Facebook PixelBienheureuse Agnès Galand - Chapitre 3 - Hozana

Bienheureuse Agnès Galand - Chapitre 3

80260-bienheureuse-agnes-galand---chapitre-3

Langeac et le monastère (à droite)

 

Soumise à la probation avant d’être autorisée à prononcer ses vœux, Agnès connaît alors une période de grandes humiliations. Deux Sœurs, l’une expérimentée en vie spirituelle et l’autre, en lecture et en chant avaient été chargées de sa formation. C’est pour elles un prétexte à brimades. Par exemple, comme Agnès apprend la prononciation du latin, la maîtresse la frappe sur les doigts à la moindre faute et jette le livre. Agnès va le ramasser tranquillement, ne voyant dans cette pratique aucune malice mais plutôt du zèle pour son instruction... Les autres Religieuses, sans doute jalouses, l’éprouvent, elles aussi, de diverses manières.

Mais bientôt la Mère Prieure, convaincue par son attitude, annonce à Sœur Agnès qu’elle est admise à faire profession. Commence alors pour elle une grave période d’incertitudes.

D’une part Satan ne s’avoue pas vaincu. Il insinue que son état de santé ne lui permet pas de faire profession, que ce serait folie de sa part. Il redouble contre elle de rage et de violence, visions infernales, coups, rien ne lui est épargné. D’autre part, le Seigneur, si souvent présent, ne lui apporte plus aucune consolation. Elle traverse un désert. Le Père Panassière lui vient alors en aide en lui enjoignant de faire profession sans plus attendre. Agnès obéit et prononce donc ses vœux le 2 février 1625, Jour de la Purification, à l’âge de vingt-trois ans. Dès qu’elle a communié, elle retrouve la paix du cœur, tandis que la Vierge et Saint Dominique l’accompagnent et qu’elle entend les anges chanter un Te Deum.

Elle est nommée maîtresse des Sœurs converses et portière du couvent. Cet office lui permet de porter secours aux pauvres qui frappent à la porte. Agnès s’acquitte de cette dernière charge avec tant de zèle qu’elle est bientôt accusée par un ecclésiastique de faire trop d’aumônes…  Vivement réprimandée, elle est relevée de sa fonction de portière qui lui sera rendue par la suite.

Au cours du Carême 1626,  Sœur Agnès est nommée Maîtresse des novices. Si grande est son humilité qu’elle essaye de se dérober. Mais elle doit obéir et s’emploie alors à former les jeunes novices à l’oraison, à faire grandir leur foi, leur humilité et leur obéissance. Surtout, elle cherche à développer en elles une attention continuelle à la douce présence de Dieu dans la « clôture de leur cœur ». Elle est exigeante, ferme mais elle montre aussi, dans sa relation avec les jeunes novices, tendresse et bonté. Souvent Dieu lui révèle leurs pensées secrètes ce qui facilite une confiance réciproque.

Dans son humilité, Sœur Agnès ne se rend pas compte que ses vertus dépassent la limite du monastère et sont connues de toute la ville de Langeac. Fin 1626, les deux dernières Sœurs venues du Puy, pour fonder la maison de Langeac, regagnent leur monastère d’origine et, parmi elles, la Mère Prieure. Celle-ci engage les Sœurs à choisir pour Prieure la Mère Agnès, même si elle n’a que vingt-cinq ans. Ce choix est approuvé de toutes, sauf de l’élue ! Elle pense qu’il s’agit, non d’un honneur, mais d’une punition de ses fautes. Là encore, elle doit obéir.

Un dominicain, ancien confesseur de la Mère Agnès, veut lui donner quelques avis importants pour la bonne gouvernance du Monastère. Ayant déjà exercé les principales charges de la Compagnie, il souhaite lui éviter les erreurs d’une débutante dans la conduite des religieuses. Mais il est dans l’admiration de sa sagesse et finit par déclarer qu’un ministre d’état ne gouvernerait pas mieux un empire. Pour elle, toujours humble et repliée sur elle-même, c’est à peine si elle ose lever les yeux sur ses inférieures.

Le discernement dont elle fait preuve à tout moment s’accompagne d’un don de clairvoyance qui lui permet soit de conseiller autrui sur des conduites à tenir, soit de le soustraire à quelque péril. Ainsi elle inspire son père d’éviter de prendre un chemin où l’attendent des assassins. A une jeune fille désireuse d’embrasser la vie religieuse à laquelle son père s’oppose, elle conseille d’attendre tout simplement le décès de ce dernier, lequel survient peu après. Alain de Solminihac, réformateur de l’ordre des chanoines de Saint-Augustin dans le sud-ouest et évêque de Cahors, fait le détour de Langeac pour la rencontrer. « Je n’ai jamais connu d’âme qui eut de si particulières communications avec Dieu » dit-il. Il est tout étonné de constater qu’elle le connaît, elle qui ne l’a jamais vu auparavant et qu’elle peut lui raconter quelque épisode de sa vie dont il n’a informé personne. Les exemples sont nombreux.

Le premier jour de l’année 1626 est pour elle le commencement de maux extraordinaires. Elle sent ses mains comme percées avec des aiguilles. Quelques instants après, elle est attaquée de douleurs si violentes qu’on la croit morte durant plusieurs heures. Bientôt elle éprouve dans les mains et les pieds des souffrances si vives, qu’elle ne peut ni marcher, ni se nourrir. Ces maux augmentent le vendredi suivant, jour où des croix rouges impriment ses mains. Confuse car elle ne veut pas montrer ces marques d’attention de la part du Seigneur, elle Le supplie de les lui enlever ce qu’Il fait même si la douleur reste la même.

Par la suite, elle aperçoit dans sa chambre une lumière éclatante, au milieu de laquelle paraît Jésus crucifié. Agnès se sent, à ce moment, clouée sur une grande croix, endurant des douleurs si intenses, qu’elle pousse de hauts cris. Les Religieuses accourent et la trouvent couchée sur son lit, les bras en croix, demandant d’une voix entrecoupée l’assistance de leurs prières. Ces douleurs affreuses durent trois jours.

Le 6 février, le P. Panassière et M. Martinon, archiprêtre de Langeac, voient la Mère Agnès dans le jardin, tomber tout à coup, les bras étendus en croix. Elle demeure comme morte l’espace de trois ou quatre heures. Ses douleurs ayant un peu diminué, on la transporte dans la chambre de la Supérieure. On la voit étendue sur sa couche comme sur une croix, les bras allongés et les pieds posés l’un sur l’autre. Ses mains sont repliées à demi et enfoncées en dedans. Son visage paraît cependant tout enflammé, et ses paroles sont autant d’élans d’amour vers Dieu.

Par la suite, on se rend compte à l’expression de son visage qu’elle a des apparitions. Priée de révéler ce qu’elle voit, elle se soumet par obéissance et parle des visites qu’elle reçoit, la Très Sainte Vierge, accompagnée de sainte Cécile et de plusieurs autres Saintes.

Le quatrième jour, son crucifiement est encore plus complet. Les douleurs sont telles que les religieuses se demandent comment elle peut les supporter. Disposée, à son ordinaire, comme une personne crucifiée, les lèvres livides, la gorge noire et tuméfiée, elle dit: « Mon ami, assistez-moi, mon Jésus, ne m’abandonnez pas ». Ses mains sont comme clouées, elle ne peut tenir le crucifix. C’est alors le crucifix qu’on voit se lever et se tenir devant elle.

Elle semble à l’agonie et les sœurs la veillent. On récite les Litanies de la Sainte Vierge et Agnès paraît expirer. « Elle est morte ! » s’écrie le P. Panassière. En larmes, les Soeurs prient devant le Très Saint Sacrement. Mais la morte ouvre les yeux, pousse un soupir et dit : « Je suis retournée ». Tenue par son confesseur de dire ce qui s’est passé, elle déclare qu’elle a été vraiment morte, et que, se trouvant en présence de Jésus-Christ et de sa sainte Mère, entourés d’une foule immense de Bienheureux, il lui a été demandé de retourner au monde pour travailler au salut du prochain.

Agnès se remet étonnamment bien de cette longue agonie, elle retrouve une parfaite santé et peut se nourrir sans difficulté. Cet état de grâce ne va pas durer. Elle ressent bientôt des épines lui percer la tête et du sang apparaît sur son bandeau.

Pendant le carnaval de 1628, Agnès souffre de stigmates au côté avec d’importants saignements et des souffrances qui ne cessent que pendant les oraisons du jour. Ces douleurs mystiques continuent sans relâche. Aussi les religieuses la vénèrent-elles et sa sainteté est désormais bien connue de tous. Surtout lors de la peste et de la famine de 1629 qui épargnent Langeac grâce à l’intercession de la Mère de Jésus, laquelle fait construire, à cette occasion, une chapelle dédiée à Saint Roch.

Sa réputation s’étend au-delà de sa région. Ainsi l’évêque de Mende, désireux d’établir les Dominicaines dans sa ville épiscopale, la demande avec instance pour la fondation de son monastère. Mais les religieuses s’opposent au départ de la Prieure. Quant à Agnès, elle continue à faire de nombreux miracles mais Satan ne désarme pas.

 

Malgré les faveurs du ciel dont elle fut comblée, Agnès fit preuve, toute sa vie, d’une humilité et d’une obéissance totale à la règle monastique et aux directives de ses confesseurs. « J’estime infiniment plus, disait-elle, un acte d’obéissance et de soumission que toutes les choses extraordinaires qui peuvent se passer dans une âme. Ces sortes de grâces doivent être tenues pour illusoires, si elles ne sont accompagnées d’une vraie et sincère humilité ».  La vraie et sincère humilité, voilà le chemin qui ouvre le Ciel. Avec cet amour fou qui la portait vers Dieu, la Bienheureuse Mère Agnès a toujours voulu vivre effacée, modeste, redoutant jusqu’à en souffrir et à en pleurer les échos suscités par les faveurs divines dont elle l’était l’objet. Que la Glorieuse Vierge Marie dont la vie sur terre fut si modeste augmente en nous la vertu d’humilité puisque c’est dans notre néant que nous trouvons la voie vers le Seigneur.

 

Je vous salue, Marie…


Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

7 commentaires

Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

loader