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Dons de Dieu 10

Dons de Dieu 10

Photo S.L. Japon

La patience

Sois patient est une parole que nous entendons souvent, surtout lorsque nous espérons une chose qui n'arrive pas. Cette vertu n'est pas la plus simple à vivre. Ecoutons ce qu'en disent les moines de Notre-Dame de Maylis ainsi que le dominicain Frère Rivero.

 

« Frères, en attendant la venue du Seigneur, prenez patience. Voyez le cultivateur : il attend les fruits précieux de la terre avec patience, jusqu'à ce qu'il ait fait la récolte précoce et la récolte tardive.» (Jc 5,7)


LA PATIENCE – Abbaye Notre-Dame de Maylis – Frère Benoit – Site de la Communauté – 23 janvier 2015

À propos de cette vertu magnifique, je ne dirai rien du vice qui ressemble à la patience et qui consiste à trop en avoir ! Parce que, pour le commun des mortels, ce vice n'a pas beaucoup d'impact. En revanche, nous sommes très souvent soumis à un vice détestable qui est l'impatience. Dans le mot patience, il y a le verbe pâtir qui signifie souffrir. L'impatient est celui qui refuse de souffrir des défauts d'autrui. Souvent l'impatient oublie qu'il a lui-même des défauts, et que vivre avec lui nécessite pour les autres une bonne dose de patience ! L'impatience jaillit, à mon sens, de deux mauvaises dispositions : le regard que nous portons sur les autres, et la projection dans le temps.


Le regard négatif

Un vieux moine écrivait : « Supporte les autres, comme le Seigneur te supporte ! », mais pour arriver à une telle perfection, il nous faudrait avoir le même regard que Dieu sur les autres. Or, nous nous focalisons sur leurs défauts. Nous les jugeons, et c'est rarement un jugement de compassion ! Parfois, nous pouvons passer nos journées à ressasser ces idées de jugement des autres. En nous, c'est un peu comme un écran de veille sur un ordinateur. Dès que j'arrête de travailler à quelque chose de précis, hop, l'écran de veille se met en route, et je retombe dans mes pensées de jugement des autres. Il est très fatigant cet écran de veille, car il ne nous laisse pas de repos, et il engendre systématiquement un comportement impatient.

Lorsqu'on juge quelqu'un, on ne supporte pas d'avoir à souffrir (pâtir) de son mal. Il nous faut donc apprendre à avoir un regard indulgent et bienveillant pour les autres.

Un jour le petit frère Dosithée fut envoyé par son père abbé dans un monastère éloigné. Dosithée partit tout heureux, car il avait à traverser un désert peuplé de saints ermites, et il espérait recueillir de l'un d'eux une parole venant de Dieu lui-même pour lui. En marchant, il aperçoit un ermitage. Il s'approche, appelle. Pas de réponse. Il frappe à la porte ; rien. Il ouvre et contemple une cellule parfaitement rangée. Tout est propre, soigné. Il repart souriant en se disant : « Je n'ai pas eu de parole de l'ermite, mais j'ai aussi bien : un bel exemple. Ce frère doit avoir une âme très bien ordonnée pour avoir une cellule aussi bien rangée ». Quelque temps plus tard, il tombe sur un deuxième ermitage. Il s'approche, appelle. Pas de réponse. Il frappe à la porte ; rien. Il ouvre, la porte grince sinistrement ce qui fait détaler un gros rat qui s'affairait sur l'écuelle de l'ermite laissée sur le sol. Des cafards partent en tous sens, tandis que de grosses mouches bleues restent agglutinées sur une forme indéfinissable au fond de la cellule. Dosithée regarde étonné, puis il referme la porte, souriant, en se disant : « Ce frère doit être totalement uni à Dieu et aux anges, il ne se rend même plus compte du désordre qu'il y a sur la terre ».

Admirable regard ! Ce saint moine ne voyait que du bien chez les autres. Les autres n'étaient plus pour lui une cause de souffrances et d'énervements, mais d'émerveillement ! Sa patience envers les autres n'était pas un effort de volonté, pour arriver, malgré tout, à les supporter, mais elle était une force tranquille. Le regard bienveillant sur les autres n'empêche pas les frottements, les incompréhensions, les tensions même, mais il les relativise. Les défauts des autres ne sont pas le plus important en eux. Il n'y a pas à se focaliser sur eux. Moyennant quoi les autres deviennent vite beaucoup plus supportables. S'ils font souffrir, ce n'est pas si dramatique que cela, on peut le vivre avec patience.

Ici encore, un tel regard n'est pas évident à avoir… Cela nécessite de laisser tomber nos lunettes noires qui scrutent les autres de manière sombre. Il nous faut demander au Seigneur la grâce de regarder les autres comme lui les voit.

Je veux regarder, aujourd'hui, le monde avec des yeux tout remplis d'amour. Être patient, compréhensif, doux et sage. Voir au-delà des apparences, tes enfants comme tu les vois toi-même, et ainsi ne voir que le bien en chacun. Ferme mes oreilles à toute calomnie. Garde ma langue de toute malveillance. Que seules les pensées qui bénissent demeurent en mon esprit. Que je sois si bienveillant et si joyeux que tous ceux qui m'approchent sentent ta Présence. Revêts-moi de ta beauté, Seigneur, et qu'au long de ce jour, je te révèle.


La projection dans le temps

Autre défaut qui engendre l'impatience : la projection dans le temps. Si nous jugeons les autres, nous avons des plans éducatifs sur eux. Alors que nous ne savons pas toujours gérer nos propres défauts, nous avons la prétention de savoir ce que les autres devraient faire pour s'améliorer. Nous nous énervons parce qu'ils ne rentrent pas dans nos projets ! Et nous nous demandons combien de temps cela va durer encore !

Nous acceptons assez facilement de supporter les défauts d'une personne croisée un jour et que nous ne reverrons plus, mais supporter toute la vie, les défauts identiques de la même personne est bien plus difficile.

Dans ce domaine aussi la parole fabuleuse de Jésus nous enjoignant de ne pas nous faire de souci pour demain est particulièrement lumineuse. « À chaque jour suffit sa peine ». Dieu peut très bien transformer celui qui me fait souffrir, d'un seul coup. Et peut-être qu'il ne pourra le faire que lorsque j'aurais fini de mettre la pression sur la personne qui me fait souffrir pour qu'elle change.

Et de plus, Dieu ne s'est jamais engagé à nous donner de la patience pour demain, mais seulement pour aujourd'hui. « Donne-nous aujourd'hui notre patience d'aujourd'hui ». Pour éviter d'entrer dans l'impatience, il nous faut apprendre à vivre au jour le jour, à accueillir aujourd'hui la force qui m'est donnée pour aujourd'hui, à la demander pour aujourd'hui seulement.


Que m'importe, Seigneur, si l'avenir est sombre

Te prier pour demain, oh non, je ne le puis !

Conserve mon cœur pur, couvre-moi de ton ombre

Rien que pour aujourd'hui.

Si je songe à demain, je crains mon inconstance

Je sens naître en mon cœur la tristesse et l'ennui.

Mais je veux bien, mon Dieu, l'épreuve, la souffrance

Rien que pour aujourd'hui. (Thérèse de Lisieux, Poésies 5)


« De la patience » - Frère Rivero – 22 février 2012- Site de l'Eglise Catholique de France

« La patience du chrétien ne trouve pas son origine dans la couardise ou la faiblesse mais dans la force de l'Esprit Saint » écrit Fr. Manuel Rivero, o.p., qui nous invite à méditer sur « patience » et « impatience ».

Avez-vous fait des promenades en montagne et en groupe ? Chacun a son rythme. Les uns partent vite en laissant derrière eux les plus faibles. D'autres ont besoin de se mettre en route lentement. Pour ma part, j'ai toujours admiré les organisateurs bénévoles de ces sorties qui prennent la dernière place pour accompagner cordialement ceux qui peinent et qui n'en aspirent pas moins à parvenir au sommet.

Il en va de même dans nos relations avec Dieu. Le Seigneur prend la dernière place. Faisant preuve de patience, Jésus fait route avec nous. Petit à petit, Il nous conduit vers le haut en épousant notre rythme humain.

Il arrive souvent que l'homme se tourne vers Dieu pour lui reprocher sa lenteur, voire son inaction. Et pourtant « le Seigneur n'est pas en retard pour tenir sa promesse, comme le pensent certaines personnes ; c'est pour vous qu'il patiente : car il n'accepte pas d'en laisser quelques-uns se perdre ; mais il veut que tous aient le temps de se convertir » (Deuxième épître de saint Pierre 3, 9).

La patience est présentée par l'apôtre Paul comme un fruit de l'Esprit Saint (1). Le chrétien habité par l'Esprit de Jésus fait preuve de patience. Il compte sur Dieu quand il voudra et à la manière dont il voudra accomplir son action. La patience relève par conséquent de la grâce. Le fidèle unit sa volonté à la volonté de Dieu en se dépouillant de son ego pour laisser Dieu agir en lui.

Tertullien, théologien africain de Carthage, dès la fin du deuxième siècle a réfléchi sur la patience (2) du Fils de Dieu et celle des hommes. Jésus-Christ brille comme un modèle de patience. Sa patience trouve ses racines dans l'amour envers l'humanité. Patiemment le Fils de Dieu a grandi comme homme d'abord dans le sein de sa mère, Marie, ensuite à Nazareth sous le regard attentif de son père adoptif, Joseph. Il a reçu le baptême au milieu des pécheurs et pour eux. Avec patience, Jésus a fait resplendir le mystère de son Père tenu caché dès avant la fondation du monde. Humblement il a lavé les pieds de ses disciples. Au cours de sa Passion il n'a pas désiré la vengeance mais il est allé jusqu'au supplice de la croix. Mis au tombeau, il a attendu dans le néant de la mort la résurrection le troisième jour, œuvre de l'Esprit de son Père. Nul homme n'a fait montre d'une telle patience sur terre.

 

Impatience…

Disciple de Jésus, le chrétien aspire à partager les sentiments de son Maître en luttant contre l'impatience, la révolte et le désespoir.

Il y a l'impatience des jeunes qui veulent tout, tout de suite. « Faisons des expériences, goûtons à tous les plaisirs ! », s'exclament certains. Cependant ne pas faire certaines expériences représente une expérience unique. Ceux qui touchent à tout ne pourront jamais savourer cette expérience de la non-expérience inutile ou nuisible. Il est des expériences qui rendent esclaves et malheureux.

Il y a l'impatience des personnes âgées. Ayant acquis des connaissances au cours de leur longue vie, les adultes risquent de sombrer dans la colère. Ils méprisent alors les jeunes qui à leurs yeux ne savent pas grand-chose : « Regardez comment ils écrivent. Ils ne connaissent pas l'orthographe ! »

Il y a l'impatience entre les générations. Une génération reproche à l'autre la cause des échecs et des dysfonctionnements sociaux voire ecclésiaux. Les jeunes pensent que leur malheur vient de leurs parents. Les aînés estiment que les nouvelles générations ne font pas ce qu'il faut pour s'en sortir. Dans l'Église, certains jeunes prêtres dénoncent la débandade des anciens, et des prêtres plus âgés regrettent la fermeture d'esprit et le retour en arrière chez de jeunes prêtres. Dans les familles, l'impatience fait irruption dans les relations entre mari et femme, entre enfants et parents. De plus en plus la famille devient un lieu de négociation permanente à propos du rôle, des droits et des devoirs de chacun.

Mgr Serge Miot, ancien archevêque de Port-au-Prince, victime du terrible séisme du 12 janvier 2010 en Haïti, conseillait aux frères dominicains qui cherchaient un terrain pour construire un couvent la triple vertu : « Patience, patience, patience ! » Il rappelait que Dieu accomplit ses desseins dans un temps qui paraît long : « Le peuple d'Israël guidé par Moïse a mis quarante ans pour entrer en Terre promise », nous disait-il.

Il y a aussi l'impatience de la victime qui cherche à se venger. Tertullien analyse les pensées de l'agresseur et de l'agressé. Il propose dans la lumière de la foi en Jésus de ne pas répondre à la violence par la violence. Le refus de la vengeance devient une victoire sur le désir de faire souffrir caché dans le cœur agressif : « Il est clair que si l'on t'offense, c'est pour que tu souffres, car la récompense de l'offenseur réside dans la souffrance de l'offensé. Par conséquent, quand tu lui supprimeras sa récompense en ne souffrant pas, c'est lui qui, automatiquement, souffrira d'avoir perdu sa récompense. Tu t'en retourneras alors, non seulement indemne (ce résultat, à lui seul, est déjà suffisant), mais en plus satisfait de la frustration de ton adversaire et vengé par sa souffrance. Tels sont l'avantage et le plaisir que procure la patience ! »

 

Comme un veilleur

La patience du chrétien ne trouve pas son origine dans la couardise ou la faiblesse mais dans la force de l'Esprit Saint. Seul le fort peut résister aux passions de violence et de vengeance.

Patience ne veut pas dire peur, inertie, refoulement, anesthésie ou attentisme.

Le chrétien attend l'heure du Christ comme un veilleur attend l'aurore les yeux ouverts, le cœur éveillé par la foi, sans baisser les bras dans la lutte contre le mal et le découragement. Patience active et aimante.

Il attend son Dieu fidèle !


Chant scout – Patience !

Jacques Douai – Le chant de la patience


Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

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6 septembre 2020

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30 août 2020

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23 août 2020

4 commentaires

Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

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