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Saint Gilles - Chapitre 1

Saint Gilles (640 – 720)

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Légende ou histoire véridique ? La première biographie du saint qui nous soit parvenue date du Xe siècle. Plus que des faits précis, elle reprend les récits issus de la transmission orale qui revêtait à l’époque une très grande importance. Ainsi les légendes retenaient de préférence les éléments propres à l’édification des auditeurs. De ce fait, elles pouvaient amplifier certains faits mais n’inventaient pas… Pour sa part, la vie de Saint Gilles, même écrite tardivement, le fut par les moines du monastère qu’il avait fondé. On peut en déduire que les auteurs ont cherché à être aussi exacts que possible, même après trois siècles de récits transmis de bouche à oreille.

Marseille, au 7e siècle, était un port cosmopolite à la forte population grecque. Il n’est donc pas étonnant que la ville ait accueilli un grec chrétien, Ægidius devenu Gilles, qui a pu se mettre à l’école de Saint Césaire, disparu un siècle auparavant et dont le renom avait franchi les frontières. Que ce même Gilles, une fois ordonné prêtre, ait ensuite fondé un monastère, paraît digne de foi compte tenu des nombreux miracles attribués au saint et du culte qui lui fut rendu bien au-delà de la Septimanie et de la Provence.

Aussi la vie de Saint Gilles parvenue jusqu’à nous est-elle donc historiquement tout à fait vraisemblable même s’il n’est pas possible d’attester son authenticité.

Le petit Ægidius, qui vient au monde en 640, a la Grèce pour mère patrie. Ses parents habitent Athènes et appartiennent à la riche aristocratie de la ville. Celle-ci, qui fait désormais partie de l’Empire byzantin, a perdu sa grandeur passée. Elle était cependant restée, même sous la domination romaine, le principal centre des arts et des sciences et elle attirait des personnes venues de toutes parts avec le désir de s’instruire. Ce fut seulement aux IIIe et IVe siècles, lors des invasions barbares des Goths, des Hérules et des Wisigoths d’Alaric que son déclin s’était amorcé. Intégrée à l’Empire d’Orient lors de la dissolution de l’Empire romain en 395 et devenue peu à peu chrétienne, elle faisait figure de ville de province dans ce vaste Empire qui ne cessait de s’étendre. Fortement appauvrie, Athènes était malgré tout demeurée, lors de la naissance d’Ægidius, une ville lettrée où s’affrontaient chrétiens et hellénistes païens.

Dans cette ville divisée, la famille du petit Ægidius vit profondément sa foi chrétienne. Ses parents, Théodore et Pélagie, descendent des anciens rois d’Athènes et disposent de grandes richesses. Mais leur vrai trésor est celui que ces chrétiens amassent au Ciel par leurs actions généreuses. Tout petit, l’enfant est élevé dans l’amour de Dieu. Il apprend ses prières et sa mère lui lit la Bible. Elle lui enseigne les commandements et lui parle de ce Jésus qui naquit et mourut pauvre pour sauver tous les hommes. Elle lui explique que tous, même les fils de rois comme lui, doivent voir, dans tout malheureux, leur frère.

Ægidius boit ces paroles et ne s’en contente pas. Il pose des questions. Pourquoi lui-même est-il si riche et les autres si pauvres ? Pourquoi posséder une si belle maison quand d’autres vivent dehors ? Pélagie répond qu’eux-mêmes sont appelés à partager avec ceux qui ont faim et froid, qu’ils doivent accueillir ceux que le Seigneur met sur leur route. Mais Ægidius ne se satisfait pas de ces réponses. Tout au fond de lui-même, il pense que si d’autres ont faim et froid, lui aussi doit éprouver la même chose.

A sept ans, il prend le chemin de l’école où son père, Théodore, le conduit pour la première fois. Il veut que son fils bénéficie de la meilleure éducation, celle qui forme à la fois le corps et l’esprit. L’enfant préfère la grammaire et l’histoire aux exercices physiques de la palestre où, devenu adolescent, il va devoir s’entraîner. Haut lieu de l’éducation grecque, la palestre, entourée de bâtiments à colonnades où sont aménagées les salles de cours, comprend un vaste espace pour le sport où les enfants s’exercent au lancer du disque, au javelot. Le garçon n’en est pas exempté. Il lui faut aussi, pour parfaire son éducation, apprendre la musique. Elle est, en Grèce, un art national dont Platon reconnut les bienfaits : « elle va jusqu’à l’âme et lui inspire le goût de la vertu ». Ægidius joue donc de la flûte ou de la lyre à sept cordes, très répandue en Grèce à cette époque. Esprit curieux, il est, à l’école, un élève appliqué, très attiré par les sciences qui lui ouvrent des horizons nouveaux.

Ses parents s’étaient chargés de son éducation chrétienne. Pour la compléter, ils le confient au diacre qui le prépare au baptême. Le jour de la cérémonie, il est plongé par triple immersion dans la piscine. Dès lors, devenu enfant de Dieu et affermi dans sa foi, Ægidius s’imprègne de la lecture des Livres Saints. Pénétré de l’amour des autres, il n’a de cesse de leur venir en aide et d’ouvrir aux malheureux son cœur et sa bourse.

 Ce jeune homme au cœur si pur et plein d’amour plaît au Seigneur qui lui donne le don des miracles. Un jour d’hiver où, chaudement vêtu, il se rend à l’église, il perçoit un gémissement, s’approche. Un pauvre infirme, vêtu de haillons, grelotte de fièvre. Confus, Ægidius s’aperçoit que sa bourse est vide. Sans hésiter, il se dépouille de son manteau et l’étend sur le malheureux. Et voici que le pauvre se met debout tout joyeux, sa jambe est guérie et sa fièvre l’a quitté. On crie au miracle et la foule veut porter le jeune homme en triomphe mais il se dérobe, il est déjà entré à l’église pour rendre grâce.

A vingt-quatre ans, il possède un corps bien développé, il est très instruit, particulièrement versé dans les sciences religieuses. Fils unique, il fait la joie de ses parents. Hélas ! Son père tombe gravement malade, il meurt et son âme s’envole vers le Ciel. Pélagie éprouve un immense chagrin et ne désire plus qu’une chose, rejoindre son époux. Elle se consume de fièvre et ne tarde pas à quitter cette terre, à son tour.

Seul au monde, à la tête d’une immense fortune, Ægidius prie la nuit, agenouillé dans son oratoire. Dans la journée, il reçoit les pauvres qu’il ne cesse de secourir. Comme il regagne, un soir, sa maison, il est abordé par un homme en proie à de vives souffrances. Un serpent l’a piqué à la main, il va mourir. Ægidius prend dans les siennes cette main malade, enflée et violacée, et prie. Quand il l’abandonne, la main a repris sa couleur habituelle, l’enflure a disparu. L’homme est guéri. La foule l’entoure et, une nouvelle fois, crie au miracle tandis qu’Ægidius, de retour chez lui, se prosterne devant le crucifix, craignant de s’enorgueillir de cette action au point qu’il se demande s’il doit fuir Athènes.

Un événement va l’aider à prendre cette décision. Un jour qu’il pénètre dans son église, il croise des paroissiens affolés. Un homme à la voix stridente occupe la nef. Il profère d’horribles blasphèmes. Ægidius comprend dans l’instant qu’il a affaire à un possédé, le démon qui l’habite cherchant à chasser les fidèles de l’église. Le jeune homme s’avance, seul, vers l’autel. Face au misérable, il se signe. Puis il l’oblige à reculer et à se prosterner devant le tabernacle. Il ordonne enfin au démon de sortir du corps de cet homme et de retourner aux enfers. L’homme est délivré, il se relève rayonnant et en paix. La foule chante un Te Deum. Bien malgré lui, Ægidius est porté en triomphe jusque chez lui.

Il comprend cette fois qu’il doit renoncer à la vie humble et retirée qui lui convenait, faite de prière et de fraternité avec les pauvres. Elle lui est désormais refusée. Il doit partir, tout quitter, dire adieu à ses amis, abandonner pour toujours cette belle ville où il a été heureux, cette luxueuse maison où il a été élevé, les tombes de ses parents où il ne pourra plus aller se recueillir, ses serviteurs qu’il va combler de biens.

Il renonce à sa fortune, distribue toutes ses richesses aux indigents et prend place sur un navire qui se dirige vers l’Occident. A bord, il regarde l’Acropole et ses temples disparaître à l’horizon. Il ne sait trop ce qui l’attend mais il met toute sa confiance dans le Seigneur.

Si tu veux être parfait, dit Jésus, vends tout ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres puis viens et suis-moi. 

Ægidius, nourri de l’Evangile ne ressemble pas à ce jeune homme riche, tout triste de n’avoir pu suivre le Seigneur parce qu’il avait de grands biens. Il vit l’Evangile, donne tout ce qu’il possède. Dans un total renoncement, il s’embarque donc pour un voyage aléatoire, dans la main de Dieu.

Comme il est parfois difficile de faire confiance à Dieu ! Cela suppose, de notre part, renoncement et abdication. Mettre notre volonté, nos objections sous le boisseau. Et à l’exemple d’ Ægidius-Gilles, naviguer dans des eaux inconnues pour vivre l’aventure de Dieu. Avec le concours maternel de la Vierge Marie.

 Je vous salue, Marie…

Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

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Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

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