Facebook PixelBienheureux Jean-Joseph Lataste - Chapitre 2 - Hozana

Bienheureux Jean-Joseph Lataste - Chapitre 2

« Je ne puis comprendre comment il se peut faire que je sois si calme, si tranquille, si heureux, certainement j’espérais l’être, mais non pas sans peine, sans lutte, sans combat. Le bon Dieu, je le vois bien, ménage mes forces : il réserve les épreuves pour les jours où je serai plus fort. Ce qu’il y a de certain, c’est que jamais je n’ai été si heureux, aussi calme, aussi gai ; jamais je n’ai ri, jamais je n’ai dormi d’aussi bon cœur. »

Le Frère Jean-Joseph Lataste est tout à sa joie. Quatre jours après son arrivée à Flavigny, sa candidature est acceptée par le Conseil conventuel de l’Ordre. Mais la souffrance de  la Croix marque bien vite les débuts du jeune Frère dans la vie monastique. Il est atteint d’une ostéomyélite – infection osseuse – à la hanche. De plus, il doit être amputé de l’index de la main droite par suite d’une blessure mal soignée. Il avait écrit : « Mon Dieu, si vous voulez que je souffre, envoyez-moi des souffrances. Avec votre grâce, je les accepterai joyeusement ; mais ne comptez pas sur moi pour me faire souffrir. »

Les souffrances sont bien présentes et le cours de ses études en est bouleversé. Pire, cette maladie peut remettre en cause sa future ordination sacerdotale. Malgré tout il suit les années de formation du noviciat tout en se soumettant à de longues cures thermales. Envoyé à Toulouse, il étudie la théologie au couvent Saint-Romain où il fait enfin sa profession religieuse, le 10 mai 1859, en présence de son père et de deux de ses frères. Le lendemain, il part près de Grenoble au couvent de Chalais. Deux mois plus tard, le Père Lacordaire décide de transférer la communauté à Saint Maximin-la-Sainte-Baume. La commune de Saint-Maximin joue alors un rôle prépondérant dans la vie des Dominicains.

En effet, depuis 1295, ils sont les « gardiens » du tombeau de Sainte Marie-Madeleine.

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Basilique Sainte Marie-Madeleine à Saint-Maximin-la-Sainte-Baume : le tombeau de la Sainte.

 

En effet, selon la tradition, peu de temps après la Résurrection, Marie-Madeleine embarqua avec tout un groupe de chrétiens (dont Lazare et sa sœur Marthe) pour l’occident. Ils arrivèrent aux Saintes-Maries-de-la-Mer. Marie-Madeleine accompagna Lazare à Marseille. Elle continua son chemin en suivant le cours de l’Huveaune et vint s’établir à la Sainte-Baume pour y passer les trente dernières années de sa vie, entre pénitence et contemplation. A son décès, elle fut ensevelie auprès de Saint Maximin qui fut le premier évêque d’Aix et la Sainte Baume devint alors un lieu de pèlerinage. Quelques siècles plus tard, des moines de l’abbaye Saint-Victor de Marseille, sous la conduite de Saint Cassien, transférèrent les reliques au fond de la grotte, en taillant un escalier dans le roc. A l’arrivée des Sarrasins, les tombes furent enfouies sous le sable et oubliées jusqu’en 1279. Elles furent alors découvertes par Charles II. A cette époque, le souverain, proche de l’Ordre de Saint Dominique, demanda aux Frères Prêcheurs de veiller sur le sanctuaire. Dès lors, l’Ordre des Prêcheurs fut placé sous le patronage de la sainte.

 

Or le Frère Jean-Joseph voue à la sainte une dévotion particulière. En l’invoquant, il approfondit son amour de Dieu et son attachement au Christ. Il pénètre plus avant la valeur du pardon et s’émerveille du travail que la grâce opère dans les cœurs : « Je ne sais rien de beau comme cette innocence de Madeleine recouvrée dans les larmes et dans l’amour. »

A la Sainte-Baume, il acquiert la certitude que la sainteté peut jaillir en chacun, même au fond des gouffres du mal. Marie-Madeleine, la pécheresse repentie, ne cesse d’être présente à sa pensée. Il ne sait pas encore que la Sainte va inspirer toutes ses décisions futures.

Ce jour-là, 20 mai 1860, est fête. Une célébration importante occupe les Dominicains : la translation des reliques de Sainte-Marie Madeleine dans un nouveau reliquaire. Parce qu’il est malade, le Frère Jean-Joseph est autorisé à vénérer le chef de la sainte. En effet, le crâne est bien conservé. Longtemps, un morceau de peau du front était resté vivant et attaché à ce crâne. Rappelons qu’au matin de la Résurrection, Marie-Madeleine, reconnaissant le Christ, voulut le toucher. Le Seigneur l’éloigna et, posant sa main sur son front, lui dit : « Noli me tangere », « ne me touche pas ». Au front, la Sainte avait gardé la trace de cette main du Christ ressuscité et c’est ce morceau de peau, aujourd’hui conservé dans une ampoule, que le Frère Jean-Joseph est également appelé à vénérer ce 20 mai 1860.  Il évoquera plus tard ces instants : « Baisant cette tête autrefois avilie, aujourd’hui sacrée, je me disais : il est donc vrai que les plus grands pécheurs, les plus grandes pécheresses ont en eux ce qui fait les plus grands saints ; qui sait s’ils ne le deviendront pas un jour ».

On ne peut douter que Sainte Marie-Madeleine ait eu pitié de ce jeune Frère qui ne demandait rien pour lui-même et qui souffrait en silence. Elle n’est sans doute pas étrangère à la mission que le Seigneur va lui confier et qui va requérir toutes ses forces. Voici qu’en ce jour de la translation de ses reliques, le Frère Jean-Joseph est totalement guéri de son mal !

Grâce à sa santé recouvrée, il peut enfin prétendre à la prêtrise. Il reçoit donc l’ordination sacerdotale le 8 février 1863 à Marseille. Contemplatif, il médite les attitudes de pardon du Christ, notamment les grâces reçues par Marie-Madeleine. Apôtre de la Miséricorde, il n’a de cesse de raviver la foi pour que, comme lui, d’autres puissent retrouver la force d’ « espérer contre toute espérance. »  

En 1863, il passe par Lourdes car il souhaite rencontrer Sainte Bernadette qui l’émeut par sa sincérité : « Je voulais voir les yeux qui ont vu la Vierge » écrit-il.

Pendant la première année de son ministère, le Père Jean-Joseph Lataste est chargé de nombreuses prédications, de l’animation de retraites, de confessions et de l’instauration d’adorations perpétuelles.

Et voici qu’en 1864, on lui demande d’aller prêcher une retraite, en septembre, à la maison de travaux forcés de Cadillac, la ville même où il a grandi. Il va expérimenter auprès des détenues un apostolat de la Miséricorde dont il ne sortira pas indemne. L’œuvre que le Seigneur attend de lui va lui être révélée au cœur même de cette prison.

 

Apôtre de la Miséricorde, le Père Jean-Joseph Lataste n’a cessé de s’émerveiller du travail que la grâce opère dans les cœurs : « Je ne sais rien de beau comme cette innocence de Madeleine recouvrée dans les larmes et dans l’amour. »

Nous retrouvons ici les grâces reçues en confession.  Après le chagrin d’avoir offensé le cœur du Seigneur, Nous sommes tout amour en réponse à sa Miséricorde infinie ! Et joyeux de notre innocence recouvrée ! Et prêts à de nouveaux départs pour accomplir Sa Volonté.

Avec l’aide de la Vierge Marie.

 

Je vous salue, Marie…

 

Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

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Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

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