Facebook PixelSaint Pierre Fourier - Chapitre 3 - Hozana

Saint Pierre Fourier - Chapitre 3

Au moment où Pierre Fourier vient s’installer à Mattaincourt, une jeune fille, Alix Le Clerc, qui le choisit comme confesseur et directeur spirituel lui fait part de sa vocation religieuse. Alix Le Clerc, née à Remiremont en 1576, a rejoint depuis peu son père qui, pour des raisons de santé, vient de s’installer à Hymont. C’est une belle jeune fille, riche et bien née, qui a mené jusqu’alors une vie insouciante et joyeuse. Mais elle a perçu très vite les limites de ce mode de vie et s’est sentie peu à peu gagnée par le désir de se consacrer à Dieu avec un but précis : elle veut créer « une maison nouvelle de filles pour y pratiquer tout le bien qu’on pourrait ». Mis au courant, Pierre Fourier, en un premier temps, va tempérer son enthousiasme. La situation qu’il vient de trouver à Mattaincourt est effroyable et il se démène pour restaurer la foi tout en luttant contre la misère de la population. L’éducation des filles ne lui semble donc pas une priorité. Il enjoint donc à Alix de prendre avec elle quelques compagnes et de s’occuper des pauvres.

Mais cette dernière ne l’entend pas de cette oreille. Deux nobles dames acceptent d’accueillir la congrégation naissante dans un autre village, à Poussay. C’est là qu’à l’automne 1598, Alix et ses compagnes vont ouvrir une première école de filles. Cependant la présence de la congrégation semble vite bien sévère, voire austère aux nobles dames… Celles-ci vont faire comprendre aux jeunes religieuses qu’elles ne sont plus les bienvenues. Elles décident de retourner à Mattaincourt.

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Bienheureuse Alix Le Clerc, fondatrice de la Congrégation Notre-Dame

Alix y achète une maison et va trouver, cette fois, en Pierre Fourier un appui total. L’éducation des enfants, et particulièrement celle des filles est alors très négligée. Ce constat afflige le Curé de Mattaincourt, village où il existe bien une école, mixte et payante comme elles le sont toutes. Or les filles ne fréquentent guère ces écoles, voire ne s’y rendent pas du tout car elles sont peu enclines à supporter les inconvénients d’une éducation surtout dédiée aux garçons. Pour leur part, les familles préfèrent scolariser leurs fils, plutôt que leurs filles, compte tenu du sacrifice financier que cela suppose.  

Face à cette situation, Pierre Fourier encourage Alix Le Clerc dans son projet. Ils décident tous deux que l’école sera gratuite et ouverte aux filles quelle que soit leur condition, riches ou pauvres, et quelle que soit leur religion, catholique ou protestante. En effet, 1598, c’est l’année de l’Edit de Nantes qui met fin aux guerres de religion. Pierre Fourier va le mettre à profit pour donner ce signe d’apaisement aux familles protestantes.

 Il va aider Alix Le Clerc de plusieurs façons :

 

- il met au point un règlement provisoire où sont consignées toutes les directives que les maîtresses doivent observer dans la pratique de leur enseignement.

Son objectif est exprimé dans le texte fondateur de la Congrégation : « Notre but est de dresser des écoles publiques et y enseigner gratuitement les filles à lire, à écrire, à besogner de l’aiguille et l’instruction chrétienne ». Pierre Fourier résume ainsi le projet : « Instruire diligemment les petites filles à lire, écrire, travailler et connaître Dieu ». Par l’instruction, les filles deviendront plus aptes à agir dans la famille et dans la société. Il recommande de porter un regard attentif sur l’enfant : respect, affection, compréhension, réalisme, largeur d’esprit. Chaque élève est unique, avec ses possibilités et ses limites. Pour les élèves moins douées, il est précisé : « les maîtresses ne se dépiteront pas contre celles qui auront la peine d’apprendre ». Pour les filles qui sont pauvres ou de modeste condition, on s’efforcera de les instruire « aux heures les plus propres pour elles ». Enfin Pierre Fourier se préoccupe des enfants issues de familles protestantes et il écrit : « s’il s’en trouve une parmi les autres, traitez-la doucement et charitablement, ne permettez pas que les autres la molestent ou lui fassent quelque reproche ou fâcherie. Ne lui parlez directement contre sa religion. » Au lieu de leur donner en récompense des images pieuses qui pourraient les choquer, il recommande « quelque papier doré, quelque belle plume à écrire ».

Il conseille aux enseignantes de faire preuve d’autorité mais « une autorité appuyée sur la douceur, la confiance, une affection toute pure et non sur la crainte ; on ne doit pas, dans les châtiments à infliger aux enfants, employer une violence importune, mais de bonnes raisons et sages remontrances ».

 

- il conçoit une méthode pour apprendre à lire et à compter. « Pour la lecture, les moindres diront deux ou trois lettres et les répéteront cinq ou six fois ; autres diront les syllabes une à une et les mettront ensemble ; autres diront les mots et liront un verset ou deux trois fois. Parfois la maîtresse en prendra quatre ou six à la fois, les plus égales en capacité et les recordera toutes, l’une après l’autre. Les autres écouteront tout et, regardant dans leurs heures, les diront tout bas. Quelquefois on les exercera toutes ensemble sur quelque tableau » etc.

Quant à l’arithmétique, « on représentera les chiffres et la valeur d’iceux et leur assemblage, par de petites sommes au commencement, et dans des plus grandes par après, sur une ardoise ou planche ou tableau, attaché en un lieu éminent de l’école, en sorte que toutes le puissent aisément voir et y être instruites toutes ensemble. »

Ce tableau, si utile pour l’instruction des élèves, c’est tout simplement le tableau noir, autre invention de Pierre Fourier, qui franchira les siècles et dont tous les écoliers ont le souvenir.

Les élèves apprendront leurs prières  « en répétant après la maîtresse, tous les mots, les uns après les autres, une à une, deux à deux, ou quatre ou six ensemble, en les répétant souvent, en les écoutant réciter par d’autres, en les étudiant chacune sur les livres. »

 

- il va soutenir le projet de la Congrégation vis-à-vis des autorités religieuses, l’Evêque de Toul, le Primat de Lorraine.

 

Alix Le Clerc (béatifiée en mai 1947) appliquera à la lettre le règlement de son directeur spirituel, Pierre Fourier. Elles et les Sœurs de sa Congrégation vivent pauvrement et toutes travaillent pour gagner leur vie, après la classe. Pourtant elles maintiendront la gratuité des écoles y compris la fourniture du matériel scolaire. Très vite, des écoles vont ouvrir en Lorraine (Nancy, Verdun, Bar-le-Duc, Mirecourt, Saint-Mihiel, Pont-à-Mousson, Saint-Nicolas de Port puis, au-delà des frontières de la Lorraine, à Châlons, en France, et au Luxembourg). A la Révolution, la Congrégation des Chanoinesses de Notre-Dame comptait 84 monastères et 4000 religieuses. Elle est aujourd’hui présente dans 13 pays. En France, elle compte 16 établissements et 25000 élèves où ses 80 unités pédagogiques incluent l’enseignement général, technologique et professionnel, et spécialisé en alternance pour l’apprentissage. Les directives données par Pierre Fourier (formation humaine et éducation chrétienne) sont appliquées avec le même regard attentif et bienveillant porté sur l’enfant. Ces établissements sont toujours placés sous la tutelle d’un « visiteur » comme au temps d’Alix Le Clerc où le « visiteur » était Pierre Fourier.

 

Alix Le Clerc, en religion Mère Thérèse de Jésus, se donnera sans compter à son œuvre, multipliant les fondations et les voyages pour les visiter. Epuisée, elle s’éteindra en 1622 dans son monastère de Nancy, à l’âge de 46 ans.

A son sujet, Jules Ferry évoquera « la naissance de l’instruction primaire en Lorraine constituant l’acte de naissance de l’enseignement des filles en France. »

En matière d’éducation, les biographes de Pierre Fourier l’ont décrit comme un pionnier  pour ce qui est de l’enseignement des filles et le développement de la méthode pédagogique dite « simultanée » où tous les élèves travaillent la même chose en même temps.

 

Dans le règlement rédigé par Pierre Fourier concernant la pratique de l’enseignement, on notera la sagesse, la douceur et la grâce de son texte. Comment s’en étonner puisqu’il écrivait lui-même : « Je veux mettre ma plume entre les mains de Notre-Dame et ne plus rien écrire qu’en sa présence. »

Que Notre-Dame nous inspire, à nous aussi, les mots que nous prononçons, que nous écrivons, que nous échangeons dans le respect de ceux qui nous lisent ou qui nous écoutent.

Ô Notre-Dame, aide-nous, dans le quotidien de nos vies, à nous comporter, par nos paroles et nos écrits, en témoins de ton amour pour tous tes enfants.

Prions avec Marie en cliquant sur le bouton "je prie".

Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

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Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

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