Facebook PixelBienheureux Charles de Foucauld - Chapitre 4 - Hozana

Bienheureux Charles de Foucauld - Chapitre 4

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Charles de Foucauld – désormais Charles de Jésus car il veut renoncer à son titre - débarque à Alger le 28 octobre 1901. Il retrouve avec une joie indicible cette terre qu’il a connue dès ses vingt ans et qu’il ne va cesser de parcourir. Dès son arrivée, il est reçu par Monseigneur Charles Guérin, jeune évêque d’Alger et Préfet apostolique du Sahara, qui va bientôt devenir son ami et avec lequel il échangera une centaine de lettres. Celui-ci va l’accompagner chez les Pères Blancs et appuyer ses démarches administratives auprès de l’autorité militaire pour lui permettre de vivre au Sahara.

Il s’installe d’abord à Beni Abbès, dans le sud oranais où il va rester plus de quatre ans. C’est une petite oasis aux confins du Maroc où il vit en moine cloîtré. Il y est bien accueilli, autant par les indigènes que par les militaires. Ces derniers lui construisent une chapelle, trois cellules et une chambre d’hôtes en briques sèches et troncs de palmiers, sur un rocher, un peu à l’écart de l’oasis. « Je veux habituer tous les habitants à me regarder comme leur frère, le frère universel… Ils commencent à appeler la maison «  la fraternité » et cela m’est doux… » écrit-il.

Depuis son ordination sacerdotale, Charles de Jésus ne veut vivre que pour l’Evangile, que pour donner un témoignage d’amour aux plus délaissés des habitants de la région nord-africaine. En même temps, il se sent toujours pénitent, redevable des frasques de sa jeunesse. Le symbole du Cœur surmonté d’une Croix qu’il porte en permanence le pousse vers davantage de privations, de macérations, de temps d’adoration. Pendant toutes ces années, il va aussi consacrer du temps à un courrier abondant, notamment avec sa sœur Marie de Blic, sa cousine, Marie de Bondy, l’Abbé Huvelin, son ami Gabriel Tourdes, Monseigneur Guérin et aussi un nouveau correspondant, Henry de Castries, ancien officier comme lui.

A l’époque et pour une brève période, l’Afrique du Nord est pacifiée et Charles, sans être colonialiste, accepte le fait de la colonisation tout en souhaitant l’indépendance. Pour l’heure, les colonisés sont regardés comme des enfants de la Mère Patrie qu’il s’agit d’élever et de rendre adultes sur le plan matériel comme spirituel. C’est dans le respect des populations qu’il rencontre, dans l’aide qu’il leur apporte que Charles de Jésus entend vivre désormais. Hélas ! Les abus de la colonisation qu’il constate le remplissent de honte pour son pays. La pratique de l’esclavage le choque au plus haut point. Les exactions auxquelles se livrent les militaires aussi.

Dans une lettre à Mgr Guérin, il dénonce l’esclavage qu’il qualifie d’injustice, d’immoralité monstrueuse. Il prône l’affranchissement et c’est en ces termes qu’il écrit aussi à Henry de Castries. Il accueille des esclaves et en rachète un en 1902. Les années suivantes, il en libérera trois autres au prix de trois chameaux.

Bien qu’il soit très attaché à sa clôture de Béni Abbès, ses déplacements sont incessants, tournées d’approvisionnement, missions dans le sud algérien pour soigner des blessés, rencontres avec les touaregs dont il ne tarde pas à apprendre la langue. Il traduit l’Evangile pour le faire connaître aux noirs du Sahara.

Il s’absente pendant un an, en 1904, pour une grande tournée. Il en profite pour apprendre un dialecte berbère, le tamacheq. C’est alors qu’il est témoin des razzias dont se rendent coupables certains militaires. Le Capitaine Théveniaud vient de laisser piller une population de nomades, refusant de reconnaître le traité de paix entre la France et les tribus touaregs. Violemment pris à parti par le Commandant Laperrine, homme généreux qui réagit avec fermeté, le Capitaine Théveniaud reste sur ses positions.  Charles de Jésus est horrifié : « Ce que je vois des officiers du Soudan m’attriste : ils sont des pillards, des bandits, des flibustiers. Je crains que ce grand empire colonial ne soit pour nous qu’une cause de honte. » écrit-il.

Lyautey qu’il rencontre, en 1905, est bouleversé par son accueil et il gardera toujours le souvenir de la messe à laquelle il assiste : « Je n’ai jamais vu dire la messe comme la disait le Père de Foucauld ».

Pour sa part, ce dernier ne cesse de témoigner de sa générosité, de son respect de l’autre, porteur d’un message jusque-là inconnu des nomades qu’il rencontre. Il lie amitié avec ces peuplades même s’il demeure, aux yeux des Touaregs, un allié objectif du régime colonial. Même si la pacification semble acquise, des résistances existent et des musulmans se soulèvent dans le sud tunisien, aidés par les Turcs, ce dont Charles est informé. Au printemps 1905, il repart en tournée visiter des tribus soumises en compagnie de scientifiques  et de militaires dont le Commandant Laperrine dont il est très proche et avec lequel il correspond régulièrement. Tandis qu’il se dirige vers le Hoggar, il rencontre un ancien rebelle Moussa Ag Amastane qu’il apprécie « homme intelligent, d’idées larges, craignant Dieu, vraiment pieux ». Sur ses conseils, Charles décide de s’installer à Tamanrasset.

Ce sera l’un de ses ultimes lieux de séjour, avec In Salah (où il a acheté une maison en plein quartier indigène) et Asekrem mais il n’abandonne pas Béni Abbès, son idée étant de se partager entre ces différents ermitages, ce qu’il fait. Tamanrasset lui semble plus isolé, plus solitaire, plus conforme à son attente que Béni Abbès. De plus en plus habité par sa mission évangélisatrice qu’il conçoit non par le prêche mais par l’exemple, il s’emploie à mieux connaître, aimer, respecter et secourir les populations berbères qu’il côtoie. A cet égard, il travaille de façon acharnée à l’étude de leur langue. Considéré comme premier curé du Hoggar et chapelain de Moussa, il devient ce moine savant qui met la dernière main à ses dictionnaires, aidé par le secrétaire de Moussa Ag Amastane. Auparavant, il avait bénéficié des apports d’un érudit, Motylinski, avec lequel il s’était lié, et qui mourra peu après, victime du typhus. Lorsque, lors d’un voyage en France, il décide d’éditer ses travaux sur la langue touareg - ou tamasheq, dialecte berbère - il en refuse, par humilité, la parution sous son  propre nom. C’est Motylinski qu’il désignera comme leur auteur. L’étude de cette langue va l’absorber jusqu’à la fin de sa vie. Il y attache une importance extrême car cette étude doit servir aux missionnaires comme base scientifique de l’évangélisation.

Malnutri parce qu’il se prive de nourriture et que, de toute façon, il distribue le peu qu’il possède à son entourage, il tombe malade à plusieurs reprises. En 1908, il contracte même le scorbut et est sauvé par ses amis touaregs qui vont chercher à 40 km à la ronde un peu de lait de chèvre pour « le marabout ». Ce geste de solidarité bouleverse Charles qui découvre un autre aspect de l’attention divine, en acceptant de recevoir et non pas seulement de donner. Le Commandant Laperrine, mis au courant de l’état physique de Charles, lui fait parvenir deux chameaux chargés de victuailles : lait concentré, vin, sucre, thé, conserves. Il note toutefois que l’ascétisme du Père de Foucauld ne se donne jamais en spectacle. « Quand il est à la table des officiers, écrit-il, il mange comme tout le monde, se montre gai, amusant, un causeur charmant. A côté de sa gaieté, il a une bonté, un tact, une largeur de vue qui conquiert les cœurs. »

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Charles de Foucauld à Tamanrasset

 

Pendant les dix dernières années de sa vie, Charles retournera trois fois en France ce qui lui permettra de revoir les siens mais également de donner suite au projet qui lui tient à cœur depuis des années, celui de la fondation de sa Fraternité. Dans son ermitage, il a sans cesse remis sur le métier la formulation de l’Union des Frères et Sœurs de Jésus. En France, il œuvre pour que cette Union voie enfin le jour. Tout doit reposer sur l’Evangile, l’Eucharistie et l’Evangélisation. Le but est d’évangéliser les infidèles des colonies françaises. Pour y parvenir, il faut se convertir, convertir son entourage et soutenir la mission. Collaborateurs qui prient et qui financent, missionnaires, tous sont appelés à rejoindre les religieux et religieuses qui se trouvent déjà en Afrique du Nord. Mgr Bonnet, évêque de Viviers, soutient ce projet qui recueille l’adhésion d’une cinquantaine de personnes. Cette Union dont le développement sera stoppé du fait de la Grande Guerre prendra seulement plus tard la forme d’un Tiers-Ordre contrairement au vœu de Charles. Et celui-ci, de son vivant, n’en connaîtra que les balbutiements.

Il a pourtant, à plusieurs reprises, cherché des compagnons à qui proposer son style de vie mais aucun n’a pu accepter longtemps un dénuement aussi total que celui que Charles imposait. Certains ont essayé comme le Frère Michel, reparti au bout de trois mois. Cette impossible cohabitation a eu une fâcheuse conséquence : du temps de Charles, les prêtres étaient obligés d’avoir un servant pour dire la messe. Sans compagnon, Charles n’a pu célébrer l’Eucharistie jusqu’en 1908. Cette année-là, grâce à Mgr Guérin intervenu auprès du pape, l’autorisation fut donnée à Charles de dire la messe sans servant.

 

En rentrant d’un voyage en France, en 1911, il trouve une situation interne dégradée : des tribus dissidentes soutenues par l’Italie, la Turquie et l’Allemagne, des bandes de pillards venues du Maroc agressent la population indigène ou étrangère. Pourtant, dans ses lettres, il ne cesse d’apaiser les inquiétudes de sa famille.

En 1914, il apprend avec retard la déclaration de guerre. Aussitôt, il souhaite s’engager comme aumônier militaire. Le Général Laperrine l’en dissuade, faisant valoir que sa présence est tout aussi importante dans le Hoggar que dans l’armée française. Il se soucie des siens, de ses neveux pour lesquels il tremble. Son emploi du temps ne change pas : lever dès l’aube, messe, méditation, lectures spirituelles, maigres repas, travail manuel, accueil des visiteurs.

Parmi eux, un jeune docteur Paul Vermale qui se lie d’amitié avec lui et le soigne. Il évoque à son sujet : « son existence antihygiénique, son travail incessant sans jamais de sortie ni d’exercice, se limitant à prendre une nourriture invraisemblable ». Il le guérit de son scorbut et essaye d’améliorer son ordinaire avec des boîtes de lait concentré. Juste avant la déclaration de guerre, il l’accompagne à l’Asekrem et prend plaisir à l’écouter au point d’écrire : « cet homme est très bon, très pondéré, très intelligent, pas moine du tout… » et aussi : « un admirable informateur, un grand savant, un si bon Français ».

 

En 1916, le climat devient insurrectionnel et Charles redoute les attaques des dissidents. Depuis le début de la Grande Guerre, les détachements militaires sont de moins en moins nombreux. Conscient du danger et avec l’aide des soldats qui restent, il fait fortifier un nouvel ermitage à Tamanrasset, et c’est là qu’il s’installe, sur la rive gauche de l’oued. Il s’agit d’un petit fortin où il peut stocker des armes et où il dispose d’une chapelle et de sa bibliothèque. En cas d’attaque, les Touaregs pourront y trouver refuge.

Par malheur, ces dispositions vont s’avérer bien inutiles. Dans la journée du 1er décembre, une quarantaine d’hommes, senoussis pour la plupart,  s’approchent de l’ermitage, avec l’idée de s’emparer des armes et des munitions. Parmi eux, le haratin (maure noir), El Madani, à qui De Foucauld a déjà donné l’hospitalité. Il va s’emparer de la personne du Père par ruse. A la porte, il lui annonce l’arrivée du courrier. Le Père entrouvre, on l’agresse et on l’attache, peut-être avec le projet de l’emmener en otage. En fait, les assaillants n’en veulent pas à la vie de Charles de Foucauld dont ils connaissent la bonté et l’aide qu’il ne cesse d’apporter aux Touaregs. Mais le drame vient de Sermi, le jeune garçon préposé à la garde du Père. Comme il voit arriver deux méharistes, il prend peur. Le Père se débat. Dans son affolement, Sermi tire une balle fatale.  Charles de Foucauld est atteint mortellement.

Inhumé sur place par les voisins de l’ermitage, la dépouille de Charles de Foucauld n’est pas restée dans ce lieu où il souhaitait pourtant reposer. Sa tombe a été transportée à El Golea, à la garde des Pères Blancs et donc près d’une église, condition sine qua non pour instruire un procès de béatification.

Benoit XVI, en béatifiant Charles le 13 novembre 2005, invoque Jésus qui l’a invité «  à aspirer à la fraternité qu’il a vécue au Sahara, à l’amour dont le Christ nous a donné l’exemple. » Et d’affirmer : «  Comme prêtre, il  a mis l’Eucharistie et l’Evangile au centre de son existence ».

En France aujourd’hui, l’Union que Charles de Foucauld avait tant désirée existe bien. Elle regroupe les Frères et Sœurs du Sacré-Cœur de Jésus. Lors de sa béatification, dix-neuf groupes de laïcs, prêtres, religieux et religieuses, vivaient l’Evangile à travers le monde en suivant les intuitions de Charles de Foucauld.

Celui-ci laisse une œuvre écrite : les Ecrits Spirituels et, dans le domaine scientifique, l’ouvrage Reconnaissance au Maroc, une Grammaire et un  Dictionnaire français-touareg, des Poésies touarègues, des Carnets (Béni Abbès et Tamanrasset) et des Diaires.

 

Voici un extrait de la lettre que le Père de Foucauld écrivit le jour de sa mort à son ami, Louis Massignon alors au front : « il ne faut jamais hésiter à demander les postes où le danger, le sacrifice, le dévouement sont les plus grands. Chrétiens, nous devons donner l’exemple du sacrifice et du dévouement. C’est le devoir, faisons-le, et demandons au Bien-Aimé Epoux de notre âme de le faire en toute humilité, en tout amour de Dieu et du prochain. »

Méditons sur les maîtres mots de celui qui fut trappiste et ermite au Sahara, ceux du sacrifice et du dévouement. Et que dans ce devoir de chrétien auprès de nos frères nous assiste la Vierge Marie, notre Mère bien-aimée du Ciel.

Avec la Vierge Marie, prions en appuyant sur le bouton "Je prie"

Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

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Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

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