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Sainte Colette - chapitre 3

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L'interminable voyage jusqu'à Nice, après un bref repos à Paris, se passe sans aléas. Le Seigneur veille sur la petite troupe. Colette, affaiblie par ses années de réclusoir, supporte sans aucune plainte les fatigues de la chevauchée et la chaleur du Midi qu'ils abordent au mois d'août.

Quelle est au juste cette impérieuse mission que le Seigneur souhaite confier à Colette ? Pourquoi faut-il que l'Ordre des Clarisses soit réformé ?

Il avait été fondé au tout début du XIIe siècle par Sainte Claire, à la demande de Saint François d'Assise. Contemporaine du saint, elle était, comme lui, née à Assise et s'était inspirée de la règle des franciscains pour rédiger celle de ses religieuses : amour de la pauvreté poussé jusqu'à l'héroïsme, humilité, cloître, contemplation, rejet de toute propriété individuelle ou collective. Cette règle jugée trop sévère avait été adoucie en 1263 par le pape Urbain IV qui autorisa les moniales à recevoir des dons et à posséder des biens.

Pour Colette, le fil directeur de la réforme que le Seigneur lui enjoint de mettre en place n'est autre que la conformité à la règle voulue par la fondatrice. Elle a réfléchi à sa mission et, avant même le départ, a rédigé un document qui reprend les différents points retenus comme base de sa future réforme.

Benoît XIII, délaissant pour un temps son palais d'Avignon, accueille les voyageurs à Cimiez, près de Nice où il s'attarde.  Il reçoit Colette avec bonté. Celle-ci, encouragée par Henri de la Baume, lui montre le document qu'elle a écrit, suite aux visions qui la pressaient de répondre à l'appel de Dieu. Le Pape le lit avec attention, s'enquiert de savoir qui a aidé la jeune femme à rédiger ce texte. « Personne » répond-elle. Très impressionné par cette religieuse de vingt-cinq ans, le Pape déclare : « Personne, sinon le Saint-Esprit ». Et Benoît XIII, le 16 octobre 1406, lui donne en personne le voile et la corde et, par plusieurs bulles datées de 1406, 1407, 1408 et 1412, lui-même et ses successeurs l'établissent Supérieure générale de tous les couvents qu'elle fondera ou réformera.

Comme à l'aller, le voyage de retour se passe sans incidents. Or Colette n'a de cesse de revenir à Corbie où elle a l'intention de fonder son premier monastère. Mais comme nul n'est prophète en son pays… Arrivée à Corbie, elle reçoit un accueil des plus décevants. Son tuteur, Dom Raoul de Roy, lui reproche d'avoir quitté son réclusoir et de n'avoir pas demandé aux bénédictines de réintégrer leur couvent. A la suite du Père Abbé, tous manifestent une telle malveillance vis-à-vis de Colette que celle-ci n'a d'autre ressource que de quitter sa ville natale. Entretemps, son groupe a grossi. Deux jeunes filles de ses amies de Corbie, Marie Sénéchal et Guillemette Chrestien, déclarent vouloir l'accompagner et compter au nombre de ses premières Clarisses.


La petite troupe se dirige donc vers le château de la Baume en Franche-Comté où Alard, le frère du Père Henri, se dispose à les accueillir. Mais dès leur arrivée, ils trouvent leur hôte au désespoir. Son épouse, sur le point d'accoucher, est au plus mal. Agenouillée, Colette prie et supplie le Seigneur d'épargner la jeune femme. Elle est vite exaucée. Une petite Perrine vient au monde dont la maman se porte bien. Le bébé, future Clarisse, entrera plus tard dans l'un des couvents fondés par Colette. Quant aux filles de la maison, Odile et Mahaut de la Baume, elles demandent à se joindre au petit noyau des nouvelles Clarisses. Tout se passe comme si, dès que Colette apparaissait, elle faisait naître les vocations. Bientôt des jeunes filles de l'aristocratie bourguignonne demandent à venir grossir les rangs de ce premier groupe.

De ce fait, la communauté devient importante et il lui faut s'établir, à commencer par trouver un bâtiment où elle pourra vivre à l'écart de tout contact profane. D'un côté, Blanche de Savoie propose la moitié de son château, de l'autre, Benoît XIII engage Colette à s'installer à Besançon dans le monastère des Clarisses Urbanistes où demeurent seulement deux religieuses. Elle choisit Besançon.

Le jour venu, dominant le groupe des moniales, Colette, pieds nus, prend la route de Besançon, suivie par le cortège des châtelains. Son visage rayonne à tel point que les paysans dont elle croise la route s'arrêtent, saisis d'étonnement. L'écuyer qui l'accompagne dira plus tard qu'elle était nimbée d'une lumière qui se déplaçait avec elle. Comme elle approche de la ville, elle a la surprise de voir l'archevêque Thibaut de Rougemont venir à sa rencontre avec son clergé. Il se réjouit du choix de Besançon pour cette première fondation en l'an de grâce 1410. Tous font escorte à Colette jusqu'au monastère. Là, elle rassure les deux religieuses encore présentes, leur laissant le libre choix de leur avenir. L'une va grossir le rang des Clarisses. L'autre part rejoindre les Bernardines.

Bientôt ce sont des adieux émus avec Blanche de Savoie qui s'en retourne avec sa suite. Et le silence du cloître règne désormais qui favorise la prière. Pour sa part, Colette veille à la règle qu'elle a établie. Elle doit aussi résoudre très vite un problème capital pour elle : le monastère des Urbanistes était doté de rentes et de revenus. Elle n'en veut pas. Elle s'empresse de constituer une donation au bénéfice des chapelains qui viendront célébrer des messes et elle fait don aux hôpitaux de tout l'argent qui reste.

Mais tandis qu'elle veille à la création de son premier couvent, elle demeure rongée par le drame qui se joue tant en France, en proie à la guerre civile que dans l'Eglise divisée par le Schisme d'Occident.

Elle a fondé de nombreux espoirs dans les décisions du Concile de Pise qui vient d'avoir lieu et qui, destituant les papes d'Avignon et de Rome, en a nommé un troisième, Alexandre V. Ce dernier a beaucoup travaillé à la réunification de l'Eglise. Il a le temps de confirmer Colette comme réformatrice des Clarisses avant de mourir dix mois après son élection. Son successeur, Jean XXIII, considéré comme antipape, ne sera pas reconnu comme digne successeur de Saint-Pierre et le schisme va perdurer encore quelques années.

En France, la guerre de Cent Ans fait rage. C'est bien d'une guerre civile qu'il s'agit, entre les Bourguignons, amis de l'Angleterre, et les Armagnacs, soutiens du roi de France, Charles VII.

Dans cette période si troublée, Colette creuse son chemin. Elle réussit ce miracle de se concilier tous les partis, qu'ils soient du côté des Bourguignons ou des Armagnacs. De même, dans l'Eglise, papes et antipapes vont soutenir son œuvre à laquelle elle travaille sans relâche. Sans doute Colette et ses moniales qui ne cessent de prier et de supplier vont jouer un rôle déterminant dans les événements qui se préparent : l'unité de l'Eglise et la naissance de Jeanne d'Arc pour mettre fin à cette terrible guerre.

Pour l'heure, dans son couvent de Besançon, Colette ne peut, malgré elle, rester totalement cloîtrée. Elle accomplit de nombreux miracles et guérisons et cela se sait. On parle aussi de ses extases, des phénomènes de lévitation, des odeurs délicieuses qui émanent de sa personne. Elle est réputée pour ses dons de clairvoyance et de prophétie, aussi les Bisontins souhaitent-ils la rencontrer de sorte que l'archevêque lui impose, malgré ses réticences, quelques heures d'audience par jour. Elle obéit. Elle guérit ainsi une pauvre femme en proie à des crises nerveuses qui la jetaient à terre. Une autre fois, un père apporte un nouveau-né dont le cœur a cessé de battre. Colette prie et l'enfant, une petite fille, reprend vie. Le père la baptise Colette. Elle deviendra Clarisse et abbesse du couvent de Pont-à-Mousson.

Bientôt, Colette va quitter Besançon car elle a compris que le Seigneur la réclamait en d'autres lieux.


Silence du cloître. Humilité. Recueillement. Renoncement total à la vie profane et choix de la pauvreté absolue. Puissance de la prière. En n'étant plus au monde, Sainte Colette et ses religieuses ont œuvré pour le monde, pour qu'advienne le règne de Dieu, règne d'amour et de paix d'abord dans l'Eglise, puis en France. Le Schisme va prendre fin. A Domrémy, une petite Jeanne naîtra bientôt.

Prions la glorieuse Vierge Marie avec la foi et l'ardeur de Sainte Colette.

 

Je vous salue, Marie…

 

Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

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Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

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