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Saint Jean-Baptiste de la Salle - chapitre 1

Saint Jean-Baptiste de la Salle (1651 - 1719)


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Il a tout pour lui, ce jeune homme : la naissance, la fortune, l'intelligence, la culture. « Il ira loin ! » prédit son cousin Pierre Dozet, Chancelier de l'Université, le jour où, à dix-huit ans, Jean-Baptiste reçoit son diplôme de Maître ès Arts.

En cette année 1669, l'heureux père, Louis de la Salle, conseiller présidial de Reims, se réjouit. Jean-Baptiste va s'inscrire à merveille dans la lignée des grands magistrats dont il est issu. A l'Hôtel de la Cloche, maison natale du jeune homme, c'est la fête. Mais Louis s'inquiète de voir son aîné afficher si peu d'ambition. Il devrait pourtant faire honneur à sa condition de gentilhomme, il est, de plus, le futur chef de sa maison. Mais il pressent chez son fils une vocation qui le contrarie. Aussi croyant que l'est sa mère, enfant de chœur à sept ans et tonsuré à l'âge de onze ans, comme tous les enfants pieux, Jean-Baptiste est d'un caractère doux. Il a toujours fui les jeux querelleurs et le tapage des jeunes de son âge. Louis l'a lui-même éduqué jusqu'à l'âge de neuf ans avant de l'inscrire au Collège des Bons Enfants. Il se rappelle les appréciations élogieuses des maîtres de Jean-Baptiste : « très précis, très régulier, de conscience délicate, sévère, de convictions ardentes et profondes, aussi loin des frivolités mondaines que de la curiosité de dilettante. »

Louis se doute que le droit n'est pas la voie que désire son fils, même s'il rejette cette idée. Aussi, lorsque ce dernier s'exprime pour déclarer qu'il veut devenir prêtre, que c'est la volonté du Seigneur, sa déception est-elle immense. Il peine à donner son consentement et Madame de la Salle intervient en faveur de son aîné. Louis s'incline.

Jean-Baptiste suit pendant un an une préparation à Reims puis il part faire ses études au Grand Séminaire de Saint-Sulpice. Ce séminaire, le plus prestigieux de l'époque en France, avait été fondé par Jean-Jacques Olier. Ce dernier s'était ainsi inscrit au cœur de la réforme de la catholicité conduite par les grands saints du début du XVIIsiècle : Saint Vincent de Paul, Saint François de Sales, Sainte Jeanne de Chantal, Saint Pierre Fourier et tant d'autres.

Cette réforme avait été vitale pour l'Eglise de France. En effet, suite aux Guerres de Religion, la pratique religieuse avait déserté les paroisses abandonnées par leurs curés. Ceux-ci, pour la plupart, s'étaient contentés de percevoir les revenus attachés à leur charge, délaissant le culte et présentant parfois le contre-exemple de vies de débauche, de jeu ou de trafic divers. Les croyants n'avaient plus de pasteurs. Et les plus jeunes n'étaient pas instruits des choses de la foi.

En faisant ce constat, Saint Vincent de Paul avait fondé la Congrégation de la Mission (les lazaristes), chargée à la fois de la formation des prêtres et de l'évangélisation des campagnes. Les lazaristes furent à l'origine de la création de nombreux séminaires.

A sa suite, Jean-Jacques Olier s'attacha à l'excellence de la formation des prêtres, appelés, eux aussi, à être envoyés en mission dans les campagnes. J-J. Olier reprit donc la cure de Saint-Sulpice, y établit son Grand Séminaire qui essaima, suscitant, sur ce modèle, la création de nombreux établissements pour donner à la France les prêtres dont le pays avait tant besoin.

C'est donc au Grand Séminaire de Saint-Sulpice, le plus célèbre du pays, que Jean-Baptiste part se former à la prêtrise. Il se choisit comme maître M. Tronson, successeur de Jean-Jacques Olier, très attaché au règlement de l'Institution. Celui-ci est exigeant, entraîne les séminaristes sur un chemin de perfection, incités à consentir toujours plus d'efforts, notamment dans leur apostolat auprès des enfants pauvres.

Habitué au cadre protecteur du milieu social dont il est issu, Jean-Baptiste n'avait jamais été confronté à la pauvreté. C'est à Saint-Sulpice qu'il va la découvrir tandis qu'il pénètre dans le Paris populaire pour appeler les enfants au catéchisme. Il visite de petites écoles aux maîtres incultes et aux élèves en détresse. Ce premier contact va sans doute s'imprimer en lui sans qu'il en conçoive quelque exigence pour le moment tant il est attaché à faire preuve de bonne conduite. Ses maîtres en témoignent ainsi : « Il fut d'abord fidèle observateur de la règle, exact aux exercices de la communauté. Il parut bientôt détaché du monde, plus qu'il ne l'avait été en rentrant. »

En avril 1672, Jean-Baptiste reçoit une terrible nouvelle. Sa mère est décédée sans qu'il ait été averti de sa maladie, sans qu'il ait pu l'embrasser une dernière fois. C'est elle, Nicole de Moët de Brouillet, qui s'était chargée de son éducation religieuse, qui lui avait transmis la foi et qui l'avait encouragé dans sa vocation. Que vont devenir, sans leur mère, ses nombreux frères et sœurs ? La douleur de Jean-Baptiste est immense. Et même s'il ne comprend pas les desseins du Seigneur, il se soumet. Pour quelques mois, il continue ses études au séminaire de Saint-Sulpice. Mais le malheur poursuit la famille de la Salle. Louis, le père, décède à son tour et cette nouvelle épreuve modifie complètement les projets du jeune séminariste. Il doit retourner à Reims pour s'occuper des siens, dévastés par ce double drame. Même s'il lui en coûte de laisser là ses études, il voit son chemin tout tracé. Il ne peut se dérober à son devoir et, malgré son désarroi, renouvelle sa totale confiance en Dieu. Lui seul saura le guider où Il veut l'emmener, il suffit d'abdiquer, de s'abandonner à Sa Volonté. Ainsi, sa vie durant, Jean-Baptiste fera toujours preuve d'une grande humilité et se laissera conduire en toute confiance à travers les nombreuses épreuves qui lui barreront la route.

De retour dans la maison familiale, il est aussitôt assailli par des problèmes de toutes sortes : il lui faut assurer l'éducation de ses frères et sœurs, très nombreux (au moins six, certains écrits font même état de onze enfants), organiser la vie de la maisonnée, gérer le patrimoine des siens. C'est en veillant le soir qu'il peut prier et poursuivre ses études. Car il n'a pas renoncé. L'appel de Dieu est toujours aussi pressant et, tout en assurant la tutelle de sa fratrie, il poursuit tant bien que mal son projet de consécration au Seigneur. Il reçoit le sous-diaconat à Cambrai puis, en 1667, il fait une entrée officielle au chœur de Notre-Dame de Reims où il est appelé à chanter sept fois par jour. Pierre Dozet s'est en effet démis de son canonicat en sa faveur. Il a reconnu en Jean-Baptiste un être d'exception, veut l'aider à répondre à sa vocation et pense que le chemin de la prêtrise peut le conduire à l'épiscopat. Un de la Salle, gentilhomme rémois, ferait ainsi honneur à son rang, à sa ville, à l'Eglise… Jean-Baptiste ignore tout de ces ambitieuses pensées. La douceur de son caractère, son humilité ne le portent pas à ambitionner quelque faveur que ce soit.

Il veille au bien-être des siens, remplit les devoirs de sa charge, se suffit à la peine de chaque jour dans la prière et s'en remet à Dieu.

Petit à petit, par touches successives, le Seigneur va intervenir dans la vie de Jean-Baptiste pour lui faire découvrir sa voie. Il le fera par des rencontres qui vont susciter chez le jeune homme une réflexion, un désir d'engagement pour une œuvre qui va se révéler à lui peu à peu et à laquelle il va consacrer sa vie.

En premier lieu, il va rencontrer un prêtre rémois, Nicolas Roland, de quelques années son aîné, formé comme lui à la spiritualité de Jean-Jacques Olier. Nicolas Roland est un ami de sa famille et va conduire Jean-Baptiste dans sa voie vers la prêtrise. Ce mentor présente un parcours atypique. Formé à Paris chez les jésuites, ordonné en 1665, il a choisi une vie de pauvreté et de charité. A Rouen, il a accueilli chez lui des jeunes qui se destinaient à la prêtrise et les a aidés de ses conseils, créant ainsi une sorte de séminaire. Mais, surtout attiré par l'éducation des jeunes, de retour dans sa ville natale, ce prêtre enthousiaste s'est consacré, en 1670, au développement d'un orphelinat à Reims. Il a demandé de l'aide à son ami, Nicolas Barré, qui lui a envoyé deux professeurs,  François Duval et Anne Le Cœur, avec qui il a fondé la Congrégation des Sœurs de l'Enfant Jésus, consacrée à l'éducation des pauvres et des orphelines.

Au contact de cet apôtre à l'activité débordante, brûlant de charité, humble et pauvre, Jean-Baptiste est ému par les misères de son temps et surtout par la détresse des enfants. Au point que, au grand dam de sa famille, il écoute Nicolas Roland qui le persuade de permuter son canonicat pour la cure de Saint-Pierre de Reims afin de se rapprocher du peuple et de mieux comprendre ses aspirations. Ordonné prêtre le 9 avril 1678, Jean-Baptiste est reçu docteur en théologie deux ans plus tard.

Nicolas Roland meurt prématurément, fin avril 1678, peu après la première messe de Jean-Baptiste. Il n'a jamais pu obtenir la légalité de sa Congrégation. C'est Jean-Baptiste qu'il avait désigné comme son exécuteur testamentaire qui fera reconnaître son œuvre après quelques mois de démarches insistantes et de manœuvres diplomatiques. C'est lui également qui veille désormais sur la Communauté des Sœurs de l'Enfant Jésus. Mais curieusement, il n'est pas nommé Supérieur ecclésiastique de la Communauté.

Et Jean-Baptiste de commenter : « Ce n'est pas qu'on ne m'en ait proposé le dessein, mais il n'avait pu entrer dans mon esprit… »

L'exemple de la Congrégation est bientôt suivi et les écoles gratuites pour les petites filles se développent à Reims.


Saint Jean-Baptiste de la Salle n'a d'autre souci que d'être parfaitement ajusté à la Volonté de Dieu sur lui. Eloigné de toute ambition, il s'écarte peu à peu du monde pour se consacrer aux plus pauvres.

« Il me semble, dit-il, que ce que j'ai à demander à Dieu dans l'oraison est qu'il me fasse connaître ce qu'Il veut que je fasse et qu'Il me mette dans la disposition dans laquelle Il me veut. »

A l'exemple de Saint Jean-Baptiste, demandons au Seigneur, dans notre prière, qu'Il nous donne la grâce de nous mettre dans la disposition qu'Il souhaite pour nous afin que nous nous conformions à Sa Volonté.

 Avec l'aide de la Vierge Marie…

 

Je vous salue, Marie…

 

Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

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Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

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