J25 - Quatrième dimanche - Vivre de l'Eucharistie

J25 - Quatrième dimanche - Vivre de l'Eucharistie

Méditation biblique : Livre de Josué 5, 1-12

Après le passage du Jourdain, 10 les fils d’Israël campèrent à Guilgal et célébrèrent la Pâque le quatorzième jour du mois, vers le soir, dans la plaine de Jéricho. 11 Le lendemain de la Pâque, en ce jour même, ils mangèrent les produits de cette terre : des pains sans levain et des épis grillés. 12 À partir de ce jour, la manne cessa de tomber, puisqu’ils mangeaient des produits de la terre. Il n’y avait plus de manne pour les fils d’Israël, qui mangèrent cette année-là ce qu’ils récoltèrent sur la terre de Canaan.

1. Commentaire : « J’ai désiré manger la Pâque. » (Lc 22,15)

 

A la lumière de toutes les Ecritures, ce bref passage renferme une richesse insoupçonnée. Le livre de Josué est le récit de l’entrée du peuple en Terre promise, depuis la traversée du Jourdain. Il fait des parallèles incessants entre la sortie d’Égypte, la vie au désert et l’entrée en Canaan. Ainsi, au chapitre 3 de ce livre, la traversée du Jourdain est racontée très solennellement comme la répétition du miracle de la Mer Rouge.

La première lecture de ce dimanche de Carême raconte la première Pâque qui suit l’entrée en Terre promise et le miracle du Jourdain. Elle a toujours été célébrée le 14ème jour du premier mois, en la première pleine lune de l’année (cf. Dt 16) : « Ils célébrèrent la Pâque, le quatorzième jour du mois, vers le soir ». La célébration de la Pâque avait marqué la sortie d’Égypte et le miracle de la Mer rouge. Dans le même esprit, le Psaume 113 (114) reprend à sa manière le parallèle entre les deux traversées miraculeuses de la Mer rouge et du Jourdain : « La mer voit et s’enfuit, le Jourdain retourne en arrière ; qu’as-tu, mer, à t’enfuir ? Jourdain, à retourner en arrière ? Tremble, terre, devant la face du Maître, devant la face du Dieu de Jacob. » Désormais la célébration annuelle de la Pâque sera le mémorial, non seulement de la nuit de l’Exode, mais aussi de l’entrée en Terre Promise ; c’est toujours la même œuvre de Dieu pour libérer son peuple. Dieu est fidèle à ses promesses.

« À partir de ce jour, la manne cessa de tomber, puisqu’ils mangeaient les produits de la terre. Il n’y avait plus de manne pour les fils d’Israël, qui mangèrent cette année-là ce qu’ils récoltèrent sur la terre de Canaan. » Une page de l’histoire est tournée, une nouvelle vie commence. Désormais, Israël est arrivé sur la Terre donnée par Dieu : il ne sera plus nomade, il va devenir sédentaire, il sera un peuple d’agriculteurs ; il mangera les produits du sol. Mais la leçon va dans le même sens : autrefois Dieu se rendait visible dans la manne qui tombait du ciel dans le désert. Maintenant il est invisible dans le pain qui provient des produits de la terre. Et pourtant « le pain de la terre et le pain du ciel ont même origine. L’homme n’est pour rien dans le pain du ciel. L’homme est présent dans le pain de la terre. Il lui est présent de deux manières. D’abord par son travail : il le fait pousser. Ensuite par sa parole : il le nomme don de Dieu, car ce pain sort de la terre que Dieu lui avait donnée comme il l’avait promis… La manne, il ne pouvait l’offrir à Dieu puisque (…) rien en elle ne venait de l’homme, elle était seulement de Dieu, non de l’homme. Le pain, il peut l’offrir à Dieu, puisque c’est son pain… Le jour où se transforme ainsi le régime alimentaire d’Israël est le jour de le première Pâque en Terre promise. » (Paul Beauchamp, Cinquante portraits bibliques, éd. Seuil 2000, p. 86)     

De plus, la tradition rabbinique interprète le don de la manne comme une invitation à donner la nourriture aux pauvres. « Dieu nous a enseigné à nourrir les pauvres pour avoir fait descendre le pain du ciel pour les fils d’Israël ». Nous partageons désormais le fruit de notre travail avec ceux qui ont faim. Pour finir, ne l’oublions pas : en hébreu, Josué et Jésus, c’est le même nom. En Jésus qui se dit la véritable manne, le pain de la vie, ce qui est de Dieu et ce qui est de l’homme se rencontrent. Il déclare : « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. » (Jn 6,51) L’Eucharistie est « le pain vivant ». Elle est instituée dans la perspective de « la Pâque accomplie dans le Royaume de Dieu » selon la parole de Jésus : « Jamais plus je ne la mangerai jusqu’à ce qu’elle soit pleinement accomplie dans le royaume de Dieu. » (Lc 22,16)

 

Exercice spirituel 

« Le pain de Dieu descend du ciel et donne la vie au monde. » (Jn 6,33)

 Nous demandons à Dieu qu’il « augmente la foi du peuple chrétien pour qu’il se hâte avec amour au-devant des fêtes pascales qui approchent. » Il ne s’agit pas seulement de « savoir » mais d’expérimenter. Le récit de la manne dans le désert nous invite à ne pas nous approprier le don de Dieu et ne pas le retenir comme nôtre. Le Seigneur permet que nous passions par des épreuves pour nous enseigner que notre consolation est en lui, non pas en nous, et que nous n’en disposons pas à notre gré.   

 

 2. Méditations d’Edith Stein sur l’Eucharistie

  • La transformation eucharistique

 En 1931, Edith donne une conférence intitulée Le Mystère de Noël, au siège de la délégation de l’Association catholique universitaire. Ce texte nous introduit dans le mystère de l’Incarnation et sa signification dans la vie du chrétien, appelé à l’union avec Dieu.

 

Et le Verbe s'est fait chair. Ce mystère est devenu vérité dans l'étable de Bethléem. Mais il s'est encore réalisé sous une autre forme. Celui qui mange ma chair et boit mon sang aura la vie éternelle. Le Seigneur, qui sait que nous sommes des hommes et restons aux prises, jour après jour, avec nos faiblesses, vient au secours de notre humanité d'une manière véritablement divine. De même que le corps matériel a besoin de pain quotidien, de même la vie divine en nous demande continuellement une nourriture. Ceci est le pain de vie qui est descendu du ciel, celui qui en fait véritablement son pain quotidien voit se renouveler en lui chaque jour le mystère de Noël, l'Incarnation du Verbe. C'est là certainement le chemin le plus sûr pour conserver l'union à Dieu et pour s'enraciner chaque jour plus solidement et plus profondément dans le Corps mystique du Christ.

Je sais bien que cela apparaîtra à beaucoup comme une voie trop radicale. Cela signifie, pour la plupart de ceux qui commencent à s'y engager, un bouleversement de toute leur vie, extérieure et intérieure. Mais c'est précisément ce qu'il faut ! Nous devons créer dans notre vie un espace pour le Sauveur eucharistique afin qu'il puisse convertir notre vie en sa vie. Est-ce trop demander ? On a le temps pour tant de choses inutiles: la lecture de livres futiles, de magazines, les heures passées dans les cafés ou à bavarder au coin d'une rue - gaspillant en distractions son temps et ses forces. Ne serait-il vraiment pas possible de trouver une heure, le matin, où l'on se rassemble au lieu de se disperser, où l'on puise des forces au lieu de les dissiper, pour faire face aux tâches journalières?

Certes, il faut plus que cette heure. Il faut que de cette heure à la suivante nous vivions de manière à pouvoir y revenir. Il n'est plus permis de se relâcher, ne fût-ce qu'un moment. Quand on rencontre les mêmes personnes chaque jour, même sans qu'un mot soit prononcé, on sent le regard et le jugement qu'elles portent sur nous; on s'efforce de s'adapter à son entourage et si l'on n'y parvient pas, la vie commune tourne au supplice.

C'est précisément ce qui se passe dans nos rapports quotidiens avec le Seigneur. On devient de plus en plus sensible à ce qui lui plaît et à ce qui lui déplaît. Si, par le passé, on était assez satisfait de soi, tout va changer. On commence à se découvrir bien des laideurs qu'on s'efforcera de corriger, et des imperfections dont on aura peine à se défaire. On se fait progressivement petit et humble, on devient patient et indulgent pour la paille dans l'œil de l'autre, tout occupé que l'on est d'une poutre dans le sien. Finalement on apprend à se supporter dans la lumière implacable de la Présence divine et à s'abandonner à sa miséricorde qui peut venir à bout de tout ce qui excède nos forces. Il y a loin de l'autosatisfaction du «bon catholique», qui fait son devoir, qui lit la bonne presse, qui vote bien, etc. mais qui, pour le reste, fait ce qui lui plaît - à une vie conduite par la main de Dieu et reçue de sa main, dans la simplicité de l'enfant et l'humilité du publicain. Pourtant quiconque s'est engagé sur cette route ne reviendra plus sur ses pas.

Ainsi, être enfant de Dieu signifie à la fois diminuer et croître. Vivre de l'eucharistie signifie sortir insensiblement de l'étroitesse de sa propre vie pour naître à l'immensité de la vie du Christ. Celui qui recherche le Seigneur dans sa Maison ne voudra plus l'entretenir uniquement de lui-même et de ses affaires. Il commencera à s'intéresser aux affaires du Seigneur. La participation au Sacrifice quotidien nous entraîne naturellement dans la vie de la liturgie. Tout au long du cycle de l'année liturgique, les prières et les rites de la Messe font repasser devant notre âme l'histoire du Salut, et nous permettent d'en pénétrer le sens toujours plus profondément. Le Saint Sacrifice renouvelle en nous le mystère central de notre foi, le pivot de l'histoire du monde: le mystère de l'Incarnation et de la Rédemption. Qui pourrait assister au Saint Sacrifice de la messe, le cœur et l'esprit ouverts, sans être pris par l'esprit de sacrifice et par le désir de se fondre, lui et sa pauvre vie personnelle dans la grande œuvre du Rédempteur?

 

(Le mystère de Noël in La crèche et la croix, Ad Solem 2007, p.31-32)

 

  • Le mystère de l’Eucharistie

 

« Tu viens en nourriture

chaque matin pour moi,

Et ton Corps et ton Sang

me sont vin et repas.

Prodigieuse merveille

que tu accomplis là!

 

Ton Corps dans ce mystère

vient pénétrer le mien

et ton âme elle aussi

vient s'unir à la mienne.

Je ne suis plus alors

ce que j'étais avant. »

(Poésie « Je demeure parmi vous » in Source cachée, Cerf - Ad Solem p. 332)

 

Réflexion

 Quelle est la place réelle de la messe dans ma vie chrétienne ? Si je suis « non pratiquant », selon l’expression reçue, en ai-je fait le choix ? Quels en sont les motifs ? Si, au contraire,  je vais régulièrement à la messe, quand je m’approche de la table eucharistique, ai-je pris le temps de « m’examiner moi-même avant de manger de ce pain et de boire à cette coupe » (Cf. 1 Co 11,27-29) ? Suis-je en paix avec le Seigneur et avec mes frères et sœurs ?    

 

Philippe de Jésus, ocd (couvent d’Avon)

Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

2 commentaires

Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

loader

Carême – Chemin pascal avec Édith Stein