Facebook PixelBienheureuse Marie Poussepin : chapitre 3 - Hozana

Bienheureuse Marie Poussepin : chapitre 3

L’un des successeurs du Père Legou à la cure de Saint-Pierre de Dourdan s’appelle M. Tronsson. Tertiaire dominicain, il dirige depuis peu à Dourdan une Fraternité de cet Ordre. De ce fait, les liens avec les dominicains demeurent constants et ceci explique sans doute, en 1691, la présence à Dourdan du Père François Mespolié venu prêcher l’Avent. Il revient l’année suivante prêcher le Carême. Prédicateur itinérant comme l’avaient été les fondateurs de l’Ordre, il est très recherché. Homme d’une grande sainteté, il aime les petites missions rurales, d’où son surnom : « le missionnaire en Beauce ». Marie Poussepin fait sa connaissance et cette relation la décide à entrer dans la Fraternité. Celle-ci est animée du même dévouement charitable que la Confrérie de Charité à laquelle elle appartient. Elle y apporte en plus une doctrine spirituelle très riche et des moyens de perfection bien structurés. Reçue tertiaire en 1691 ou 1692, c’est bien au Père Mespolié qu’elle doit la spiritualité dominicaine qui se constate dans ses écrits ainsi que la connaissance des traditions de l’Ordre : elles vont inspirer bientôt sa propre fondation.

Du côté familial, Marie ne connaît que des joies. L’atelier marche à merveille. Elle s’entend bien avec sa belle-sœur, Marguerite, qui entre à son tour dans la Confrérie de Charité. Enfin, avec l’arrivée de ses trois premiers neveux, l’avenir de la famille semble assuré.

Et pourtant, à quarante-deux ans, la charité la presse. Elle envisage, avec une nouvelle vie, de se détacher totalement de ses activités passées. Une décision sans doute mûrie avec le Père Mespolié. Bref, en janvier 1696, elle quitte son foyer et part s’établir à Sainville, modeste village de Beauce situé à 17 km de Dourdan. Contrairement à Dourdan, jolie petite ville traversée par l’Orge dans une campagne vallonnée, Sainville est bâti sur un plateau venteux et les mauvaises saisons si défavorables aux récoltes y entraînent misères et famines comme on en a fait souvent le constat entre 1632 et 1715. La paroisse, confiée à un curé qui la délaisse, a été négligée jusqu’en 1692, date à laquelle un nouveau curé, jeune, zélé et pieux est nommé.

Que vient faire Marie Poussepin à Sainville ? Elle y a de nombreux parents et connaît de ce fait la situation du village qui a particulièrement souffert des dernières famines de 1694 à 1697. Des épidémies ont suivi sans personne pour secourir les malades. Seul dans le village, un barbier chirurgien fait des saignées… Les enfants ne vont pas à l’école. Tout est à inventer.

L’idée de Marie est de créer une Communauté du Tiers-Ordre de Saint Dominique, consacrée à l’enseignement, au secours des plus pauvres et aux soins des malades.

Avec le bon sens qui la caractérise, elle ne précipite rien mais va à pas comptés vers l’objectif qu’elle s’est tracé. Tout d’abord, elle loue une maison rue d’Etampes. Elle y accueille trois orphelines. Dès lors elle commence à tenir une école pour les petites filles du village. Très vite, des jeunes filles se joignent à elle pour l’aider. On connaît ainsi le nom de Noëlle Mesnard, fille d’un laboureur. Avec ses compagnes, elle soigne les malades et l’on suppose que la Communauté s’est vite étoffée puisqu’en 1697, elle est en mesure d’envoyer deux de ses compagnes tenir l’Hôtel-Dieu de Janville.

Pour stabiliser sa fondation, Marie souhaite acquérir une maison et l’occasion se présente en 1696. L’ensemble est modeste puisque l’habitat principal se compose seulement de deux chambres à feu, d’un grenier et d’une cave auxquels s’ajoutent des dépendances. Sur ses propres deniers, elle paye l’ensemble et déjà voit plus loin. Il lui faudra bâtir, s’agrandir, rénover et surtout créer d’autres établissements. Marie est patiente. Pour le moment, elle souhaite sauvegarder ce bien qui, si elle venait à mourir, reviendrait à sa famille. Elle en fait donc donation à Noëlle Mesnard et l’acte notarié renseigne bien sur ses intentions. Elle y est nommée « fondatrice » et la donation est faite « pour toujours » « en considération des filles qui y sont ou y seront assemblées ».

La chose est claire. C’est bien d’une communauté qu’il s’agit. Elle est composée de « sœurs » et « du consentement et par la permission de leurs supérieurs ». Cette communauté est du Tiers-Ordre de Saint Dominique, placée sous la règle des tertiaires. Au rang des témoins de l’acte, on trouve le R.P. François Mespolié, de l’Ordre des Frères Prêcheurs. La destination de la communauté est précisée : « pour l’utilité de la paroisse, pour instruire la jeunesse et servir les pauvres malades de la paroisse du dict Sainville ».

Si cette vocation sociale est parfaitement énoncée, il ne faut pas se tromper sur l’esprit qui anime Marie Poussepin. La charité est la fin principale de sa fondation. Ses filles consacrées auront à cœur « d’imiter par leur conduite la vie que Notre-Seigneur a menée sur terre ». En enseignant, en visitant les malades, on aura le souci de « porter partout la connaissance de Jésus-Christ… et l’amour de sa divine Majesté. »

Dès 1704, Marie Poussepin acquiert une deuxième portion de terrain à Sainville ce qui lui permet, deux ans plus tard, d’agrandir les bâtiments. En 1708, elle crée l’établissement d’Auneau. Les fondations se succèderont ensuite. Il y en aura six en 1712. Dès lors, Marie déclare être disposée à continuer ces extensions.

Chacun de ses établissements comporte, à côté d’une œuvre hospitalière, une petite école gratuite pour les filles. Car le problème de l’enseignement des enfants et surtout de celui des filles est encore loin d’être résolu malgré les nombreuses initiatives prises dans ce sens. Dans les villages, les écoles existent mais il faut acquitter des frais de scolarité et les filles en sont le plus souvent exclues. Dans le diocèse de Chartres, des prêtres fondent la communauté de Saint-Paul de Chartres qui se consacre avec succès à l’enseignement. A l’autre bout du diocèse, Marie Poussepin fait croître un réseau de petites écoles. Les filles y apprennent le catéchisme et à lire, écrire, compter. Elles reçoivent de plus une formation professionnelle, les maîtresses « leur montrant et enseignant à faire des bas et autres ouvrages de soie et de laine au tricot. » Plus tard, les témoins seront unanimes pour dire leur pleine satisfaction de l’école de Sainville. Voici les conseils que donne Marie Poussepin aux enseignantes (Règlements, chapitre 27) : « Ayez beaucoup de tendresse et de vigilance à l’égard des enfants que vous instruisez ; tâchez de vous en faire craindre et aimer tout ensemble. Soyez douce sans lâcheté, ferme sans dureté, grave sans hauteur. Corrigez sans emportement. Ne témoignez pas moins d’amour aux pauvres qu’aux riches et surtout ayez une grande inclination à profiter également à l’âme des unes et des autres par vos paroles et vos exemples. Pensez souvent pour vous y exciter, que Dieu vous en demandera un compte très rigoureux. »

Dans le domaine de la santé, Louis XIV réorganise en 1698 les hôpitaux et hôtels-Dieu, nombreux, mais bien souvent en très mauvais état. Il décide de fermer les établissements ruinés et d’affecter leurs revenus aux hospices en état de fonctionner. Ceux-ci vont de plus en plus faire appel aux Sœurs de Charité ou encore à la communauté de Marie Poussepin. Cette dernière décide de visiter les malades à domicile partout où il n’y a pas d’hospice et de répondre à la demande des hospices chaque fois que c’est nécessaire. Marie possède des connaissances médicales. A Dourdan, elle a été formée à donner des soins aux malades. Dans son couvent, elle dispose d’une apothicairerie où elle conserve ses plantes médicinales. Tous les jours, elle veille à ce que soient instruites les jeunes sœurs quant à la manière de soigner, de panser, de saigner les malades… Elle-même se réserve les cas les plus répugnants. Au besoin elle n’hésite pas à accueillir les plus atteints dans la communauté et à veiller sur eux jusqu’à leur décès. Ces soins s’accompagnent toujours d’une assistance spirituelle : « les sœurs auront soin d’examiner adroitement si les personnes qu’elles visitent sont instruites des vérités du salut. »

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L’apothicairerie de Marie Poussepin à Sainville avec les armoires où étaient rangés les onguents et les remèdes pour les pauvres.

Les sœurs enseignent et soignent gratuitement. De quels moyens disposent-elles ? Marie Poussepin réalise là un tour de force. Elle décide pour elle et ses sœurs qu’elles se suffiront à elles-mêmes et, de fait, elles y parviennent. Seule exception : dans les hospices où les sœurs vont travailler et ne peuvent donc exercer d’autres activités que les soins, elles perçoivent des allocations modestes pour subvenir à leurs besoins.

Car telle est l’exigence de la fondatrice : n’accepter aucun don ou legs. A Sainville où elles sont vingt-cinq sœurs environ, les plus habiles fabriquent des bas de soie à l’aiguille (la compétence de Marie Poussepin se reconnaît bien là) et la vente de cette production leur permet d’acheter nourriture et remèdes. D’autres filent la toile pour leur propre entretien, d’autres enfin cultivent le jardin où s’occupent des trois vaches de la communauté. Elles vivent ainsi dans une pauvreté acceptée et voulue.

Le 20 mars 1705, décède la compagne des premiers jours de Marie Poussepin : Noëlle Mesnard. Sans doute victime d’une épidémie, elle n’avait que trente-deux ans. C’est une bien lourde épreuve pour la communauté et surtout pour Marie. En Noëlle, elle avait mis toute sa confiance jusqu’à lui faire donation de l’avoir de communauté.

L’année suivante, autre deuil : celui du curé de Sainville, Gabriel Debilly qui avait accueilli et soutenu Marie lors des débuts de la fondation.

L’hiver 1709 est affreux. Une terrible gelée à l’origine d’une disette extrême fait partout de nombreux morts, quarante-deux pour le seul village de Sainville. Les curés organisent des collectes pour nourrir les plus pauvres. L’évêque de Chartres, atteint d’un ulcère aux poumons, y laisse la vie. Marie et ses filles font face du mieux qu’elles peuvent avec leur dévouement habituel.

Le nouvel évêque de Chartres est un parent de celui qui vient de décéder. Charles-François de Monstiers de Mérinville est un homme de foi et de piété, d’une immense charité au point qu’il mourra pauvre et miné par les mortifications en 1746. Pour l’heure, en 1710, il entre dans sa ville épiscopale. C’est lui qui, désormais, aura la responsabilité de la Communauté de Sainville.

Les deuils récents et les catastrophes naturelles font réfléchir Marie. Tandis que les fondations se multiplient, elle est consciente de la fragilité de l’ensemble qu’elle a créé. Sa communauté n’a aucune existence légale devant l’Etat. Pas plus qu’elle ne peut faire valoir de statut canonique devant l’Eglise. En 1712, à cinquante-neuf ans, tout en vaquant à ses activités charitables, elle se soucie, en premier lieu, de la pérennité de son œuvre.

Dans l’exercice de la charité, Marie rappelle qu’il convient de « porter partout la connaissance de Jésus-Christ… et l’amour de sa divine Majesté. » Autrement dit, aimer son prochain en l’aidant du mieux possible doit nécessairement s’accompagner de l’annonce de l’Evangile. Si nous éprouvons parfois une certaine frilosité à parler de Dieu, prenons exemple sur Marie Poussepin. C’est en créant un lien d’amour avec ceux que nous aidons qu’il devient aisé d’évoquer l’infinie tendresse du Seigneur.
 Avec l’aide de la Vierge Marie…


Je vous salue, Marie…

Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

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Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

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