9AINE EUCHARISTIQUE À S. EYMARD - 8e jour : 1er Août

9AINE EUCHARISTIQUE À S. EYMARD - 8e jour : 1er Août

1_Les derniers jours du Père Eymard

Frère Albert écrit :

Samedi 1er août

La faiblesse allait toujours croissant. Les idées toujours parfaitement claires. À sept heures le père Chanuet dit au Père qu'il allait lui chercher la Communion. Le Père ne sembla pas content. Il aurait voulu la Messe. Le père Chanuet craignit d'aller contre sa conscience et le Père se soumit à ce nouveau sacrifice. Il reçut son viatique. C'était sept heures avant de partir !

Après la Communion, le Père se leva encore pour laisser faire son lit. À dix heures il embrassa sa sœur et lui dit : « Eh bien sœur, adieu c'est la fin ! » Vers onze heures, les sinapismes appliqués et promenés sur les jambes ne prenaient déjà plus. La vie s'en allait peu à peu. Le sang se réfugiait des extrémités vers le cœur. Chez le Père surtout, et plus peut-être qu'en aucun autre, le cœur avait été la vie. La vie s'y réfugiait à ce moment suprême comme dans un dernier retranchement.

À midi, on crut que tout était fini. Une syncope fit craindre la mort. Elle dura quelques minutes. Le père Chanuet récita alors au Père des prières des mourants. Le Père s'y unissait.

Tous ceux qui étaient présents vinrent s'agenouiller au pied du lit. Le Père les bénit les uns après les autres. Quand il eut fini, il cherchait encore quelqu'un, il regardait de côté et d'autre et semblait appeler. Puis il rentra dans le repos. – Mlle Thomas a cru toujours que c'était moi que le Père cherchait. Il me croyait sans doute de retour ou ne se souvenait plus de m'avoir envoyé à La Salette.

Vers deux heures, le père Chanuet alla au télégraphe. Quelques signes de plus grand abattement ne trompèrent pas Mlle Thomas. Elle fit courir après elle le père Chanuet. Le Père voulut expectorer une glaire. Mlle Thomas le souleva un peu sur l'oreiller. La respiration lui manqua. C'était fini. Il retomba sans vie ou plutôt il s'endormit doucement. De sa main il cherchait l'envers de son mouchoir afin de cracher. Ses yeux étaient demeurés fixés sur un tableau du crucifiement. Le père Chanuet était arrivé quelques secondes avant et avait eu le temps de donner au Père, de la porte de la chambre, la dernière bénédiction in articulo mortis. Il était environ deux heures et demie. J'ai oublié de dire que vers midi, quand on récitait au Père les prières des mourants, il avait paru un peu fatigué. Mlle Thomas lui montra alors une image du Sacré-Cœur avec les litanies lui demandant s'il voulait qu'on les récitât. Oui, fit le Père et il suivit toutes les invocations avec un intérêt et une piété soutenus. Ce fut sa dernière prière ici-bas. – Un jour le Père m'avait dit : « Ah ! la dévotion au Sacré-Cœur je lui dois tout, elle m'a sauvé ». Et Jésus venait offrir la vue de son Cœur à ce cher mourant pour lui faciliter le passage et le lui faire faire dans cette nacelle assurée contre le naufrage ! C'est le samedi 1er août à 2 heures 1/2 que le Père s'est éteint dans le Seigneur. C'était la fête de St Pierre-ès-liens son patron et l'heure des premières Vêpres de Notre-Dame des Anges.
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Après le premier moment de la douleur, on songea à exposer le Père et à le revêtir. Ce fut Mlle Thomas et Mme Gras qui se chargèrent de ce douloureux office.

Le Père fut revêtu de sa soutane, de l'aube, du cordon et de l'étole noire. Il avait aux pieds ses bas et ses souliers à boucles. On l'étendit ainsi sur son lit et, le bruit s'étant répandu dans la ville, la chambre commença à se remplir de visiteurs les larmes aux yeux qui venaient contempler ce Père vénéré et moins prier pour lui que se recommander à ses prières.

Mais puisque ces souvenirs sont surtout faits pour moi, je vais y noter quelques faits sans importance mais dont j'ai été frappé après l'événement.

De la messe qui termina la neuvaine à La Salette, je crus très certainement que le Père guérirait. Je faisais l'action de grâces à Marie plus que je ne lui demandais la faveur tant souhaitée.
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Il y avait, à La Salette un vénérable pèlerin dans le genre du Benoît Labre en universelle vénération. Je lui demandais la guérison du Père sans lui dire la gravité exacte de sa maladie. Sa réponse fut celle-ci : « Ah ! Monsieur, quand le bon Dieu a résolu de rappeler quelqu'un à Lui les prières n'y font plus rien ». Mais, lui dis-je, c'est un saint dont Notre Seigneur a besoin, l'Église et la Société aussi. « Dans ce cas, me répondit le vieillard comme pour me consoler, Dieu le conservera peut-être ». – Je ne fis pas grande attention à ces paroles. Le soir à l'instruction du vendredi, le père Pons prêchant sur St Pierre-ès-liens dit : « St Pierre paraissait bien nécessaire à l'Église naissante et cependant Dieu le tenait en prison. C'est que personne n'est nécessaire à Dieu ». Enfin le samedi, inquiet de ne voir personne venir de la Mure, j'étais hésitant si je devais rester ou repartir. Vers 1 heure et demie on arriva. Le Père, me dit-on, n'est pas mieux, repartez. – Je ne le croyais pas. Peut-être, me dis-je, quand la personne a quitté la Mure cela était vrai, mais depuis, Marie a certainement guéri le Père. Je le crois sans hésitation, ceci n'est qu'une épreuve de ma foi.

Cependant je me décidai à partir. Vers deux heures j'allais dire adieu à Notre Seigneur. Je fis un acte de soumission à Notre Seigneur dont je ne me rendis pas compte, mais qui m'arracha un cri assez fort avec une douleur profonde. De la chapelle, je vais au lieu de l'apparition. Là, je ne me sens nullement porté à demander la guérison du Père. Mais saisi d'une paix suave, douce, d'un calme incroyable regardant les cieux je dis dans mon cœur sans prononcer extérieurement une seule parole : « Eh ! bien, quand vous partiriez, Père, cela ne vous vaudrait-il pas mieux ? N'avez-vous pas assez souffert ! Ah ! que vous seriez heureux d'être uni à votre Jésus ». Ce sentiment me remplit de joie intérieure et je partis sans y attacher d'importance. Il était deux heures passées à l'horloge de l'église. À quelques minutes de là, le Père se mourait. Tout le long du chemin je ruminais ce que je devais demander au Père car j'étais persuadé que je le reverrais. Je portais des croix à indulgencier pour 16 francs. Cependant le ciel me paraissait plus beau qu'à l'ordinaire. Je ne suis pas poète ni rêveur. Je le regardais et me disais : Mais que se passe-t-il donc au Ciel ? Quel triomphe y a-t-il donc ! que le Ciel est beau, puis pensant de nouveau au Père je songeais à ce que je lui dirais, aux moyens de le sauver, etc.

Ste Chantal savait la maladie de St François. Elle était à Grenoble. Le St se mourait à Lyon. Notre Seigneur lui dit dans l'oraison : « Ma fille, ton père ne vit plus dans ce monde » et la Sainte de répondre : « Oh non, mon Dieu, je sais qu'il est si mortifié que tout est mort pour lui et qu'il ne vit plus que pour vous ». Ce fait, que j'ai lu après, m'a expliqué comment, malgré tous ces avertissements intérieurs, je croyais toujours le Père en vie.

Cependant j'avais pris un express. Une heure avant d'arriver à la Mure, à Pont-Haut, un homme m'arrête et me dit : « Le Père Julien et mort tantôt !!!! »

Quand j'arrivai près du Père, il était neuf heures du soir. Le Docteur Douillard était venu, mais trop tard, de Paris.

Je me précipitai sur mon Père et l'embrassai avec frénésie. Eh ! quoi, Père, vous êtes mort sans m'appeler pour recueillir une dernière bénédiction !

Je ne cessai d'embrasser ce visage vénéré. Les yeux étaient ouverts et aussi animés qu'aux plus beaux jours des fêtes de Notre Seigneur.

Pendant sa vie, même quand le Père était content, son regard conservait toujours un certain voile de mélancolie. Ici, plus rien. La paix, la paix souriante. Ses lèvres souriaient. Il me regardait au point que par deux ou trois fois je lui dis : « Mais riez donc, parlez donc, Père, vous n'êtes pas mort, ce n'est pas possible ! » Ce regard limpide, souriant et animé, dura jusque vers minuit. À cette heure le Père prit la figure qu'il a conservée jusqu'à sa sépulture. Son regard était toujours calme, ses yeux doucement ouverts, mais sans cette vie qui avait tant frappé les assistants durant les premières heures. Ce qui faisait le caractère de sa physionomie, c'était le calme, la paix, paix d'en haut que rien ne trouble plus.

Je passai la nuit au pied du lit de mon Père. Dieu sait quelles recommandations je luis fis. Je n'oubliai aucun de mes frères. Je sentais quel sacrifice N. S. demandait d'eux.

Les pénitents disaient l'office des morts.

Fr. Albert Tesnière Les derniers jours de la vie de st P.-J. Eymard (Édition du Centre de spiritualité "Eymard", La Mure d'Isère, 2018)

Voir la Présentation générale de la Neuvaine Eucharistique.

2_Prédication : Triduum du Saint Sacrement

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Vie cachée de Notre Seigneur (suite)

Besoin d'un voile

C'est l'amour dans toute sa perfection, avons-nous vu, qui a porté Jésus-Christ à instituer l'Eucharistie ; mais le chrétien a besoin de deux choses : notre foi, d'un voile et notre amour, du mystère. Ce voile 1° éprouve notre foi. Heureux ceux qui n'ont pas vu [Jn 20,29]. C'est la soumission entière de l'homme, de sa raison et de ses sens. 2° Ce voile perfectionne notre foi. Voyez deux cœurs qui commencent à s'aimer, ils n'osent pas se l'avouer, ils se le cachent, et plus tard, s'ils se comprennent, ils s'isolent pour fuir les témoins. L'amour du monde aussi a un voile, mais un voile d'hypocrisie et de vanité. Comment le vice triomphe-t-il ? N'est-ce pas par un semblant de pudeur, d'honnêteté, de justice ? On soupçonne une personne estimable, et bien souvent, ce n'est que vice, que fourberie ; qu'on enlève le voile, il ne reste qu'un tombeau, un cadavre ! Oh ! le monde a raison de se voiler !

L'amour de Jésus-Christ aussi a besoin d'un voile ; pourquoi nous cache-t-il sa divinité, son humanité ? L'amitié veut des égaux, et où est le rapport entre un Dieu glorieux et moi, pauvre créature pécheresse ? Jésus-Christ se voile comme la mère pour que l'enfant ose parler : la mère descend, s'abaisse pour enhardir le petit enfant ; par sa douceur, elle le ramène à son père qu'il craint, parce qu'au chef sont réservées la force et la sublimité. Jésus-Christ est voilé pour que nous osions le regarder, lui parler. Oh ! qu'il est bon de profiter de sa faiblesse ! Qu'il est bon d'être imprudent, téméraire au pied du tabernacle !

On raconte d'Henri IV qu'il portait une affection toute particulière à un de ses sujets, un meunier. Souvent le grand roi passait des heures entières au moulin dans des entretiens bien intimes, bien affectueux. Le meunier naturellement était tout heureux et tout fier de cette marque d'affection de son souverain ; mais pensez-vous que si Henri avait été le trouver dans tout l'apparat de la pompe royale, revêtu de sa couronne, entouré des officiers de sa cour, le bon meunier eût été aussi touché ? Eût-il osé parler à son roi avec la même intimité ? Oh non !

Tous, mes frères, vous admirez et vous approuvez le souverain qui descend ainsi vers son sujet. Qu'est-ce cependant que cet abaissement royal à côté de celui de Notre Seigneur dans la sainte Eucharistie ? Lui, roi du ciel et de la terre, vient vers moi, consent à habiter dans mon cœur, me traite d'ami, de frère ! Avant la Cène, toujours Jésus avait tenu ses disciples à une certaine distance de sa personne sacrée ; depuis qu'ils ont communié il ne les appelle plus ses disciples, ses serviteurs comme autrefois, il leur donne les doux noms de frères, d'amis [Jn 20,17; Jn 15,15]. Heureux voiles eucharistiques qui nous rendent frères de Jésus-Christ ! Comment donc aurions-nous osé approcher si Notre Seigneur s'était montré à nous dans toute sa sainteté divine ? Qui eût pu supporter la vue de sa gloire ? Les bourreaux du Sauveur eux-mêmes, impuissants à soutenir la douceur de son regard, sont obligés de bander ses yeux divins pour avoir la force d'accomplir leur crime ; Madeleine ne voit son Dieu que revêtu de l'humanité et cependant elle n'ose baiser que ses pieds, mais la bonté, l'amour de Jésus cachés sous cette humanité la relèvent et l'enhardissent. Nous aussi, pauvres pécheurs, nous sommes relevés par l'amour de Jésus-Christ caché sous le voile adorable de l'Eucharistie.

S. Pierre-Julien Eymard (PO 20,12)

3_Prière

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Avant la Cène, toujours Jésus avait tenu ses disciples à une certaine distance de sa personne sacrée ; depuis qu'ils ont communié il ne les appelle plus ses disciples, ses serviteurs comme autrefois, il leur donne les doux noms de frères, d'amis. Heureux voiles eucharistiques qui nous rendent frères de Jésus-Christ !

Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

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Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

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Saint Pierre-Julien Eymard – Prophète de l'Eucharistie