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Sainte Colette - chapitre 2

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Colette dans son réclusoir


A dix-huit ans, Colette subit la dure épreuve de perdre à la fois sa mère, Marguerite et, peu de temps après, son père, Robert. Ce double malheur la jette dans le désespoir mais son immense foi la soutient et elle trouve en elle le courage d'assumer cette nouvelle situation et de décider de son avenir.

Elle n'est pas seule au monde car son père, avant de mourir, lui a désigné un tuteur qui n'est autre que le Père Abbé Raoul de Roy. Le charpentier qui avait tant travaillé pour l'abbaye le connaissait bien et il avait toute sa confiance. Or ce dernier souhaite donner à sa pupille un avenir souriant. Il la veut en sécurité, prend son propre rôle au sérieux, et n'a de cesse de la marier. Mais il se heurte à une détermination sans appel de la part de la jeune fille. Colette refuse tous les prétendants qu'il lui présente. Pire, elle entretient un projet fou qui déroute l'Abbé : elle veut donner la totalité de son héritage aux pauvres. De quoi donc va-t-elle vivre ? s'émeut ce dernier. Toutefois il discerne l'appel de Dieu dont il constate l'évidence. Il renonce donc à ses projets et laisse Colette décider elle-même de son avenir. Celle-ci ne perd pas de temps. Elle vend immédiatement son patrimoine et le distribue aux pauvres.

Dans son désir de renoncement, elle choisit la vie religieuse mais ne sait pas encore dans quel ordre peut s'épanouir sa vocation. Commence alors une longue recherche. Tout d'abord, elle fait la connaissance du prieur des Célestins d'Amiens. Il lui propose d'intégrer les béguines de Corbie. Cette retraite paisible où elle séjourne près d'une année lui semble bien trop douce. Sur le conseil de Dom Raoul de Roy, elle quitte alors le béguinage pour entrer chez les Bénédictines. Le Père Abbé emporte en effet sa décision en lui faisant valoir la règle sévère du couvent et le souci des malades que les sœurs vont chaque jour soigner à l'hôpital. Mais, chez les Bénédictines, la vie semble encore trop facile à Colette dont l'idéal de perfection n'est toujours pas satisfait. Elle montre au couvent, une dévotion particulière à Saint François, le Poverello d'Assise, qu'elle n'a de cesse d'imiter, dévotion qui ne la quittera plus. Elle abandonne bientôt le monastère ce qui suscite, chez ses concitoyens, d'acerbes critiques. Peut-être les Clarisses de l'abbaye du Montcel peuvent-elles satisfaire ce désir de renoncement ? Elle y passe quelques mois en qualité de servante car elle se juge indigne de l'état religieux mais  là encore, elle ne peut se satisfaire d'une discipline trop relâchée et retourne dans sa ville natale.

Combien de temps va-t-elle encore errer de couvent en couvent ? Elle ne sait pas ce qu'elle veut murmure-t-on. Elle rencontre alors un fervent franciscain, le Père Jean Pinet qui fait revivre au couvent d'Hesdin en Artois la règle primitive de Saint François. Ce dernier lui conseille le reclusage.

De quoi s'agit-il ?

De faire pénitence en acceptant de vivre dans une totale réclusion : au Moyen-Age, quelques mortes-vivantes acceptaient d'être ainsi emmurées dans une cellule dont on fermait les issues. Un judas grillagé permettait aux âmes charitables de glisser quelques vivres à la recluse.

Cette éventualité fait frémir mais, à Colette, elle ne fait pas peur. Cependant, face à l'ampleur d'un tel sacrifice, Dom Raoul de Roy ne peut acquiescer. Colette décide donc d'emporter sa décision. Aussi n'hésite-t-elle pas à faire irruption lors d'un repas donné aux notables de la ville pour lui arracher son autorisation. Et l'Abbé s'incline. Il fait même construire pour elle une logette attenante à l'église Notre-Dame de Corbie. Le 17 septembre 1402, à l'âge de vingt-deux ans, Colette prononce ses vœux perpétuels puis elle est conduite en procession à son réclusoir. La porte se referme sur elle et l'on y appose le sceau de Dom Raoul de Roy. Elle se consacre alors à une vie de prière, tournée vers le guichet qui lui permet de voir l'autel de Notre-Dame. Les citadins viennent lui faire leurs confidences à travers le judas pour s'en remettre à la clarté de son jugement. Elle leur dispense aussi ses conseils.

Bientôt elle a des visions. Le Christ et la Vierge Marie lui apparaissent.  Saint François d'Assise la présente à Dieu comme la réformatrice de son Ordre. Tous trois lui demandent de réformer l'ordre des Clarisses. De son côté, le Père Pinet la voit travaillant dans un vignoble et il lui est révélé que les ceps de vigne représentent la vie monastique. Il fait part de ces révélations à la recluse, lui représentant que le Seigneur s'apprête à lui confier des tâches difficiles. Elle refuse de croire à ces visions et… elle est frappée de cécité puis de mutisme. Le Seigneur la dérange dans la vie qu'elle Lui a consacrée selon le mode qu'elle avait choisi. D'où la difficulté du renoncement. Colette finit par guérir en acceptant la mission que le Seigneur souhaite lui confier.

Ce consentement est d'autant plus difficile que l'état du pays est catastrophique et menace la sécurité de chacun.

Charles V avait été un roi habile qui avait repris aux Anglais un grand nombre de terres et de villes. Il avait de plus bien rétabli les finances du Royaume. Lors de son décès, son fils Charles VI, sacré Roi en 1380, était trop jeune pour régner. Ses oncles avaient assuré la tutelle et décidé de son mariage, en 1385, avec Isabeau de Bavière. Ils se disputaient le pouvoir, puisaient dans le trésor royal et levaient de nouveaux impôts ce qui accablait la population. Celle-ci se souleva et la répression fut terrible. Lorsque Charles VI prit enfin le pouvoir, l'espoir revint dans le pays. Mais, en 1392, le roi, pris d'un accès de folie, tua quatre personnes dans la forêt du Mans. Incapable de gouverner, le pouvoir échut à nouveau à une Régence, tout aussi fatale pour le pays. Dès lors, entre Philippe le Hardi puis son fils Jean Sans Peur, ducs de Bourgogne, et Louis d'Orléans, frère du Roi, la rivalité grandit. Elle va conduire peu à peu à l'un des conflits les plus graves de la Guerre de Cent Ans, la guerre civile entre Armagnacs (Charles VII, fils de Louis d'Orléans épouse Bonne d'Armagnac), partisans du roi de France et Bourguignons, alliés des Anglais. Ce conflit, déclaré lors de l'assassinat de Louis d'Orléans par les Bourguignons, s'ajoute aux visées des Anglais, encouragés par Isabeau de Bavière, sur le Royaume de France. Ce dernier livré aux pillards, aux hordes qui ne respectent plus personne, religieux ou laïcs, n'offre plus aucune sécurité sur son territoire.

Dans son réclusoir, Colette a un jour une vision de son pays si terrifiante qu'elle s'accroche aux barreaux de fer de son oratoire, craignant d'être entraînée dans un tourbillon mortel. La mort du Père Pinet qui la comprenait si bien ajoute encore à son chagrin et à son désarroi. Face à la mission si difficile qui lui échoit, elle se retrouve sans appui.

Mais un matin, on frappe à son guichet : elle aperçoit un franciscain, la corde autour des reins, les pieds nus dans ses sandales. Humble, elle se confie. Si peu capable, dit-elle, comment répondre à l'appel du Seigneur ?

Le franciscain s'appelle Henri de la Baume. Il est émerveillé de la rencontre tant il émane de Colette un rayonnement saint. Sur le moment, il n'a pas de réponse à lui donner mais il lui affirme que le Seigneur saura l'éclairer lors de sa prière. Plus tard, de passage dans sa famille en Franche-Comté, au château de la Baume, il parle de sa rencontre avec Colette. Ses paroles sont répétées dans les châteaux des environs, notamment à Fontenoy où Blanche de Savoie, émue par les dires du franciscain, invite les châtelaines des environs à se joindre à elle pour parler de cette jeune fille hors du commun. Ces dernières accourent pour en apprendre davantage. Très vite, elles décident de prêter assistance à Colette. Et Blanche de Savoie réfléchit : ne faut-il pas, pour rendre viable le projet de Colette, l'approbation du Saint Père ?


Une ombre plane sur l'Eglise de cette époque : depuis 1378, deux papes se disputent le pouvoir et n'hésitent pas à s'excommunier mutuellement. Que s'est-il passé ? La papauté s'était installée à Avignon en 1309. Or, en 1377, le pape Grégoire XI avait quitté Avignon pour Rome. A son décès, les italiens voulurent un pape italien. Ce fut Urbain VI qui se montra insupportable ave  les cardinaux français. Ceux-ci quittèrent Rome et désignèrent un pape à Avignon en la personne de Clément VII. Ce schisme d'Occident divisa la chrétienté, les Etats reconnaissant l'un ou l'autre pape, souvent en fonction d'opportunités politiques. Ainsi le pape d'Avignon était plébiscité par la France, l'Ecosse, la Castille, l'Aragon, le Portugal, Naples, la Provence. A l'inverse, le Saint Empire Romain germanique, la Flandre, les Etats italiens et l'Angleterre soutenaient le pape de Rome.


Pour Colette, née en 1381, la seule papauté qu'elle ait connue était celle d'Avignon. Mais à présent, les querelles qui divisent l'Europe à ce sujet ajoutent encore à son désarroi. Elle prie pour que la guerre cesse en France, pour que l'Eglise retrouve son unité. Surtout elle place sa confiance dans le Seigneur, ne doutant pas que ce franciscain, qu'Il lui a envoyé, l'aide à accomplir le dessein de Dieu sur elle.

Elle ne sait pas qu'au château de la Baume, une expédition se prépare. Car Henri de la Baume et les châtelaines réunis ont fini par juger indispensable l'approbation du pape. Cela signifie qu'il faut préparer, pour Colette, un long et périlleux voyage jusqu'à Nice où il réside alors. Isabeau de Rochechouart, amie de Blanche de Savoie, déclare vouloir servir de chaperon à la jeune fille. Le Père Henri de la Baume, heureux de voir ses prières exaucées, veut être du voyage. Une escorte de quatre écuyers armés se joint à eux et la petite troupe arrive à Corbie où la recluse, soumise à la volonté divine, se déclare prête au départ. Encore faut-il à Colette une autorisation pour qu'elle quitte sa retraite. L'évêque d'Amiens procure cette dispense et Colette quitte pour toujours la paix de son réclusoir.


Humilité, obéissance quitte à se faire violence… Le Seigneur à qui Colette a tout sacrifié lui demande davantage encore. Elle avait choisi de vivre dans la prière de son réclusoir jusqu'à la fin de ses jours. Il a d'autres vues pour elle. Elle commence par lutter et finit par abdiquer. Elle s'est laissé « déranger ».

Nous aussi, laissons-nous « déranger » par le Seigneur qui nous appelle bien souvent à suivre un chemin différent de celui que nous avions prévu. Et parce qu'il est souvent difficile de Lui dire « oui », prions la Vierge Marie de venir à notre aide.
Je vous salue, Marie…



Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

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Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

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