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Sainte Clotilde - Chapitre 3

L'évêque Remi, par sa sainteté, joue auprès de Clovis un rôle qui, dépassant ses prérogatives religieuses, est en fait politique. En effet, à l'époque, les évêques étaient puissants dans leurs cités, ils détenaient un réel pouvoir, œuvrant autant pour la sécurité des citoyens que pour le salut des âmes. Face aux menaces de tous bords, ils dirigeaient leurs villes avec le souci de conserver leur influence, s'occupant autant d'évangélisation que de défense de leur territoire.

Parmi eux, de grands saints sont apparus. Et Remi qui vécut presque centenaire et qui exerça sur Clovis une forte influence n'était pas des moindres.

Lors du baptême de Clovis, il est âgé de plus de soixante ans. Pour Clovis et Clotilde, il joue en quelque sorte le rôle du père qu'ils n'ont plus ni l'un ni l'autre : bienveillance, autorité, judicieux conseils. La jeune femme sait qu'elle peut compter sur cet homme que le Seigneur a mis sur sa route et qui l'a si bien épaulée pour convertir son époux.

Intelligente, nourrie par les méditations et les instructions religieuses, son commerce avec le grand saint est fait de respect et d'affection. Tous deux exercent un ascendant certain sur Clovis, essayant de canaliser ses passions, de guider son esprit guerrier. La foi du roi est bien réelle mais encore peu mûrie. Par exemple, comme Remi faisait, un jour, à haute voix la lecture de la Passion, il s'écria « Que n'étais-je là avec mes Francs ! »

La foi de Clovis n'adoucit pas ses  mœurs guerrières. Son esprit de conquête est toujours aussi vif et la religion va lui servir de prétexte pour envahir de nouveaux territoires. Au Royaume des Burgondes, toujours dominé par l'arianisme, la rivalité est grande entre les deux frères, Gondebaud et Godegisile. A tel point que, en l'an 500, Godegisile, se sentant menacé, appelle Clovis à la rescousse. Pour sa part, Clotilde souhaite surtout se tenir à l'écart de Gondebaud, cet assassin de son père qui, au dernier moment, a voulu empêcher son union avec Clovis. Il est probable qu'elle a soutenu le projet de Clovis d'aller défendre Godegisile, le seul qui ait témoigné quelque compassion à son égard. De son côté, Clovis, en dehors de ces raisons familiales, pense avoir tout intérêt à s'allier avec Godegisile, à éliminer Gondebaud dans l'espoir de devenir maître du royaume des Burgondes. Hélas ! Godegisile est vaincu à Vienne et décapité par Gondebaud qui assassine également son épouse Théodelinde, une catholique, et leurs deux fils.

Seules, deux petites-filles de Godégisile, Gondioque et Sédéleubeude, échappent au massacre. Gondioque épousera par la suite les fils de Clovis, Clodomir, roi d'Orléans, puis Clotaire, roi de Soissons.

Clovis n'insiste pas. Il sait renoncer quand la résistance lui semble trop forte. C'est ainsi qu, dans les dernières années du Ve siècle, il avait tenté plusieurs incursions contre les Wisigoths qui occupaient la péninsule ibérique et, au nord, la Gaule jusqu'à la Loire. Mais voici que, fort de sa nouvelle foi, il sent le moment venu d'une nouvelle conquête.

« Je ne puis souffrir, avait-il dit, que ces Ariens possèdent la meilleure part des Gaules. Marchons, avec l'aide de Dieu, et, après les avoir vaincus, réduisons le pays en notre pouvoir. »

Ses ambitions sont soutenues par Anastase, l'empereur d'Orient, qui craint lui aussi la montée en puissance de l'arianisme. Pour s'offrir son alliance, Anastase nomme Clovis Patrice ce qui lui confère la dignité consulaire. Dès lors, Théodoric, roi des ostrogoths qui règne en Italie, n'est plus légitime à convoiter la Gaule puisque l'empereur romain d'Orient reconnaît comme légitime le royaume des Francs.

Aussi, en 508, Clovis n'hésite-t-il plus. Avec son armée, il fonce vers le sud et franchit la Loire. Est-il encouragé par l'évêque Remi qui le conseille ou encore par Clotilde ? Ces derniers souhaitaient barrer la route à l'arianisme et convertir le plus grand nombre de sujets dans les territoires nouvellement conquis. Cela dit, Clotilde ne nous a pas laissé l'image d'une combattante… Elle est douce, généreuse, charitable et son grand souci est de consolider la foi dans cette Gaule qui devient peu à peu la France. Il est avéré qu'elle a fait construire de nombreuses églises, oratoires et monastères même s'il ne reste que quelques traces aujourd'hui de ces implantations : la collégiale Saint-Pierre fondée en 510 à Laon, le monastère Notre-Dame des Andelys en 511, l'oratoire royal de Chelles dédié à Saint Georges, lequel sera ultérieurement transformé en abbaye.

La rencontre de l'armée de Clovis avec celle d'Alaric, roi des Wisigoths, a lieu en 507 à

Vouillé, bourgade située à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Poitiers. Les Wisigoths peuvent compter sur le soutien des Auvergnats mais leur roi, Alaric, ne dispose pas de toute son armée, des détachements étant occupés à chasser de la péninsule ibérique des Romains d'Orient. Les Ostrogoths, sollicités par Alaric, n'interviennent pas. Leur roi, Théodoric, beau-frère de Clovis, ne peut s'attirer les foudres d'Anastase, l'empereur d'Orient. Il reste donc neutre.

A Vouillé, ce jour-là, au cours de la bataille gagnée, dit-on, grâce à l'usage des fameuses francisques, armes de jet lancées par l'élite des guerriers francs, Clovis tue Alaric. Les Wisigoths s'enfuient vers le sud, emmenant avec eux Amalaric, l'héritier du Royaume. Les Auvergnats, conduits par Apollinaire, se battent jusqu'au dernier.

Au lendemain de sa victoire, Clovis se rend à Tours, à la Basilique de Saint Martin où se trouve le tombeau du grand saint. C'est là qu'il reçoit les insignes de consul des mains des ambassadeurs de l'empereur Anastase. Puis il parcourt à cheval la distance entre la basilique et la cathédrale de Tours en jetant de l'argent au peuple.

La bataille de Vouillé (première bataille de Poitiers…) est décisive : elle gagne au Royaume franc un immense territoire qui s'étend de la Loire aux Pyrénées. Il dessine pratiquement les contours de la France actuelle à l'exception de la Septimanie (région qui s'étend des Pyrénées Orientales jusqu'à Narbonne) et du Royaume des Burgondes.

Cette domination des Francs ne s'accompagne d'aucun soulèvement parmi les terres reconquises. Les Gaulois l'avaient en effet souhaitée, comme l'a souligné Grégoire de Tours.

En Gaule pourtant, les peuples des territoires conquis ne jouissent pas des mêmes droits que les Francs. Ces derniers sont soumis à la loi salique qui permet de régler les conflits par le paiement d'amendes, évitant ainsi la peine de mort aux coupables. Elle est, pour l'essentiel, un code de procédure criminelle et un code de la famille qui substitue à la notion de vengeance personnelle celle de la transaction. L'auteur du crime paye la famille de la victime, laquelle renonce aux représailles. Pour leur part, les peuples conquis suivent les lois gallo-romaines, notamment le Bréviaire d'Alaric, inspiré de Théodose et approuvé par des notables gallo-romains, ecclésiastiques et laïques. Ces différences de traitement semblent bien accueillies, chaque peuple conservant ses traditions.

A Paris (Lutetia Parisiorum), Geneviève a tenu sa promesse : elle s'était engagée à ouvrir les portes de la ville à Clovis s'il se convertissait. Le Roi des Francs peut maintenant faire son entrée solennelle à Paris et, en 508, il décide d'y installer sa capitale, délaissant Tournai, ville trop excentrée par rapport à ses dernières conquêtes.

Lutèce ne jouissait pas du  même prestige que la ville de Lyon mais elle avait accueilli des empereurs, notamment Constantin, converti au catholicisme, que le roi admirait. Dans ses murs résidait Geneviève, la grande sainte que le couple royal fréquentait et vénérait. Clotilde qui entretenait une grande complicité avec la sainte, alors très âgée, ne pouvait que se réjouir de cette proximité.

Le couple royal s'installe à la pointe de l'île, dans l'ancien palais des gouverneurs. Sous l'impulsion de Clotilde, Clovis va se montrer extrêmement généreux. Il ne cesse d'utiliser les ressources royales pour faire des dons aux évêques, à commencer par Remi, favorisant ainsi la construction de nombreuses églises.  Clotilde voit ainsi triompher sur tout le territoire la religion qu'elle a si fortement contribué à répandre. Elle en éprouve un grand bonheur même si parfois les mœurs de l'époque et les assassinats fomentés par son époux ont dû la révulser quelque peu… Mais l'amour pardonne tout et son attachement à son mari est immense. A Paris, sa nouvelle capitale, où elle s'emploie à secourir les pauvres et à répandre la foi, elle est heureuse.

A Constantinople, l'empereur Constantin a fait construire une basilique pour y inhumer les empereurs. Clovis reprend cette idée. Geneviève, en son grand âge, aura bientôt besoin d'un tombeau digne d'elle, pense-t-il. Il va lui construire une basilique sur le mont Lucotitius où lui-même et Clotilde auront aussi leur place, près de la sainte. Cet édifice était situé à proximité de l'église actuelle de Saint-Etienne-du-Mont. Dédié à Pierre et à Paul, il prit le nom de monastère des Saints Apôtres. Cette église mérovingienne possédait un sacrarium (sépulture du couple royal) en annexe à l'édifice. On dit que, pour venir y prier, Sainte Geneviève empruntait un chemin devenu aujourd'hui la rue de la Montagne Sainte-Geneviève.

Le 11 novembre 511, fête de la Saint Martin, le roi rentra trempé et frissonnant d'une partie de chasse. Il s'alita. En un premier temps, les médecins ne s'inquiétèrent pas, compte tenu de la robuste constitution du malade. Un léger mieux se produisit. Puis la fièvre reprit de plus belle et, le 27 novembre, après avoir reçu les onctions d'huile sainte, Clovis s'éteignit. Il avait quarante-cinq ans. Il fut déposé dans un sarcophage et précéda d'un an au monastère des Saints Apôtres celle pour laquelle il avait fait construire la basilique, Sainte Geneviève.


Que la Volonté du Seigneur soit faite. Veuve à trente-cinq ans, Clotilde Lui a toujours obéi.

Quelle sera son existence à présent, séparée de l'homme qu'elle a aimé ? Au chagrin s'ajoute l'inquiétude : que va devenir ce Royaume enfin uni et pacifié, livré à ses enfants, encore adolescents, dont elle redoute pourtant les ambitions et les mœurs sanguinaires ?

Seigneur, prends pitié. Elle prie encore et toujours, continue ses visites charitables et ses dons. Jeune fille, avant de connaître Clovis, elle avait offert sa vie au Seigneur. Que désormais cette vie, toujours offerte, soit prière pour l'âme de Clovis, pour les siens, pour la France. Clotilde se tourne vers la Vierge Marie.

 

Je vous salue, Marie…

 

Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

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Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

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