Nuit de feu - Hozana

Nuit de feu

Nuit de feu

« Cette nuit n’était pas faite pour dormir.  À la vue de Notre-Dame en flammes, l’émotion était trop forte, la tristesse trop intense, la prière trop nécessaire. Et dire que j’étais encore la veille prêchant sous ces voûtes millénaires où je fus ordonné il y a bientôt trente ans ! Je ne puis vous exprimer la peine qui me gagne à la pensée de cet écrin de tant de nos souvenirs heureux disparu en fumée…

Vous avouerais-je pourtant qu’à la consternation a très vite fait place en moi une sorte de reconnaissance subjuguée ? Des propos que j’avais toujours désiré entendre ont semblé jaillir comme par miracle de ce funeste évènement. Au cours de ces heures angoissées, il m’a semblé, en effet, sentir le vieux coq gaulois se réveiller de sa torpeur.

Que de magnifiques paroles unanimes les médias n’ont-ils pas relayées de manière persistante et ininterrompue ! De la part de touristes, de badauds, de journalistes, d’hommes politiques, d’ecclésiastiques, d’esthètes, de pompiers,… Des gens de tous âges, de toutes conditions, de toutes origines et de toutes croyances… Une mystérieuse communion semblait régner enfin sur ce peuple de France dont les mois écoulés avaient si tristement montré au monde le morcellement et les fractures.  Cette unité qu’un message présidentiel, prévu le même soir, n’aurait probablement pas réussi à renouer, Notre-Dame, la Vierge Sainte, l’accomplissait sous nos yeux éberlués. Et si c’était encore une fois l’intervention surnaturelle de la Mère de Dieu qui redonnait à notre cher et vieux pays l’élan de l’espérance ?

Bien sûr restent l’infinie douleur de voir ces ruines désolées, l’irréparable perte de tant d’œuvres d’art, et l’abattement devant la tache colossale de la reconstruction. Pourtant en cette Semaine Sainte qui débouche sur la victoire de Pâques, les chrétiens aiment à se redire que de tout mal, Dieu peut faire sortir un bien. De quel relèvement ce désastre est-il la promesse et l’amorce ? Ces pierres dont le Seigneur nous disait hier encore qu’elles crieraient, ne les entendons-nous pas, encore fumantes, appeler au sursaut et à la foi ?

    Père Guillaume de Menthière, mardi Saint, 16 avril 2019


En ce premier jour de notre neuvaine, nous décidons de quitter notre tristesse pour une "reconnaissance subjuguée" face à l'œuvre de Dieu dans nos vies et dans le monde, nous nous réveillons de notre torpeur. Nous choisissons cette mystérieuse communion et ce qui fait notre unité, et nous nous en remettons à Dieu, à Marie. Au-delà de la nuit de feu de Notre-Dame de Paris, nous pensons à celle de la conversion de Blaise Pascal ou plus près de nous d'un Éric-Emmanuel Schmitt. Nous choisissons de nous laisser toucher par la grâce qui n'attend que notre consentement à l'Amour, nous choisissons la Foi et l'Espérance, à la suite de Notre-Dame. Nous quittons les lambeaux de ce que nous aurions voulu être, et nous devenons ce que nous sommes. Nous nous levons, prêts à nous mettre en chemin vers Jésus, avec Marie.  

Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

2 commentaires

Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

Sœur Olivia
place Milan, il y a 4 mois
Merci pour ce beau texte et la méditation inspirée qui le suit. Merci de nous aider : à prier Notre Dame et à nous mettre en chemin vers Elle.
Guillaume
place Paris, il y a 4 mois
🙏🏻