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Saint Jean-Baptiste de la Salle - chapitre 2


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Les rencontres que fait Jean-Baptiste au début de son apostolat vont être déterminantes pour la suite de son œuvre. Déjà Nicolas Roland, en l'intéressant à la création de sa Congrégation dédiée aux petites filles pauvres, a éveillé en lui une vocation d'éducateur. Un an après la disparition de son mentor, Jean-Baptiste va faire une nouvelle connaissance.

Chaque matin, il a coutume de se rendre à la Congrégation pour y dire la messe. C'est là qu'un beau jour, après l'office, la Supérieure lui présente au parloir un homme volubile, enthousiaste, un peu brouillon. Il s'appelle Adrien Nyel. Originaire du diocèse de Laon et avocat de profession, il s'est occupé, depuis 1656, du Bureau des pauvres valides (autrement dit l'hospice) de Rouen. Il y a lancé l'éducation des pauvres. Cette initiative mérite d'être signalée : pour la première fois, une action se situait en dehors de la sphère de l'Eglise. Elle sera plus tard considérée comme l'ébauche de l'Assistance Publique laïque.

Que vient donc faire Adrien Nyel à Reims ?

Il répond à l'appel d'une riche veuve établie à Rouen, Jeanne Maillefer, apparentée aux La Salle et récemment convertie. Cette dame désire financer la création d'une école pour enfants pauvres à Reims et elle y envoie donc Adrien Nyel.

Cet intérêt de Jeanne Maillefer pour l'éducation des enfants vient de l'admiration qu'elle éprouve vis-à-vis d'un certain Nicolas Barré qui va, lui aussi, influencer fortement Jean-Baptiste.

Au moment où se déroulent ces faits, soit en 1679, Nicolas Barré n'est plus de la première jeunesse et il a déjà œuvré d'une façon remarquable en faveur des enfants pauvres. Entré chez les Minimes puis ordonné prêtre, il s'est consacré à partir de 1659 à l'éducation des jeunes à Rouen. Entouré d'adolescents, filles et garçons qui enseignent, font le catéchisme, il crée des écoles populaires. Bientôt il fonde une communauté de femmes appelées à devenir les maîtresses des Ecoles Charitables du Saint Enfant Jésus. A Paris, regroupées rue Saint-Maur, elles partent dans les paroisses parisiennes pour enseigner les filles, d'où leur surnom de Dames de Saint-Maur.

Désireux de ne pas décevoir Jeanne Maillefer, Adrien Nyel s'apprête à créer une première école de garçons lorsqu'il fait la connaissance de Jean-Baptiste. Cette rencontre marque profondément ce dernier. Mais il craint l'opposition de la ville de Reims et celle de l'archevêque à une seconde école pour les pauvres. Jean-Baptiste qui connaît bien sa ville et qui possède un réel talent de diplomate convainc Adrien et le jeune assistant qui l'accompagne de rattacher sa future école à une paroisse. En effet,  les instructions du Concile de Trente précisaient que les paroisses pouvaient faire de l'enseignement sans autorisation ni du diocèse ni de la ville.  Adrian Nyel fait venir des dames de Saint-Maur et une première école est ouverte à la paroisse de Saint-Maurice, dans un faubourg pauvre de Reims. André Nyel et son compagnon prennent pension au presbytère.

Le succès de cette première expérience conduit vite à l'ouverture d'une nouvelle école dépendant cette fois de la paroisse Saint-Jacques.

André Nyel continue ses fondations, allant de l'avant sans trop se soucier de ce que nous pourrions appeler « l'intendance ». L'argent fait défaut ? Qu'importe ! On ne sait où loger les maîtres ? Dieu y pourvoira… en la personne de Jean-Baptiste qui paye les dettes, achète une bâtisse pour loger les professeurs, assure leur entretien et leur nourriture, renforce les murs branlants des écoles. Force lui est de constater qu'Adrien Nyel n'en fait qu'à sa tête et que lui-même, Jean-Baptiste, absorbé par ses études de théologie et le soin de sa famille, se sent dépassé par les événements. Une goutte d'eau fait déborder le vase : Adrien Nyel vient de fonder une école dans l'immeuble même loué pour loger les maîtres.

En plein désarroi, Jean-Baptiste a besoin de conseils. Qui, mieux que Nicolas Barré, peut lui en donner ? Il n'hésite pas. Il entreprend le voyage de Paris pour rencontrer son aîné. Celui-ci médite justement sur les raisons de l'échec qu'il vient de subir : il n'a pu arriver à constituer une communauté de maîtres d'écoles et pense qu'il a eu le tort de n'avoir pas été suffisamment présent auprès d'eux. Aussi quand Jean-Baptiste vient le trouver lui dit-il qu'il doit « renoncer à ses biens et vivre pauvre avec les maîtres d'école pour réussir avec les garçons comme les premières maîtresses charitables ont réussi auprès des filles. »

Tâche difficile : les maîtres, braves garçons rustres et ignorants, se soumettaient à regret au règlement et à la formation mis au point par Jean-Baptiste. Ils étaient surtout désireux de gagner leur vie. De plus leurs manières rudes, leur manque d'éducation les rendaient difficilement fréquentables, d'autant que Jean-Baptiste, qui se conduisait toujours en gentilhomme, éprouvait quelque répugnance à leur commerce. Une vie commune avec eux lui semble difficile à envisager…

De retour à Reims, ce dernier prend néanmoins sa décision mais elle lui est bien pénible. Voici ce qu'il écrit à ce sujet :

« - Si j'avais su que le soin de pure charité que je prenais des maîtres d'école eût dû jamais me faire un devoir de demeurer avec eux, je l'aurais abandonné. Car je mettais au-dessous de mon valet ceux que j'étais obligé d'employer aux écoles, surtout dans les commencements et la seule pensée qu'il aurait fallu vivre avec eux m'eût été insupportable. Je sentis en effet une grande peine quand je les fis venir chez moi. Cela dura deux ans. Ce fut apparemment pour cette raison que Dieu, qui conduit toute chose avec sagesse et douceur et qui n'a point coutume de forcer l'inclination des hommes, le fit d'une manière imperceptible et en beaucoup de temps, de sorte qu'un engagement me conduisit dans un autre sans l'avoir prévu dès le commencement. »

En un premier temps, Jean-Baptiste se contente de les recevoir à sa table mais quand, en 1681, le bail de la maison qui les logeait prend fin, il n'hésite pas et les accueille chez lui ce qui va soulever l'indignation de sa famille.

Jean-Baptiste est un homme délicat et sensible. Il souffre de se heurter à l'incompréhension de son entourage. Cette opposition frontale, nouvelle épreuve pour le saint, a deux conséquences : d'une part il se voit destitué de ses privilèges de tuteur et séparé de ses frères et sœurs. D'autre part, il est chassé, avec ses maîtres, de la maison familiale. L'épreuve semble insoutenable mais Jean-Baptiste tient bon.

Tous émigrent donc dans un immeuble modeste et c'est là que l'œuvre voulue par Dieu fait une timide apparition : les difficultés soudent la petite communauté qui devient plus fraternelle et qui tisse des liens d'affection.

Pendant ce temps, Adrien Nyel continue ses fondations. Il crée puis se désintéresse de ses créations… C'est Jean-Baptiste qui prend le relais, entretient les écoles, assure la formation des maîtres. Bientôt il va prendre en charge la totalité de l'œuvre car Adrien qui vieillit se retire à Rouen où il décède en 1685.

Adrien Nyel a beaucoup semé, montré le chemin. Jean-Baptiste va consolider, développer, donner à l'œuvre une dimension nouvelle, toujours conseillé par Nicolas Barré. La formation religieuse des maîtres est son premier souci. Mais il ne les fidélise pas facilement. Un règlement sévère, un avenir peu sûr, découragent nombre d'entre eux. Ils comparent la fortune de Jean-Baptiste, les revenus liés à son canonicat à leurs faibles moyens. Celui qui impose des règles difficiles à observer n'a pas à se soucier de son avenir. Eux, se disent-ils, doivent y penser. 

Jean-Baptiste réfléchit. Il doit peut-être se mettre à leur niveau, sans argent, sans s'encombrer de biens. A nouveau, il part demander conseil à Nicolas Barré. Celui-ci est formel : « Abandonnez tout ! »

Jean-Baptiste n'hésite pas, ne se demande pas comment il va pouvoir désormais financer les maîtres et les écoles. Il se démet de son canonicat et donc des revenus qui y sont attachés. Il distribue aux pauvres toute sa fortune personnelle et sa décision tombe bien tant il y a de miséreux en ces années de crise économique et de famine.

Cette fois, son exemple entraîne les maîtres à sa suite. Toujours humble, il n'impose rien et leur propose, lors d'une retraite, une forme de vie consacrée à Dieu qui leur laisserait cependant leur caractère laïque.

En ce jour de la Trinité 1684, les maîtres prononcent tous à sa suite l'acte de consécration à l'Institut des Frères des Ecoles Chrétiennes. Le début d'une longue histoire à travers les siècles.


« Abandonnez tout ! » a dit Nicolas Barré à Jean-Baptiste de la Salle. Le choix de la pauvreté, telle est la Volonté du Seigneur sur Jean-Baptiste. Cette Volonté, il a toujours prié pour qu'Elle s'accomplisse sur lui. Dès lors il n'hésite pas. Son obéissance va lui permettre de jeter les bases d'une Œuvre immense.

Parfois, nous sommes, nous aussi, appelés à « sauter le pas » à nous engager sur un chemin que nous n'avions pas choisi. Une prise de risques consentie dans l'absolue confiance au Seigneur. Avec l'aide la Vierge Marie.

Je vous salue, Marie…

Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

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Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

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