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Martyre de Saint Jean-Baptiste

Frères et sœurs, il y a peu de pages de l'évangile qui aient eu un sort aussi prestigieux dans l'imaginaire artistique de l'Occident. Vous pensez naturellement à Salomé, l'opéra de Strauss, pensez aussi peut-être ceux qui y sont allés, dans la chapelle attenante à la cathédrale de Malte qui a été bâtie par les chevaliers de Malte, à un des plus beaux tableaux du Caravage qui représente précisément la scène de la décapitation.


Que Jean-Baptiste soit mort à cause d'Hérode, et que ce soit Hérode qui l'ait fait décapiter, c'est un fait absolument certain. Mais il est plus difficile d'admettre le récit populaire qui s'est greffé autour des motifs de la mort. D'une part, vous l'avez remarqué, il n'est pas question de Salomé, on parle d'une petite fille qui danse, on ne sait pas qui c'est. On l'a appelé Salomé parce que dans la descendance d'Hérode, il y avait souvent des Salomé, mais en réalité, on ne sait pas du tout de qui il est question. Il est aussi assez peu probable qu'un roi comme Hérode Antipas qui considérait déjà qu'il avait reçu la portion congrue sur son royaume par rapport à son père, car il n'avait qu'un tout petit royaume de rien du tout, que simplement pour une jolie danse du ventre, il ait mis entre les mains de cette petite fille, pratiquement l'avenir de la moitié de son royaume. Les rois orientaux ont parfois des caprices, mais généralement, cela ne porte pas sur le pouvoir.


Que Jean-Baptiste soit mort martyr à cause d'Hérode Antipas, c'est certain, c'est attesté par plusieurs sources, et c'est sans problèmes. Mais on ne peut pas s'empêcher de penser qu'il y a un petit élément romancé qui a sans doute été créé dans le milieu de Jean-Baptiste, qui devait beaucoup plus détester la seconde femme d'Hérode Antipas, si tant est que ce soit une femme légitime, plutôt qu'Hérode le roi lui-même. On n'avait pas tellement intérêt à raconter des histoires méchantes sur Hérode, surtout quand on vivait en Judée et en Samarie, c'était même assez dangereux.


Ce qui est intéressant, c'est la manière dont les choses sont expliquées. C'est vrai que la mort de Jean-Baptiste est assez mystérieuse. Tout ce qu'on sait de lui, c'est qu'il était convaincu que lorsque le royaume de Dieu allait venir, et il devait arriver sans tarder, il fallait absolument se convertir et changer sa vie. Qu'Hérode ait été une fois ou l'autre objet de critiques de la part de Jean-Baptiste, c'est presque inévitable. Pour Jean-Baptiste, même si les Hérode n'étaient pas absolument des souverains légitimes, cette venue du Royaume de Dieu devait commencer par la conversion des notables, des rois et de tous ceux qui avaient des responsabilités sur la terre de Judée et de Samarie. C'est pour cela que la prédication de Jean-Baptiste a été particulièrement violente vis-à-vis d'Hérode, et il s'est fait attraper dans une opération de police, parce qu'Hérode devait en avoir assez de cette prédication qui risquait à tout moment de saper son autorité.


Ce roi Hérode était d'ailleurs assez malin, Jésus lui-même lui a trouvé un adjectif qui n'est pas très flatteur, mais c'est tout à fait vrai : Jésus parle de ce renard Hérode. C'était un homme de gouvernement assez fourbe, une sorte de Louis XI qui utilisait des coups tordus et qui était finalement sans grande pitié, même si comme nous dit l'évangile, de temps en temps, il avait envie d'écouter la parole de Jean, mais apparemment cela n'a pas porté beaucoup de fruits.


Ce que l'évangéliste Marc, qui est le seul à raconter ce récit, ce qu'il a voulu surtout noter dans le tempérament d'Hérode, c'est sa faiblesse. Il a voulu montrer qu'Hérode, tout homme de gouvernement qu'il ait été, même s'il avait été chargé d'une mission qui gardait encore un certain sens spirituel et théologique, même s'il n'était sûrement pas à la hauteur dans cette dimension-là, Hérode s'est complètement laissé avoir par une intrigue de harem, fomentée par Hérodiade qui n'était même pas sa femme légitime.


Cela nous montre que les premiers chrétiens du côté presque anecdotique des événements du Nouveau Testament. Ce n'étaient pas nécessairement des événements décisifs du point de vue politique, mais c'était souvent des petits événements motivés par des choses de presque rien, et qui pouvaient changer le destin d'un homme. Ils ont pris soin de noter que sans doute, le pauvre Jean-Baptiste avait été victime de ce qu'on appellerait aujourd'hui, une magouille, qui était une intrigue de palais dont on racontait qu'elle était montée par Hérodiade, et que c'était cela le mystère de la destinée de Jean-Baptiste. Evidemment, les chrétiens ont souligné quand même la différence entre les deux morts, Jean-Baptiste, lui meurt d'une façon abjecte, tandis que Jésus lui-même a pu témoigner jusqu'au bout de la vérité. C'était donc montrer en même temps pour les premiers chrétiens, la supériorité de celui qui a donné sa vie pour le salut du monde, et celui qui allait donner sa vie simplement pour annoncer la venue du Royaume.


Quoi qu'il en soit, l'enseignement spirituel qu'on peut tirer de cette page est assez simple, c'est que dans la vie, tous les gestes ont une importance, même ceux qui apparemment sont les plus anodins, les moins décisifs qui semblent avoir un caractère occasionnel, cela peut avoir des conséquences infinies. C'est un peu cela la pointe du récit, c'est de nous montrer que ce comportement de la femme d'Hérode, de sa fille et de toute cette complicité, et de cette lâcheté du roi lui-même, tout cela aboutit toujours à cette catastrophe, c'est-à-dire la mort des innocents.


Que saint Jean-Baptiste, le témoin qui a finalement donné sa vie pour un incident sans importance, soit cependant celui qui nous aide à relire et à comprendre notre propre vie, là où la plupart du temps nous lisons des incidents sans importance, cela peut être l'occasion d'un véritable témoignage et d'un courage qui n'a pas de limites et qui peut être le témoignage du martyre.

AMEN


UN INCIDENT QUI CONDUIT AU MARTYRE Jr 1, 17-19 ; Mc 6, 17-29

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS - Paroisse Saint Jean de Malte - Aix en Provence - Martyre de St Jean Baptiste - (29 août 2008)


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Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

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Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

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