Saint Jean-Baptiste de la Salle - chapitre 4 - Hozana

Saint Jean-Baptiste de la Salle - chapitre 4

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C'est à Rouen  qu'avaient vécu Nicolas Roland, Nicolas Barré, Madame Maillefer, Adrien Nyel. Tous avaient joué un rôle décisif dans la genèse et le développement des écoles chrétiennes. Voici qu'à présent, Rouen fait signe à Jean-Baptiste. C'est là que le Seigneur l'attend. Rien de spectaculaire au départ. Deux Frères sont d'abord appelés pour fonder une école à Darnetal, un faubourg de la ville. Le succès de leur enseignement fait tache. Aussi une implantation plus importante est-elle demandée.

Au printemps 1705, Jean-Baptiste a pris acte de l'échec parisien. Attentif à la volonté du Seigneur, il comprend qu'il doit quitter Paris et répondre à cet appel. Il fait donc route vers Rouen avec deux Frères. Dès l'automne, une opportunité se présente : il loue le manoir de Saint-Yon. C'est une belle bâtisse comportant de nombreuses dépendances et un grand parc. Le loyer est modique, la propriétaire, veuve de Louvois est aussi la belle-sœur de l'archevêque de Reims, Monseigneur Tellier ! Elle a souhaité encourager les Frères. L'endroit est idéal pour transférer le noviciat et Jean-Baptiste s'empresse de le faire. La propriété, vaste, très arborée va devenir le refuge des maîtres de Paris et de province lors des vacances scolaires. Un lieu de repos, d'échanges, de retraite.

Saint-Yon va marquer un tournant dans l'orientation pédagogique de Jean-Baptiste. A la demande des familles aisées de Rouen, il crée d'abord à Saint-Yon, un pensionnat où sont enseignées les sciences, les langues et la musique.

Puis, toujours pour répondre à la demande de parents d'enfants terribles, il fonde pour eux une section spéciale avant de les réintégrer petit à petit aux autres élèves. Le Parlement a vent de cette réussite et bientôt Jean-Baptiste est conduit à ouvrir à Saint-Yon une maison de rééducation pour les ex détenus.

Son souci a toujours été, au delà de l'enseignement primaire, de proposer une formation technique toujours adaptée aux métiers que ses élèves choisiront d'exercer. Il crée donc des écoles du dimanche offrant rattrapage et complément de formation technique pour les apprentis. Ce sont des classes professionnelles qui préparent à un métier. Ainsi, petit à petit, Jean-Baptiste recrée à Saint-Yon les structures qu'il avait été obligé de fermer à Paris.

Les écoles chrétiennes se développent et se diversifient. Mais tout n'est pas rose pour les Frères, sans cesse en proie, comme à Paris, à la jalousie des maîtres du cru. Et comme une épreuve ne vient jamais seule, en 1709 survient une grande famine. La terre sablonneuse de Saint-Yon ne permet aucune culture et les Frères, sans aide de quiconque, doivent quitter le manoir où ils meurent de faim et  retourner à Paris, accueillis par d'autres Frères du côté de la barrière de Sèvres. Leur détresse à tous est extrême, ils souffrent de scorbut. Par chance, un spécialiste, venu à leur chevet, est tellement frappé par leur vertu qu'il se dévoue et les soigne de son mieux. Ils peuvent bientôt retourner à Saint-Yon. 

 

A Rouen, les cabales contre les Frères des Ecoles Chrétiennes repartent de plus belle. Mais Jean-Baptiste rayonne de foi et de confiance en Dieu. Pour lui, la première vertu à acquérir est le sens de la volonté de Dieu. Pour se soumettre à cette volonté, il a tout quitté, famille, fortune, ville natale, y compris le canonicat. Malgré ces renoncements, il a enchaîné les épreuves. Pourtant peu à peu se manifeste, malgré les obstacles, la reconnaissance de son œuvre. 

Celle-ci est bien installée dans toutes les provinces. Monseigneur l'évêque de Mende n'a-t-il pas dit « les maîtres formés par M. de la Salle sont les plus fameux du royaume » ?

 

Mais comme chaque fois qu'il pourrait vivre en paix, un échec personnel vient assombrir le présent du saint. Un jeune abbé s'était engagé à offrir un immeuble pour y créer une Ecole Normale. De bonne foi, il a rédigé plusieurs lettres et un mémoire sur la fondation de ce « séminaire » où les Frères se sont installés. Malheureusement cet abbé Clément est mineur et son père qui s'oppose à sa décision, intente un procès à l'Institut et le gagne. Les Frères sont obligés de partir et Jean-Baptiste est douloureusement atteint par ce jugement, survenu après tant d'autres attaques et trahisons en tous genres.

Il fait diversion, confie l'Institut à un autre Frère et part dans le Midi pour une tournée d'inspection des Ecoles.

 

L'accueil d'Avignon est chaleureux et le réconforte de ses cinq semaines de marche à travers le pays. Il se rend ensuite en terre huguenote, visite Vens et Mende où il constate avec plaisir qu'enfants catholiques et huguenots travaillent sur les mêmes bancs d‘école, les Frères ayant éliminé tout sectarisme et ayant ouvert leur porte sur le seul critère de la pauvreté. Mais à Marseille, les Frères de l'Ecole Saint-Laurent se sont relâchés et les calomnies vont bon train.

Le saint doute, médite, part en pèlerinage à la Sainte-Baume où il ressent, dans la paix et la beauté de la nature, la présence de sainte Marie-Madeleine. Il resterait bien vivre dans ce cadre serein. Mais la paix n'est pas pour lui sur cette terre. On le réclame à Grenoble où il se rend pour inspecter les écoles. Il va y rester plusieurs mois, travaillant à ses écrits et prenant soin de tous les Frères dispersés.

A Paris où le réseau d'écoles chrétiennes s'était reconstitué, Monsieur de la Chétardye et Monsieur de Brou continuent leurs manigances et Jean-Baptiste, dans sa retraite grenobloise en est averti. Le projet des deux comploteurs est de priver l'Institut de ses écoles et de les rattacher aux communautés paroissiales.

Aussitôt Jean-Baptiste envoie à Paris le Directeur de la Communauté de Grenoble défendre ses intérêts. Il remplace ce dernier dans sa tâche d'instituteur et ce lui est un grand plaisir. Jusqu'à une nouvelle crise de rhumatismes aigus qui le laisse très affaibli.


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Saint-Yon, maison-mère des Ecoles Chrétiennes jusqu'à la Révolution.

 

Malgré la tentation de rester dans cette Communauté dont il goûte la vie paisible, son instinct lui dicte de retourner à Paris. Il ne peut laisser les siens combattre seuls leurs ennemis communs.

A Paris, il affronte pour une dernière fois les attaques des jaloux et l'Institut s'en sort intact. Or, en voyant enfin son œuvre consolidée, avec un avenir devant elle, le saint pense avoir achevé son œuvre. Il s'efface en toute humilité après avoir fait élire le Frère Barthélémy à la tête de l'Institut. Il se retire à Saint-Yon. Son souhait est de se faire oublier. Il choisit les dernières places, pratique l'obéissance à son supérieur et goûte enfin une certaine paix. Il jette un regard en arrière et se demande quel aurait été son choix s'il avait su ce qui l'attendait :

« Si Dieu, en me montrant le bien que pouvait procurer cet Institut m'eût aussi découvert les peines et les croix qui devaient l'accompagner, le courage m'eût manqué et je n'aurais pas osé le toucher du doigt, loin de m'en charger ! Cependant l'édifice s'est soutenu quoique si souvent sur le penchant de sa ruine, c'est ce qui me fait espérer qu'il subsistera… »

L'ampleur des difficultés passées suscite malgré tout en lui une inquiétude sur l'avenir de l'Institut. Mais comme toujours il met sa totale confiance dans le Seigneur.

 

En 1719, il tombe gravement malade. Or voici qu'à la veille de son rappel à Dieu, une dernière épreuve l'atteint tandis que la ville pleure et prie pour lui. Suite à un différend avec le Curé de Saint-Sever, paroisse de Saint-Yon, le pouvoir de confesser lui est retiré. Mais le saint voit sa fin prochaine et se réjouit : « J'espère être bientôt délivré de l'Egypte pour être introduit dans la Terre Promise ».

Il meurt à Saint-Yon, un vendredi saint,  le 7 avril 1719. Son corps inhumé à la chapelle de l'église Saint-Sever sera ramené à Saint-Yon puis en 1835 dans celle de l'École normale de Rouen. Depuis 1937, ses restes sont conservés à Rome, à la Maison-Mère de l'Institut des Frères des Ecoles Chrétiennes.


Tant d'épreuves endurées ont semé le bon grain en France et dans le monde car l'œuvre du saint s'est développée rapidement. En 1719, à la mort du fondateur, 274 Frères enseignaient à 9 885 élèves dans 23 écoles.

En 1724, la Congrégation obtenait de Louis XV des Lettres patentes qui lui conféraient la personnalité civile. L'année suivante, le pape Benoît XIII, par la Bulle In Apostolicae dignitatis solio, lui octroyait le rang de Congrégation religieuse.

Au cours du XVIIIe siècle, l'Institut se développa rapidement. Les programmes d'études étaient particulièrement innovants pour l'époque. Outre le programme des écoles primaires, on enseignait l'histoire, la géographie, l'histoire naturelle, l'hydrographie, la mécanique, la cosmographie et les langues. On y donnait des cours de sciences et de dessin industriel, des cours de mathématiques et d'architecture. On y pratiquait certains métiers : tissage, travail du fer et du bois.

Avec le temps, l'enseignement et les méthodes ont évolué. Mais l'esprit lasallien demeure dans l'esprit de l'Evangile : l'attention aux enfants ou aux jeunes, la priorité donnée aux plus pauvres d'entre eux, l'adaptation de l'enseignement aux nouveaux métiers.

 

On parle aujourd'hui de « famille lassallienne » qui regroupe autour de cinq mille Frères près de quatre-vingt mille éducateurs laïques. Ils œuvrent dans soixante-dix-sept pays, auprès d'un million de jeunes sur les cinq continents. Frères et laïcs engagés partagent le même charisme, entraînés dans une même mission, même si les vocations et les états de vie sont différents. De nombreuses femmes partagent à présent cet engagement.


Le procès de béatification de Saint Jean-Baptiste de la Salle commença en 1835 et, le 8 mai 1840, il fut déclaré Vénérable. Il a été proclamé Bienheureux le 19 février 1888 et canonisé le 24 mai 1900 par Léon XIII. Sa fête est fixée au 7 avril. Le 15 mai 1950, le pape Pie XII l'éleva au rang de « patron de tous les éducateurs ».


Saint Jean-Baptiste de la Salle disait, sur son lit de mort : « J'adore en toutes choses la conduite de Dieu à mon égard. » Pouvons-nous également faire nôtre cette phrase ? Même si le Seigneur nous conduit rudement ? Et surtout au moment où les épreuves surviennent ? Nombreux sont ceux qui reprochent au Seigneur les événements de leur vie et qui se détournent de Lui, Lui reprochant de ne s'être pas conformé à leur volonté. A l'inverse, l'exemple de Saint Jean-Baptiste de la Salle éblouit par son humilité, sa confiance, son respect de la Volonté de Dieu. Il sait que le Seigneur l'emmène vers la Terre Promise même si les chemins apparaissent détournés. Il prie, il obéit, et il continue sans se lasser.

Saint Jean-Baptiste de la Salle, aide-nous à nous conformer en tout à la volonté de Dieu sur nous.
Avec l'aide de la Vierge Marie.

 

Je vous salue, Marie…


Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

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Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

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