Bienheureuse Agnès Galand - Chapitre 1 - Hozana

Bienheureuse Agnès Galand - Chapitre 1

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Au début du XVIIe siècle, l’Eglise de France connaissait une situation catastrophique. Les décisions du Concile de Trente, prises quarante ans auparavant, n’étaient guère appliquées et les guerres de religion avaient laissé de nombreuses ruines, une population appauvrie. Pour sa part, l’Eglise souffrait de nombreux schismes et hérésies ce qui permettait à la sorcellerie et aux superstitions de gagner les esprits.

L’évangélisation semblait d’autant plus difficile que le clergé, non formé, faisait preuve d’une totale ignorance et qu’il ne pouvait être attendu aucune aide des ordres religieux, en pleine décadence, les biens de l’Eglise étant tombés aux mains des laïcs, suite au Concordat de 1516.

Pourtant, dans cette désolation, vont surgir d’immenses saints, en grand nombre. Ils vont fonder des Œuvres de Charité, réformer les congrégations et en créer de nouvelles, susciter des missions dans les campagnes. Ce renouveau chrétien et spirituel s’accompagne de dons, de prophéties, de charismes et d’apparitions extrêmement fréquents. Sous l’action du Saint-Esprit, de toute évidence à l’œuvre en terre de France, les mystiques foisonnent.

Parmi eux, la figure d’Agnès de Langeac a marqué son époque. Vénérée en son temps, elle est aujourd’hui presque oubliée. Sa vie fut marquée d’événements si extraordinaires que nos esprits rationnels auront sans doute du mal à les accepter, même si, dans le contexte de l’époque, le merveilleux ait pu sembler aller de soi... Cependant les Mémoires laissés par ses confesseurs, et les dépositions juridiques contenues dans les procès-verbaux de sa cause de béatification ne laissent aucun doute. Agnès de Langeac a bien vécu un Ciel sur la terre, elle a aimé passionnément le Christ, son Epoux jusqu’à souffrir Son propre martyre. A Satan qui n’a cessé de l’attaquer, elle a toujours opposé une foi inébranlable.

 

Née le 17 novembre 1602, Agnès Galand est la troisième enfant d’une famille de sept frères et sœurs. Ce sont des gens modestes, établis au Puy-en-Velay. Le père, Pierre Galand, coutelier de son état, veille personnellement à l’éducation chrétienne de ses enfants. Vouée au Seigneur dès sa plus tendre enfance, Agnès éprouve, petite fille, la vision de Sa Passion alors qu’elle n’est âgée que de quatre ans. Patiente, pieuse, elle fréquente les églises – à cinq ans, elle se confesse pour la première fois – et éprouve une grande compassion pour les pauvres à qui elle fait l’aumône avec les biens de la famille… Le Seigneur veille cependant et, pour apaiser les colères paternelles, Il multiplie le blé dans le grenier de la maison. D’humeur toujours égale, elle souffre sans se plaindre des méchancetés d’un frère jaloux. Dès sa septième année, elle médite longuement et sa contemplation l’ouvre sur le monde invisible. Jésus portant sa croix se montre à elle souvent et elle conçoit un immense désir de l’Eucharistie. C’est à cet âge qu’après avoir assisté à l’exécution d’un malheureux, elle reste profondément troublée. Le lendemain, une voix intérieure lui dit : « Rends-toi esclave de la Sainte Vierge et elle te protègera contre tes ennemis. » Elle décide alors de se consacrer toute entière à Marie : « Vierge Sainte, je vous offre tout ce que je suis… ». Elle n’hésite pas à prendre une chaîne dans l’atelier de son père dont elle se ceint désormais la taille. D’autres mortifications suivront, tout au long de sa jeunesse.

Son éducation religieuse est confiée à un jésuite, lequel, compte tenu de sa grande piété,  l‘autorise, à l’âge de 8 ans, à faire sa Première Communion, ce qui est tout à fait exceptionnel pour l’époque. Elle cherche alors à gagner des âmes au Seigneur et constitue, à cet effet, un groupe de petites filles pieuses. Elle-même pratique, à genoux, pendant des heures une oraison quotidienne mais cette pratique trouble la vie de famille. Engagée, de ce fait, à prier plutôt la nuit, elle s’agenouille, bien avant l’aube, pour réciter le rosaire.

Sa charité est inépuisable. Elle donne tout ce qu’elle peut, n’hésitant pas à sacrifier, comme on l’a vu, les ressources familiales. Plus encore, elle va mendier à la porte des églises pour verser aux pauvres le produit de sa quête. Certains sont malades. Elle les emmène chez les Sœurs Hospitalières pour y être soignés. Celles-ci encouragent d’abord cette initiative avant d’en prendre ombrage, compte tenu du nombre toujours croissant des protégés d’Agnès ! Adolescente, elle se rend chez les jeunes femmes en trains d’accoucher et leur vient en aide. Formée à l’artisanat de la dentelle, elle gagne quelque argent tout de suite reversé aux pauvres. Mais les sommes sont insuffisantes. Aussi ne rougit-elle pas de quêter auprès de personnes pieuses en faveur de ses pauvres. Durant quatre mois, elle fournit de ses chemises et de ses robes quelques jeunes filles qui n’osent aller à la messe le dimanche, faute de vêtements convenables, et, par un hiver rigoureux, elle oblige une de ses sœurs à un acte de charité semblable. « Agnès, dit celle-ci dans un mémoire, Agnès me pressa si vivement de lui prêter deux écus, m’assurant qu’elle me les rendrait et que, pour cet effet, elle ne s’épargnerait point au travail, qu’il me fut impossible de les lui refuser ; si elle ne m’a pas rendu cet argent, comme je l’espérais, elle m’a payée en une monnaie infiniment plus précieuse, par les grandes grâces qu’elle m’a obtenues de Dieu ».

 

Adolescente, Agnès fréquente le monde invisible. A plusieurs reprises, des mendiants la sollicitent, elle cherche une pièce à leur donner et, quand elle la trouve et redresse la tête, le quêteur a disparu. Elle découvre son Ange Gardien qui va l’accompagner et la soutenir dans les épreuves tout au long de sa vie. Surtout elle a des visions du Christ, des anges et de Marie. Cette vie mystique exceptionnelle s’accompagne de jeûnes et d’effroyables mortifications. A douze ans, elle guérit les plaies d’un moissonneur mortellement blessé. Tandis qu’elle prend les eaux des Salles dans les Cévennes, elle convertit un hérétique en lui parlant de l’amour de Dieu. Dans sa propre famille, elle renforce la foi et incite, avec succès, l’une de ses sœurs à entrer en religion.

Un jésuite, le Père Etienne Gérard, Docteur en Théologie, conseille la jeune fille. Il l’exhorte à être fidèle à l’Epoux Divin et lui permet des communions fréquentes, ce qui ne lui avait pas été autorisé jusqu’alors. Sa pureté et son innocence la protègent de toute agression : confrontée, un jour, au bord de la Loire, aux propos malséants de jeunes libertins, Agnès veut traverser le fleuve pour leur échapper. Or il n’y a pas de gué. Elle demande secours au Ciel et un Ange survient qui la conduit à travers le fleuve. « -Voyez cette fille, elle marche sur les eaux » dit-on.

Par la suite, elle fait  le choix d’une vie toujours plus austère et plus pénitente. Autorisée à prendre un breuvage formé de vinaigre et de suie, Agnès se mortifie ainsi tous les vendredis, régime que son estomac ne supportera pas plus de trois ans. Pour dormir, elle se contente d’une planche et d’une pièce de bois pour oreiller. Seule, sa sœur s’en aperçoit et en garde le secret. Outre la chaîne qu’elle porte depuis sa petite enfance, elle s’entoure d’une ceinture armée de pointes aiguës, qui pénètrent la chair (elle ne put être enlevée, au bout de huit ans, qu’à l’aide d’incisions). De plus, quatre ou cinq fois la semaine, la jeune fille se flagelle jusqu’au sang.

Satan ne peut supporter tant de vertu et les démons la harcèlent sans cesse. Comme ils ne peuvent l’empêcher de prier, ils lui apparaissent sous la figure de personnages horribles afin de l’effrayer. Tantôt ils secouent la maison avec une telle violence qu’elle semble près de s’écrouler ; tantôt ils tirent Agnès par la robe ou par les cheveux, et la frappent si rudement qu’elle reste à terre meurtrie, à demi morte. Peine perdue, Agnès leur parle avec une telle autorité souveraine qu’elle les fait fuir. Satan cherche alors à la berner et se transforme en Ange de lumière. Il apparaît même un jour sous l’aspect de Jésus crucifié. Mais Agnès ne se laisse pas tromper et se jette par terre en s’humiliant profondément. A son directeur de conscience qui lui demande si elle discerne bien les visions célestes des apparitions diaboliques, elle répond : « Mon Père, je ne suis que péché ; mais j’ai confiance en mon divin Epoux, il ne permettra pas qu’une pauvre fille, uniquement désireuse de L’aimer et de Le servir, puisse être trompée ». Mis en échec, le démon suscite alors des propos malveillants. Dans la ville du Puy, de méchantes langues viennent la diffamer, traiter sa piété d’hypocrisie, et toute sa conduite de dissimulation. Elle ne s’en émeut pas et garde sa sérénité tandis que ses parents en éprouvent un vif chagrin. Pour finir, son attitude désarme la calomnie et, au moment où elle sera sur le point de quitter Le Puy pour entrer en religion, ceux qui s’étaient mal conduits viendront en foule lui demander pardon. « De quelle faute me demandez-vous pardon ?  leur répondra-t-elle : je n’ai jamais cru que vous m’ayez offensée ».

A dix-neuf ans, la vocation d’Agnès se précise. De toute son âme, elle voudrait entrer au monastère Sainte-Catherine du Puy. Mais les difficultés surgissent : d’une part, son père qui ignore le vœu de virginité de sa fille, souhaite qu’elle se marie. Elle lui déclare qu’elle a déjà choisi Jésus-Christ pour époux et, malgré son chagrin, il s’incline. D’autre part, la famille n’a pas les moyens de payer la dot demandée. En attendant, elle reçoit l’habit du Tiers-Ordre de la Pénitence de Saint Dominique mais cet état est loin de la satisfaire. Elle espère et fait confiance au Seigneur qui va bientôt lui venir en aide.

 

Parmi les magnifiques vertus d’Agnès Galand, retenons aujourd’hui son attitude face à l’offense et à la calomnie. Son pardon est tout acquis d’avance. Face aux diffamations des habitants du Puy qui viennent par la suite s’en repentir auprès d’elle, non seulement elle pardonne mais elle va jusqu’à nier avoir eu conscience de l’offense : « De quelle faute me demandez-vous pardon, je n’ai jamais cru que vous m’ayez offensée ». Tout est effacé.

Quel exemple la Bienheureuse Agnès nous donne ainsi, à nous qui avons parfois du mal à pardonner ! Même si nous savons bien que le Seigneur emploie la même mesure pour nous absoudre que celle dont nous nous servons pour pardonner à nos frères. Demandons au Seigneur un cœur bon, si éloigné du mal qu’il ne peut en ressentir les effets nocifs, comme celui de la Bienheureuse Agnès Galand. Avec l’aide la Vierge Marie.

 

Je vous salue, Marie…


Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

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Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

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