‘'La passion corporelle de Jésus'', jusqu'au tribunal de Pilate.

 ‘'La passion corporelle de Jésus'', jusqu'au tribunal de Pilate.

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       Comme annoncé en fin de la première publication de ce jeudi Saint, voici le début de la ‘' Passion corporelle de Jésus ‘'. C'est le titre du document terminant le livre ‘' La passion de Jésus Christ selon le chirurgien ‘'du docteur Pierre Barbet, chirurgien honoraire de l'hôpital saint Joseph à Paris. Première édition 1950. C'est après l'ostension du linceul de Turin en 1931 que le docteur Barbet commença ses travaux sur l'étude scientifique de l'image du saint suaire. Ses publications se sont échelonnées pendant quelques années et il en fera la synthèse dans ce livre sorti en 1950. Il dira du chapitre  ‘' Passion corporelle de Jésus'' ‘'qu'elle lui coûta beaucoup de larmes'' et ‘'qu'elle fut rédigée tout d'un trait'' en la seule journée de la Circoncision 1940.

            Avertissement pour les 3 publications: Les propos sont ceux de l'époque ; ils peuvent ne pas être ‘'corrects'' 80 ans après. J'ai rajouté les titres (et l'heure) pour situer les différentes étapes de la Passion afin d'en faciliter la lecture et échelonner la diffusion de la douzaine de pages en 3 publications dont voici la première, les autres devraient suivre le vendredi Saint.

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Introduction par le docteur Barbet. 

            Lorsqu'un chirurgien a médité sur les souffrances de la Passion, quand il en a décomposé les temps et les circonstances physiologiques, quand il s'est appliqué à reconstituer méthodiquement toutes les étapes de ce martyre d'une nuit et d'un jour, il peut, mieux que le prédicateur le plus éloquent, mieux que le plus saint des ascètes (à part ceux qui en ont eu la directe vision, et ils en sont anéantis), compatir aux souffrances du Christ. Je vous assure que c'est abominable; j'en suis venu pour ma part à ne plus oser y penser. C'est lâcheté sans aucun doute, mais j'estime qu'il faut avoir une vertu héroïque ou ne pas comprendre, qu'on doit être un saint ou un inconscient, pour faire un Chemin de Croix. Moi, je ne peux plus.

            Et c'est pourtant ce Chemin de Croix qu'on m'a demandé d'écrire: c'est ce que je ne veux pas refuser, parce que je suis sûr qu'il doit faire du bien. O bone et dulcissime Jesu, venez à mon aide. Vous qui les avez supportées, faites que je sache bien expliquer vos souffrances. Peut-être, en m'efforçant de rester objectif, en opposant à l'émotion mon « insensibilité » chirurgicale, peut-être pourrai-je arriver au bout. Si je sanglote avant la fin, mon pauvre ami lecteur, fais comme moi sans honte; c'est simplement que tu auras compris. Suis-moi donc : Nous avons pour guides les Livres sacrés et le Saint Linceul, dont l'étude scientifique m'a démontré l'authenticité.

            La Passion, au vrai, commence à la Nativité, puisque Jésus, dans Son omniscience, a toujours su, vu et voulu les souffrances qui attendaient son Humanité. Le premier sang versé pour nous, le fut à la Circoncision, huit jours après NoëI. On peut déjà imaginer ce que doit être pour un homme la prévision exacte de son martyre.

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L'agonie au Jardin des oliviers (21 heures)

            En fait, c'est à Gethsémani que va commencer l'holocauste. Jésus, ayant fait manger aux Siens Sa chair et boire Son sang, les entraîne à la nuit dans ce clos d'oliviers, dont ils ont l'habitude. Il les laisse camper près de l'entrée, emmène un peu plus loin Ses trois intimes et s'en écarte à un jet de pierre, pour se préparer en priant. Il sait que son heure est venue. Lui-même a envoyé le traître de Karioth : quod facis, fac citius (Ce que tu fais, fais-le vite (Jean XIII, 27). Il a hâte d'en finir et Il le veut. Mais comme il a revêtu, en s'incarnant, cette forme d'esclave qu'est notre humanité, celle-ci se révolte et c'est toute la tragédie d'une lutte entre Sa Volonté et la nature. « Cœpit pavere et tœdere » (Il commença à sentir de la frayeur et de l'abattement (Marc XIV; 33).

            Cette coupe qu'il lui faut boire, elle contient deux amertumes : tout d'abord les péchés des hommes, qu'Il doit assumer, Lui le Juste, pour racheter Ses frères et c'est sans doute le plus dur: une épreuve que nous ne pouvons pas imaginer, parce que les plus saints d'entre nous sont ceux qui le plus vivement sentent leur indignité et leur infamie. Peut-être comprenons-nous mieux la prévision, la pré-dégustation des tortures physiques, qu'II subit déjà en pensée; pourtant nous n'avons expérimenté que le frisson rétrospectif des souffrances passées. C'est quelque chose d'indicible. « Pater, si vis, …………. » (Père, si vous voulez, éloignez de moi ce calice ! Cependant, que ce ne soit pas ma volonté mais la vôtre qui se fasse ! (Luc XXII, 42)). C'est bien Son Humanité qui parle… et qui se soumet, car Sa Divinité sait ce qu'Elle veut de toute  éternité; l'Homme est dans une impasse Ses trois fidèles sont endormis. «Proe tristitia ». De tristesse, (Luc XXII 45) dit saint Luc. Pauvres hommes !

            La lutte est épouvantable; un ange vient Le réconforter mais en même temps, semble-t-il, recevoir son acceptation. « Et factus in agonia……. » (Et se trouvant en agonie, il priait plus instamment, et sa sueur devint comme des caillots de sang roulant jusque par terre (Luc XXII, 44)). C'est la sueur de sang, que certains exégètes rationalistes, subodorant quelque miracle, ont traitée de symbolique. Il est curieux de constater que de bêtises ces matérialistes modernes peuvent dire en matière scientifique. Remarquons que le seul évangéliste qui rapporte le fait est un médecin. Et notre vénéré confrère Luc, ‘'medicus carissimus''(Le médecin très aimé, - Epître de saint Paul aux Colossiens), le fait avec la précision, la concision d'un bon clinicien. L'hémathidrose est un phénomène très rare mais bien décrit. Elle se produit, comme l'écrit le Docteur Le Bec, « dans des conditions tout à fait spéciales: une grande débilité physique, accompagnée d'un ébranlement moral, suite d'une émotion profonde, d'une grande peur » (« Le Supplice de la Croix ». Paris, 1925) " Et cœpit povere et tœdete » La frayeur, l'épouvante sont ici au maximum et l'ébranlement moral. C'est ce que Luc exprime par « agonia », qui, en grec, signifie lutte et anxiété. « Et Sa sueur devint comme des caillots de sang roulant jusque par terre. »

            À quoi bon expliquer le phénomène ? Une vasodilatation intense des capillaires sous-cutanés qui se rompent au contact des culs de sacs de millions de glandes sudoripares. Le sang se mêle à la sueur et se coagule sur la peau, après exsudation. Et c'est ce mélange de sueur et de caillots, qui se rassemble et coule sur tout le corps, en quantité suffisante pour tomber sur le sol. Notez que cette hémorragie microscopique se produit dans toute la peau, qui est déjà ainsi lésée dans son ensemble, en quelque sorte endolorie, attendrie, pour tous les coups futurs. Mais passons.

            Voici Judas et les valets du Sanhédrin, armés de glaives et de bâtons; ils ont des lanternes et des cordes. Il y a là aussi la cohorte des soldats du Temple commandés par leur tribun. On s'est bien gardé d'alerter les Romains et la cohorte de l'Antonia. Leur tour ne viendra que lorsque les Juifs, ayant prononcé leur sentence, tâcheront de la faire entériner par le Procurateur. Jésus se met en avant; un mot de Lui suffit à renverser Ses agresseurs, dernière manifestation de Son pouvoir, avant qu'Il s'abandonne à la Volonté divine. Le brave Pierre en a profité pour amputer l'oreille de Malchus et, miracle dernier, Jésus l'a ressoudée.

            Mais la bande hurlante s'est ressaisie, a garrotté le Christ ; elle L'emmène, sans aménité, on peut le croire, laissant filer les comparses. C'est l'abandon, tout au moins apparent. Jésus sait bien que Pierre et Jean Le suivent « a longe » (« De loin » Marc. XV, 54, Jean XIX, 15) et que Marc n'échappera à l'arrestation qu'en s'enfuyant tout nu laissant aux gardes le « sindon » qui l'enveloppait.

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Les tribunaux de la nuit (Minuit)

            Mais les voici devant Caïphe et le Sanhédrin. Nous sommes en pleine nuit; il ne peut s'agir que d'une instruction préalable. Jésus refuse de répondre: sa doctrine, Il l'a prêchée ouvertement. Caïphe est désorienté, furieux et l'un de ses gardes, traduisant ce dépit, lance un grand coup dans la figure du prévenu: « Sic respondes pontifici » - « Est-ce ainsi que tu réponds au Grand Prêtre ? » (Jean, XVIII 22).

            Ceci n'est rien: il faut attendre le matin, pour une audition de témoins. Jésus est entraîné hors de la salle; dans la cour Il voit Pierre qui L'a renié par trois fois, et d'un regard, Il lui pardonne. On Le traîne dans quelque salle basse et la canaille des valets va s'en donner à cœur joie contre ce faux prophète (dûment garrotté) qui tout à l'heure encore les a jetés à terre à terre par on ne sait quelle sorcellerie. On L'accable de gifles et de coups de poing, on lui crache au visage, et, puisque aussi bien il n'y a pas moyen de dormir, on va s'amuser un peu. Un voile sur Sa tête, et chacun y va de son coup; les soufflets retentissent et ces brutes ont la main lourde : « Prophétise; dis-nous, Christ, qui t'a frappé. » Son corps est déjà tout endolori, Sa tête sonne comme une cloche; des vertiges Le prennent... et Il se tait. D'un mot, Il pourrait les anéantir « et non aperuit os suum ». Et il n'a pas ouvert la bouche (Isaïe LIII, 7). Cette racaille finit par se lasser et Jésus attend.

            Au petit jour, deuxième audience, défilé lamentable de faux témoins qui ne prouvent rien. Il faut qu'il se condamne Lui-même, en affirmant Sa filiation divine, et ce bas histrion de Caïphe proclame le blasphème en déchirant ses vêtements. Il n'y a plus qu'à obtenir de Rome la condamnation à mort qu'elle s'est réservée dans ce pays de protectorat.



‘'Qu'avons-nous encore besoin de témoins….. Il mérite la mort''

Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

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Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

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