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Sainte Clotilde - chapitre 4

Sainte Clotilde en prière au monastère Saint-Martin

 

Clotilde, dont le chagrin est immense a, de plus, toutes les raisons d'être inquiète. A la mort de leur père, ses fils sont jeunes. L'aîné, Clodomir, n'a que seize ans. Mais Clovis lui-même n'avait-il pas pris les armes à quinze ans ? Et son éducation n'avait-elle pas été tournée vers la chasse et les faits d'armes ? On peut imaginer, compte tenu de la suite des événements, que ses fils, même baptisés et croyants, avaient suivi le même parcours et que tous poursuivaient la même ambition : le pouvoir.

Clovis n'avait pas pris de dispositions concernant sa succession. Le partage salique exclut d'emblée les filles et prévoit que tous les enfants masculins héritent chacun d'une parcelle du domaine royal. La primogéniture masculine qui permet au seul fils aîné d'hériter du royaume ne prendra effet qu'en 987 sous Hugues Capet. Cela dit, le partage envisagé n'est pas une division stricte du royaume même si les quatre fils de Clovis sont rois en même temps. Le royaume franc subsiste en quelque sorte ce qui facilitera sa réunification, laquelle s'obtiendra au prix de crimes abominables. L'aîné, Thierry, hérite comme ses frères et la meilleure part lui échoit, même si sa mère n'a été qu'une épouse de second rang. Deux épouses, ceci signifie deux parts, partagées chacune entre les enfant réciproques. Thierry s'établit donc à Reims, Clodomir à Orléans, Childebert à Paris et Clotaire à Soissons.

Veuve, Clotilde choisit de rester à Paris et d'y mener une vie retirée. Elle peut se rendre, en empruntant le chemin de Geneviève, au monastère des Saints Apôtres, pour fleurir la tombe de Clovis et prier pour le salut de son âme. Malgré tout l'amour qu'elle a éprouvé à son égard, elle est restée lucide et n'ignore rien des assassinats commis par son époux, notamment ceux des princes rhénans dont il s'est rendu coupable pour prendre leurs territoires.

Elle prie de toute son âme et tremble pour l'avenir. Elle a élevé ses enfants dans la foi et avec une grande tendresse. Ils se révèlent des guerriers ambitieux, ne reculant devant rien pour satisfaire leurs appétits de conquête.

Le partage de la Gaule entre les différents fils de Clovis : Thierry hérite du plus grand territoire : en bleu foncé, sur la carte, le royaume de Reims, séparé en deux par le Royaume de Clodomir à Orléans. En vert, le Royaume des Burgondes reste indépendant.


La Burgondie, affaiblie à la mort de Clovis, suscite leur convoitise. Mais ils ne peuvent intervenir en prétextant des raisons religieuses, le roi Sigismond, fils de Gondebaud, ayant renoncé à l'arianisme pour se convertir au catholicisme. Il a même fait construire un très beau monastère dédié à Saint-Maurice au pied du Mont Saint-Bernard. Cependant, en 523, une opportunité se présente aux fils de Clovis pour envahir la Burgondie. Sigismond vient de se rendre coupable du meurtre de son propre fils, à l'instigation de sa seconde épouse. Celle-ci ayant accusé le jeune Sigeric des pires intentions, notamment celle de vouloir tuer son père pour s'approprier le royaume, Sigismond cède à ses instances. Mais à peine a-t-il porté la main sur son fils que, fou de douleur, il se repent. Rien ne vient à bout de son immense chagrin, même pas un séjour au monastère Saint-Maurice.

A l'exception de Thierry qui a épousé la fille de Sigismond, Les fils de Clovis préparent donc leur expédition contre la Burgondie. On peut s'interroger sur le rôle qu'aurait joué Clotilde. Certains historiens affirment que c'est elle qui aurait persuadé ses enfants de marcher contre Sigismond pour en finir avec la famille de Gondebaud, toujours assoiffée de sang, et, par là même, venger l'assassinat de son père.

Pour d'autres, elle serait restée à l'écart. Cette attitude serait, en effet, plus conforme à la douceur de caractère de la sainte. Du vivant de Clovis, jamais Clotilde ne l'avait incité à venger sa famille. Bien plus, elle avait approuvé le pacte de neutralité signé entre Clovis et Gondebaud. Elle ne militait que pour la paix, le pardon des offenses et le règne du Christ. De plus, elle avait lutté de toutes ses forces contre l'arianisme. Or Sigismond, en se convertissant au catholicisme, avait répondu à ses vœux les plus chers. Il est donc difficile de l'imaginer criant vengeance. Difficile aussi de comprendre comment l'Eglise aurait pu, en la canonisant, la montrer en exemple à la postérité.

Toujours est-il que les fils de Clovis envahissent la Burgondie. Gondemar, frère de Sigismond, prend la fuite. Quant à Sigismond, il est capturé par Clodomir, tandis qu'il tente de gagner, par la montagne, le monastère de Saint-Maurice. Avec sa femme et ses enfants, il est emmené à Orléans. Clodomir projette de les exécuter. L'abbé de Saint-Mesmin, Avitus, cherche à l'en dissuader. Il prophétise, prédisant que si Clodomir mettait la main sur Sigismond et sa famille, lui-même, Clodomir, périrait avec les siens. Mais ce dernier ne tient aucun compte des avertissements de l'abbé. Il donne l'ordre de précipiter dans un puits non seulement Sigismond, mais encore la femme et les fils de ce malheureux roi. L'horreur de la mort de Sigismond fit absoudre ce triste prince de son crime. Hélas ! La prédiction d'Avitus va se vérifier : Clodomir repart à la conquête de la Burgondie où règne désormais Gondemar, le frère de Sigismond et il y trouve la mort.

Clotaire s'empare de Gondioque, la veuve de Clodomir. Lui et Childebert ne tardent pas à se partager le royaume de leur frère tandis que Clotilde pleure son fils aîné dont il est dit qu'il était son préféré.

Elle ne voit dans sa famille aucun sujet de consolation. L'avidité de ses fils est sans limites. Elle souffre de plus de l'absence de sa fille, prénommée, elle aussi, Clotilde, mariée à Amalaric roi des Wisigoths. Il est le fils d'Alaric tué par Clovis lors de la fameuse bataille de Vouillé. Or Amalaric, arien, ne cesse de persécuter son épouse à cause de sa foi catholique. Elle subit des sévices chaque fois qu'elle se rend à l'église et est victime de violences de la part du roi. Elle parvient à avertir Childebert qui se porte à son secours et livre bataille à Amalaric près de Narbonne. Il force les Wisigoths à fuir et délivre sa sœur. Celle-ci se réjouit de revoir son pays et bientôt sa mère. Mais la malheureuse princesse succombe en route aux blessures infligées par son mari.

Pour Clotilde, ce coup est terrible et il lui faut toute sa force d'âme pour réagir et redresser la tête. Elle vient de perdre deux de ses quatre enfants. Elle se préoccupe à présent des trois petits orphelins qui pleurent leur père Clodomir. Elle décide de prendre soin d'eux, de les élever dans la foi, de les distraire, de leur donner toute la tendresse de son cœur. Elle a pensé vivre à Tours, ville qui lui appartient, mais elle juge préférable de s'installer à nouveau dans le palais parisien qu'elle partageait avec Clovis.

Ce séjour conviendra aux enfants royaux, se dit-elle.

Cependant elle ignore tout de l'horrible complot qui se trame. Childebert et Clotaire se sont partagés le royaume de Clodomir et entendent le conserver. Ils veulent empêcher toute revendication sur l'héritage paternel de la part de leurs neveux. Ils forment donc le projet de les assassiner.

Clotilde, ignorant le danger, s'occupe avec bonheur de ses petits-enfants, Théodebalde, Gonthier et Clodoald, âgés de dix, sept et cinq ans. Elle a pris leur éducation en mains et y retrouve une certaine joie de vivre. Jusqu'à ce jour fatal où Childebert les fait mander. Sans méfiance, Clotilde les confie tous trois à l'envoyé de Childebert. La légende raconte que Childebert, s'étant emparé des trois enfants, aurait demandé à Clotilde de choisir : soit la mort de ses petits-fils, soit la tonsure de leurs cheveux. Clotilde aurait opté pour l'assassinat, le sacrifice de la chevelure signifiant le renoncement à la couronne. Un choix qui apparaît bien étrange s'il est exact. Toujours est-il que les deux aînés sont assassinés par leurs oncles, Clotaire et Childebert. Clotilde, avertie du danger, part en toute hâte pour essayer de les sauver. Clotaire s'enfuit pour éviter de la rencontrer. Une fois arrivée dans la demeure royale de Chilpéric, elle apprend l'inéluctable. En larmes, elle recueille les deux petits corps et les conduit à l'église des Saints Apôtres où le clergé les enterre avec grande cérémonie.

Le plus petit des enfants, Clodoald, lui dit-on, a disparu. Elle apprend bientôt qu'un serviteur dévoué l'a soustrait au massacre. Emmené en cachette, il est confié aux religieuses de Chelles. Il sera ensuite caché dans d'autres abbayes. Plus tard, consacré à Dieu, ordonné prêtre, il se fera ermite et moine. Après un long séjour en Provence, il se retirera près de Paris à Novigentum (Saint Cloud aujourd'hui) où il construira un monastère. Déjà de son vivant, il y sera vénéré comme un  saint. Novigentum, deviendra un lieu de pèlerinage et prendra le nom de Saint Clodoald ou Cloud.

Clotilde, bâtisseuse d'églises et de monastères


Clotilde est brisée. Elle que la vie n'a jamais ménagée vient de toucher le fond de l'horreur. Non seulement elle perd ses petits-fils bien-aimés, mais elle les perd de la main de ses propres fils. L'inimaginable s'est produit. Dès lors, la reine est comme morte à elle-même. Elle décide de se retirer du monde, rassemble sa maisonnée, distribue à ses serviteurs les richesses de ses coffres. Enfin elle affranchit ses derniers esclaves.

Au cours de l'année 524, elle décide de se rendre à Tours, à la Basilique Saint Martin qu'elle avait probablement fait construire pour vénérer le tombeau du grand saint qu'elle et Clovis avaient toujours prié. Une communauté religieuse y est installée qui veille sur le tombeau de Saint-Martin et accueille les nombreux pèlerinages. C'est là qu'elle choisit de finir ses jours, en cet endroit où Clovis avait prié à la veille de la bataille de Vouillé, où les ambassadeurs de l'empereur Anastase lui avaient remis les insignes de consul.

Dans sa douleur, elle prie sans relâche dans cette retraite qu'elle ne quittera que pour de brefs séjours en région parisienne, notamment pour rencontrer son petit fils, Clodoald. C'est à Tours qu'elle apprend le décès de Thierry, le fils aîné de Clovis dont le royaume, après le décès de ses fils et petit-fils échouera dans la corbeille de Clotaire. Ce dernier, après la mort de Childebert en 558, réunifiera le royaume. Pour l'heure, Clotilde, ébranlée par la cruauté de ses fils ne cesse d'implorer Saint Martin. Qu'il intercède pour elle auprès du Seigneur afin que cesse la discorde entre ses fils. Voici sa prière :

« Ô, Mon Dieu, vous savez mon cœur, et que ce n'est ni par crainte du travail, ni par manquement de courage que je me suis retirée de la cour de mes enfants ; mais, voyant leur déportement et ne pensant pas leur pouvoir aucunement profiter par mes conseils, j'ai choisi le moyen que j'estimais le plus sortable pour les aider, qui est celui des prières. Et me voici maintenant prosternée au tombeau d'un de vos plus grands serviteurs pour supplier, par ses mérites et par ses cendres, d'apaiser les querelles de ces malheureux enfants et regarder de l'œil de vos miséricordes accoutumées ce pauvre peuple et cette France à qui vous avez consigné tant d'arrhes de vos fidèles amitiés. Ainsi soit-il ! »

D'après Grégoire de Tours, elle déploie « tant et de si grandes vertus, qu'elle se fit honorer de tous. » Elle porte secours aux pauvres de la ville, passe des nuits à veiller en prière. Attentive au soin des monastères et des églises, elle les dote généreusement. A Tours, elle est révérée non pas tant en sa qualité de reine mais comme servante de Dieu.

Cette servante de Dieu, première reine de France, vécut ainsi à Tours les dernières années de sa vie. On se plaît à croire qu'elle put s'entretenir avec Radegonde, sa belle-fille, quatrième épouse de Clotaire, qui vint à plusieurs reprises en pèlerinage au tombeau de Saint-Martin. Radegonde, qu'on appelle la reine moniale, mariée contre son gré, s'échappa pour fonder à Poitiers le premier monastère de femmes en France. Ainsi les deux premières reines de France purent sans doute échanger et communier dans la même foi (voir, dans notre Communauté de prières, la vie de Sainte Radegonde publiée le 9/6, les 2/9 et16/7/2018).

Clotilde s'éteignit à Saint-Martin de Tours le 3 juin 545. Avertie par un ange de son prochain retour à Dieu, elle avait fait venir ses fils auprès d'elle. Ceux-ci transportèrent son corps à Paris où elle fut inhumée, dans l'Eglise des Saints Apôtres, aux côtés de Sainte Geneviève, de Clovis et de ses petits-enfants.

Simple princesse burgonde, Clotilde vint à bout, par ses mérites, de l'arianisme et du paganisme présents sur le territoire français. Elle est à l'origine d'un pays unifié, la France, converti au catholicisme et demeuré tel jusqu'à la Révolution. Nous recueillons encore aujourd'hui cet héritage.  Elle est toujours célébrée en France comme celle qui, par sa foi, touche les cœurs et les conduit à la conversion.

De nombreux miracles ayant illustré le tombeau de la sainte, on leva de bonne heure son corps pour l'honorer et il fut placé dans une châsse. Chaque fois que la ville de Paris éprouvait quelque calamité, on avait coutume de prier en procession en suivant la châsse de la sainte.

Peu de souvenirs de Sainte Clotilde sont parvenus jusqu'à nous. La Basilique Saint-Martin a été totalement détruite pendant la Révolution. Des reliques de la Sainte sont présentes dans l'église de Vivières (Aisne) où la châsse avait été transférée lors des invasions normandes. De retour à Paris où elle fut vénérée pendant des siècles, ses restes auraient été brûlés en 1793 pour éviter la profanation révolutionnaire. Ses cendres furent pour partie déposées dans la basilique Sainte-Clotilde de Reims.

Sainte Clotilde est fêtée le 4 juin. La date de sa canonisation est inconnue.

Depuis 1994, l'Aviation légère de l'Armée de Terre l'a choisie pour patronne. C'est en effet à ses prières que Clovis put être victorieux à Tolbiac (ou Vouillé) en « submergeant l'ennemi sous le feu du ciel » ce qui est précisément aujourd'hui la fonction des hélicoptères de combat de l'armée française.


Les litanies de Sainte Clotilde dont voici un extrait nous aident à prier pour nous-mêmes, pour demander des conversions et pour la France.

 

Sainte Clotilde, humble, patiente et douce, priez pour nous

Sainte Clotilde, inébranlable dans la foi, priez pour nous

Sainte Clotilde, indéfectible dans l'espérance, priez pour nous

Sainte Clotilde, ardente dans la charité, priez pour nous

Sainte Clotilde, persévérante dans la prière, priez pour nous

Sainte Clotilde, missionnaire inspirée auprès de votre époux,

Sainte Clotilde, qui avez obtenu par votre prière et votre exemple la conversion du roi Clovis, priez pour nous

Sainte Clotilde, recours dans les conversions, priez pour nous, priez pour nous

Sainte Clotilde, modèle des épouses, priez pour nous

Sainte Clotilde, exemple des mères, priez pour nous

Sainte Clotilde, refuge et consolatrice des veuves, priez pour nous

Sainte Clotilde, qui avez béni le Seigneur dans toutes vos épreuves, priez pour nous

Sainte Clotilde, dont le cœur de mère a été broyé, priez pour nous

Sainte Clotilde, d'une force d'âme héroïque, priez pour nous

Sainte Clotilde, toujours confiante dans la Vierge Marie, priez pour nous

Sainte Clotilde, dévote de Saint Martin et de saint Germain, priez pour nous

Sainte Clotilde, amie et collaboratrice de l'évêque saint Remi, priez pour nous

Sainte Clotilde, âme sœur de Sainte Geneviève, priez pour nous

Sainte Clotilde, qui avez distribué vos biens à l'Eglise et aux pauvres, priez pour nous

Sainte Clotilde, qui avez fondé des monastères, priez pour nous

Sainte Clotilde, qui avez édifié des églises, priez pour nous

Sainte Clotilde, qui avez été au berceau de la France chrétienne, priez pour nous

Sainte Clotilde, mère de la foi dans notre patrie, priez pour nous

Sainte Clotilde, Reine de France, priez pour nous

Agneau de Dieu qui effacez les péchés du monde, pardonnez-nous, Seigneur

Agneau de Dieu qui effacez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur

Agneau de Dieu qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous, Seigneur

V. Par les mérites et les prières de la bienheureuse Clotilde,

R. Soyez favorable, Seigneur, à votre peuple.


Prions

Abaissez vos regards bienveillants, Seigneur, sur le peuple de France, et après lui avoir accordé, sur les fidèles instances de Sainte Clotilde, le don de la foi, inspirez-lui, par son intercession, un attachement sincère à la religion chrétienne. Par Jésus notre Seigneur. Amen !

 

Comme Sainte Clotilde, toujours confiante dans la Vierge Marie, prions notre Mère du Ciel.

Je vous salue, Marie…

Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

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Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

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