Marie, Secours des chrétiens


L'Immaculée Conception (v. 1575), Federico Barocci (v. 1535-1612), Galleria Nazionale delle Marche, Palazzo Ducale, Urbino, Italie. © Photo Scala, Florence - courtesy of the Ministero Beni e Att. Culturali.

Federico Fiori (v. 1535-1612) dit Barocci, en français Baroche, vécut au cœur des États pontificaux, à Rome et à Urbino, les grands événements de la Réforme catholique qui marqua la deuxième moitié du XVIe siècle, du concile de Trente (1542-1563) à l'achèvement de la basilique Saint-Pierre la 7e année du pontificat de Paul V (1612), en passant par la célèbre bataille de Lépante.

La plus grande bataille navale de tous les temps

En 1571, Selim II, sultan de l'Empire ottoman, a réuni une formidable flotte de conquête devant Lépante (Corinthe). Déjà la Bulgarie, la Serbie, la Croatie, la Grèce, la Hongrie, la Roumanie et l'Albanie ont été conquises et annexées au monde musulman. L'objectif est désormais l'Italie, et d'abord Rome, pour signifier la victoire définitive de l'islam sur le christianisme. En un sursaut bien tardif, le pape dominicain Pie V constitue une armada de la dernière chance, avec principalement les flottes vénitienne et espagnole. Conscient du caractère désespéré de son entreprise, le saint pape supplie chaque baptisé de porter dans la prière, par la récitation quotidienne du rosaire, le salut de la chrétienté. La bataille décisive a lieu le 7 octobre. Ce fut la plus grande bataille navale de tous les temps. Plus de 200 000 hommes et 600 navires sont engagés. Longtemps indécis, l'affrontement tourne, soudain, à la destruction de la flotte islamique. Saint Pie V eut une révélation miraculeuse de la victoire et de l'intercession spéciale de la Vierge Marie qui la procura. À la suite de cette révélation, il fit ajouter aux litanies de Lorette l'invocation « Secours des chrétiens » et institua la fête du Rosaire.

Sous l'abri de ta miséricorde, nous nous réfugions

L'œuvre du Baroche qui orne la couverture de votre Magnificat a été entreprise dans l'immédiat après Lépante. Comme l'atteste l'étude préparatoire que conserve le cabinet des dessins du musée du Louvre, elle fut conçue et réalisée, non pas comme une Immaculée Conception, mais bien comme une Vierge « Secours des chrétiens ». En bas du tableau, sur terre, les chrétiens supplient la Mère de Dieu et leur mère céleste de se pencher sur leurs tribulations et de se porter urgemment à leur secours. Au premier plan des suppliants, le couple des donateurs et leur fille. Du ciel, la Mère de Dieu penche vers eux un visage qui exprime à quel point elle est touchée par leurs supplications. Se faisant Vierge de miséricorde, elle étend ses bras, déployant sur eux sa protection. Au fond, cette œuvre illustre à merveille la plus ancienne prière connue jamais adressée à la Vierge Marie, le vénérable Sub tuum praesidium qui date de la fin du IIe siècle :

Sous l'abri de ta miséricorde,

nous nous réfugions, Sainte Mère de Dieu.

Ne méprise pas nos prières 

              quand nous sommes dans l'épreuve,

mais de tous les dangers délivre-nous toujours,

Vierge glorieuse et bénie.

Chrétiens du XXIe siècle, n'avons-nous pas aujourd'hui, nous aussi, d'impérieuses raisons de faire nôtre cette antique supplication ? Et de la prier quotidiennement d'un seul cœur et d'une seule âme avec nos pères, dans la communion des saints ?


Pierre-Marie Varennes

 

Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

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Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

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