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Sainte Colette - chapitre 4

116722-sainte-colette-chapitre-4Résurrection d'une religieuse condamnée à l'enfer, que Sainte Colette rappela à la vie le temps nécessaire pour faire sa confession.


A Besançon, la sainteté de Colette plane sur la ville et sur le couvent. Elle jeûne, se mortifie, tombe en extase ce qui aiguise la fureur de Satan. Parfois sa cellule est envahie de crapauds et d'araignées qui la terrorisent. Elle a bien conscience que le démon veut la détourner de la prière. Elle tombe alors à genoux et les affreuses bêtes disparaissent.

Sa renommée est telle que le monastère est débordé par l'afflux des vocations. Il faut essaimer, ouvrir un autre monastère et Colette fait part de ce désir à Marguerite de Savoie. Celle-ci la recommande à Marguerite de Bavière, épouse de Jean Sans Peur. Colette n'hésite pas. Elle enfourche sa mule et se rend à Dijon où elle est fort bien reçue. Elle expose son désir de fonder un monastère à Auxonne ce qui contrarie son interlocutrice. Celle-ci préférerait Dijon. Mais Colette tient bon, arguant qu'elle préfère le calme d'une petite ville à Dijon, menacée par la guerre. A Paris, le Père Henri de la Baume soutient ce projet face à Jean Sans Peur. Celui-ci accorde de bonne grâce à Colette un terrain à Auxonne.

De retour à Besançon où elle annonce son prochain départ, les Bisontins, malgré leur opposition, finissent par se résigner. Elle promet de ne pas les abandonner, de revenir…

La voilà repartie. Elle profite de son passage à Dôle, entre Besançon et Auxonne, pour visiter les Franciscains. Face à cette assemblée masculine, c'est elle qui prêche ! Et son prêche est d'exhorter les moines au dénuement total. Elle est si convaincante qu'ils s'engagent immédiatement à cette pratique.

En effet son action ne se borne pas à fonder des monastères féminins. Tout au long de sa vie, tandis qu'elle va s'épuiser à créer dix-sept couvents, elle ne cessera de transmettre aussi aux franciscains les principes de sa réforme. Celle-ci sera adoptée par les moines de Dole, Chariez, Sellières, Saint-Léger-sous-Beuvray, Murat, Castres et Azille.

En 1412, elle fonde le monastère d'Auxonne où elle fait ériger un calvaire dans l'enclos du couvent.  Et toujours les miracles accompagnent la sainte. A une religieuse qui, par maladresse, fait s'écouler le vin d'un tonneau, elle ordonne d'aller remplir la cruche. Celle-ci se remplit à la surprise de la maladroite qui vérifie que le tonneau, par miracle, est à nouveau plein.

Colette nomme Agnès de Vaux abbesse d'Auxonne et elle retourne à Besançon où elle tombe gravement malade et doit s'aliter longtemps. Mais Dieu la veut encore sur cette terre et Jean Sans Peur, peut-être pour se faire pardonner ses méfaits, lui offre de fonder un nouveau monastère dans l'ancien arsenal de Poligny.

Elle procède à l'agencement de Poligny sur le modèle de Besançon et d'Auxonne. Et le couvent se remplit. Son prestige est grand. Toutes lui montrent déférence et respect. Mais l'humilité de la Sainte n'y trouve pas son compte. Elle se retire aux cuisines à gratter les casseroles et à éplucher les légumes.

Pendant ce temps, en Aragon, un Dominicain médite et prie lorsqu'il reçoit une révélation du Seigneur. Il doit partir en France pour rencontrer Colette. Vincent Ferrier est, lui aussi, consterné par le Schisme d'Occident. Maître en théologie, Vincent a d'abord soutenu les papes d'Avignon. Mais, sa position évolue et, au nom de l'unité, il demande à Benoît XIII, alors pape à Avignon, de renoncer à sa charge pour que l'Eglise se rassemble autour d'un seul pape. La demande se solde par un échec. Mais Vincent n'a pas renoncé.

Il se met donc en route et rencontre Colette à Auxonne où tous deux débattent pendant trois jours de la situation de l'Eglise. Nul doute que ces deux saints, réunis par la volonté divine, ont joué un rôle, obscur en apparence, mais déterminant dans la résolution de la crise de l'Eglise. Ils auraient écrit une lettre aux Pères du Concile de Constance. Malheureusement, on n'en trouve aucune trace ni dans les documents franciscains, ni dans les actes des Conciles du XVe siècle. Vincent Ferrier avait en effet un point de vue qui a prévalu lorsque le Concile de Constance se réunit en 1414 pour trouver une solution. Il faisait valoir qu'un Concile a davantage de pouvoirs que le pape. Ce qui rend les décisions conciliaires supérieures à toute décision papale. Elles s'imposent donc aux papes en exercice.

Etait-ce dû à l'intervention des deux saints ? Toujours est-il que le Schisme prit fin en 1417 avec l'élection de Martin V. Les antipapes ont cependant mis encore longtemps à se soumettre.

En quittant Colette, Vincent Ferrier part prêcher en Lorraine. Il la rencontre une dernière fois à Poligny avant de se rendre en Bretagne où il décède, à Vannes, en 1419.


L'amitié qui unit Colette à Marguerite de Bavière, épouse de Jean Sans Peur, est à l'origine de nouvelles fondations comme celles de Seurre et de Decize. Mais voici que la Duchesse de Bourbon sollicite la sainte ce qui plonge celle-ci dans l'embarras. Jusqu'alors, seuls les Bourguignons avaient soutenu son œuvre. Elle ne voudrait en aucune manière, en cette période de guerre civile, froisser sa bienfaitrice, Marguerite de Bavière. Aussi se confie-t-elle à cette dernière qui la rassure et l'encourage. Ce seront, grâce à la Duchesse de Bourbon, les fondations de Moulins et d'Aigueperse. D'autres verront le jour à un rythme rapide, toujours en réponse à la demande et aux dons des ducs et princes des deux partis. Ainsi verront le jour Le Puy-en-Velay (1425-1432) Vevey (1422-1425) Orbe (1426-1427) Montbéliard (1430) Lézignan-Corbières (avant 1431) Castres (avant 1443) Béziers (avant 1443) Heidelberg (1438) Pont-à -Mousson (1431-1447) Hesdin (1437-1440) Amiens (1442-1444) et Gand (1437-1442). Les « colettines » ne cessent de se multiplier.

Voici donc sainte Colette, toujours sur les routes, au pas de sa mule, elle qui n'aimait rien tant que le silence du cloître. Sa santé laisse à désirer et ses yeux la font souffrir. Pour les épargner, elle adopte un chapeau de pèlerine, posé sur son voile noir. Les difficultés surgissent. Ses détracteurs la traitent de visionnaire, de fanatique, de folle. Mais Dieu continue de semer les miracles sous ses pas et Colette poursuit son œuvre. Elle réussit à ramener les Clarisses à l'exigence de leur règle primitive en France, en Espagne, en Flandre et en Savoie. La réforme gagnera les colonies espagnoles du Nouveau Monde.


Colette a sans doute apporté sa pierre à la résolution de la Guerre de Cent Ans. Elle a tant fait monter de prières vers le Ciel pour que s'arrête la guerre civile en France que la naissance de Jeanne d'Arc, en 1412, peut apparaître comme une réponse divine à ses vœux les plus chers. L'histoire se plaît à imaginer un entretien entre ces deux grandes saintes. Il a été possible en 1429. Les documents prouvent qu'à cette date Colette était à Decize, Jeanne d'Arc, alors âgée de 17 ans, se trouvait tout près, à Moulins ; il est établi que Colette envoya un messager à Saint-Pierre-le-Moutier pour s'enquérir de l'armée de Jeanne. De plus elles avaient toutes deux une protectrice commune, Marie de Berry qui aurait pu susciter leur rencontre. Leur entrevue était donc possible mais ce n'est là qu'une hypothèse.


L'afflux de jeunes filles et de veuves qui envahissent les couvents est favorisé par les faits extraordinaires qui se multiplient dans les fondations. Ils ont vite fait de franchir les clôtures des monastères. Citons la « réception - à Auxonne, à Hesdin, notamment - d'une somme de cinq cents écus d'or... d'origine céleste ; découverte d'eau potable à Poligny, au Puy, à Hesdin, en des endroits où, avant la prière de la sainte, on ne repérait aucune nappe aquifère ; les miracles subvenant aux besoins matériels des monastères : la provision de blé des Clarisses d'Auxonne ne diminue pas proportionnellement au partage qu'elles en font avec les frères de Dôle ; en un temps de disette, un inconnu vêtu de blanc apporte un sac de pains en un couvent de colettines du Languedoc. A Auxonne, une pièce d'étoffe trop courte s'accroît pour permettre d'y tailler un ample manteau, et le même fait se reproduit à Hesdin. Des miracles encore sauvent du danger Colette ou ceux qui l'invoquent, même de son vivant : rivières torrentueuses heureusement traversées, voleurs mis en fuite, armes empêchées de nuire... Les guérisons opérées sur des personnes de ses communautés ou du dehors sont innombrables et le procès de canonisation a retenu cinq cas de résurrection. »

(texte emprunté à Damien Jullemier. Pages perso. Orange)

Tous ceux qui approchent la sainte sont saisis par le rayonnement qui émane d'elle : vocations, conversions, délivrances, guérisons, résurrections, réconciliations se multiplient à sa prière. Elle s'était voulue solitaire, et la voici en relations continuelles avec les grandes familles rivales. Elle se voulait vouée à la solitude du cloître. La voici sans arrêt sur les routes de France.


En séjour au monastère d'Orbe, Colette, en 1430, rédige un texte titré Sentiments, lequel précise la Réforme Colettine, en quinze chapitres. En voici quelques extraits :


  • Ne sont admises au couvent que les sœurs capables de soutenir l'austérité de la règle (les infirmes et malades ne peuvent donc y entrer).
  • On peut entrer au couvent à 12 ans mais on ne peut prononcer les vœux avant 18 ans. Le noviciat dure jusque l'âge de 30 ans.
  • Les sœurs vivent en clôture perpétuelle.
  • Les sœurs vivent continuellement dans le silence. Elles ont accès au parloir avec l'autorisation de l'abbesse à certaines périodes de l'année.
  • Les sœurs portent le voile qui doit couvrir une partie du visage, qui ne peut être vu en entier.
  • Les sœurs ne dorment jamais sans leur habit extérieur.
  • Les sœurs ne portent pas de bas, ni de chaussures, les pieds sont nus.
  • Les sœurs ne peuvent posséder ni biens meubles, ni terres, ni immeubles, ni somme d'argent.
  • Les sœurs font abstinence perpétuelle de viande même à Noël.
  • Les sœurs jeûnent perpétuellement sauf le dimanche et à Noël.
  • Les sœurs doivent assister obligatoirement et avec exactitude à l'office divin.
  • Les sœurs doivent communier tous les dimanches.
  • Les sœurs ne peuvent avoir d'autre confesseur que celui du couvent.
  • Les sœurs n'auront aucune distraction.
  • Le courrier envoyé ou reçu est lu par l'abbesse.


Il s'agit, en fait des Constitutions de l'Ordre. A la règle de Claire, Colette a ajouté le vœu de clôture et n'a pas désiré de sœurs converses. Ces Constitutions seront approuvées quatre ans plus tard par le ministre général de l'Ordre, Guillaume de Casal. Le Pape Pie II les approuva en 1458.

Ces Constitutions, en un premier temps, ne font pas l'unanimité. Saint Jean de Capistran, franciscain et grand prédicateur juge tout d'abord la réforme trop dure. La sainte en est cruellement éprouvée. Mais il se ravise, comprenant que les Constitutions de Colette expriment la volonté de Dieu.

Colette s'en trouve apaisée. Seule demeure, comme une épine dans sa chair, son échec à Corbie où elle aurait tant voulu fonder un monastère et y finir ses jours.


A mesure que le temps passe, sa santé se dégrade. Ses yeux malades lui font subir un martyre. De temps en temps, son corps enfle à tel point qu'elle ne peut plus se mouvoir.

Début 1447, elle se rend à son monastère de Bethléem à Gand, accompagnée d'une novice dont elle a guéri un œil blessé. Elle sait que sa fin est proche et rédige, pour ses religieuses, un dernier message : « Je ne vous oublierai pas plus au ciel que je ne vous ai oubliées sur la terre. Que l'amour et la grâce de notre Seigneur remplissent vos esprits et vos cœurs. Que ses bénédictions descendent sur vous et vous conservent jusqu'à la fin. »

Ses symptômes augmentent et l'émotion des religieuses est immense à l'idée de la perdre. Le 27 février 1447, elle peut se confesser et communier. Au soir, Pierre de Vaux lui donne l'Extrême-Onction. Jusqu'au samedi suivant, elle trouve la force de se lever et d'entendre la messe chaque matin. Mais, ce jour-là, de retour dans sa cellule, elle s'étend toute habillée sur son lit et murmure : « - Ceci est ma dernière couchée ». Elle s'éteint peu après, entourée de son confesseur Pierre de Vaux et de la communauté des Clarisses. Son corps dégage un parfum odorant. La foule des Gantais viennent la vénérer et, dans plusieurs couvents, la sainte apparaît à ses filles Clarisses. A Castres, elles entendent chanter des chœurs d'anges.

Pour respecter la volonté de la sainte, elle est déposée sans bière et sans linceul à même la fosse du cimetière des moniales. Exhumés en 1492, ses ossements sont placés dans un reliquaire et transportés à Poligny, son couvent préféré. Caché pendant la Révolution, le reliquaire se trouve aujourd'hui encore au monastère de Poligny, dans la chapelle Sainte Colette, reconstruite par la suite.

L'action considérable de Sainte Colette perdure jusqu'à nos jours dans les couvents fidèles à sa réforme. Son œuvre se poursuit aujourd'hui avec 16000 Clarisses dans le monde, réparties sur les cinq continents et présentes à travers 76 pays.

Compte tenu des nombreux miracles accomplis tout au long de sa vie, l'évêque de Tournai fit faire une enquête en vue de sa canonisation. Celle-ci fut retardée par les embarras des guerres d'Italie : Colette fut béatifiée en 1625 et canonisée le 24 mai 1807.


Les Clarisses sont aujourd'hui rattachées par affiliation spirituelle aux ordres des Franciscains, Capucins ou Conventuels. Selon la règle suivie, on distingue aujourd'hui Clarisses Urbanistes (non réformées), Clarisses Colettines, les plus nombreuses, et Clarisses Capucines. Au début du XXIe siècle, on dénombrait 13 500 Clarisses dans le monde, dont environ un millier en France.


Colette a mis toute son intelligence et son énergie pour obéir au Seigneur, renonçant à la clôture du couvent, si chère à ses vœux. Dans les divers monastères qu'elle a créés, elle se plaisait à la louange et à la contemplation, demeurant des jours entiers en extase près de l'autel.

Avant de clore le chapitre de sa vie, récitons avec elle la belle prière qu'elle a composée à la louange de la Trinité et de la Vierge Marie.

« Sois béni, Seigneur, pour cette Heure Unique dans l'Histoire, qui a vu naître Ton Fils, Jésus, Dieu, et vrai Homme. Sois béni, Seigneur, pour Ton Esprit Créateur qui L'a engendré, dans le sein de la Vierge Marie. Sois béni, Seigneur, pour la glorieuse Vierge Marie qui a donné chair, à Ton Fils, Jésus, vrai Dieu et vrai Homme. Seigneur, par l'intercession de la Vierge Marie, et en mémoire de cette Heure sainte qui a vu naître Ton Fils, exauce mes prières, et accomplis mon désir de vrai Bonheur. Ô Jésus Christ, notre Sauveur, Source de la Foi et de toute Tendresse, pour la Gloire de ton Nom, comble mon désir du souverain Bien, Ta Vie Eternelle.»

Glorieuse Vierge Marie, nous te prions.

 

Je vous salue, Marie… 

 



 

Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

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Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

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