Que signifie l’expression “rendre à César ce qui est à César” ?
“Il faut rendre à César ce qui est à César” est une expression connue et fréquemment utilisée dans le langage courant. Toutefois, elle n’est complète qu’avec cette précision supplémentaire “et à Dieu ce qui est à Dieu”. En effet, ce que beaucoup de gens ne savent pas c’est que c’est une expression de la Bible, présente dans trois des quatre évangiles du le Nouveau Testament. On la retrouve donc au chapitre 22 de l’évangile de saint Matthieu, au chapitre 12 de l’évangile de saint Marc et au chapitre 20 de l’évangile de saint Luc. Cette phrase est prononcée par Jésus, en réponse à un piège tendu par les pharisiens. Mais que signifie-t-elle ?
Extraits des Évangiles
Évangile de saint Matthieu 22, 15-22
“Alors les pharisiens allèrent tenir conseil pour prendre Jésus au piège en le faisant parler.
Ils lui envoient leurs disciples, accompagnés des partisans d’Hérode : « Maître, lui disent-ils, nous le savons : tu es toujours vrai et tu enseignes le chemin de Dieu en vérité ; tu ne te laisses influencer par personne, car ce n’est pas selon l’apparence que tu considères les gens.
Alors, donne-nous ton avis : Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à César, l’empereur ? »
Connaissant leur perversité, Jésus dit : « Hypocrites ! pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ?
Montrez-moi la monnaie de l’impôt. » Ils lui présentèrent une pièce d’un denier.
Il leur dit : « Cette effigie et cette inscription, de qui sont-elles ? »
Ils répondirent : « De César. » Alors il leur dit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »
À ces mots, ils furent tout étonnés. Ils le laissèrent et s’en allèrent.”
Évangile de saint Marc 12, 13-17
“On envoya à Jésus des pharisiens et des partisans d’Hérode pour lui tendre un piège en le faisant parler,
et ceux-ci vinrent lui dire : « Maître, nous le savons : tu es toujours vrai ; tu ne te laisses influencer par personne, car ce n’est pas selon l’apparence que tu considères les gens, mais tu enseignes le chemin de Dieu selon la vérité. Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à César, l’empereur ? Devons-nous payer, oui ou non ? »
Mais lui, sachant leur hypocrisie, leur dit : « Pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ? Faites-moi voir une pièce d’argent. »
Ils en apportèrent une, et Jésus leur dit : « Cette effigie et cette inscription, de qui sont-elles ? – De César », répondent-ils.
Jésus leur dit : « Ce qui est à César, rendez-le à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » Et ils étaient remplis d’étonnement à son sujet.”
Évangile de saint Luc 20, 20-26
“Ils se mirent alors à le surveiller et envoyèrent des espions qui jouaient le rôle d’hommes justes pour prendre sa parole en défaut, afin de le livrer à l’autorité et au pouvoir du gouverneur.
Ceux-ci l’interrogèrent en disant : « Maître, nous le savons : tu parles et tu enseignes avec droiture, tu es impartial et tu enseignes le chemin de Dieu selon la vérité.
Nous est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à César, l’empereur ? »
Mais Jésus, percevant leur fourberie, leur dit :
« Montrez-moi une pièce d’argent. De qui porte-t-elle l’effigie et l’inscription ? – De César », répondirent-ils.
Il leur dit : « Alors rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »
Ils furent incapables de le prendre en défaut devant le peuple en le faisant parler et, tout étonnés de sa réponse, ils gardèrent le silence.”
Explication de l’expression “rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu”
La scène rapportée dans les trois évangiles présente des pharisiens et des sanhédrites cherchant à piéger Jésus. Ils lui demandent s’ils doivent payer ou non l’impôt à l’empereur romain. Faisant cela, ils veulent le confondre. Si le Christ répond par l’affirmative alors il pourra être accusé de complicité avec l’occupant romain. S’il répond par la négative alors les pharisiens pourront l’accuser de tentative de rébellion contre Rome et le dénoncer au gouverneur.
Aussi, Jésus ne se laisse pas berner et leur demande qui figure sur leurs pièces d’argent. Ils sont bien obligés de lui répondre “César”, l’empereur romain.
C’est après cela que Jésus leur dit “rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu”. Par cette réponse, le Sauveur écarte non seulement le piège tendu mais explique aussi qu’il faut savoir séparer ce qui est de l’ordre du temporel et ce qui relève du spirituel. Aussi, les Romains occupant la Judée, il faut respecter leurs lois et payer l’impôt : c’est la loi des Hommes. Mais, étant Juif, il faut également respecter la loi de Dieu. Il s’agit donc de réussir àcombiner ses devoirs civiques et ses devoirs religieux sans empiéter ou nier l’un ou l’autre. En effet, Jésus n’oppose pas le service de Dieu et le service des Hommes. Il les distingue et les fait coexister.
Par ailleurs, saint Hilaire paraphrase le Christ en expliquant : “La monnaie de César est faite d'or, son image est gravée dessus ; la monnaie de Dieu c'est l'homme, sur lequel est gravée l'image de Dieu ; donnez donc vos richesses à César et gardez pour Dieu la conscience de votre innocence”.
Cette idée avait été corroborée par le pape François : “La référence à l’effigie de César, gravée sur la monnaie, dit qu’il est juste de se sentir à plein titre — avec des droits et des devoirs — citoyens de l’État ; mais symboliquement, cela fait penser à l’autre image qui est imprimée en tout homme : l’image de Dieu. Il est le Seigneur de tout, et nous, qui avons été créés « à son image», nous appartenons avant tout à Lui.”.
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