Les saints martyrs de Nouvelle-France - chapitre 1


Vers le milieu du XVIIe siècle (1642-1649) des Jésuites, quittant la très relative sécurité des villes récemment fondées de la Nouvelle-France, furent envoyés en mission et n'hésitèrent pas à s'enfoncer dans le pays pour s'établir dans la région des Grands Lacs, en Huronie. Mieux connaître les autochtones, se familiariser avec leur langue et leurs coutumes, tel était leur projet initial, l'objectif étant d'évangéliser ces populations. Champlain avait déjà établi des contacts avec les peuplades indiennes et les Jésuites s'inscrivirent dans cette même démarche. Ces tribus indiennes entretenaient entre elles et avec les Jésuites des relations pacifiques. Seuls les Iroquois étaient à redouter.

Malheureusement, les colons avaient apporté avec eux des épidémies qui se répandirent vite dans les tribus et décimèrent la population amérindienne. Dès lors, les Hurons, principales victimes, s'en prirent aux missionnaires qu'ils attaquèrent violemment, les rendant responsables de ces drames. Sans jamais toutefois leur ôter la vie par crainte de représailles.

Pour les missionnaires, ce fut une grande épreuve mais le drame vint surtout de la haine que leur vouaient les Iroquois. Elle fut à l'origine de ce que l'on a justement appelé l'ère des martyrs.

Ces martyrs, au nombre de huit furent soit des jésuites, soit des laïcs, leurs compagnons ou donnés. Tous étaient venus de France en ayant déjà fait le don de leur personne. Les jésuites doivent en effet être prêts à accepter n'importe quelle mission. C'est un vœu qui reflète leur engagement envers l'Église universelle pour le plus grand bien de tous les peuples et de toutes les cultures.

Car la vision jésuite du monde est celle du cheminement avec le Christ crucifié, de l'offrande de soi et du désir d'être avec le Christ souffrant : du martyre où la vie intérieure compte plus que la vie physique.


Parmi ces héros se détache la grande figure du Père de Brébeuf. Il fut, dès 1626, le fondateur des missions en Huronie, la première servant de modèle aux suivantes. Il essaya d'abord sans succès d'évangéliser les enfants puis il s'efforça, en adoptant le mode de vie des Hurons et en apprenant leur langue de communiquer et d'apporter aux adultes la parole de l'Evangile. De leur vivant, tous ces missionnaires n'obtinrent des conversions qu'en nombre plutôt décevant. Mais leur espérance était en Dieu et ils savaient que leurs sacrifices n'étaient pas vains.


 Pendant les quinze ans qu'il passa en mission, le Père de Brébeuf ne cessa d'écrire. La correspondance de ce fin lettré autant que ses écrits, Les Relations, ont aujourd'hui une valeur historique exceptionnelle. Non seulement il retrace le vécu de ces missions héroïques mais il livre une observation des Hurons qui constitue l'unique témoignage en notre possession de la vie et des coutumes d'un peuple éradiqué par les Iroquois.

C'est également le Père de Brébeuf qui, après un premier séjour en Huronie, traduisit le catéchisme du jésuite Ledesme. A son retour à Québec en 1633, il se constitua professeur des pères Daniel et Davost. Puis, en Huronie, il poursuivit son enseignement auprès des pères François Le Mercier, Pierre Pijart, Pierre Chastellain, Charles Garnier et Isaac Jogues. Tous travaillèrent à la rédaction d'un dictionnaire et à l'élaboration d'une grammaire. En 1639, la conquête de la langue était chose accomplie. Brébeuf qui fut le principal auteur de ces documents mit près de neuf ans d'une étude assidue à les mettre au point. Ils furent très précieux à toute la petite colonie, notamment aux Ursulines. Nous verrons Marie de l'Incarnation s'atteler à son tour à cette tâche.


L'apostolat des Jésuites en Huronie n'a donc duré que quinze ans. Toutefois le grain semé en terre ne mourut pas même si la mission huronne s'était éteinte avec le Père de Brébeuf et ses compagnons martyrs. Mais, dit le Père Latourelle, « par un contraste saisissant, en même temps que s'accomplissait l'écrasement de la nation, s'opérait sa régénération spirituelle. Les Relations qui, longtemps, ne purent compter les conversions que par unités, parlent des centaines et même des milliers de baptêmes dans les années qui suivirent les martyres des pères jésuites. Pour la seule année 1649–1650, le père Ragueneau donne le chiffre de trois mille baptêmes. La dispersion de la nation huronne a eu pour effet de répandre la foi chrétienne parmi les nations du bassin des Grands Lacs et sur les bords de la rivière des Hollandais (Mohawk). Ces convertis formeront les éléments des chrétientés que les Jésuites iront fonder chez les Iroquois et chez les nations de l'Ouest. »


Dispersés, les amérindiens ne se sont pas éteints. Leurs descendants, souvent regroupés entre eux, sont aujourd'hui présents dans les grandes villes canadiennes.


Dès le 18e siècle, le Canada comptait cent paroisses et était doté d'un clergé diocésain dont les quatre cinquièmes étaient nés au Canada. Ils étaient assistés par des religieux, Récollets, Jésuites et Sulpiciens et par de nombreuses religieuses appartenant à six communautés. La dévolution de la Nouvelle-France à l'Angleterre fut sans conséquence pour la religion catholique, les Anglais ayant autorisé les croyants à pratiquer leur religion.


Aujourd'hui le Canada n'a pas oublié les origines de sa foi. Il vénère ces grands saints qui ont tout quitté par amour du Christ pour apporter l'Evangile dans cette nouvelle terre. Plus particulièrement il rend un culte aux huit martyrs devenus, depuis 1940, les patrons secondaires du pays. Selon le diocèse d'Edmundston, dans la publication Les saints martyrs canadiens, (René Latourelle, s.j. et professeur québécois) « ils sont devenus des figures nationales proposées en exemples à l'Église universelle. Avec nos découvreurs et nos fondateurs, ils sont nos architectes : leurs courses ont tracé nos routes d'eau et de fer ; ils ont fixé le site de maintes de nos cités et donné leurs noms à d'innombrables institutions (hôpitaux, universités, collèges, écoles), à des villages, des paroisses, des routes et des rues du Québec. Davantage, c'est jusqu'au cœur même du sol qu'ils ont pénétré par leur sang répandu. » 


Evangélisation en Nouvelle-France


Après avoir cédé la Nouvelle-France aux Anglais, les Français oublièrent cette terre à jamais perdue. Et le souvenir de ces héros magnifiques s'est peu à peu estompé.

Il a fallu attendre le XXe siècle pour que des archivistes jésuites fassent avancer la cause de la béatification des martyrs. En même temps furent découverts les sites archéologiques de l'Ontario où plusieurs martyrs ont été suppliciés.


Béatifiés en 1925, les huit martyrs  furent canonisés le 29 juin 1930 par le pape Pie XI. 


Cinq paroisses et une municipalité du Québec commémorent leur souvenir. La paroisse francophone de Saskatoon en Saskatchewan est également placée sous la protection des saints Martyrs canadiens, tout comme celle de Pont-Landry (Nouveau-Brunswick), et celle des Saints-Martyrs-Canadiens fondée en 1961 dans le diocèse de Saint-Boniface au Manitoba. Un canton au Lac-Saint-Jean, plus précisément au sud de la rivière Péribonka, a aussi été nommé en l'honneur de Charles Garnier. Le sanctuaire des martyrs à Midland en Ontario, site de l'action missionnaire des Jésuites auprès des Hurons, leur est dédié. Le village-mission de Sainte-Marie-au-pays-des-Hurons, base arrière des expéditions missionnaires, a été reconstitué et est aujourd'hui une attraction touristique importante de la région.


La célébration liturgique des saints martyrs canadiens a lieu le 26 septembre au Canada et le 19 octobre dans l'Église universelle.


La vie de ces huit missionnaires martyrs est présentée dans les pages qui suivent selon l'ordre chronologique de leur naissance.


En union avec nos frères du Canada, prions les saints martyrs du Canada

« Saints martyrs, patrons secondaires du Canada, protégez notre pays. Rendez-nous ardents à témoigner de notre foi afin que nous puissions poursuivre le travail que vous avez commencé. Intercédez pour tous les Canadiens et Canadiennes, pour le retour de ceux qui se sont éloignés de Dieu et pour la persévérance de tous les baptisés. »

 

Ô saints martyrs du Canada, nous vous prions aussi pour votre patrie d'origine où votre foi est née et a grandi. Aujourd'hui la France a tant besoin de missionnaires pour convertir les cœurs et faire retrouver à tous la tendresse et la Miséricorde de Dieu. Ô saints martyrs qui avez si bien servi le Seigneur jusqu'au sacrifice suprême, intercédez pour la France, afin que se lèvent sur sa terre de nouveaux héros, prêts à tout affronter pour l'amour du Christ.

Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

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Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

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Cheminer avec les Saints en terre de France