Le Pardon et la Miséricorde

Le Pardon et la Miséricorde

Pardon et Miséricorde ...

En français courant, ces deux termes sont parfois synonymes mais cette identification, quoique valable, risque de nous faire passer à côté d'une richesse contenue dans chacun de ces deux mots.

I/ Le Pardon 

Le pardon c'est la remise de dette. Dans ce mot il y a le mot « don » et le mot « par » ce qui fait ranger le pardon dans le « casier » de la « grâce », de quelque chose qui est gratuit ; et en même temps, de quelque chose qui vient d'ailleurs dont je ne suis ni maître ni fabricateur. « Notre Père, pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons nous aussi à ceux qui nous ont offensés. »

Le préfixe « par » qui est contenu dans le pardon laisse entendre un pas à faire, une espèce d'effort qui dépend de celui qui donne et aussi de celui qui reçoit le pardonLe pardon nous est offert mais ce don implique un engagement de notre part.

Le pardon, c'est l'action de pardonner à un offenseur. Dans la Bible, le mot grec traduit par « pardonner » a littéralement le sens de « laisser aller », comme quand une personne n'exige pas le remboursement d'une dette. Jésus a utilisé cette comparaison quand il a enseigné à ses disciples à prier : « Pardonne-nous nos péchés, car nous aussi nous pardonnons à tous ceux qui pèchent contre nous » (Luc 11 : 4). De la même façon, Jésus a assimilé le pardon à l'annulation d'une dette dans sa parabole sur l'esclave impitoyable (Matthieu 18 : 23-35).

Nous pardonnons aux autres quand nous ne gardons pas de ressentiment et quand nous renonçons à tout dédommagement pour la peine éprouvée ou la perte subie. La Bible explique que l'amour désintéressé est le fondement du vrai pardon, puisque l'amour « ne tient pas un compte des torts subis » (1 Corinthiens 13 : 4, 5).

Le Pardon n'est pas :

- Fermer les yeux sur l'offense. En réalité, la Bible condamne ceux qui prétendent que les mauvaises actions sont inoffensives ou acceptables (Esaïe 5 : 20).

- Faire comme si rien ne s'était passé. Dieu a pardonné les péchés graves du roi David, mais il ne lui a pas épargné les conséquences de ses actes. Dieu a même fait consigner les péchés de David dans la Bible pour qu'on s'en souvienne aujourd'hui (2 Samuel 12 : 9-13).

- Se laisser traiter injustement. Imaginez, par exemple, que vous prêtiez de l'argent à quelqu'un. Mais il le gaspille, et ensuite il ne peut pas vous rembourser comme il l'avait promis. Il est vraiment désolé et vous présente ses excuses. Vous pourriez choisir de lui pardonner en ne nourrissant pas de ressentiment, en ne lui parlant pas sans cesse du problème, et même en décidant d'annuler la dette. Cependant, vous pourriez aussi choisir de ne plus lui prêter d'argent (Psaume 37 : 21 ; Proverbes 14 : 15 ; 22 :  3 ; Galates 6 : 7).

- Pardonner sans raison valable. Dieu ne pardonne pas aux personnes qui pèchent volontairement, par méchanceté, et qui refusent de reconnaître leurs erreurs, de changer et de s'excuser auprès de ceux qu'ils ont blessés (Proverbes 28 : 13 ; Actes 26 : 20 ; Hébreux 10 : 26). Ces personnes qui ne se repentent pas deviennent les ennemis de Dieu, et il ne nous demande pas de pardonner à ceux à qui il n'a pas pardonné (Psaume 139 : 21, 22).

Que faire si vous êtes victime de traitements cruels par une personne qui refuse de s'excuser ou d'admettre ce qu'elle a fait ? La Bible donne ce conseil : « Lâche la colère et abandonne la fureur » (Psaume 37 : 8). Sans pour autant excuser la faute, vous pouvez refuser d'être rongé par la colère. Ayez confiance que Dieu jugera la personne pour ses actes (Hébreux 10 : 30, 31). Vous pouvez aussi être réconforté de savoir qu'un jour, grâce à Dieu, nous ne ressentirons plus la peine immense qui nous pèse actuellement (Esaïe 65 : 17 ; Apocalypse 21 : 4).

- « Pardonner » toutes les attitudes qui nous semblent offensantes. Parfois, plutôt que de pardonner à un prétendu offenseur, nous devrions admettre que nous n'avons pas de raison valable d'être offensé. La Bible dit : « Ne te hâte pas en ton esprit de t'irriter, car l'irritation repose dans le sein des insensés. » (Ecclésiaste 7 : 9).

Le pardon n'est pas quelque chose d'automatique ! Pour y arriver, on a besoin du désir. Même si le pardon est un don pour celui qui le donne et pour celui qui le reçoit, il ne reste pas moins que le désir de pardonner et d'être pardonné est comme une condition, une terre assoiffée qui attend être arrosée.

A y regarder de près, même si le pardon et la miséricorde ne sont pas synonymes, il ne reste pas moins que les deux sont « attirés » par la « misère ».

II/ La Miséricorde

Ce mot a deux sens à la fois distincts et complémentaires.

1- La miséricorde est le sentiment par lequel la misère d'autrui touche notre cœur (cors = cœur).

Ici miséricorde est donc synonyme de (compassion = Sentiment qui incline à partager les maux et les souffrances d'autrui, manifestations de pitié). Dans un bon nombre de passages (Néhémie 9 : 27,28,31 Ps 103 : 4,13 Esaïe 60 : 10, Mt 9 : 36 Jacques 5 : 11). La miséricorde de Dieu est une manifestation de sa bonté envers les hommes à la vue de leurs souffrances et de leurs misères.

Cette miséricorde, faite de bonté et de compassion, Dieu nous demande de l'exercer les uns envers les autres (Ps 112 : 4 et suivant, Miché 6 : 8, Zacharie 7 : 9, Mt 5 : 7, Lu 6 : 36, Ro 12 : 8).

2- La miséricorde est le sentiment qui pousse à pardonner au coupable.

Plus spécialement elle est la pitié de Dieu qui pardonne au pécheur : « Mais toi, ô Dieu, tu es toujours prêt au pardon, miséricordieux et compatissant » (Néhémie 9 : 17, Ps 78 : 38, Daniel 9 : 9, Osée 2 :23).

C'est à cet amour miséricordieux que fait appel le pécheur repentant : « O Dieu, aie pitié de moi dans ta miséricorde. Dans tes grandes compassions, efface mes forfaits » (Ps 51 : 3). Ce psaume de la repentance est appelé « le Miséréré », (Ps 50).

Mis au bénéfice de la miséricorde de Dieu qui nous accorde gratuitement le pardon, nous devons, à notre tour, être miséricordieux envers ceux qui nous ont offensés, sous peine de rendre vaine, par la dureté de notre cœur, la grâce première qui nous a pardonné (parabole du serviteur impitoyable, Mt 18 : 23-35, Mt 6 : 14 et suivant).

La miséricorde, avant d'être un acte, est un état. Le miséricordieux est celui qui « sait voir ». Dans le livre de l'Exode le Seigneur dit à Moïse : « J'ai vu la misère de mon peuple et je suis descendu pour le délivrer » (Exode 3)

Comment réaliser miséricorde et pardon dans la vie quotidienne

« La miséricorde et le pardon ne doivent pas rester de vaines paroles mais se réaliser dans la vie quotidienne » : c'est le message du pape François lors de la deuxième catéchèse du Jubilé de la miséricorde. (Place Saint-Pierre ce mercredi 16 décembre 2015).

Et pour réaliser pardon et miséricorde dans la vie quotidienne, le pape a notamment rappelé, toujours dans sa catéchèse, que « c'est seulement en recevant le pardon de Dieu que nous devenons capables de pardonner aux autres. » Il a invité à recevoir le sacrement de la réconciliation.

Pardonner à quelqu'un : 

- Se souvenir de ce que pardonner implique. Ce n'est pas fermer les yeux sur la faute, ni faire comme si de rien n'était. Non, c'est simplement ne plus tenir compte de ce qui s'est passé.

- Réfléchir aux bienfaits du pardon. Laisser de côté la colère et le ressentiment vous permettra de rester calme, d'avoir une meilleure santé et d'être plus heureux (Proverbes 14 : 30 ; Matthieu 5 : 9). Plus important encore, pardonner aux autres est indispensable pour que Dieu pardonne vos propres péchés (Matthieu 6 : 14, 15).

- Être compréhensif. Nous sommes tous imparfaits (Jacques 3 : 2). Tout comme nous aimons être pardonnés, nous devons aussi pardonner aux autres (Matthieu 7 : 12).

- Être raisonnable. Quand notre sujet de plainte est mineur, nous pouvons appliquer ce conseil biblique : « Continuez à vous supporter les uns les autres » (Colossiens 3 : 13).

- Agir rapidement. Faites tout pour pardonner dès que possible au lieu de nourrir de la colère (Éphésiens 4 : 26, 27).

En outre le pape François demande que le Jubilé de la Miséricorde puisse être vécu par le plus grand nombre, et que l'Église soit, dans le monde, signe visible de l'amour et de la miséricorde du Père.

La miséricorde et le pardon ne doivent pas rester de vaines paroles mais se réaliser dans la vie quotidienne.

Nous devons aimer et pardonner comme Dieu aime et pardonne, ouvrir tout grand les portes de notre cœur au Christ qui nous pousse à le porter aux autres. (Jacques 2 : 13).

La confession des péchés est un autre signe important du Jubilé, car, dans le sacrement par lequel nous sommes réconciliés avec le Père, chacun fait l'expérience directe de sa miséricorde.

C'est seulement en recevant le pardon de Dieu que nous devenons capables de pardonner aux autres.

Prière :

Mon Dieu, pardon, pardon,

pardon de ma tiédeur, pardon de ma lâcheté,

pardon de ma dissipation, pardon de mon orgueil,

pardon de mon attachement à ma volonté propre,

pardon de ma faiblesse et de mon inconstance,

pardon du désordre de mes pensées,

pardon de me souvenir si peu, parfois, que je suis en votre Présence.

Pardon, Pardon,

pardon de toutes mes fautes, de toutes les fautes de ma vie,

et surtout de celles que j'ai commises depuis le commencement de ma conversion !

Vous qui pouvez transformer des pierres en enfants d'Abraham,

Vous qui pouvez tout en moi, convertissez-moi, Seigneur.

AMEN

Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

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