Facebook PixelSaint Jean-Baptiste de la Salle - chapitre 3 - Hozana

Saint Jean-Baptiste de la Salle - chapitre 3

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L'Institut des Frères des Ecoles Chrétiennes va connaître un essor rapide même si Jean-Baptiste rencontre nombre d'oppositions à son enseignement. Ses idées novatrices ne font pas l'unanimité.

L'innovation majeure de Jean-Baptiste est en effet l'abandon du latin, aussi bien pour les maîtres que pour les élèves. Au sujet des instituteurs, le fondateur écrit : « ils ne connaissent pas le latin et n'ont pas à le connaître. Ils sont et doivent demeurer laïques et primaires ». Jean-Baptiste possède un bon sens inné.  Il ne voit aucune raison à l'apprentissage du latin pour des enfants de milieu modeste qui n'auront jamais à l'utiliser lorsqu'ils seront adultes. La volonté du Fondateur d'exclure le latin de l'enseignement sera respectée jusqu'en 1923, année où les Frères durent obéir à une injonction de Pie XI leur demandant d'enseigner les lettres classiques.


Jean-Baptiste a ainsi ouvert une nouvelle voie à l'instruction en combattant les idées reçues de l'époque : l'accès à la lecture et à l'écriture devait auparavant s'accompagner du latin et était, de ce fait, réservé aux enfants d'une certaine classe sociale.


 Il prône également des cours faits à tous les élèves ensemble et non pas pris individuellement. Il s'agit d'une éducation globale, à la fois chrétienne, intellectuelle, pratique, morale. Mais si tous les élèves travaillent ensemble, chacun d'eux fait l'objet d'une attention spéciale. En effet, la sensibilité de Jean-Baptiste le conduit à s'intéresser à chaque écolier en particulier, à son milieu social et familial, à ses aspirations personnelles. Il écrit : « On s'abstiendra de corriger les enfants dans le commencement qu'ils viennent à l'école. Il faut commencer par connaître leur esprit, leur naturel et leurs inclinations. » L'attitude éducative doit être adaptée au caractère de l'enfant.

Cette pédagogie voulue par Jean-Baptiste évoque celle d'un autre saint, Pierre Fourier qui, en Lorraine, a développé un demi-siècle auparavant les mêmes concepts. Chaque élève est unique, disait-il, avec ses possibilités et ses limites. Pour lui, le regard attentif posé sur l'enfant devait montrer respect, affection compréhension, réalisme, largeur d'esprit. On observe donc la même approche chez les deux saints, le même regard de tendresse et de considération vis-à-vis des enfants qui leur sont confiés.

L'enseignement simultané et l'apprentissage de la lecture dans la langue maternelle sont, nous l'avons vu, les principes fondateurs ainsi que l'écriture, le calcul, le dessin. S'y ajoutent des exercices pratiques s'inspirant des besoins du monde du travail (petit commerce et artisanat) effectués sur des contrats, des imprimés ou des documents. Ceci traduit la volonté de Jean-Baptiste d'éduquer tous les enfants, et surtout les plus pauvres d'entre eux, de les préparer à leur avenir d'où la nécessité de la gratuité des écoles. Il ne privilégie pas les cours magistraux mais au contraire favorise les efforts personnels des enfants en les guidant dans la résolution des problèmes.

Il introduit également le principe du regroupement des élèves par niveau, ce qui annonce déjà la distinction des trois cours, élémentaire, moyen et supérieur.

Une éducation chrétienne bien comprise passe aussi pour chacun par le souci de l'autre. D'où l'instauration d'un système de menues tâches où chaque enfant est responsabilisé. Ce peut être la collecte des pains et fruits en surplus pour les donner aux pauvres, les visites aux élèves malades. A noter également une multitude de petits services : ouvrir et fermer la porte de l'école, sonner le début et la fin des classes, être responsable, en classe, de son banc…

Tous ces principes doivent être appliqués dans la totalité des Ecoles des Frères.

Les initiatives prises par Jean-Baptiste en son temps ont toujours cours aujourd'hui : le caractère global de l'éducation, l'importance des bases que sont la lecture, l'écriture, le calcul, l'usage de la répétition, du contrôle régulier, la participation active des élèves.


La formation des maîtres constitue pour Jean-Baptiste un défi majeur. Jusque là, l'embauche de clercs plus cultivés n'avait pas satisfait ces derniers qui étaient allés chercher dans les collèges une instruction mieux adaptée à leurs connaissances. A l'inverse, le recrutement de maîtres laïques sans formation s'était soldé par un échec.

Aussi fonde-t-il à Reims, en 1685, un séminaire qui n'est autre qu'une véritable Ecole Normale d'instituteurs. A l'époque, cette innovation n'a pas d'équivalent, en dehors de la formation assurée à leurs religieux par les Jésuites pour l'enseignement des milieux plus aisés. La fondation de Reims sera suivie de nombreuses autres Ecoles Normales que Jean-Baptiste nomme « séminaires pour les maîtres de la campagne ».


Dès lors, les écoles gratuites essaiment dans toute la région. D'où le nécessaire recrutement de Frères. C'est pourquoi les enfants dont on observe une disposition à la piété sont pris en charge par la Communauté dans la mesure où ils peuvent devenir de futurs maîtres.

Gratuites, les écoles sont chrétiennes. Les Frères ne sont pas prêtres. Laïcs, ils prononcent cependant des vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance. Ils y ajoutent une consécration totale de leur personne à la Sainte Trinité. Ils s'engagent à  tenir ensemble et par association les écoles gratuites. Il faudra attendre l'année 1725, six ans après la mort de Jean-Baptiste, pour que soit octroyé à l'Institut, par le pape Benoît XIII, le rang de Congrégation Religieuse.

En attendant cette reconnaissance officielle, Jean-Baptiste souhaite, pour les Frères, un costume qui les distingue. Mais peu embarrassé d'esthétique, il les revêt d'une soutanelle informe avec un large rabat blanc, d'un chapeau à larges bords et de gros brodequins. D'où les remontrances du Maire de Reims qui, lors d'un terrible hiver, voit les Frères grelotter… Jean-Baptiste ajoute alors à la soutane une capote rustique aux manches flottantes qui vaudra aux maîtres le surnom de « Frères quatre bras »… Et lui-même endossera parfois cet uniforme, indifférent au qu'en dira-t-on.

Et tandis que croît le succès des écoles chrétiennes dans la région champenoise, le saint se dépouille peu à peu du vieil homme : il pratique le jeûne, ne dort que quelques heures par nuit, couché à même le plancher.

Il rêve de nouveaux développements pour son Œuvre. Le Père Barré qui l'a tant aidé et conseillé est mort depuis peu, en 1686. Or Jean-Baptiste médite et se répète les mots de son directeur de conscience : « C'est au cœur de la France que doit battre le cœur des écoles de charité. »

Une petite phrase qui signifie, pour lui, un prochain départ. Si telle est la volonté du Seigneur, il est prêt à tout quitter et, après tant de luttes, à ne pas recueillir sur place les fruits de son apostolat.

Or voici qu'à Paris, le curé de Saint-Sulpice l'appelle. Son école de garçons est un fiasco. Jean-Baptiste n'hésite pas. Il confie les écoles du diocèse de Reims au Frère qu'il considère comme son fils spirituel et en qui il a toute confiance, le Frère L'Heureux, et part à Paris, accompagné de deux de ses meilleurs maîtres.

A Paris, Monsieur Olier, n'avait pas seulement fondé des séminaires. Il avait créé plus de trente écoles en 1660.  Or trente plus tard, tous ces établissements sont en ruines, faute de maîtres capables. Une seule école, rue Princesse, dépendant de Saint-Sulpice, tient encore debout. Jean-Baptiste et les frères qui l'accompagnent se mettent au travail avec la même humilité et la même persévérance qu'à Reims. Mais ils avaient sous-évalué l'agressivité des écoles parisiennes qui, toutes, se faisaient concurrence, engageaient des procès et refusaient les enfants pauvres qui ne pouvaient payer leur scolarité. Ainsi les Petites Ecoles du Grand Chantre de Notre-Dame, rémunératrices pour les maîtres, étaient concurrencées par « les écoles buissonnières », autrement dit clandestines, ouvertes par des maîtres sans diplôme. Enfin les écoles gratuites de charité des paroisses avaient pour objet de pallier les lacunes des petites écoles et d'accueillir les enfants pauvres.

En moins d'un an, l'école de la rue Princesse surclasse toutes les autres et cette réussite, loin de combler les Frères, leur attire toutes sortes de jalousies. Le Grand Chantre ordonne la fermeture de l'école de Saint-Sulpice et assigne les Frères en jugement. Jean-Baptiste, comme d'habitude, jeûne et prie. Puis il affronte le jugement des hommes et gagne son procès.

Cette épreuve ne vient pas seule. A Reims, tout va mal. Le Frère L'Heureux, appelé à Paris, a confié l'œuvre de Reims à un jeune frère sans expérience. Très vite, le séminaire bat de l'aile, n'arrive plus à recruter et la fermeture est en vue.

C'en est trop pour Jean-Baptiste qui tombe malade. Malgré sa santé déficiente, il part à Reims où son état s'aggrave. De retour à Paris, il semble perdu mais, bien soigné, il se remet et retourne à Reims où il apprend que le Frère L'Heureux, son fils spirituel,  est à son tour malade. Dans une grande angoisse, il reprend la route de Paris pour apprendre, à son arrivée que le Frère a rendu son dernier soupir. Sa douleur est immense et il ne peut la cacher. 

Tout au long de la vie de Saint Jean-Baptiste, les épreuves et les obstacles se dresseront sur sa route. Il sera parfois durement touché comme au moment où sa famille le chasse ou encore lors du décès du Frère L'Heureux. Mais sa foi et sa confiance dans le Seigneur sont totales. Il se laisse guider, prend les initiatives propres à redresser la barre et va de l'avant. 

En 1691, il décide ainsi de fonder un noviciat. Il achète une grande bâtisse, située rue de Vaugirard, dont l'état laisse à désirer et que le fondateur meuble sommairement. Tous les Frères y sont convoqués pour une retraite où ils vont se ressourcer. Là encore, les difficultés surviennent car le curé de Saint-Sulpice n'admet pas cette création faite en dehors du territoire paroissial. Le noviciat finit par ouvrir ses portes en  1692. Mais un an plus tard, la famine les oblige à retourner rue Princesse jusqu'à ce que, la situation s'améliorant, ils puissent regagner Vaugirard. 

Un premier chapitre général de l'Institut se réunit en 1694. Douze Frères, choisis par Jean-Baptiste s'engagent à assumer ensemble les destinées de l'Institut. A nouveau malade et sujet à des crises aigues de rhumatismes, le saint rédige les règles de son Institut : 

« un Supérieur nommé à vie, douze Frères engagés par un vœu perpétuel, les conditions à remplir par les futurs élus nettement prévues, l'état laïque de tous les associés bien défini, une Maison Mère distincte de tous les établissements scolaires et comportant un noviciat… »

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de l'Institut est une étoile d'argent rayonnante placée sur un bouclier bleu dans lequel figure la devise « Signum Fidei » ou « Signe de la Foi. » 


L'opposition à son Œuvre va venir des religieux eux-mêmes, surtout des curés qui n'admettent pas que les nouveaux établissements des Frères se situent en dehors du cadre des paroisses. Le « père de l'enseignement populaire en France », comme il sera appelé plus tard, est sans arrêt en butte aux agissements de ces prêtres qui placent leurs ambitions personnelles au-dessus de leurs convictions religieuses. Plus la réputation de l'Institut croît, plus Jean-Baptiste est combattu par ses pairs. Ces difficultés s'ajoutent à celles des attaques conduites par les principales corporations d'instituteurs qui craignent pour leur gagne-pain.

Cependant l'arrivée d'un nouveau curé à Saint-Sulpice se passe sous les meilleurs auspices. Monsieur de la Chétardye voit d'un bon œil les Frères et cherche à se les attacher par des dons. Compte tenu du mauvais état de la maison de Vaugirard, il loue pour les Frères une propriété près du Faubourg Saint Germain. Celle-ci, appelée la Grand' Maison devient la maison mère de l'Institut.

Les écoles prospèrent. La délicatesse et le bon sens du Fondateur son immense charité font « couler dans l'âme de la masse enfantine, tel un lait maternel, la science concrète qui leur serait nécessaire dans leur vie de simple artisan ou boutiquier ainsi que la conscience droite et la foi en Dieu. »

Monsieur de la Chétardye se soucie des adolescents qui travaillent et ont besoin d'une formation. Dans la maison du noviciat, Jean-Baptiste fonde une Académie chrétienne où sont donnés, le dimanche, à quelque deux cents jeunes gens, des cours de géométrie, de dessin et de comptabilité.

A la fin du siècle, Jean-Baptiste a de quoi se réjouir. Après Paris et Reims, Chartres et Calais ouvrent des écoles. Le Roi soutient le nouvel Institut. L'enseignement d'avant-garde mis au point par le saint est plébiscité. Il semble avoir raison des critiques et des oppositions en tous genres. 

Mais, comme chaque fois qu'une réussite est en vue, de nouvelles épreuves arrivent qui semblent compromettre tout l'édifice. Elles seraient de nature à ébranler la foi de Jean-Baptiste. Mais celui-ci, contre vents et marées, ne se laisse jamais abattre, plaçant toujours sa confiance dans le Seigneur qu'il ne cesse de prier.

Monsieur de la Chétardye, si favorable aux Frères, va se retourner contre eux. Il craint en effet que le succès des écoles chrétiennes lui fasse de l'ombre. Lors d'une absence de Jean-Baptiste, des incidents s'étaient produits tant à l'école de la rue Princesse qu'à la Grand'Maison, Monsieur de la Chétardye se saisit de l'occasion et va se plaindre à l'Archevêché pour demander la destitution du saint. Et il l'obtient. Jean-Baptiste est démis de toutes ses fonctions au profit d'un prêtre nommé par La Chétardye. Mais les Frères font de la résistance tandis que le saint se soumet. Il se dit « prêt à aller où l'enverrait son Eminence, que ce qui le consolait était qu'il trouverait Dieu partout et que ce serait un bonheur pour lui de souffrir. Pour ce qui était du vivre et du vêtir, il ne pouvait en avoir moins qu'il n'en avait… ». 

Effrayé, Monsieur de la Chétardye fait machine arrière mais il impose aux Frères un visiteur canonique, Monsieur de Brou qui s'emploie à semer la zizanie et y réussit. Suite aux intrigues et aux désertions, Jean-Baptiste doit fermer la Grand' Maison et par la même l'école du dimanche. Il est alors exposé aux attaques multiples des corporations enseignantes qui vont jusqu'à faire saisir les meubles de l'école de la rue de Charonne, dont ils arrachent l'enseigne. Pour l'Institut, c'est l'agonie. Les Frères partent tous en province. Seul Jean-Baptiste reste rue Princesse mais l'Ile-de-France est perdue pour un temps.

 

Un parallèle a été fait entre la vie de Jean-Baptiste et le destin de Job. Le saint ne cesse de construire pour voir saccager son œuvre, il est porté au pinacle et foulé aux pieds. Jusqu'à la fin de sa vie, il se débat au milieu des tribulations de toutes sortes : destruction de ses acquis, séparation d'avec les siens, deuils, santé défaillante… Il ne cède jamais à la tentation du découragement.

Qu'il nous guide quand les épreuves de nos vies nous semblent insurmontables. Qu'il nous communique son courage indomptable puisé dans ses vertus de foi, d'espérance et de charité.

Avec l'aide de la Vierge Marie.

Je vous salue, Marie…

 

 

Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

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Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

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