Facebook PixelSaint Martin - chapitre 3 - Hozana

Saint Martin - chapitre 3

 A Ligugé où il se retire avec quelques compagnons, premiers moines en terre de Gaule, Martin vit dans la pauvreté, le recueillement, la prière. Avec ses disciples, il n'hésite pas à sortir de sa retraite pour visiter les pauvres, les malades. Moine, il se veut aussi apôtre et s'efforce d'évangéliser autour de lui. Mais il rencontre un public incrédule, à la tête dure, qu'il ne parvient pas à convaincre. Alors il supplie le Seigneur de lui accorder des conversions. En réponse, il reçoit le don des miracles. Le voici donc qui guérit soit par de simples remèdes, soit par l'huile des malades ou encore de façon miraculeuse. Sa réputation grandit et dépasse les limites du Poitou. De toute la contrée, on accourt vers ce thaumaturge, compatissant, humble et pauvre.

Selon son biographe Sulpice Sévère, il ressuscite des morts. De telles affirmations font douter. Mais si le saint n'avait rien fait d'extraordinaire, pourquoi aurait-on écrit et diffusé de son vivant un livre sur sa vie ?

Lors d'une visite qu'il fait à Hilaire, un de ses catéchumènes tombe gravement malade et meurt. De retour à Ligugé, Martin arrive en pleine veillée funèbre. Il fait sortir tout le monde, prie pendant deux heures et assiste au réveil du jeune homme. Il se tourne alors vers le Seigneur et clame sa louange. La cellule s'emplit de ses cris d'action de grâce. Stupéfaits, les frères restés dehors font irruption. Rendu à la vie, le ressuscité est immédiatement baptisé et fait l'éloge de Martin. Devenu enfant de Dieu, il va décéder un peu plus tard.

A dater de ce jour, la renommée de Martin s'étend dans toute la Gaule tandis que ses miracles se multiplient.

Ainsi un notable, du nom de Lupicien envoie chercher Martin car l'un de ses petits esclaves s'est pendu de désespoir. Martin, ému de compassion, le rend à la vie.

Les serpents infestent les parages. Il les chasse comme il chasse les démons. On dit que les animaux lui obéissent. En tout cas, il en prend soin. Un jour, arrêté avec son âne, en pleine campagne il aperçoit une paysanne qui revient de la fontaine avec sa cruche. Il lui demande de l'eau pour sa bête. Elle acquiesce et repart en chercher à la fontaine. Martin veut la remercier. Il prie. Et soudain une source d'eau vive jaillit de la terre fendillée. Elle ne s'arrêtera plus de couler. On dit que jamais la paysanne n'oublia ce moment.

De passage dans un village, Martin s'émeut de voir les paysans vénérer la déesse Cybèle dans un sanctuaire gallo-romain. A côté du sanctuaire a été planté un pin que les villageois considèrent comme sacré car il est l'arbre de Cybèle. Martin entreprend d'abattre le pin sans se soucier de la foule qui s'oppose à son acte. Il veut convaincre ces gens et leur explique avec patience qu'un arbre n'est pas sacré, qu'ils doivent suivre le Dieu que lui-même sert et dont il peut les instruire. Un homme l'interpelle : « nous voulons bien couper l'arbre mais toi, tu dois le recevoir dans sa chute. On verra bien si ton Dieu te protège. » Martin accepte d'être attaché à l'endroit où le pin allait tomber. Le pin vacille. La foule s'écarte. Les moines présents sont épouvantés par l'attitude impassible de Martin. Au moment où le pin va tomber et s'abattre sur lui, Martin élève la main vers l'arbre et trace le signe de la croix. Comme repoussé en arrière, le pin s'abat du côté opposé et manque d'écraser les paysans. La foule est saisie d'étonnement, les moines proclament le nom du Christ et les païens demandent à se convertir.

Huit ans après la fondation de Ligugé, Martin a l'immense tristesse de perdre celui qu'il vénère depuis si longtemps. Hilaire, l'évêque de Poitiers, a rendu son âme à Dieu. Les poitevins auraient bien voulu établir Martin sur le siège épiscopal d'Hilaire mais, intimidés, ils n'osent pas le lui demander. D'autres n'auront pas ces scrupules et vont bientôt mettre à rude épreuve l'humilité du moine ermite. A l'époque, la nomination des évêques dépendaient du peuple qui prenait lui-même la décision de proposer le siège épiscopal à l'homme de son choix. Or, en 371 à Tours, meurt l'évêque Lidoire. Tout de suite, les habitants proposent sa place à Martin. Celui-ci refuse, il a déjà choisi sa voie et n'aspire pas à l'épiscopat. Mais les Turons s'obstinent et imaginent un subterfuge pour obliger Martin à accepter leur proposition. Ainsi un notable, Ruricius, après avoir fait placer des hommes d'armes sur la route de Tours à Poitiers, se présente devant Martin en pleurant. Son épouse est gravement malade, prétend-il. Emu, Martin se saisit de son sac de remèdes et le suit. Mais bientôt les soldats le cernent et il est conduit de force à Tours. Dès son entrée dans la ville, le 4 juillet, il est acclamé par le peuple en liesse et emmené jusqu'à la cathédrale.

Cependant cette décision du peuple ne fait pas l'unanimité. Disons que le nouvel évêque n'est guère représentatif de sa fonction. Certains disent que « c'est un personnage méprisable, à la mine pitoyable, aux vêtements sales, aux cheveux en désordre, et qu'il n'est pas digne d'être évêque. » Les opposants à sa nomination, quelques laïcs et certains évêques, font valoir que ce serait bien la première fois qu'un soldat romain, qui plus est moine ermite, serait nommé évêque en Gaule. L'insistance du peuple finit cependant par avoir raison de la cabale. Quant à Martin, il se résigne même s'il se voit arraché à la vie érémitique qu'il s'était choisie. Si telle est la volonté du Seigneur, il s'incline.

Le nouvel évêque refuse tous les attributs attachés à sa charge. Il ne veut pas s'asseoir sur la cathèdre (trône épiscopal) et se contente d'un modeste siège rustique. Il refuse de vivre dans la vaste et luxueuse villa gallo-romaine qui lui est allouée où l'attend un lit moelleux... Il construit près de la cathédrale une modeste cellule semblable à celle qu'il a quittée à Ligugé et y reproduit, tant bien que mal, son mode de vie précédent. Il est très sollicité : conseils, jugements, guérisons et n'a de temps pour prier qu'au soir tombé.

Cette vie, à l'opposé de ses choix au service du Seigneur, lui pèse. Le cadre de Tours qui est encore une toute petite ville lui semble trop étroit et, lors de ses promenades dans la campagne, il constate combien la vigne du Seigneur sollicite de bras tant le paganisme est répandu. Il n'est pas seul. Entouré de quelques-uns des moines qui l'ont suivi ainsi que de nouveaux disciples, il ressent fortement l'appel de l'évangélisation de ces campagnes où le nom du Seigneur n'est pas encore parvenu. A quelque trois kilomètres au nord-est de Tours, il repère un endroit où abondent rochers, grottes troglodytes et collines, lequel lui rappelle son Poitou d'adoption. Ce lieu, déjà sanctifié car il a auparavant servi de refuge aux chrétiens pourchassés, se prête parfaitement à l'installation d'un monastère. Martin prend sa décision dans l'instant. Quelques bâtiments de bois, l'aménagement des grottes, voici que le nouveau monastère de Marmoutier (ou grand moutier qui signifie « grand monastère ») prend vie. Les moines y ont pour règle la pauvreté, la mortification et la prière. La règle qui régira plus tard la vie dans les monastères n'existe pas encore. Chacun vit dans une sorte d'ermitage et tous ne se regroupent que pour les moments de prière. Les adultes sont tout entiers voués à la vie contemplative. Seuls les moines adolescents pratiquent des activités telles que la copie de manuscrits et la pêche dans la Loire. Personne ne boit de vin, sauf les malades. Parmi ces premiers disciples de Martin, un grand nombre appartient à l'élite de la société gallo-romaine. Plusieurs d'entre eux deviendront évêques par la suite. De même le monastère de Lérins, fondé un siècle plus tard, fournira des évêques et des saints comme Saint Césaire d'Arles.

A l'image de Ligugé, les moines sont vêtus d'étoffes grossières et Martin ne fait pas exception. Lui aussi vit dans une des cabanes de bois où le diable vient le tourmenter mais il le repousse et accueille la visite des anges et des saints. Tout en remplissant ses devoirs d'évêque, il se sent chaque jour davantage appelé à l'évangélisation des campagnes. En effet si le christianisme a pénétré dans la plupart des villes, les campagnes sont restées païennes. Martin n'hésite pas. Toujours escorté de ses moines et de ses disciples, il parcourt la région de Tours et fait détruire les temples et idoles. Partout il prêche en utilisant des mots simples et des comparaisons empruntées à la vie quotidienne des paysans. Ceux-ci sont touchés par cet homme de paix et de douceur qui les soigne et les convainc de se convertir. En soulageant la souffrance des corps, il s'affirme surtout comme le médecin des âmes. Dans chacun des villages où il se rend, il laisse des disciples animer de petites communautés, centrées sur la prière et tournées vers la compassion et l'évangélisation. A mesure des conversions, ceux-ci fondent sur place un ermitage ou une église. Ces groupes de moines et de convertis, souvent des notables mariés, animent ainsi ces «succursales » lesquelles, avec le temps, se transformeront en paroisses. Compassion pour les malades, amour du prochain, prières pour échapper aux embuches du démon, confiance dans l'infinie Miséricorde de Dieu, telles sont les formes de vie chrétienne développées dans ces diverses communautés.

D'après Grégoire de Tours, Martin fonde les paroisses de Langey, Sonnay, Amboise, Charnisay, Tournon et Candes. Ainsi Marmoutier devient le centre de l'évangélisation des campagnes et constitue la première base de la propagation du christianisme en Gaule.

A Tours, l'épiscopat de Martin s'avère difficile. Les évêques et notables qui s'étaient opposés à sa nomination n'ont pas désarmé. Dans sa biographie, Sulpice indique que Martin vécut « au milieu de clercs en dissidence et d'évêques déchaînés ». L'autorité que lui confèrent ses vingt-cinq années en qualité de militaire est mal perçue d'autant qu'elle ne s'accompagne pas de l'aisance que donnent en général la fortune et le langage. Il est et se veut pauvre, il n'est pas un orateur. Et ses détracteurs ne considèrent pas ses œuvres mais son apparence qui déçoit. Ses gestes de compassion, comme ce baiser qu'il donne à un lépreux, la tunique qu'il partage avec un pauvre avant la messe, renouvelant ainsi le don d'Amiens, ne suffisent pas à émouvoir ses opposants. Pourtant, après le partage de sa tunique se produit un miracle pendant la messe : un globe de feu apparaît au-dessus de sa tête. A l'exemple des Apôtres qui avaient reçu des langues de feu le jour de la Pentecôte.

Sulpice Sévère qui écrivit la vie de Martin, du vivant même du saint, cite tant de miracles et de faits extraordinaires que l'on a crié au folklore. Il nous est bien difficile de démêler le vrai du faux. Mais ce témoignage, rendu au moment même où se déroulaient les événements qu'il décrit, paraît sincère, même si certains faits ont peut-être été enjolivés. « Il n'est guère étonnant », dit Sulpice Sévère, « que la faiblesse humaine ait douté des œuvres de Martin, quand nous voyons encore aujourd'hui bien des gens qui n'ont pas cru aux Evangiles ». Rien que le culte immense rendu au Saint après son décès et jusqu'à nos jours suffit déjà à démontrer la vie exceptionnelle de cet homme de Dieu.

« Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, expulsez les démons. Vous avez reçu gratuitement : donnez gratuitement. Ne vous procurez ni or ni argent ni monnaie de cuivre à mettre dans vos ceintures, ni sac pour la route, ni tunique de rechange, ni sandales, ni bâton… » St Matthieu. 

Au regard de cette parole d'Evangile, comment douter de la vie et des œuvres de l'Apôtre authentique du Christ que fut Martin ? Contemplons ce saint de Dieu, à la bonté infinie, dans sa grande humilité. Sa seule ambition fut de conformer en tous points sa vie à la mission du Seigneur. Dans le don total de sa personne, il fut le parfait instrument de son Dieu.

Prions ce saint, si conforme à la vérité de l'Evangile, de nous transmettre sa douceur, sa bonté, son immense foi et son désir de la transmettre inlassablement.
Avec l'aide de la Vierge Marie. 

 

Je vous salue, Marie…

 

Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

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Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

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