content de son obéissance, lui commande d’épargner son fils ; le sang qui est versé, n’est que celui d’un bélier immolé à la place d’Isaac. Abel et Abraham se trouvent réunis dans le sacrifice de Jésus-Christ qui a sacrifié son honneur et sa vie, offrant à son Père le plus complet dévouement, s’immolant véritablement puisque son corps est séparé de son sang. Il est donc à propos de rappeler et le sacrifice d’Abel et celui d’Abraham ; toutefois celui du sang est le sacrifice primordial ; mais celui d’Abraham est si agréable à Dieu, qu’il rend ce patriarche digne de devenir l’aïeul du Christ, qui a dans ses veines le sang du père des croyants.

          Mais le Prêtre ajoute des paroles qui nous prouvent l’existence d’un troisième sacrifice : et quod tibi oblulit summnus sacerdos tuus Melchisedech. (Et celui que vous offrit votre grand prêtre Melkisédech)  Ce troisième sacrifice est tout mystérieux : il a été offert par le grand prêtre Melchisédech, personnage mystérieux lui-même, et Dieu l’a eu vraiment pour agréable, et nous pouvons rappeler à Dieu ce qu’il a dit à son Fils dans le Psaume CIXe : Tu es sacerdos in aeternum secundum ordinem Melchisedech. (Tu es prêtre selon l’ordre de Melchisédech ) Oui, lorsque vous voulez honorer votre Fils, Seigneur, vous lui dites qu’il est Prêtre selon l’ordre de Melchisédech ; il faut donc que le sacrifice de ce personnage mystérieux vous ait été agréable. Dans le sacrifice de la Messe, nous avons à la fois et le sacrifice d’Abel, et celui d’Abraham, et celui de Melchisédech : le sacrifice d’Abel, qui représente le sacrifice de la Croix avec lequel la Messe ne fait qu’un même sacrifice ; le sacrifice d’Abraham où l’immolation n’est pas sanglante, comme dans le sacrifice de la Messe ; enfin l’offrande de Melchisédech, qui représente le sacrifice de la Messe où le pain et le vin sont sur l’autel. Après la consécration il ne reste plus du pain et du vin que les espèces ou apparences, qui servent à recouvrir la victime.

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SUPPLICES TE ROGAMUS

           Pour l’Oraison qui va suivre, le Prêtre n’a plus les mains étendues, parce qu’il s’incline profondément pour supplier ; plaçant sur l’autel ses mains jointes, il dit : Supplices te rogamus, omnipotens Deus : jube haec perferri per manus sancti Angeli tui in sublime altare tuum, in conspectu divinae Majestatis tuae. (Nous vous supplions, Dieu tout-puissant, commandez  que cette oblation soit portée par les mains de votre saint Ange sur votre autel sublime, en présence de votre divine majesté)  Ce sont là des paroles redoutables, dit Innocent III dans son traité du sacrifice de la Messe. Le Prêtre ne désigne pas autrement son offrande que par ce mot haec, ces choses ; il sait que Dieu les voit et connaît leur prix, il se contente donc de dire : jube haec perferri ; ordonnez que ces choses soient portées.

              Et dans quel endroit désire-t-il les voir transportées ? in sublime altare tuum. Ce n’est pas assez de l’autel de la terre ; nous avons la prétention que cette offrande soit posée sur cet autel que saint Jean a vu dans le Ciel, et sur lequel il nous représente un Agneau comme immolé : et vidi Agnum stantem tamquam occisum. Cet Agneau est debout, dit saint jean ; cependant il ajoute : tamquam occisum, il est comme immolé. Notre Seigneur, en effet, aura toujours ses cinq plaies, qui sont maintenant resplendissantes ; mais l’Agneau est debout, parce qu’il est vivant et qu’il ne mourra plus ; c’est ainsi que nous le montre saint Jean. Tel est cet autel sur lequel Notre Seigneur se tient debout, dans sa vie immortelle, portant les marques de ce qu’il a souffert : Agnum tamquam occisum, il est là devant le trône de la divine Majesté. Le Prêtre demande donc à Dieu que son Ange vienne, qu’il prenne la victime qui est là sur l’autel de la terre pour la placer sur l’autel du Ciel. Quel est cet Ange auquel le Prêtre fait allusion ? il n’y a pas de Chérubin, de Séraphin d’Ange ou d’Archange qui puisse faire ce que le Prêtre demande ici à Dieu ; c’est au-dessus de leur pouvoir. Or, le nom d’Ange signifie envoyé, et le Fils a été envoyé par le Père ; il est venu sur la terre au milieu des hommes, il est le véritable missus, l’envoyé, comme il le dit lui-même : Et qui misit me Pater(S. Jean V, 37). Et Notre Seigneur n’est pas simplement au rang de ces esprits que nous appelons Anges et Archanges, et que Dieu place près de nous. Non, il est l’Ange par excellence, il est, dit la sainte Écriture, l’Ange du grand Conseil, Angelus magni Consilii ; de ce grand Conseil de Dieu qui a voulu racheter le monde, et qui pour cela a donné son Fils. Le Prêtre demande donc à Dieu que l’Ange emporte ce qui est sur l’autel, haec, et qu’il le pose sur l’autel du Ciel ; il fait cette demande afin de marquer l’identité du Sacrifice du ciel et du Sacrifice de la terre.

        II y a là quelque chose de semblable à ce qui existe dans la liturgie grecque. Après la consécration, les Orientaux demandent à l’Esprit Saint de venir opérer le mystère, ainsi que nous l’avons dit, pour montrer que c’est ce DIVIN ESPRIT qui opère ici, comme il opéra dans la Sainte Vierge. La chose est faite, c’est vrai ; et le Prêtre grec oublierait cette Oraison que le Saint-Esprit n’en aurait pas moins opéré auparavant. Mais c’est encore une manière pour eux d’affirmer ce que nous venons de voir affirmé dans l’Oraison latine que nous étudions, c’est-à-dire encore une fois, l’identité des Sacrifices de l’Agneau dans le ciel et sur la terre. Au ciel cet Agneau est debout, quoique étant comme immolé ; ici il est également immolé. Or, qui est-ce qui réunit ces deux Sacrifices en un seul ? C’est Jésus-Christ, l’envoyé, l’Ange du grand Conseil.

           Le Prêtre ajoute ensuite : ut quotquot ex hac altaris participatione. (Afin que nous tous qui, participant à cet autel)  Le Prêtre doit baiser l’autel en prononçant ces paroles. La sainte Église porte une grande vénération à cet autel qui représente Jésus-Christ, l’autel vivant, et pour la sanctification et la consécration duquel tant de beaux rites ont été déployés. Le Prêtre continue : Sacrosanctum Filii tui corpus et sanguinem sumpserimus (auront reçu le corps et le sang de votre Fils)  (signant de la croix l’hostie et le calice, puis se signant lui-même), omni benedictione coelesliet gratia repleamur. Per eumdem Christum Dominum nostrum. (nous soyons remplis de toute bénédiction céleste et de toute grâce).  Ainsi nous demandons ici à être remplis de toutes sortes de grâces et de bénédictions, comme si nous étions admis, dans le Ciel, à la participation de cet Autel vivant qui est Jésus-Christ, et qui répand lui-même grâce et bénédiction. Nous demandons ces grâces et ces bénédictions en vertu de notre participation à cet autel de la terre, que la sainte Église traite avec tant de vénération. C’est au nom de cet autel que le Prêtre demande pour tous les hommes toutes sortes de bénédictions. Car le Prêtre ne parle jamais pour lui seul, aussi dit-il : repleamur, que nous soyons remplis. il se signe de la Croix en disant les derniers mots pour marquer que cette bénédiction nous vient par la Croix, et aussi pour signifier que nous l’acceptons de tout notre cœur.

      Ici s’arrête la deuxième partie du Canon, celle qui est consacrée à l’offrande. Ces trois Oraisons entourent l’âme de la consécration, de même que les précédentes l’ont préparé. Maintenant la sainte Église va nous ramener à l’intercession.

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MEMENTO DES MORTS

            Outre l’Église triomphante et l’Église militante, il existe encore une troisième région dans ce grand corps. Oui, Dieu nous a donné le pouvoir d’intercéder pour l’Église souffrante, pour lui venir en aide et lui faire du bien ; aussi offre-t-on le saint Sacrifice à l’intention de ses membres, et la sainte Église dans sa bonté maternelle veut que dans chaque Messe qui est offerte il en soit fait mention, parce qu’un nouveau soulagement est ainsi procuré à ceux de ses enfants qui sont encore dans le lieu d’expiation. C’est un point de foi que le saint Sacrifice opère pour le soulagement des âmes du Purgatoire. La tradition nous a transmis cette doctrine. Dès la fin du IIe siècle, Tertullien parle de la prière pour les défunts. il y avait autrefois un diptyque consacré exclusivement aux noms des défunts dont on voulait garder la mémoire, les bienfaiteurs par exemple.

       Le Prêtre s’adresse donc à Dieu en faveur de ces membres souffrants : Memento etiam, Domine famulorum famularumque tuarum N. et N. qui nos praecesserunt cum signo fidei et dormiunt in somno pacis. (Souvenez-vous aussi, Seigneur, de vos serviteurs et de servantes qui nous ont précédés avec le signe de la foi et qui dorment du sommeil de la paix.) Nous intercédons pour ceux qui nous ont précédés, disons-nous, avec le signe de la foi. Qu’entend la sainte Église par ce signe de la foi ? C’est le signe du baptême et celui de la confirmation, laquelle fait le chrétien complet. Le baptême seul donne déjà le signe de la foi puisqu’on nous y marque de la Croix, si bien que lorsqu’on porte le corps d’un défunt à l’église, le Prêtre prononce sur lui cette prière : Non intres in judicium cum servo tuo, Domine, . . . qui, dum viveret, insignitus est signaculo sanctae Trinitatis. (Et n’entrez pas en jugement avec votre serviteur...., Seigneur, qui a été marquée lorsqu'il était vivant, par le signe de la Sainte Trinité.)  

         Oui, il fut marqué du signe de la foi, signum fidei, signe de la Trinité ; il a le droit, Seigneur, d’être pris en considération et de ne pas être jugé trop sévèrement. Cette parole de la sainte Église signum fidei ; nous prouve encore une fois que nous ne pouvons pas ici prier pour les infidèles, ainsi que nous l’avons remarqué au memento des vivants, puisqu’ils ne sont pas en communion avec la sainte Église.

    Et dormiunt in somno pacis. (Et qui dorment du sommeil de la paix)  La sainte Église tient à nous montrer comment elle considère la mort pour le chrétien. C’est un sommeil, nous dit-elle, car ceux dont nous parlons dorment, dormiunt ; aussi a-t-on donné le nom de cimetières aux endroits réservés pour la sépulture, parce que ce mot signifie dortoir. Ils dorment et d’un sommeil de paix, in somno pacis. La sainte Église parle ainsi, parce que ceux pour lesquels on prie sont morts en paix avec elle, et dans une vraie soumission filiale ; ils sont morts en Jésus-Christ, dans le baiser du Seigneur ; quand même ils seraient encore en Purgatoire, on peut dire d’eux qu’ils ont le sommeil de la paix, parce qu’ils sont sauvés en Jésus-Christ qui apporte avec lui la paix. Dans les Catacombes nous trouvons souvent ces mots in pace, gravés sur les pierres tumulaires ; c’était l’expression des premiers Chrétiens pour parler de la mort ; aussi dans l’Office des martyrs chantons-nous : Corpora Sanctorum in pace sepulta sunt. (Les corps des saints ont été ensevelis en paix ) Cet Office très ancien nous rappelle le langage des Catacombes : an pace. La sainte Église conserve ce souvenir au moment où elle prie pour les morts, faisant dire au Prêtre : dormiunt in somno pacis.

       La rubrique prescrit au Prêtre de joindre les mains en terminant cette première partie de l’Oraison. C’est alors qu’il prie pour les défunts qu’il veut recommander plus particulièrement. Après l’avoir fait, étendant de nouveau les mains, il poursuit sa prière, disant : Ipsis, Domine, et omnibus in Christo quaescentibus ; ainsi nous voyons que chaque Messe profite à toutes les âmes du Purgatoire. Locum refrigerii ; lucis et pacis, ut indulgeas, deprecamur. (A eux, Seigneur, et à tous ceux qui reposent dans le Christ, accordez, nous vous en supplions, le lieu du rafraîchissement, de la lumière et de la paix.) 

        Remarquons ici ces trois choses que demande la sainte Église : rafraîchissement, lumière et paix. Qu’est-ce donc que le Purgatoire ? C’est un lieu où les âmes ont besoin de rafraîchissement, car les ardeurs du feu s’y font cruellement sentir. C’est encore un lieu où il n’y a pas de lumière, puisque l’Église réclame pour ces âmes locum lucis ; rien ne vient donc les distraire de leurs souffrances dans ce lieu des expiations. De plus, c’est un lieu où la paix ne règne pas ; c’est l’agitation continuelle vers Dieu que l’on ne peut joindre ; c’est le trouble, le malheur de s’être mis dans la tristesse et la douleur. Le Purgatoire est donc un lieu entièrement contraire à celui où règnent refrigerium, lux et pax. Ces trois expressions sont de la plus haute importance, puisqu’elles nous font connaître que lorsque nous prions pour les morts, c’est toujours dans le sens de rafraîchissement, de lumière et de paix que le secours leur arrive.

                Le Prêtre termine l’Oraison par la conclusion ordinaire : Per eumdem Christum Dominum nostrumAmen. Il lui est prescrit encore, par la rubrique, d’incliner la tête en terminant, ce qui n’est pas prescrit à la fin des autres Oraisons. C’est comme une instance de plus ; à ce moment, un jour se fait dans le Purgatoire, parce que la prière offerte pour ces âmes n’est jamais inutile. Il semble que la prison s’ouvre pour laisser pénétrer rosée, lumière et paix ; et ce triple secours est accordé aux âmes dans la proportion que la justice de Dieu juge convenable ; car l’Église ne prie pour les morts que par voie de suffrage ; elle n’a plus sur eux les droits qu’elle a sur ses membres vivants en ce monde. Mais nous savons aussi que sa prière a toujours un effet salutaire sur les âmes souffrantes du Purgatoire, et que Dieu ne laisse sans effet aucune des prières qui lui sont adressées.

       Exceptionnellement la suite des explications de Dom Guéranger sera publiée le samedi 16 mars pour consacrer le prochain mardi  à honorer saint Joseph le jour de sa fête le 19 mars.

Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

6 commentaires

Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

Florence
place Plouray, il y a 4 mois
en union de prière danns le coeur immaculé de Marie et dans sacré coeur de Jésus amen meci infiniment pour tout cela m' eclaire merci amen
Philippe
place Le Blanc, il y a 4 mois
Votre appréciation est sans doute partagée par d’autres priantes, merci de l’avoir manifestée et ainsi d’assister à la messe en en savourant un peu plus les mystères qui s’y cachent, un peu comme le ‘’ Jésus caché ‘’ de la présence réelle dont parlaient les enfants de Fatima qui à l’époque ne connaissaient que cette forme du rite de la messe. En union de prière dans le Cœur Immaculé de Marie
Michel
 il y a 4 mois
En union de prières.
Philippe
place Le Blanc, il y a 4 mois
En union de prière dans le Cœur Immaculé de Marie
Marie-guy
place Orbigny, il y a 4 mois
Merci pour ce commentaire qui donne à l âme une grande compréhension dans la célébration de la messe Union et communion de priére Amen 🙏
Philippe
place Le Blanc, il y a 4 mois
Merci d’avoir profité des travaux de Dom Guéranger qui nous fait goûter et apprécier tout ce qui est caché dans chaque geste et prière de la messe construite au fil des siècles. Ce qui nous est présenté élève l’âme, lui fait un peu mieux comprendre, s’il était possible, ce sacrifice du Christ et l’offrande qui en est faite à son Père, tout cela indépendamment de la beauté des éléments qui l’entoure. Ce dernier point est ce qui attire l’âme vers ce rite ; la ‘’compréhension’’ est ce qui nous y maintient. En union de prière dans le Cœur Immaculé de Marie