‘'La passion corporelle de Jésus'', jusqu'à la Crucifixion

‘'La passion corporelle de Jésus'', jusqu'à la Crucifixion

Le couronnement d'épines

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    Suite du texte de la ‘'Passion corporelle de Jésus'' : Texte intégral du livre du docteur Barbet ‘' La Passion de Jésus Christ selon le chirurgien''

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Jésus devant Pilate (7 heures) 

            Jésus, déjà harassé de fatigue et tout moulu de coups, va être traîné à l'autre bout de Jérusalem, dans la ville haute, à la tour Antonia, sorte de citadelle, d'où la majesté romaine assure l'ordre dans la cité trop effervescente à son gré. La gloire de Rome est représentée par un malheureux fonctionnaire, petit Romain de la classe des chevaliers, parvenu trop heureux d'exercer ce commandement pourtant difficile sur un peuple fanatique, hostile, et hypocrite; Pilate est très soucieux de garder sa place, mais il est coincé entre les ordres impératifs de la métropole et les menées sournoises de ces Juifs souvent très bien en cour auprès des Empereurs. En résumé, c'est un pauvre homme. Il n'a qu'une religion, s'il en a une, celle du ‘'Divus Cæsar'' (Le Divin Empereur). C'est le produit médiocre de la civilisation barbare, de la culture matérialiste. Mais comment trop lui en vouloir ? Il est ce qu'on l'a fait; la vie d'un homme a pour lui peu de prix, surtout si ce n'est pas un citoyen romain. La pitié ne lui a pas été enseignée et il ne connaît qu'un devoir: maintenir l'ordre. (Ils se figurent à Rome que c'est commode !) Tous ces Juifs querelleurs, menteurs et superstitieux, avec tous leurs tabous et leur manie de se laver pour rien, leur servilité et leur insolence et ces lâches dénonciations au Ministère contre un Administrateur colonial qui agit de son mieux, tout cela le dégoûte. Il les méprise... et il les craint.

            Jésus, tout au contraire (dans quel état pourtant paraît-il devant lui, couvert d'ecchymoses et de crachats). Jésus lui en impose et lui est sympathique. Il va faire tout ce qu'il peut pour Le tirer des griffes de ces énergumènes: " Et quærebat dimittere illum " (Pilate cherchait à le délivrer (Jean, XIX, 12). -. Jésus, se dit-il, est Galiléen ; passons-Le à cette vieille canaille d'Hérode, qui joue les roitelets nègres et se prend pour quelqu'un. » - Mais Jésus méprise ce renard et ne lui répond mot. Le voici revenu, avec la foule qui hurle et ces insupportables pharisiens qui piaillent sur un ton suraigu en agitant leurs barbiches. - « Odieux ces palabres ! Qu'ils restent dehors, puisqu'aussi bien ils se croiraient souillés, rien qu'à entrer dans un prétoire romain.,

            Pontius interroge ce pauvre homme, qui l'intéresse. Et Jésus ne le méprise pas. Il a pitié de son ignorance invincible ; Il lui répond avec douceur et tente même de l'instruire. – « Ah, songe Pilate, s'il n'y avait que cette canaille qui hurle dehors, une bonne sortie de la cohorte ferait vite « cum gladio » (le glaive en main) taire les plus braillards et s'égailler les autres. Il n'y a pas si longtemps que j'ai fait massacrer dans le temple quelques Galiléens un peu trop excités. Oui, mais ces sanhédrites sournois commencent à insinuer que je ne suis pas l'ami de Cæsar et avec ça il n'y a pas à plaisanter ! Et puis, mehercle (par Hercule !) que signifient toutes ces histoires de Roi des Juifs, de Fils de Dieu et de Messie ? , - Si Pilate avait lu les Écritures, peut-être serait-il un autre Nicodème, car Nicodème aussi est un lâche; mais c'est la lâcheté qui va rompre les digues. - « Cet homme est bien un Juste: je le fais flageller (oh, logique romaine !), peut-être que ces brutes auront quelque pitié. »

            Mais moi aussi je suis un lâche; car si je m'attarde à plaider pour ce Quirite lamentable, ce n'est que pour retarder ma douleur. « Tum ergo apprehendit Pilatus Jesum et flagellavit » (Alors Pilate fit saisir Jésus et le fit flageller (Jean, XIX, l).

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La Flagellation (9 heures) 

            Les soldats de garde emmènent Jésus dans l'atrium du prétoire et appellent à la rescousse toute la cohorte; les distractions sont rares dans ce pays d'occupation. Pourtant le Seigneur a souvent manifesté une spéciale sympathie pour les militaires. Comme I1 a admiré la confiance et l‘humilité de ce centurion et son affectueuse sollicitude pour son serviteur qu'Il a guéri ! (Rien ne m'ôtera la conviction que c'était l'ordonnance de ce lieutenant d'infanterie coloniale). Et tout à l'heure, ce sera le centurion de garde au Calvaire qui, le premier, proclamera Sa divinité. La cohorte semble prise d'un délire collectif, que Pilate n'a pas prévu. Satan est là, qui leur souffle la haine.

            Mais il suffit. Plus de discours, rien que des coups ; et tâchons d'aller jusqu'au bout. Ils Le déshabillent et L'attachent tout nu à une colonne de l'atrium. Les bras sont tirés en l'air et les poignets liés en haut du fût.

            La flagellation se fait avec des lanières multiples, sur les quelles sont fixées, à quelque distance de l'extrémité libre, deux balles de plomb ou des osselets. (C'est du moins à ce genre de flagrum que répondent les stigmates du Saint-Linceul.) Le nombre de coups est fixé à 39 par la loi hébraïque. Mais les bourreaux sont des légionnaires déchaînés ; ils iront jusqu'aux limites de la syncope. En fait, les traces du Linceul sont innombrables et la plupart sur la face postérieure ; le devant du corps est contre la colonne. On les voit sur les épaules, sur le dos, sur les reins et aussi devant la poitrine. Les coups de fouet descendent sur les cuisses, sur les mollets ; et là, l'extrémité des lanières, au-delà des balles de plomb, encercle le membre et vient marquer son sillon jusque sur la face antérieure des jambes.

            Les bourreaux sont deux, un de chaque côté, de taille inégale (tout ceci se déduit de l'orientation des traces du Linceul). Ils frappent à coups redoublés, avec un grand ahan. Aux premiers coups, les lanières laissent de longues traces livides, de longs bleus d'ecchymose sous-cutanée. Rappelez-vous que la peau a été déjà modifiée, endolorie par les millions de petites hémorragies intradermiques de la sueur de sang. Les balles de plomb marquent davantage. Puis, la peau, infiltrée de sang, attendrie, se fend sous de nouveaux coups. Le sang jaillit: des lambeaux se détachent et pendent. Toute la face postérieure n'est plus qu'une surface rouge, sur laquelle se détachent de grands sillons marbrés; et, çà et là, partout, les plaies plus profondes dues aux balles de plomb. Ce sont ces plaies en forme d'haltère (les deux balles et la lanière entre les deux) qui s'imprimeront sur le Linceul.

            A chaque coup, le corps tressaille d'un soubresaut douloureux. Mais Il n'a pas ouvert la bouche et ce mutisme redouble la rage satanique de Ses bourreaux. Ce n'est plus la froide exécution d'un ordre judiciaire: c'est un déchaînement de démons. Le sang ruisselle des épaules jusqu'à terre (les larges dalles en sont couvertes) et s'éparpille en pluie, des fouets relevés, jusque sur les rouges chlamydes des spectateurs. Mais bientôt les forces du supplicié défaillent ; une sueur froide inonde Son front; la tête Lui tourne d'un vertige nauséeux; des frissons Lui courent le long de l'échine. Ses jambes se dérobent sous Lui et, s'Il n'était lié très haut par les poignets, Il s'écroulerait dans la mare de sang. « Son compte est bon, bien qu'on n'ait pas compté. Après tout, on n'a pas reçu l'ordre de le tuer sous le fouet. Laissons-le se remettre; on peut encore s'amuser. »

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Le couronnement d'épines (10 heures)

            « Ah ! Ce grand nigaud prétend qu'il est roi, comme s'il en était sous les aigles romaines, et roi des Juifs encore, comble de ridicule ! Il a des ennuis avec ses sujets ; qu'à cela ne tienne, nous serons ses fidèles. Vite un manteau, un sceptre » - On l'a assis sur une base de colonne (pas très solide la Majesté !). Une vieille chlamyde de légionnaire sur les épaules nues lui confère la pourpre royale; un gros roseau dans sa main droite et ce serait tout à fait ça, s'il n'y manquait une couronne ; quelque chose d'original ! (Dans dix-neuf siècles, elle Le fera reconnaître, cette couronne, qu'aucun crucifié n'a portée). Dans un coin, un fagot de bourrées, de ces arbrisseaux qui foisonnent dans les buissons de la banlieue. C'est souple et ça porte de longues épines, beaucoup plus longues, plus aiguës et plus dures que l'acacia. On en tresse avec précaution (aie, ça pique), une espèce de panier, qu'on Lui applique sur le crâne. On en rabat les bords et avec un bandeau de joncs tordus on enserre la tête entre la nuque et le front.

            Les épines pénètrent dans le cuir chevelu et cela saigne. (Nous savons, nous chirurgiens, combien cela saigne, un cuir chevelu). Déjà le crâne est tout englué de caillots; de longs ruisseaux de sang ont coulé sur le front, sous le bandeau de jonc, ont inondé les longs cheveux tout emmêlés et ont rempli la barbe.

            La comédie d'adoration a commencé. Chacun à tour de rôle vient fléchir le genou devant Lui, avec une affreuse grimace, suivie d'un grand soufflet: « Salut, roi des Juifs ! » Mais Lui ne répond rien. Sa pauvre figure ravagée et pâlie n'a pas un mouvement. Ce n'est vraiment pas drôle ! Exaspérés, les fidèles sujets Lui crachent au visage. « Tu ne sais pas tenir ton sceptre, donne ». Et pan, un grand coup sur le chapeau d'épines, qui s'enfonce un peu plus ; et horions de pleuvoir. Je ne me rappelle plus; serait-ce un de ces légionnaires, ou bien l'a-t-Il reçu des gens du sanhédrin ? Mais je vois à présent qu'un grand coup de bâton donné obliquement a laissé sur la joue droite une horrible plaie contuse, et que Son grand nez sémitique, si noble, est déformé par une fracture de l'arête cartilagineuse. Le sang coule de ses narines dans ses moustaches. Assez, mon Dieu !

            Mais voici que revient Pilate, un peu inquiet du prisonnier : - « Qu'en auront fait ces brutes ? Aïe ! Ils L'ont bien arrangé. Si les Juifs ne sont pas contents ! » - Il va Le leur montrer au balcon du prétoire, dans Sa tenue royale, tout étonné lui-même de ressentir quelque pitié pour cette loque humaine. Mais il a compté sans la haine : « Tolle, crucifige ! » « Enlevez-le, crucifiez ! » (Jean XIX, 15). Ah, les démons ! Et l'argument terrible pour lui: « Il s'est fait roi : si tu l'absous, tu n'es pas l'ami de Cæsar ». Alors, le lâche s'abandonne et se lave les mains. Mais, comme l'écrira saint Augustin, « ce n'est pas toi, Pilate, qui L'as tué, mais bien les Juifs, avec leurs langues acérées; et en comparaison d'eux, tu es toi-même beaucoup plus innocent » (Tr. super psalmos, Ps.63).

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Le Portement de croix (11 heures) 

            On lui arrache la chlamyde, qui a déjà collé à toutes ses blessures. Le sang recoule; Il a un grand frisson. On lui remet Ses vêtements qui se teintent de rouge. La croix est prête, Lui-même charge le bois sur son épaule droite. Par quel miracle d'énergie peut-il rester debout sous ce fardeau ? Ce n'est, en réalité, pas toute la croix, mais seulement la grosse poutre horizontale, le patibulum, qu'Il doit porter jusqu'au Golgotha, mais cela pèse encore près de 50 kilos. Le pieu vertical, le stipes, est déjà planté au Calvaire.

            Et la marche commence, pieds nus dans des rues au sol raboteux semé de cailloux. Les soldats tirent sur les cordes qui Le lient, soucieux de savoir s'Il ira jusqu'au bout. Deux larrons Le suivent en même équipage. La route heureusement n'est pas très longue, environ 600 mètres, et la colline du Calvaire est presque en dehors de la porte d'Ephraïm. Mais le trajet est très accidenté, même à l'intérieur des remparts. Jésus, péniblement, met un pied devant l'autre, et souvent Il s'effondre. Il tombe sur les genoux qui ne sont bientôt qu'une plaie. Les soldats d'escorte Le relèvent, sans trop Le brutaliser: ils sentent qu'Il pourrait très bien mourir en route.

            Et toujours cette poutre, en équilibre sur l'épaule, qui la meurtrit de ses aspérités et qui semble vouloir y pénétrer de force. Je sais ce que c'est : j'ai coltiné jadis, au 5" Génie, des traverses de chemin de fer, bien rabotées, et je connais cette sensation de pénétration dans une épaule ferme et saine. Mais Lui, Son épaule est couverte de plaies, qui se rouvrent et s'élargissent et se creusent à chaque pas. Il est épuisé. Sur Sa tunique sans couture, une tache énorme de sang va toujours en s'élargissant et s'étend jusque sur le dos. Il tombe encore et cette fois de tout son long; la poutre Lui échappe et Lui écorche le dos. Va-t-Il pouvoir Se relever ? Heureusement vient à passer un homme, retour des champs, ce Simon de Cyrène, qui, tout comme ses fils Alexandre et Rufus, sera bientôt un bon chrétien. Les soldats le réquisitionnent pour porter cette poutre; il ne demande pas mieux, le brave homme; oh, comme je le ferais bien ! Il n'y a plus finalement que la pente du Golgotha à gravir et, péniblement, on arrive au sommet. Jésus s'affaisse sur le sol et la crucifixion commence.


‘'Si l'on traite ainsi le bois vert, qu'en sera-t-il du bois sec''

 Notre Dame montrera l'enfer aux enfants de Fatima ; c'était le sujet du dernier discours publique de Notre-Seigneur lorsqu'il s'est adressé aux femmes de Jérusalem qui pleuraient sur son sort.  

Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

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Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

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