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Laissons-nous séduire, nous aussi, par le Dieu qui est Amour

Laissons-nous séduire, nous aussi, par le Dieu qui est Amour

 
A propos d"un livre de Véronique Imbert

 

 

(D’entrée de jeu, je précise que j’écris ce qui suit sans avoir lu l’ouvrage de l’auteure[1], qui ne m’est pas encore parvenu).

 

Mon expérience personnelle ne m’a malheureusement jamais mis en présence de chrétiens ayant expérimenté la perception enivrante de l’amour du Christ, et avec lesquels j’aurais aimé partager la mienne[2]. Pourtant, l’Ecriture[3], autant que la foi et l’espérance confortent ma certitude intérieure que Dieu, si prodigue en toutes sortes de biens, n’a certainement pas limité parcimonieusement le nombre de celles et ceux auxquels il a choisi de se manifester. Mais le fait est là, jusqu’à tout récemment, aucun des très nombreux fidèles chrétiens que j’ai connus ou croisés au fil des décennies de ma longue existence, ne m’a jamais confié, fût-ce par la plus discrète allusion, avoir expérimenté une faveur, qu’on s’accorde généralement à qualifier de mystique. Jusqu’à ce que je tombe incidemment, en écoutant KTO, sur l’interview réalisée, dans le cadre de l’émission « Un coeur qui écoute », par Cyril Lepeigneux, et diffusée le 27 octobre 2017[4].

Ce jour-là, j’entendis, pour la première fois, de la bouche d’une chrétienne mature et pleine de bon sens, le récit de l’expérience, à l’évidence surnaturelle, qu’elle avait faite de la présence amoureuse de Dieu, cinq ans auparavant. C’est à dessein que j’ai parlé de maturité et de bon sens. En effet, ce genre de témoignage - qui est moins rare qu’on ne le pense, surtout sur les ‘réseaux sociaux’, émane souvent de fidèles, généralement jeunes, qu’a indéniablement effleurés la proximité bouleversante du Seigneur. Leur caractéristique commune est, sauf rares exceptions, une exaltation, certes compréhensible mais préjudiciable pour leur vie intérieure en ce qu’elle pousse les bénéficiaires de ce genre de grâce, à se persuader qu’ils sont l’objet d’un appel divin particulier, dont le premier effet est de les inciter à édifier leurs coreligionnaires, voire à les ‘convertir’.

Rien de tel chez Véronique Imbert, la cinquantaine, catholique depuis l’enfance mariée, mère de quatre enfants, exerçant une activité professionnelle, et qui confiait à l’intervieweur, avec une désarmante simplicité, qu’avant la visitation divine qui a changé sa vie, elle était plutôt cartésienne et peu encline à échanger sur ce sujet. Je ne relaterai pas le contenu de cette émouvant échange puisque la vidéo en est accessible en ligne, me limitant ici à risquer une affirmation que ma condition de laïc ordinaire dont l’existence ne fut pas toujours édifiante, tant s’en faut, ne garantit évidemment pas la pertinence. Pour le dire simplement et sans artifice de langage, il m’a semblé que cette femme avait bénéficié de l’une ou de l’autre grâce dûment décrites dans les œuvres des grands mystiques : l’oraison de recueillement, voire l’oraison de quiétude[5].

Ce témoignage ne m’a pas seulement édifié, il a fait tomber un préjugé bien ancré dans mon expérience religieuse, qui m’inclinait à penser, en raison de mes nombreuses expériences d’incommunicabilité avec les fidèles chrétiens en matière de vie spirituelle, que leur vie édifiante ainsi que la considération générale dont ils jouissaient de la part du clergé et de laïcs occupant des postes de responsabilité, les rendaient moins sensibles aux sollicitations divines que les chrétiens du rang, et à fortiori, ceux dont la vie n’avait pas toujours été édifiante. La thématique du pharisien et du publicain en quelque sorte. Je précise que le dit préjugé n’est pas dénué de fondement, et les discrètes allusions de Véronique Imbert le corroboreraient plutôt.

Je savais par expérience à quel point l’honorabilité peut rendre insensibles celles ou ceux qui s’y complaisent. Tant le contenu que le ton de ce que nous narre l’auteure dans son interview me persuade que sa vie de foi devait être empreinte d’assez d’humilité pour que la foudre amoureuse du Seigneur l’atteigne. Et j’incline à penser, sans doute présomptueusement, que rien de tout cela ne lui serait arrivé si elle n’avait pas été dans les dispositions susdites. Pourtant son ‘rationalisme’ en quelque sorte congénital, ne constituait pas le terreau idéal pour disposer une âme à l’expérience irrationnelle de l’irruption de Dieu et de son Esprit dans une âme ‘bien rangée’. Aussi, à mesure que je réfléchissais à tout cela, j’étais amené à méditer, pour la énième fois, sur le choix de Dieu et sur ses desseins, inaccessibles à nos esprits. Si différente de celle de Saint Paul que fût l’expérience mystique de Véronique Imbert, elle a pourtant un point commun avec celle de l’Apôtre : le bouleversement radical de la vie intérieure, suivi d’un retournement existentiel, après lequel plus rien ne sera jamais comme auparavant.

D’après mon expérience personnelle et l’observation constante du milieu chrétien qui est le mien, il arrive que Dieu se manifeste à des âmes, dont il a fait choix dans un but que lui seul connaît, en vue d’un dessein qui les dépasse à titre individuel, mais auquel, le moment venu, elles seront appelées à participer activement dans les conditions et de la manière que le Seigneur leur révélera.

Je crois que Véronique Imbert, fait partie de ce « petit troupeau », de ce « Reste » que Dieu connaît et qu’il guide pour les préparer à porter un témoignage d’une qualité et d’une intensité prophétiques que leur petitesse et leurs limitations personnelles ne leur eussent pas permis d’atteindre.

Et je vis dans l’espérance qu’en attendant ces événements ultimes, des chrétiens et des chrétiennes, qui ont connu la brûlure de l’amour du Christ et se sont laissé séduire[6], se reconnaissent à distance, et que, de là où ils résident et en restant dans l’état où les a trouvés l’appel de Dieu[7], ils témoignent, chacun(e), avec leurs charismes spécifiques, de la séduction indicible du Dieu qui est Amour, inoculant ainsi à celles et ceux qui les écoutent ou qui les lisent, l’envie incoercible de suivre le Christ, partout et en tout temps.

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Notes

[1] Véronique Imbert, Je me suis laissé séduire. Le jour où j'ai vraiment rencontré le Christ. Préface de Mgr de Kérimel, éditions Parole et Silence, 2016.

[2] Je l’ai relatée en détails dans mon livre, Menahem Macina, Confession d’un fol en Dieu, éditions Docteur angélique, Témoignage mystique, Avignon, 2012. Version courte en pdf, en ligne sur Academia.edu, sous le titre « Cinq visitations d'en Haut (1958-1969) ».

[3] Voir Ps 34, 9 = 1 P 2, 3.

[4] http://www.ktotv.com/video/00180561/veronique-imbert-rencontre-inattendue-du-createur, et sur Youtube (https://www.youtube.com/watch?v=AIng7y5DSHg).

[5] J’en ai décrit les effets, par le truchement d’un écrit de Thérèse d’Avila, dans mon ouvrage cité ci-dessus (note 2), p. 14-15.

[6] Je ne doute pas que la présence, dans le titre du livre de Véronique Imbert, du thème de la séduction irrésistible de Dieu, ne fasse écho à l’exclamation de Jérémie (20, 7) : « Tu m'as séduit, Seigneur, et je me suis laissé séduire; tu m'as maîtrisé, tu as été le plus fort… ».

[7] 1 Co 7, 20, 24.

Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

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Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

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