Facebook PixelVénérable Marthe Robin - Chapitre 3 - Hozana

Vénérable Marthe Robin - Chapitre 3

Châteauneuf de Galaure : le premier Foyer de Charité

Tout à fait par hasard, l'Abbé Faure découvre, chez Marthe, un secret bien gardé. Venu la visiter un vendredi à l'improviste, il assiste, bouleversée à la Passion du Christ qu'elle souffre depuis deux ans. Elle porte, sur son corps, des stigmates que le Christ y a imprimés. Sur les mains, les pieds et le côté gauche se sont formées des plaies qui saignent le vendredi. Un sang dont les lessives, l'eau de Javel, ne viennent pas à bout. Un sang qui, parfois, s'imprime sur son front, qui s'écoule en larmes de ses yeux. La jeune fille ne veut surtout pas que ces phénomènes soient révélés tant elle a peur des curieux et des personnes mal intentionnées. Elle a beau vouloir la discrétion à tout prix, le bruit va s'en répandre et les mauvaises langues répandront vite des rumeurs de supercherie. De 1933 à 1938, l'abbé Faure sera témoin, chaque semaine, des souffrances atroces que vit la jeune fille et qui s'ajoutent à celles de la maladie. Celles-ci deviennent parfois si insupportables que la jeune fille appelle la Vierge Marie à son secours : « Maman chérie, Maman, j'étouffe ». Et la Vierge vient, la soulève, l'aide à vomir. Parfois, c'est Saint François qui vient la réconforter. Mais le démon s'invite aussi et le 14 avril 1933, le curé note ces cris : « Oh ! Va-t'en. Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Oh, mon Jésus, je vous aime. Oh ce qu'il est lâche ! Il tremble lorsque je fixe mes yeux sur lui. »

Les visiteurs affluent. Madame Robin les introduit dans cette chambre austère, meublée de façon sommaire, où Marthe attend derrière le rideau qui crée la demi-obscurité nécessaire à ses yeux malades. Tous sont conquis par sa gentillesse, sa gaieté, sa délicatesse, son intérêt pour les épreuves et les joies de chacun. Il règne auprès d'elle une atmosphère paisible, tout se calme dans les cœurs et chacun y voit plus clair dans sa vie. Marthe prie souvent avec son interlocuteur qui la quitte plus serein, apaisé.

Quant à elle, elle se réjouit. Grâce à ce Dieu qu'elle porte en elle, sa mission se dessine : aider les autres, les consoler, leur rendre tangible cet amour divin qui ne la quitte pas et qu'elle peut donner aux autres. En 1932, elle entend Dieu lui dire : « Je t'ai choisie pour ranimer dans le monde l'amour qui s'éteint. Je ferai de toi une flamme de cet incendie que je veux allumer sur la terre. »

Les visions vont se succéder qui, toutes, confirmeront ce projet de Dieu de faire de Marthe l'instrument de Sa Volonté. Celle-ci s'interroge sur le rôle qui lui est dévolu dans ce plan du Seigneur. Celui-ci lui indique l'endroit – Châteauneuf de Galaure – ce fief anticlérical par excellence, il précise qu'Il veut un Foyer dont les membres seront des saints et dont Marie sera la reine aimée et écoutée. Dans cette maison du Cœur de Jésus, ouverte à tous, viendront se réfugier tous ceux qui le souhaitent, croyants ou non, sceptiques ou pécheurs, âmes de bonne volonté ou anxieuses et découragées. Cette maison ne sera pas tenue par des religieux mais par une communauté de laïcs. Cette idée, entièrement nouvelle pour l'époque, renoue avec le vécu des premières communautés chrétiennes. En effet, ce ne sera que plus tard, avec le Concile Vatican II, que l'apostolat des laïcs sera encouragé et développé.

Comment obéir au Seigneur ? Une nouvelle fois, Marthe se confie à l'abbé Faure. Celui-ci se sent dépassé par les événements. Il sait qu'il n'est pas le prêtre choisi par le Seigneur et se voit sans réponse face au questionnement de Marthe. Mais celle-ci, tout d'abord inquiète, s'apaise. Le Seigneur ne lui a-t-il pas dit : « Ne tremble pas. C'est moi qui ferai tout » ?

Marthe réfléchit. Il faut commencer par du petit, du tout petit. Les enfants, bien sûr ! Il faut ouvrir une école. Elle met l'abbé Faure dans l'embarras. La région compte de plus en plus de communistes. Son patronage bat de l'aile. Qui voudrait mettre ses enfants dans une école catholique ? Et puis, cette école, elle ne va pas tomber du ciel... Il prend conseil du curé de Saint-Uze, l'abbé Perrier qui n'hésite pas. Si Marthe le veut, il faut le faire. Perplexe, l'abbé Faure expose à Marthe ses doutes. C'est bien joli, une école mais où ? Avec quels moyens ? Avec quels professeurs ? Elle a réponse à tout : le lieu ? Eh bien, il n'y a qu'à racheter le vieux château. Il va être mis aux enchères. C'est une ruine... L'abbé proteste. Mais Dieu le veut, affirme Marthe. L'abbé rassemble des fonds, se porte acquéreur et le château est adjugé à la paroisse pour une somme modique. Des paroissiens se rassemblent, réparent le toit, se chargent des travaux indispensables. La mairie va-t-elle donner son autorisation ? Le maire hésite, craint une opposition farouchement anti cléricale, puis donne son accord. Restent à trouver des professeurs. La direction de l'enseignement catholique envoie deux demoiselles. L'école peut ouvrir mais l'initiative connaît au départ un succès mitigé. Sept élèves seulement pour l'ouverture... Marthe ne se décourage pas. Commencer tout petit, c'est la manière de faire du Bon Dieu. Comme à Bethléem...

Le vendredi de la rentrée, Marthe souffre une nouvelle fois, dans sa chambre, la Passion du Seigneur. L'abbé Faure l'entend prier entre deux gémissements : « Jetez un regard d'amour sur notre école. Bénissez les maîtresses, inspirez les parents, mettez dans leurs enfants votre amour. » Chaque année, le nombre des élèves va croître de façon significative pour atteindre 74 en 1940.

Tandis que son œuvre s'ébauche, Marthe assiste impuissante aux progrès de sa maladie. Peu à peu, les muscles de son larynx se paralysent et elle ne peut plus rien avaler. En 1930, elle parvient à boire encore un peu de jus d'orange mais bientôt, plus rien ne passe. Rien, sauf l'hostie qui sera sa seule nourriture pendant près de cinquante ans. Son corps se recroqueville et seule sa tête peut bouger librement. Le moindre déplacement dont elle est l'objet, draps à changer, toilette, suscite en elle des douleurs insupportables.

A la ferme, ses parents vieillissent et s'interrogent sur le devenir de leur fille. Ils ont de moins en moins de forces pour gérer l'exploitation familiale. Leur fils Henri, demeuré célibataire, ne pourra les remplacer. Marthe, pour sa part, demeure ferme et assurée de devoir remplir la mission qui se précise peu à peu. Elle lit les biographies des saints qui l'accompagnent au quotidien, Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus guidant souvent sa méditation. « Que le silence est bon, fécond avec Dieu », dit-elle. Et d'ajouter : « la maladie est pleine de lumière et de vérité, la vérité est lumière et la lumière est Dieu. »

Une douloureuse épreuve lui est bientôt imposée : cette année 1936 voit la disparition de son père, Joseph. Marthe sait combien son état de malade a pu perturber son père. Pourtant ses marques de tendresse vis-à-vis d'elle l'ont accompagnée tout au long de sa vie, comme le cadeau de ce fauteuil confortable où elle a passé de longues journées à broder avant d'être alitée définitivement.

Elle prie pour lui, pour les siens, pour la France et pour cette œuvre qu'elle a initiée et qui voit le jour, cette école qui est consacrée à la Vierge Marie. Justement Marthe désire qu'une image de la Vierge y soit apposée. Le tableau qui représente Marie, médiatrice de toutes les grâces, selon le vœu de Marthe, est exécuté à Lyon où un jeune prêtre est chargé de son transport. Il s'agit du Père Finet qui va jouer un rôle déterminant dans la vie et l'œuvre de Marthe.

Arrêtons-nous un instant pour étudier la personnalité du Père Finet. Au moment où Marthe fait sa connaissance, c'est un jeune prêtre dynamique, enthousiaste et plein de foi. Vicaire à Lyon, il est devenu sous-directeur de l'enseignement libre où il réussit. Il possède un charisme qui lui attire les sympathies : drôle, captivant, c'est un orateur né. Il est le prêtre que le Seigneur a promis à Marthe. Dès qu'il pénètre dans sa chambre, chargé du tableau, elle ressent une vive émotion. Elle sait qu'il est celui qu'elle attend. Elle l'a déjà vu deux fois car le Seigneur lui a annoncé sa venue et le lui a montré. Il va devenir, toute sa vie durant, son directeur spirituel et le principal acteur de la Fondation des Foyers de Charité.

Or actuellement, l'Abbé Finet fait l'objet d'actes d'accusation de gestes coupables, à caractère sexuel, qui auraient été perpétrés à l'encontre de jeunes filles, lors de confessions. Une commission d'enquête a rendu des conclusions accablantes, rendues publiques le 7 mai dernier par les Foyers de Charité. Depuis cette date, des voix s'élèvent pour contester le rapport de cette Commission. Pour sa part, la famille du Père Finet a adressé au Vatican un Mémoire de Défense réclamant une enquête totalement indépendante. Un prêtre du diocèse de Bayonne, l'abbé Fontelle, docteur en droit canonique, en droit et en théologie, a fustigé, le 18 mai dernier, le rapport de cette Commission prétendument indépendante, comprenant des personnes non prêtres canonistes. Pour la majorité, ils ne connaissent rien au fonctionnement interne de l'Église et rendent un rapport public avec un grand renfort de publicité. L'abbé Fontelle estime que ce dernier est tout simplement illégal, hallucinant et suicidaire. « En traitant à la fois du père Georges Finet, des prêtres délinquants et des propositions de réforme, dit-il, la Commission s'est érigée en pseudo-officialité aboutissant à une sorte de pseudo-procès avec leurs conclusions, à l'encontre des principes élémentaires du droit canonique. L'ensemble porte un grave discrédit tant sur Marthe Robin, sur le père Finet, que sur tous les membres des Foyers de Charité et finalement sur l'institution en elle-même. » Ce qui est en effet troublant, c'est que ce fameux rapport ne fournit aucun nom, les collégiennes d'autrefois devenues des femmes mûres ayant gardé l'anonymat.

Le démon, ce lâche, comme le qualifie Marthe, aurait-il fait fléchir en son temps ce remarquable prêtre, désigné à Marthe par le Seigneur lui-même ? Ne serait-ce pas plutôt aujourd'hui qu'il sévit en faisant semer le doute sur une œuvre en tous points magnifique ? Traître, toujours dissimulé, il est bien présent, c'est une certitude et son pouvoir de nuisance – hélas ! toujours aussi grand.


Pour l'heure, le Père Finet et Marthe font connaissance et cette dernière évoque sa dévotion à la Vierge Marie dont elle parle comme de quelqu'un qu'elle connaît bien et qu'elle appelle sa maman chérie. Puis elle dit son inquiétude pour la France qui va mal en cette année 1936. Et prophétise : « la France va descendre jusqu'au fond de l'abîme, jusqu'au point où l'on ne verra plus aucune solution humaine de relèvement... Elle ne restera pas longtemps dans cette extrémité. La France sera sauvée... » Selon Marthe, la France est appelée à réaliser sa mission de fille aînée de l'église et elle le fera grâce à l'apostolat du laïcat en créant « des foyers de lumière, de charité et d'amour ». Et de but en blanc, elle déclare à l'abbé : « C'est vous qui devez venir ici, à Châteauneuf pour fonder le premier Foyer de Charité ! »

Il proteste. Son emploi du temps ne le lui permet pas. Elle s'obstine. C'est Dieu qui le veut. Ce Foyer doit abriter des retraites que le Père Finet est appelé à prêcher. Elle balaie d'un revers de main ses objections. Perplexe, de retour à Lyon, le Père Finet en réfère à sa hiérarchie. Aussi bien le Supérieur de l'Abbé à l'Enseignement Catholique que le Vicaire Général et enfin l'Evêque sont tous trois d'accord. Le Père Finet doit se rendre libre et faire tout ce que Marthe décide pour lui.

Le château où se trouve l'école fera l'affaire puisque les retraites auront lieu pendant les vacances scolaires. Reste à trouver un local, des meubles, des lits...  Les dons arrivent par miracle, les bonnes volontés font le reste. On installe une chapelle dans l'ancienne orangerie. Tout est fait de bric et de broc, dans une grande pauvreté mais tout fonctionne et le Foyer, pour sa première retraite, accueille trente-trois personnes. C'est une retraite mariale, vécue dans la spiritualité de Saint Louis-Marie Grignon de Montfort. Pendant que le Père Finet prêche, Marthe prie, il est la parole, elle, la croix. Les retraitantes viennent la voir et elle touche les cœurs. Parmi elles, deux jeunes femmes vont prendre le relais des institutrices et accompagner Marthe sur son chemin, renonçant ainsi à une vie confortable et toute tracée à Lyon : Hélène Fagot et Marie-Ange Dumas.

Le Foyer va vite s'agrandir. Il comprendra 24 membres en 1948. Quant à l'école, elle voit ses effectifs s'envoler pour compter 130 enfants à la rentrée de 1946. L'enseignement, dispensé avec amour, est de grande qualité. Marthe y veille. Quant aux retraites dites « de chrétienté », elles se multiplient : pour la 64e retraite de l'été 1947 se sont inscrites 405 participantes. Sans compter les prêtres, les maris, les frères ou les fils qui y sont admis depuis 1941. Et puis... ce premier Foyer ne va pas rester seul longtemps. Le Père Béton, curé de La Léchère-les-Bains avait fondé un centre spirituel dans un café-bar. Il le transforme en un second Foyer, conseillé par Marthe qui fait fi de ses hésitations. Même s'il n'a pas d'argent, qu'il commence les travaux, dit-elle. Le Christ agit par Marie. Et Marie y pourvoira. Le Père Béton entreprend un voyage en France pour récolter l'argent nécessaire et c'est un succès.

Aujourd'hui les Foyers de Charité existent dans 41 pays. Ils étaient 76 en 2017 et leur nombre croît toujours. Depuis 1986, l'œuvre est reconnue par le Conseil Pontifical pour les Laïcs. Conformément au vœu de Marthe, les membres des foyers sont des laïcs, réunis autour d'un prêtre. Tous vivent en communauté pour la nouvelle évangélisation.

« L'action m'est refusée ici-bas, a dit Marthe Robin, mais Jésus me donne d'exercer celle de la prière, de l'amour dans la souffrance, dans les sacrifices inconnus. Elle paraît stérile dans le monde mais combien féconde devant Lui. »

Oh ! L'action de la prière ! Quarante ans après son décès, l'œuvre de Marthe ne cesse de croître et de gagner les cœurs. Elle dont la vie d'atroces souffrances fut une prière, elle qui ne cessait de prier dans la joie, elle qui disait : « Ne récitons pas notre prière, prions-la » a davantage agi sur son lit de douleur que quiconque en pleine santé. Et sa prière allait à Jésus par Marie, Marie qui la visitait souvent, qui la consolait et qu'elle appelait « sa maman chérie ».

Allons, nous aussi, à Jésus par Marie, notre Mère du Ciel.
Je vous salue, Marie...

Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

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Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

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