Facebook PixelSainte Clotilde - chapitre 2 - Hozana

Sainte Clotilde - chapitre 2

Le baptême de Clovis


C'est un bien long voyage qu'entreprend Clotilde qui a pris place dans une lourde basterne (sorte de gros chariot) tirée par des mulets. Les relais sont nombreux mais la petite troupe progresse, les routes, construites par les Romains, restant très praticables. La campagne est belle, elle côtoie de nombreux bourgs fortifiés ainsi que de vastes villas fort bien entretenues, héritées des Romains.

Le voyage s'étire en longueur et elle se laisse bercer. Mais voici qu'en chemin, elle apprend par un cavalier venu en toute hâte que son oncle Gondebaud s'est ravisé. Il ne donne plus son accord à son mariage et envoie un détachement pour la ramener à Lyon. Sans doute voit-il sous un nouveau jour l'union de sa nièce et de Clovis qu'il avait envisagée comme un rapprochement pacifique entre les deux royaumes. Il craint sans doute à présent une vengeance de sa nièce que Clovis ferait sienne et qui mettrait en danger la sécurité de son royaume.

C'est compter sans la détermination de sa nièce. Clotilde le craint, lui, Gondebaud. Malgré son jeune âge, elle est prête à le défier. Elle n'hésite pas, abandonne la basterne, fait seller un cheval et s'élance, suivie de quelques fidèles. Elle chevauche ainsi, sans épargner sa monture, jusqu'à la frontière où l'attend une escorte de nobles Francs, quelque peu surpris de la voir arriver dans cet équipage. Elle est sauvée !

Le voyage reprend, à travers d'épaisses forêts où l'on entend hurler les loups. Bientôt, non loin de Villery, un bourg proche de Troyes, la petite troupe est arrêtée par un envoyé de Clovis. Il leur annonce que le roi, tout proche, s'empresse à leur rencontre. Le cœur battant, Clotilde voit bientôt un groupe de cavaliers venir vers elle. L'un d'eux a les cheveux qui flottent sur les épaules. Elle sait que les souverains francs portent les cheveux longs en signe de leur puissance royale. Ce doit être Clovis. Et de fait, il se précipite vers elle avant qu'elle ait pu sauter à terre, la prend dans ses bras. Elle est encore plus belle qu'il l'avait imaginée… Il est viril, le geste prompt, la voix brève, elle est conquise.

C'est ainsi qu'en l'an de grâce 493, la bourgade de Villery fut le témoin du coup de foudre historique entre Clovis et Clotilde. Oubiées les manœuvres politiciennes, ces deux-là s'aimeront leur vie durant.



Jusqu'à Troyes, Clovis chevauche à côté d'elle et parfois les fiancés échangent un regard ébloui. A l'arrivée, Clotilde est accueillie au palais épiscopal et peut enfin se recueillir dans sa chambre. Elle avait presque oublié que Clovis était païen… Mais, tandis qu'elle remercie Dieu, elle se souvient… Elle lui demande la conversion du Roi des Francs, celle de l'être qu'elle chérit désormais.

Le lendemain, Clovis, Clotilde et leur escorte chevauchent vers Soissons, la capitale du Roi, conquise quelques années auparavant. Cette ville restera toujours chère au cœur de Clotilde car elle va y passer les moments les plus heureux de sa vie.

Une foule les accueille en triomphe et deux évêques viennent bientôt les saluer : Principius, évêque de Soissons et son frère, Remi, évêque de Reims. Clotilde sourit. Elle n'est pas seule au milieu des païens. Cette terre est chrétienne comme l'atteste la présence des deux évêques et elle sait pouvoir trouver en eux de puissants alliés.

Les noces de Clotilde et Clovis furent célébrées à Soissons en grande pompe. S'il est probable que Principius, l'évêque de Soissons et Remi, l'évêque de Reims, y assistèrent, elles ne firent l'objet d'aucune cérémonie religieuse car ce n'était pas la coutume à l'époque. L'apport d'une dot de l'épouse, le don d'un anneau du mari à sa femme,  l'entrée de la mariée dans la maison de son mari, tels étaient les rites qui marquaient l'engagement des époux. Un banquet était offert par le marié aux invités. Celui de Clovis et de Clotilde fut somptueux, riche en gibiers aux sauces épicées, en desserts de toutes sortes, entremets, fruits confits… Chanteurs et musiciens rythmaient une fête où coulait à profusion le vin si apprécié par les rudes compagnons de Clovis dont les mœurs un peu rudes choquèrent peut-être une mariée quelque peu dépaysée…

Clovis, très épris de son épouse, lui fait cadeau de quelques villes dont elle tient ses revenus. Désireuse de plaire à son mari, elle le suit à la chasse malgré son peu de goût pour cette activité. Elle s'occupe de la bonne tenue du palais où elle imprime sa marque. Surtout elle prie et supplie le Seigneur de lui accorder la conversion de son époux. Depuis peu, elle sait qu'elle n'est pas seule à implorer le Seigneur. Deux grands saints la soutiennent. D'abord l'évêque Remi qui entretient avec Clovis des relations cordiales et qui va devenir son conseiller. Ensuite, Geneviève, la grande sainte, patronne de Paris dont les actes émerveillent la population. Elle est prête à ouvrir les portes de Paris à Clovis s'il se convertit.

Clotilde se sent ainsi épaulée tandis qu'elle se recueille en pensant à ce premier enfant qu'elle va mettre au monde. Elle espère un garçon pour que Clovis sache sa descendance assurée. Et bientôt elle met au monde un petit Ingomer. Elle insiste auprès de Clovis pour qu'il soit baptisé et lui arrache un consentement qu'il va vite regretter. L'enfant décède dans les premiers mois de son existence. Clotilde éprouve un immense chagrin qui se double d'une autre souffrance : plus que jamais, Clovis doute de l'existence de ce Dieu qui n'a pas su protéger la vie de son fils. La conversion qu'il avait un instant envisagée lui semble d'autant moins possible qu'il est en proie au doute. De plus il pense descendre d'un dieu et craint de perdre le soutien de son peuple païen. Celui-ci est persuadé que les victoires successives de leur chef sont dues à la faveur accordée par les dieux au combat. Aussi, lorsque, l'année suivante, Clotilde met au monde son deuxième enfant, Clovis s'oppose-t-il à son baptême avant de céder aux instances de sa femme. Clodomir vivra et sera l'aîné de trois autres frères et sœur, Childebert, Clotaire et Clotilde.

En 496, trois ans après leur union, Clovis doit porter secours aux Francs rhénans, menacés par les Alamans. La bataille a lieu près de Cologne à Tolbiac où la chance abandonne les guerriers francs dont l'armée est en déroute. C'est alors que, d'après Grégoire de Tours, Clovis aurait fait à Jésus la promesse de se convertir s'Il lui accordait la victoire. La bataille se poursuit, Clovis est encerclé lorsqu'une flèche ou un coup de hache tue le chef alaman ce qui provoque la défaite de son armée.

Cet épisode relaté dans tous les manuels d'histoire est-il exact et aurait-il réellement provoqué la conversion de Clovis, même si la bataille de Tolbiac a vraiment eu lieu ? D'autres hypothèses et une autre date ont été avancées. Une lettre de Théodoric, envoyée en 506, mentionne une victoire de Clovis sur les Alamans, dont le roi avait péri au combat. Les guerriers avaient fui en Rhétie de sorte que Clovis avait pu étendre son royaume jusqu'à la Haute-Rhénanie. Il y aurait donc eu deux batailles, l'une en 496 et l'autre en 506, date de sa conversion.

Sculpture sur ivoire : le baptême de Clovis


Autre possibilité : Grégoire de Tours aurait mentionné Tolbiac par erreur. Le vœu de Clovis aurait été prononcé lors de la bataille de Vouillé, en 507, contre les Wisigoths où était présent Clodoric, fils de Sigebert le Boiteux lequel avait été blessé à Tolbiac, d'où la confusion.

Une dernière hypothèse : en se recueillant sur la tombe de Saint Martin à Tours, Clovis aurait eu la révélation qui l'a conduit au baptême.

Toujours est-il que Clovis se convertit même si la date de son baptême ne peut être certifiée. Trois saints voient leurs vœux exaucés : Geneviève, Remi et Clotilde. Cette conversion est-elle sincère ou résulte-t-elle de manœuvres politiques ? Bien évidemment, la conquête de nouveaux territoires déjà acquis au catholicisme par un roi converti favorise l'implantation des Francs en Gaule. Mais il semble avéré que le roi ait été tout à fait sincère en demandant le baptême. L'amour de Clotilde et sa prière constante ont accompli ce miracle. L'évêque Remi, par sa sagesse et ses conseils, ont sûrement aidé Clovis à mûrir sa décision. Enfin, le rôle joué par Sainte Geneviève est évident. Clovis professait à son endroit une véritable vénération. A tel point que, au moment de sa mort, il demandera à être enterré à l'endroit même qu'il a prévu pour la sépulture de la sainte.

La sincérité de sa foi ne fait pas de Clovis un petit saint… Plus tard, craignant le partage de son royaume, il n'hésitera pas à faire assassiner au moins douze de ses anciens frères d'armes et membres de sa famille susceptibles de lui disputer son pouvoir.

Le baptême de Clovis a lieu à Reims lors d'une fête de Noël. La ville en liesse se pare de tentures multicolores, de tapis précieux. Des évêques viennent de toute la Gaule saluer la conversion du roi franc. Du palais à la cathédrale, une foule joyeuse acclame le cortège royal. Précédé de la Croix, Clovis et Remi s'avancent. Derrière eux, Clotilde donne la main à Thierry, le fils aîné de Clovis qui va être baptisé, lui aussi. Viennent ensuite deux des sœurs de Clovis qui ont demandé le baptême : Alboflède et Lanthilde. Même si la présence de Sainte Geneviève n'a pas été mentionnée, on peut imaginer qu'après avoir tant prié avec Remi et Clotilde, elle était bien à leurs côtés pour cette cérémonie.

Laissons à Grégoire de Tours le récit de l'événement :

« Lorsqu'il fut entré pour le baptême, le saint de Dieu l'interpella d'une voix éloquente en ces termes : Courbe doucement la tête, ô Sicambre ;  adore ce que tu as brûlé, brûle ce que tu as adoré. Remi était un évêque d'une science remarquable et qui s'était tout d'abord imprégné de l'étude de la rhétorique. Il existe de nos jours un livre de sa vie qui raconte qu'il était tellement distingué par sa sainteté qu'il égalait Silvestre par ses miracles, et qu'il a ressuscité un mort. Ainsi donc le roi, ayant confessé le Dieu tout puissant dans sa Trinité, fut baptisé au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit et oint du saint chrême avec le signe de la croix du Christ. Plus de trois mille hommes de son armée furent également baptisés

Grégoire de Tours ne fait pas allusion au chrême qui fait défaut et dont Remi a besoin.

Ce sera, trois siècles plus tard, le récit d'Hincmar, archevêque de Reims, qui parle, pour la première fois, du miracle de la Sante Ampoule. Voici ce qu'il écrit :

« Le chrême vint à manquer et, à cause de la foule et du peuple, on ne pouvait aller en chercher. Alors le saint prélat, levant les yeux et les mains au ciel, commença à prier en silence et voici qu'une colombe, plus blanche que la neige, apporta dans son bec une petite ampoule pleine de saint chrême. Tous ceux qui étaient présents furent remplis de cette suavité inexprimable, le saint pontife prit la petite ampoule, la colombe disparut et Remi répandit de ce chrême dans les fonts baptismaux… » 

La petite fiole et son origine céleste fut mentionnée pendant des siècles par les voix les plus autorisées. La Sainte Ampoule est donc un fait admirable mais bien réel. Pieusement conservée après sa découverte, au IXe siècle, dans la tombe de Saint Remi, elle présida au sacre de tous les Rois de France. Ceux-ci étaient non seulement couronnés mais sacrés grâce à l'onction de l'huile sainte de la Sainte Ampoule. Parmi eux, de nombreux Louis, autre prénom de Clovis. En effet, de Clovis est issu Louis en France et Ludwig en Allemagne.

Clotilde se tient à côté de l'évêque pendant le baptême de son époux, des membres de sa famille, de ses soldats. Son cœur est inondé de joie. Ce qui se passe, là, devant ses yeux, est le couronnement de toutes ses espérances. Emplie de gratitude, elle loue le Seigneur. Mais bientôt, envahie de l'Esprit-Saint, elle comprend que sa mission ne s'arrête pas là et que le Seigneur lui demande de parfaire, de consolider son œuvre.


Clotilde a accompli ce que le Seigneur lui avait demandé. Mais Dieu ne laisse jamais les siens en repos bien longtemps... Donnée à son époux et à ses enfants, elle comprend que rien n'est définitivement acquis dans ce pays encore en proie aux hérésies, aux superstitions. Et que son œuvre n'est pas achevée.

Nous aussi avons parfois l'impression d'avoir, pour le Seigneur, mené notre tâche à bien et mérité un satisfecit…  Or Il nous appelle toujours plus loin et il nous faut reprendre le fardeau.
Avec l'aide de notre Mère, la Vierge Marie.

Je vous salue, Marie

 

Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

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Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

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