Facebook PixelSaint Yves - Chapitre 3 - Hozana

Saint Yves - Chapitre 3

Saint Yves - Chapitre 3

La prière, l’humilité, l’oubli total de sa personne confèrent à Yves une aura de douceur que d’aucuns pourraient prendre pour de la faiblesse. Il n’en est rien. Quand les circonstances l’exigent, le saint sait montrer une énergie redoutable. Comme on va le voir dans l’épisode qui va suivre. En 1296, la Bretagne n’est pas encore rattachée à la France. Qu’importe ! Elle attire la convoitise des rois de France. Ainsi de Philippe le Bel qui a des vues sur le trésor de la cathédrale de Tréguier et se dispose à le faire saisir. Alain de Bruc, l’évêque, n’ose s’interposer, redoutant les exactions des sbires du roi de France, agents du fisc et sergents armés. A l’évêché, on décide de céder et de donner jusqu’au cheval de l’évêque, si bien harnaché que le roi a également jeté son dévolu sur cette monture du prélat. Mais l’official est présent, s’indigne et tient les propos suivants :

Jamais moi vivant, je ne laisserai prendre les vases sacrés. Qui porte la main sur de tels objets, sanctifiés par le Corps et le Sang du Christ, est sacrilège ! Je ne laisserai pas s’accomplir un tel péché. 

Puis il explique ses intentions. Il projette de se coucher devant l’autel et d’y demeurer jour et nuit afin que personne ne puisse l’approcher sans lui passer sur le corps. Il promet que le trésor sera respecté. Il tient donc parole et, enveloppé dans sa maigre couverture de chanvre, s’étend sur les marches de l’autel tandis que les envoyés du roi frappent à la porte de la cathédrale. A l’intérieur, le trésorier de d’évêque, Guillaume de Tournemine, hurle et traite le saint de tous les noms, tant il a peur que le refus de donner les vases sacrés entraîne des actions plus violentes de la part des troupes royales. La foule partage son avis et le manifeste bruyamment. Les injures laissent Yves de marbre, mieux, elles le font sourire. Et ce sourire et ce silence dégagent une force qui envahit la cathédrale, pénètre le parvis où les gens du roi hésitent, se troublent et se mettent à reculer… Aussi les vases où sont consacrés le Corps et le sang du Seigneur retrouvent-ils leur place à la sacristie.

Ne jugez pas si vous ne voulez pas être jugés.

Ces paroles du Christ ont sans doute été longuement méditées par Saint Yves lorsqu’il prit la décision, entre 1298 et 1300, de renoncer à ses fonctions d’official de Tréguier. Non pas qu’il ait estimé exercer trop d’activités, entre sa charge de recteur à Louannez où il a été nommé en 1292 et le temps passé au Tribunal de Tréguier. N’était-il pas donné tout entier à ses contemporains ? Mais il voulait passer davantage de temps à la Contemplation. Il dut aussi penser qu’il pourrait ainsi s’occuper davantage des miséreux qui venaient à lui de plus en plus nombreux. Tout d’abord en mettant à leur service ses talents d’avocat : il ne voulait plus juger mais il continua à défendre et le fit sa vie durant. Surtout en leur assurant le gîte et le couvert. Il transforma bientôt la demeure de Kermartin où il était né en maison d’accueil pour tous. Il y fit bâtir une chapelle consacrée à Notre-Dame où chacun de ses hôtes pouvaient venir vénérer la Vierge Marie.

Parmi les familles que le saint accueillait, le récit de Panthovada est parvenu jusqu’à nous grâce à son témoignage lors du procès de canonisation. Panthovada était une saltimbanque qui, un beau soir, s’était traînée mourant de faim dans la campagne bretonne avec son mari et ses quatre enfants. Ils s’étaient joints à une petite troupe de pauvres gens qui se dirigeaient d’un pas sûr vers ce havre de Kermartin où allait les recevoir Yves, avec sa bonté et sa compassion coutumières.

Réchauffés, nourris, logés, ils étaient restés à Kermartin où Panthovada était devenue la carabassen (entendez : servante de curé) d’Yves. « Il ne dormait jamais, dira-t-elle plus tard, si ce n’est quand il était accablé par un sommeil trop fort et alors, s’entourant la poitrine de ses bras croisés, assis et le corps appuyé sur ses livres, il dormait, la tête légèrement inclinée. » Les privations qu’il s’impose, le manque de nourriture, cette chemise lavée à l’eau glacée qu’il revêt mouillée à même la peau, il semble qu’Yves n’ait pas su quoi inventer pour se mortifier. Avant de se priver totalement de sommeil comme le rapporte Panthovada, il avait coutume de se coucher à même le sol, avec, pour oreiller, un  morceau de quartz bleu, informe, fruste, placé dans un chemin près du bourg. Cette pierre était déplacée parfois, dans des talus ou des clôtures de champs. Mais on la retrouvait toujours à l’endroit où elle avait été prise et les paysans qui la respectaient se signaient en passant près d’elle. Sans doute cette détente que lui procurait l’allongement, même sur un sol glacé avec une pierre pour oreiller, lui avait semblé un trop grand bien-être puisqu’il avait fini par s’en passer.

Panthovada s’est mise au service du saint c’est-à-dire, pour l’essentiel, au service des pauvres et des errants qui ne cessent d’affluer à Kermartin. Sans se lasser, elle ravaude les hardes d’Yves et celles des mendiants. Elle prépare la soupe dont le saint se détourne car, à mesure que le temps passe, il ne se nourrit pratiquement plus. Tout juste mange-t-il ce que laissent les pauvres ou encore avale-t-il un brouet fait de gros choux, d’herbe, de fèves et de raves, épaissi à la farine d’avoine, qu’un de ses amis trouve si détestable qu’il n’a pas le courage de l’avaler. A Kermartin, un beau verger fournit des pommes magnifiques. Il ne s’autorise pas à en goûter une seule. Il arrive qu’on se fâche en cuisine à le voir sans cesse bouder toute nourriture. Et, un beau jour, son serviteur le menace de faire grève s’il ne fait pas honneur à sa soupe, la soupe des pauvres. « - Messire Yves, déclare le serviteur, eut alors pitié de moi et des pauvres et, pour ce motif, il fut poussé à en prendre avec nous… »

D’autres mortifications nous apparaissent surprenantes. Le saint refuse toute propreté au mépris de l’hygiène la plus élémentaire. Il souffre d’une multitude de poux… Comme un compagnon veut l’en débarrasser, il refuse tout net : « Remettez-les donc à leur pâture », dit-il. Nous dirions aujourd’hui qu’il se « clochardise » et nous ferions un détour pour l’éviter. Mais il séduit par sa constante douceur qu’ont signalée tous ses contemporains. Il est miséricordieux, tendre, sensible et pur. Partout où il passe, la haine recule et les miracles abondent. Il guérit les malades, exorcise les possédés du démon.

Toujours aimable, Yves est un saint joyeux qui ne laisse jamais paraître les souffrances que tant de mortifications lui infligent. S’il dîne chez ses amis, il fait bonne figure tout en s’efforçant de toucher le moins possible aux plats qui sont servis. A Pâques seulement, il s’accorde un repas de fête pour célébrer la Résurrection : un ou deux œufs… Il ne garde jamais rien pour lui, ni les récoltes de ses champs, ni les fruits de ses vergers, ni le bois de ses forêts. Il engrange d’autres biens : les vies sauvées, les âmes sur le droit chemin, les gens réconciliés dans la douceur de sa paix.

Quant aux cadeaux qu’il reçoit, il les refuse tous. Sauf un. Une petite boîte en argent, offerte par l’une de ses pénitentes, dame Typhaine de Pestivien châtelaine de Keranrais. Car rien n’est trop beau pour le Seigneur. Cette boîte ne le quitte pas car elle contient l’Hostie consacrée qu’il emporte par les chemins pour communier les malades.

 

Ainsi, dans ce dépouillement extrême, Yves est riche du Seigneur qu’il porte en lui et avec lui. Essayons, nous aussi, de devenir riches à son exemple, en amassant des trésors dans le ciel, loin des excès de la société de consommation et de ses faux dieux.

Pour cela, tournons-nous, comme il le fit si souvent, vers Celle qui veille sur nous du haut du Ciel, la Vierge Marie.

Je vous salue, Marie…


Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

Publié dans

Publications précédentes

6 commentaires

Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

loader