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18 octobre 2020

Mgr Melchior de Marion-Brésillac, de la démission à la fondation


Influencée par l'hindouisme, la société indienne a été organisée en castes. « Au plus haut, les Brahmanes ou prêtres, au-dessous d'eux les Kshatriyas ou guerriers, puis les Vaishyas, […] enfin les Shudras, des serviteurs ou gens de peu. […] Il faudrait ajouter comme cinquième catégorie les Intouchables, qui sont laissés en dehors. »[1] 

Saviez-vous qu'au XIXe siècle, Melchior de Marion-Brésillac fut le héraut catholique de la lutte des castes ?


Originaire du diocèse de Carcassonne, où il naît en 1813, Melchior Marie Joseph de Marion-Brésillac mûrit un appel au sacerdoce dans le foyer familial. Il entre au séminaire voisin à 19 ans et sera ordonné prêtre en 1838 pour son diocèse natal. Cependant une vocation plus spécifique s'affirme en lui et il désire bientôt se consacrer totalement à la mission ad gentesMais son évêque refuse le départ du jeune prêtre. Il faudra presque trois ans au Père Melchior pour convaincre celui à qui il a promis obéissance. Sa famille, et en particulier son père, s'oppose aussi à ce départ au loin… Sa volonté est ferme et il quitte son diocèse pour rejoindre le séminaire des Missions Étrangères de Paris. Après neuf mois de formation, il est envoyé en Inde et s'installe à Pondichéry en juillet 1842, après plusieurs mois de voyage.

 

Daigne le ciel bénir la résolution que j'ai prise de traverser les mers pour travailler au salut de mes frères. Dieu seul est notre maître et il a le domaine souverain de notre existence tout entière. C'est à lui de parler, à nous d'écouter et d'obéir.

 

Avant son départ, Melchior de Marion-Brésillac a pris quatre décisions déterminantes :

  • Être un missionnaire avec tout son cœur
  • Ne négliger aucun détail de son service pour Dieu
  • Saisir toutes les opportunités pour prêcher la parole de Dieu
  • Encourager la formation d'un clergé local

 

En arrivant il s'initie à la culture indienne et apprend la langue tamoule pour connaître ceux à qui il doit annoncer le Christ. C'est là qu'il découvre l'existence des castes indiennes et leur influence considérable sur les relations au sein du peuple. Profondément marqué par ces scissions qui divisent même les chrétiens, le jeune missionnaire est convaincu que l'Évangile pourra bouleverser cette rigidité culturelle et sociale. Sa conviction de la nécessité de former un clergé local est renforcée par ses nombreuses visites dans les communautés chrétiennes. Il entre alors en lutte contre le système des castes et se fait défenseur de l'unité. Don de Dieu qui fait du peuple chrétien une image de la communion trinitaire. L'évêque lui confie alors la responsabilité d'un séminaire. Melchior de Marion-Brésillac souhaite que les Indiens des différentes castes soient traités de manière égale, que tous reçoivent une formation identique en vue du sacerdoce.

 

Melchior de Marion-Brésillac est ordonné évêque en octobre 1846, à 33 ans seulement. Sa devise devient Lumen rectis, « Lumière pour les cœurs droits » (Ps 112). Il poursuit son activité missionnaire dans la région de Coimbatour. Reconnu pour ses talents de prédicateur, il enseigne aux missionnaires envoyés en Inde :

Que cherchez-vous ? Des honneurs ? Ne venez pas ici ! Les joies du ministère ? Ne venez pas ici ! De l'amitié, de la reconnaissance, des consolations ? Ne venez pas ici ! Mais si vous cherchez Jésus, Jésus seul, Jésus pauvre, Jésus humble et humilié, Jésus crucifié, ah ! Venez donc ! Empressez-vous de courir après Lui ! Venez !

Retraite missionnaire, Inde 1849


L'inculturation de l'Évangile dans la culture est lente et laborieuse. Une querelle autour des rites vient compliquer les relations de Monseigneur Marion-Brésillac avec ses responsables. Son ambition de constituer un clergé local témoigne de son tempérament réformateur et précurseur. Cependant c'est un échec… Il réalise que ses frères missionnaires ne partagent pas son engouement pour la formation d'un clergé autochtone. De plus, il prend conscience que le système des castes est très profondément incrusté dans le cœur des Indiens, même chez les convertis. Seuls les prêtres issus des hautes castes seront acceptés et écoutés comme le sont les Brahmanes. Alors que des prêtres tamouls seront toujours perçus comme des parias… Face à tant d'adversité, Monseigneur Marion-Brésillac se sent incapable d'accomplir la mission qu'il a reçue. Il démissionne en 1853.


A travers ces maux et épreuves, sa foi et son élan sont renforcés. De retour en Europe, à Rome puis en France, il cherche une voie pour répondre à nouveau à sa vocation missionnaire. Âgé de 41 ans, il est plein d'énergie et de zèle malgré les échecs indiens. Il demande à partir au Dahomey, l'actuel Bénin, où aucun missionnaire n'est à l'œuvre. Mais Rome lui intime de recruter des missionnaires pour l'accompagner au Sierra Leone. Obéissant, Melchior de Marion-Brésillac reprend la route et parcourt la France pour trouver des candidats qui acceptent de se consacrer « aux peuples les plus abandonnés de l'Afrique ».

Le 8 décembre 1856, ils sont sept à s'engager à Lyon, sous le patronage de Notre Dame de Fourvière. Ils fondent la Société des Missions Africaines (SMA). Un an plus tard, ils quittent Lorient pour Freetown en Sierra Leone. Hélas, une épidémie de fièvre jaune accueille les missionnaires et emporte en deux mois à peine, Mgr Melchior de Marion-Brésillac et cinq des ses compagnons…


L'aventure de ce fougueux missionnaire est marquée par les vexations, les échecs et une mort prématurée. Cependant, les fruits de sa mission sont nombreux et nous inspirent pour aujourd'hui.

Confiance, d'un échec le Seigneur peut tirer un trésor ! La démission d'un évêque a permis la fondation d'une société missionnaire aujourd'hui prolifique.

La patience est vitale dans toute entreprise missionnaire. Le temps de Dieu n'est pas le nôtre et l'Évangile peut mettre des années ou des siècles pour pénétrer et purifier en profondeur les cultures qu'il rencontre. Observons-nous : l'Esprit Saint ne met-il pas une vie entière pour changer nos cœurs ? 



[1] Louis Dumont, Homo hierarchicus. Le système des castes et ses implications, Paris, Gallimard, 1966

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