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Faire des choix : pourquoi c'est tout une aventure

Faire des choix : pourquoi c'est tout une aventure

Faire des choix : pourquoi c’est tout une aventure

 Fr. David Perrin o.p. 

Faire des choix n’est pas toujours une aventure exaltante et joyeuse. Ce peut être même parfois la source de véritables tourments. Il est souvent difficile d’établir une hiérarchie objective des priorités et de s’y tenir, de ne pas tergiverser, de ne pas paniquer devant les obstacles qui se présentent, de savoir renoncer à ce que l’on ne choisit pas, de ne pas revenir sur des décisions mûrement réfléchies ou bien encore de ne pas critiquer trop durement les choix que l’on a faits à la vue de certaines conséquences fâcheuses imprévues. Choisir n’est pas une mince affaire. Pour vous aider à vous lancer plus paisiblement et joyeusement dans cette aventure, je vous propose cinq points à méditer

1. Savoir s’exprimer 

Le premier point sur lequel je voudrais attirer votre attention est le langage. Nous sommes des êtres de parole. Pour choisir, nous avons besoin de délibérer en nous-mêmes, de débattre et de peser le pour et le contre. Bien souvent, le fait de parler à quelqu’un de ses débats intérieurs oblige à un effort de discernement et de clarification. La parole est libératrice parce qu’elle fait sortir ce qui est au-dedans de nous et nous le présente. Parler permet d’objectiver les choses. Les femmes ont sans doute une perception plus fine que les hommes des bienfaits de la discussion. Le problème pour elles n’est pas tant de parler que de savoir à qui parler et à quel moment le faire. La bonne copine, par exemple, n’est pas forcément la bonne personne à qui parler de ses sentiments amoureux naissants. Appeler systématiquement sa maman dès que cela va mal n’est pas non plus une bonne habitude. Faites attention aux personnes à qui vous vous confiez mais faites attention aussi aux moments que vous choisissez pour vous confier. Souvent, vous venez nous voir, prêtres, religieux, quand cela va mal, quand vous vous êtes déjà engagées : « Mon frère, je sors depuis deux mois avec un garçon. Je l’aime mais je ne me sens pas du tout prête à m’engager avec lui. Les choses vont trop vite. Je suis paniquée à l’idée d’aller plus loin. Je ne sais plus quoi faire. » Mais pourquoi donc n’êtes-vous pas venues nous voir plus tôt ? Il est bon lorsque vous sentez que vous commencez à avoir des sentiments sérieux pour un garçon et que la pensée de « sortir » avec lui a germé en vous de venir en parler. Le but n’est pas que nous validions vos sentiments ou les refusions mais que cette discussion vous aide à mettre des mots sur ce que vous ressentez, à mieux connaître la nature de vos désirs, à savoir si vous êtes prêtes à vous engager dans une relation amoureuse... De manière générale, lorsqu’une chose importante arrive ou se prépare à arriver dans votre existence, il est toujours bon d’en parler aux personnes qui conviennent, qui sauront vous écouter et éventuellement vous éclairer si vous en avez besoin. 

 Le fait de parler à quelqu’un de ses débats intérieurs oblige à un effort de discernement et de clarification

2. Ne pas avoir peur de la peur 

Le deuxième point sur lequel je vous invite à réfléchir concerne la peur de l’inconnu, de l’avenir, de l’imperfection ou encore de l’échec qui bien souvent vous paralyse. Contrairement à ce que l’on croit, la peur fait partie du choix. L’idée que vous puissiez un jour poser des choix sans aucune peur, sans aucune appréhension est illusoire tout comme l’idée que vous arriverez à réaliser parfaitement tous vos projets. Ces situations idéales n’existent pas. Nous ne pouvons jamais tout prévoir et tout faire parfaitement. Nous devons accepter de ne jamais être tout à fait prêts et de ne jamais pouvoir tout faire à la perfection ! Les grandes craintes qui accompagnent les grands choix sont à cet égard instructives. Elles nous montrent que craindre et choisir peuvent aller ensemble. Quel prêtre n’a pas tremblé lorsqu’il a frappé pour la première fois à la porte du séminaire ? Quel mari n’a pas tremblé au moment de demander en mariage son épouse ? Celui qui n’a jamais tremblé ou n’a jamais eu peur dans ses choix, ou bien n’a jamais fait rien de grand, ou bien ne se rend pas compte de ce qu’il fait, ou bien a un cœur de pierre. 

Nous devons accepter de ne jamais être tout à fait prêts et de ne jamais pouvoir tout faire à la perfection !

3. Ne pas chercher à tout prévoir 

Le point suivant est dans la continuité du précédent : ne cherchez pas à tout prévoirà tout maîtriser, à tout programmer. La vie se charge d’ailleurs souvent de nous rappeler qu’il est impossible d’avoir la main sur tout, de tout calculer. N’ayez pas peur de vous lancer dans l’aventure même si vous ne savez pas de quoi cette aventure sera faite, même si vous avez peur de ne pas être à la hauteur, même si vous savez d’ores et déjà que tout ne sera pas parfait ! Prenons l’exemple du mariage. Il y aura toujours (et heureusement) dans le choix de la personne aimée quelque chose de fou, quelque chose qui échappe et qui échappera toujours à votre calcul, une part d’indétermination, d’incertitude. Vous pouvez compter sur votre inventivité, celle de celui que vous avez choisi et celle de Dieu pour vivre cette grande aventure qu’est l’amour, pour sortir des tempêtes que vous ne manquerez pas à coup sûr de traverser et arriver à bon port. 

N’ayez pas peur de vous lancer dans l’aventure même si vous ne savez pas de quoi cette aventure sera faite, même si vous avez peur de ne pas être à la hauteur !

4. Le choix et le renoncement, condition de la liberté       

« Faire un choix, c’est faire un deuil »

Pour qu’il y ait aventure, il faut faire des choix, ce qui implique nécessairement de renoncer à ce que l’on n’a pas choisi. Choisir, c’est renoncer. Le renoncement est la condition de la liberté. Quand vous choisissez d’aller à Rome, vous renoncez d’aller à Jérusalem. Quand vous choisissez d’aimer Paul, vous renoncez à Jean qui a pourtant des qualités très appréciables. « C’est triste », pensez-vous. Pas du tout ! Contrairement à ce que l’on ne cesse de vous répéter, choisir ne signifie pas perdre sa liberté mais au contraire l’exercer, la mettre en acte. Sinon, la liberté n’est que virtuelle : vous ne cultivez que des possibles. Le fait, par exemple, de choisir une personne à laquelle vous resterez fidèles toute votre vie n’est pas une réduction de votre liberté. Vous actualisez votre liberté en choisissant un homme à qui vous donnerez votre cœur. Si, au contraire, vous gardez dans un coin de votre tête l’idée que choisir quelqu’un, c’est « s’enfermer », il est quasiment sûr que vers la quarantaine ou la cinquantaine vous quitterez votre mari et vos enfants, parce que vous aurez l’impression d’ « étouffer ». C’est à ce moment que votre vie explosera ! Tout est fait aujourd’hui pour présenter le choix comme une fermeture. Prenons, pour le comprendre, un autre exemple, celui de la foi car c’est le même mécanisme au fond qui est à l’œuvre. Le fait de choisir la foi chrétienne est considéré aujourd’hui comme une attitude sectaire puisque l’on s’ « enferme », dit-on, dans une voie. Le fait à l’inverse de ne pas avoir de religion, de picorer à droite à gauche ce qui nous plait est présenté comme une grande ouverture d’esprit et le signe d’une authentique liberté. La vérité, c’est qu’on ne peut pas être tout et son contraire : bouddhiste, musulman, chrétien. Ceux qui croient être l’un et l’autre ne sont en réalité ni l’un ni l’autre. C’est la même chose en amour : on ne peut donner véritablement son cœur et sa parole qu’une seule fois. Comme on le disait sagement à l’école primaire : « Donner, c’est donner. Reprendre c’est voler ». La liberté que revendique le monde moderne, selon laquelle, on peut toujours revenir sur ses engagements, est une illusion nocive. Loin de faire courir à ceux qui la pratiquent une véritable aventure, elle ne fait que les paralyser. Les adeptes de cette liberté ressemblent à des voyageurs incapables de dépasser le premier carrefour qu’ils rencontrent. Ils font quelques pas dans une direction puis rebroussent aussitôt chemin. Ils vont dans une autre direction puis font demi-tour. Pourquoi ? Parce qu’ils veulent toujours avoir le choix. Ils reviennent donc à ce fameux carrefour où ils ont, disent-ils, le choix. À la fin, ils n’ont jamais été nulle part et sont toujours au même point de départ, quand d’autres, en choisissant une direction, se sont aventurés sur des chemins magnifiques. 

 Choisir ne signifie pas perdre sa liberté mais au contraire l’exercer, la mettre en acte. Sinon, la liberté n’est que virtuelle : vous ne cultivez que des possibles

5. Contre le démon des regrets : la louange 

Une autre attitude qui empêche de vivre heureusement ses choix est celle qui consiste à nourrir constamment des regrets : « Je regrette de m’être mis en collocation avec une telle. J’aurais dû me mettre avec une autre personne. » ; « Je regrette de m’être lancée dans cette formation. Je suis sûr que j’aurais pu trouver mieux ailleurs. » ; « Je regrette d’avoir accepté de venir à cette activité guide-ainées. J’aurais été mieux chez moi. »... Les regrets ont pour effet de saper les choix posés et de saboter ce qui a été parfois durement entrepris. Ils agissent comme le gel au printemps sur les vignes. Les regrets brûlent et gâchent tous les efforts et la joie qu’on pourrait tirer de ses choix. Tristesse et jalousie apparaissent. On idéalise les choix des autres. On dévalorise les siens. La critique systématique et excessive de soi doit être fermement mais patiemment combattue. Soyez douces envers vous-mêmes ! Ce n’est pas du jour au lendemain que vous parviendrez à vaincre cette forme de tristesse volontaire. Pour celles qui sont sujettes aux regrets, voici quelques « trucs ». Bannissez les phrases du type : « je regrette... » ou « si j’avais su... » et les conditionnels passés qui vont avec comme « j’aurais dû » ou « j’aurais pu ». Le piège des regrets est de vous faire vivre dans l’imaginaire, dans un passé que vous avez noirci et un futur que vous fantasmez. Quand vous êtes tentées de critiquer de façon excessive vos choix, adoptez vite un autre point de vue. Distinguez dans vos choix ce qui dépend de vous et les conséquences fâcheuses qui ne dépendent pas de vous. Accrochez-vous à ce qu’il y a de beau, bon, vrai en eux. Même si c’est une petite chose, c’est cela qui compte vraiment. Enfin, cherchez de manière habituelle à poser sur vous-mêmes, sur les autres, sur les événements et les situations un regard bienveillant, contemplatif. Ce regard de sagesse vous aider à relever les défis qui se présentent à vous et à trouver sur les routes où vous vous aventurerez des trésors inattendus ! 

Le piège des regrets est de vous faire vivre dans l’imaginaire, dans un passé que vous avez noirci et un futur que vous fantasmez.

 Quelques questions...  

  • Et moi, quels sont les choix que je n’arrive pas à faire ? Pourquoi ? 
  • De quoi est-ce que j’ai peur ? Pourquoi ? 
  • Est-ce que je choisis vraiment ou est-ce que je me laisse le maximum de portes ouvertes ? Est-ce que je suis libre de mes choix ou est-ce que je laisse la vie les faire pour moi ? 
  • Existe-il vraiment des bons et des mauvais choix ?

Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

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Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

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