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Carmes de Paris

Carmes de Paris dans Avent 2019 avec François de Sainte-Marie ocd (1910-1961)

Publication #10Initialement publiée le 8 décembre 2019

Semaine 2 : une éducatrice hors pair

Semaine 2 : une éducatrice hors pair

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu (3, 1-12)

En ces jours-là, paraît Jean le Baptiste, qui proclame dans le désert de Judée : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. » Jean est celui que désignait la parole prononcée par le prophète Isaïe : Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. Lui, Jean, portait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins ; il avait pour nourriture des sauterelles et du miel sauvage. Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain se rendaient auprès de lui, et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain en reconnaissant leurs péchés. Voyant beaucoup de pharisiens et de sadducéens se présenter à son baptême, il leur dit : « Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? Produisez donc un fruit digne de la conversion. N'allez pas dire en vous-mêmes : ‘Nous avons Abraham pour père' ; car, je vous le dis : des pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham. Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu. Moi, je vous baptise dans l'eau, en vue de la conversion. Mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l'Esprit Saint et le feu. Il tient dans sa main la pelle à vanner, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera son grain dans le grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s'éteint pas. »

 

1.Commentaire évangélique : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. »

L'Évangile nous dit que Jean le Baptiste est celui que le prophète Isaïe annonçait par ces mots (Is 40,3) : « Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. » Il y a là comme un passage de relais entre le prophète de l'Ancienne Alliance et le Précurseur. La parole de Jean le Baptiste est claire : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. » Sa prédication est d'abord un appel à la conversion. Elle s'accompagne d'un baptême de purification, rituel connu et pratiqué dans le judaïsme du 1er siècle.

Parmi ceux qui viennent recevoir ce baptême, des pharisiens et des sadducéens se présentent. Les Pharisiens se considéraient comme de bons religieux, convaincus de bien faire leurs devoirs religieux, faisant la leçon aux autres Juifs, par leurs paroles ou par leur comportement. Ces personnes avaient une telle réputation qu'ils étaient à la fois admirés et craints. Les Sadducéens étaient le parti des prêtres du Temple, ils constituaient une aristocratie religieuse, au-dessus du peuple. Celui-ci les considérait comme des hypocrites, étant à la fois en bonnes relations avec l'occupant romain et se prétendant comme les héritiers, les tenants de la tradition d'Israël.


C'est pourquoi, en les reconnaissant, Jean s'adresse à eux dans des termes violents, insultants, les prenant à partie : « Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? »

Reconnaissons que les prédicateurs d'aujourd'hui sont plus diplomates, mettent plus de gants, quand ils veulent pointer un défaut de leur auditoire… Jean les accuse de vouloir échapper au jugement de Dieu. Il les interpelle sur deux points. D'une part, il dit : « Produisez donc un fruit digne de la conversion. » D'autre part, il leur demande de ne pas se protéger derrière leur généalogie en disant : « Nous avons Abraham pour père. » Cela veut dire qu'il les interroge sur la vérité de leur conversion : où sont les fruits de la conversion ? Ensuite il leur dit clairement qu'ils n'ont pas à se protéger derrière leur tradition religieuse, car ils sont responsables de leur propre vie !


Ces deux interpellations peuvent nous toucher personnellement à des degrés divers. S'il n'est pas juste de regarder ses propres fruits de conversion pour s'en glorifier, il n'est pas interdit de s'interroger sur la fécondité de notre vie spirituelle. De même, ce n'est pas parce que nous serions des héritiers de la tradition chrétienne que nous aurions le droit de nous en prévaloir tant auprès de Dieu, des autres et de nous-mêmes !


La Vierge Marie, dont nous considérons la vie de grâce au cours de cet Avent, appartient à ce peuple d'Israël, plus précisément à ces croyants, les anawim, les pauvres de Dieu, les courbés, les inclinés, les petits, les faibles, les humbles, les affligés, les doux, etc., toutes personnes en attente de la venue du Messie. Marie résume et incarne l'attente séculaire de la venue du nouveau roi. Elle fait partie de ces pauvres du Seigneur à qui la première des huit béatitudes du Discours sur la montagne est destinée : « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. » Marie est la « comblée de grâce » qui a reçu l'Esprit de Dieu en abondance : « esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur… »


Jean-Baptiste est le fils d'Élisabeth, sa cousine. Sa rude prédication ne s'adresse pas, bien évidemment, à elle et à ceux qui lui ressemblent, les pauvres du Seigneur. Quand il dit : « celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales », il manifeste une vraie humilité, cette humilité dont Marie était profondément imprégnée. Nous non plus, nous ne sommes pas dignes devant le fils de Marie. Laissons-nous interroger par Jean-Baptiste, même si nous ne nous considérons pas comme semblables aux Pharisiens et aux Saducéens. Notre conversion, notre vie chrétienne, produit-elle des fruits qui honorent le Seigneur ?

 

Prions Marie, et avec Marie, pour que nous ayons le désir de devenir, au long de cet Avent, des pauvres du Seigneur, vivant dans l'humilité, la prière et l'attente de la venue du Sauveur, des mendiants de sa grâce.


2. Méditation : La conversion spirituelle à l'école de Marie, « éducatrice par excellence »


Texte de François de Sainte-Marie (Visage de la Vierge, Éditions du Carmel, 2001, p. 48-49)

La maternité de la Vierge se développe dans le temps. Marie, non contente de nous avoir engendrés dans le Christ, nous élève, toutes proportions gardées, comme elle a élevé Jésus, notre aîné. Elle l'a formé, lui a appris tout petit les pratiques de la vie religieuse, lui faisant réciter mot à mot, selon la coutume du temps, les paroles de l'Écriture. Elle devait être confondue d'avoir à lui donner des ordres, mais elle se réfugiait dans sa foi à la mission qui lui était confiée. Et, surtout, elle se tournait vers l'Esprit dans la mouvance duquel s'écoulait toute son existence. L'Amour vivant et personnel, à travers cette créature toute sienne, a présidé à l'éducation de Jésus durant les longues années de la vie cachée, comme plus tard il devait le conduire au désert et au sacrifice.

C'est encore dans l'Esprit que la Vierge Marie fait l'éducation surnaturelle de ses enfants. Éduquer, c'est, étymologiquement : tirer de, e ducere. L'éducateur essaie de découvrir, dans l'être encore informe qui lui est confié, certaines virtualités, afin de les épanouir à la lumière d'un grand idéal. Marie, notre éducatrice, veut faire de nous « d'autres christs », dans la mesure compatible avec notre misère : « Cette Mère de grâce, déclare sœur Élisabeth de La Trinité, va former mon âme afin que sa petite enfant soit une image vivante, saisissante, de son Premier-Né, le Fils de l'Éternel ». Elle le connaît si bien, son Premier-Né ! Elle a souvent levé les yeux au-dessus de son ouvrage, dans la petite maison de Nazareth, pour contempler à la dérobée, ce visage sans cesse modelé du dedans par des sentiments mystérieux. Elle l'a longuement considéré, alors qu'il se creusait dans les tourments de l'agonie. Enfin, au Ciel, elle est perdue dans la contemplation de l'auguste Face. Et en nous regardant, nous, de Là-Haut, elle nous voit à travers le Christ. Elle discerne aussitôt le trait de la physionomie de Jésus que nous devons plus spécialement reproduire. Et plus que jamais docile à la motion de l'Esprit, elle se met à l'œuvre.

Mère qui nous aime tant, elle peut tout. Le Christ donne à la grâce, dont il est le médiateur, une teinte d'humanité, si l'on ose dire. Les fleuves d'eau vive qui viennent gagner nos âmes, coulent de son propre sein. Est-il permis de dire que Marie, dispensatrice des grâces de son Fils, les rend encore plus assimilables pour nous ? Elle nous les prépare maternellement comme ce vrai « lait des tout petits » dont parle saint Pierre (1P 2,2). Une créature a su, sous l'action de Dieu, se faire assez transparente pour réfléchir intégralement la lumière, assez pure pour se laisser traverser par les eaux divines sans les souiller.

 

Méditation

L'appel à la conversion est permanent en christianisme. Celui que lance Jean-Baptiste, en ce 2e dimanche de l'Avent, s'inscrit naturellement dans la tradition biblique. La Vierge Marie, est au sommet humain de cette tradition. Voilà pourquoi, à juste titre, François de Sainte-Marie nous présente l'œuvre d'éducation de Marie.

Marie est éducatrice par excellence. Dans l'Évangile de l'Annonciation, l'ange Gabriel lui annonce que « celui qui va naître sera saint, il sera appelé Fils de Dieu » (Lc 1,35). Elle va élever cet enfant, avec Joseph. Si nous connaissons la suite de l'histoire, ce que nous connaissons mal, c'est la manière concrète utilisée par Marie pour élever son fils. Mais cette ignorance est-elle si importante ? Nous ne pouvons pas tout savoir, rappelons-nous que le péché originel tel qu'il nous est rapporté dans le livre de la Genèse a quelque rapport avec la volonté de connaître le bien et le mal, de connaître dans le sens de maîtriser, posséder.

Marie éducatrice par excellence, oui, certainement, mais pas au sens où nous pourrions l'entendre aujourd'hui. Marie n'a pas écrit de livre de pédagogie !

Son Fils, sur la Croix, nous l'a donnée pour mère. A chacun d'entre nous d'accueillir ce don. Nous savons tous d'expérience que la conversion à Jésus Christ est un travail permanent qui ne cessera que dans le royaume des Cieux. Marie, dans ce travail, est notre meilleur guide et conseil, car elle est riche de son expérience, elle est riche surtout de la grâce dont l'Esprit Saint l'a remplie, le Magnificat nous dit qu'elle est la « Comblée de grâce » (Lc 1,28), celle qui a « trouvé grâce auprès de Dieu » (Lc 1,30).

En développant avec Marie une relation filiale et fraternelle, car Marie est à la fois notre mère (dans la foi) et notre sœur (en humanité), nous avancerons sur le chemin personnel qui nous est donné de vivre pour aller à Dieu. Marie est à nos côtés, sa vie de grâce est aussi pour nous !


Conseil spirituel

La rencontre joyeuse avec le Seigneur, ne peut se faire sans une vraie conversion renouvelée. Demandons à la Vierge Marie de nous laisser enseigner par elle, qu'elle nous accompagne chaque jour dans cet effort, nous rendant docile à la motion de l'Esprit Saint, à l'accueil de la grâce de Dieu.

fr. Robert Arcas, ocd (couvent de Paris)

Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

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6 commentaires

Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

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