Pâques - Mon cœur veille

Pâques - Mon cœur veille

 Méditation biblique : Cantique des Cantiques 5, 1-8 ; 6, 1-10


5  ELLE

2 Je dors,

mais mon cœur veille…

C’est la voix de mon bien-aimé !

Il frappe !

LUI – Ouvre-moi, ma sœur, mon amie,

ma colombe, ma toute pure,

car ma tête est humide de rosée

et mes boucles, des gouttes de la nuit.

 

ELLE

3 J’ai ôté ma tunique :

devrais-je la remettre ?

J’ai lavé mes pieds :

devrais-je les salir ?

4 Mon bien-aimé a passé la main

par la fente de la porte ;

mes entrailles ont frémi :

c’était lui !

5 Je me suis levée

pour ouvrir à mon bien-aimé,

les mains ruisselantes de myrrhe.

Mes doigts répandaient cette myrrhe

sur la barre du verrou.

6 J’ai ouvert à mon bien-aimé :

mon bien-aimé s’était détourné,

il avait disparu.

Quand il parlait,

je rendais l’âme…

Je l’ai cherché :

je ne l’ai pas trouvé.

Je l’appelai :

il n’a pas répondu.

7 Ils m’ont trouvée, les gardes,

eux qui tournent dans la ville :

ils m’ont frappée,

ils m’ont blessée,

ils ont arraché mon voile,

les gardes des remparts !

8 Je vous en conjure, filles de Jérusalem,

si vous trouvez mon bien-aimé,

que lui direz-vous ?

Que je suis malade d’amour.

 

6 CHŒUR

1 Où est parti ton bien-aimé,

ô belle entre les femmes ?

Où s’en est allé ton bien-aimé

que nous le cherchions avec toi ?

ELLE

2 Mon bien-aimé est descendu dans son jardin,

dans les parterres d’aromates,

pour mener ses brebis paître aux jardins,

et pour cueillir des lis.

3 Je suis à mon bien-aimé,

mon bien-aimé est à moi,

lui qui mène paître ses brebis

parmi les lis.

LUI

4 Tu es belle, ô mon amie, comme Tirsa,

splendide comme Jérusalem,

terrible comme des bataillons !

5 Détourne de moi tes yeux,

car ils me troublent.

Ta chevelure : un troupeau de chèvres

qui dévalent du Galaad.

6 Tes dents : un troupeau de brebis

qui remontent du bain ;

chacune a sa jumelle,

nulle n’en est privée.

7 Comme une moitié de grenade, ta joue

au travers de ton voile.

8 Soixante sont les reines,

quatre-vingts, les compagnes,

sans nombre, les jeunes filles.

9 Unique est ma colombe,

ma parfaite,

unique pour sa mère,

merveille pour qui l’a mise au monde.

Les jeunes filles l’ont vue,

l’ont dite bienheureuse ;

reines et compagnes

ont chanté ses louanges :

10 « Qui donc est celle qui surgit, semblable à l’aurore,

belle autant que la lune, brillante comme le soleil, terrible comme des bataillons ? »


1. Commentaire : « Je dors, mais mon cœur veille… »

De Pâques à la Pentecôte, la liturgie du temps pascal a choisi de lire uniquement des livres du Nouveau Testament, en particulier le livre des Actes des Apôtres et le livre de l’Apocalypse. Mais la tradition juive réalise universellement pour la fête de la Pâques la lecture du Cantique des cantiques. C’est pourquoi, fidèle au choix de commenter une lecture dominicale du premier Testament, nous vous invitons en ce jour de Pâques à méditer le Cantique des cantiques. Vous pouvez le faire en ce Jour de la Résurrection, en cet « Aujourd’hui » qui est un seul et même Jour jusqu’au deuxième dimanche de Pâques. Ensuite le temps pascal s’étend jusqu’au 50ème jour, la Pentecôte.

Au Carmel le « chant des chants » a une importance considérable puisque Thérèse d’Avila, Jean  de la Croix, Thérèse de l’Enfant-Jésus, et à vrai dire tous les saints et saintes de l’Ordre, y ont puisé la grâce de nourrir leur vie chrétienne consacrée à Dieu dans la prière silencieuse, l’amour fraternel et le désir apostolique que tous les hommes accueillent dans le Ressuscité le salut du monde.

« Chants des chants » ; cela veut dire : plus qu’un chant. D’une certaine manière l’amour est dans le chant lui-même. Que serait l’amour de ces deux-là, s’ils ne le disaient ? Ils se le disent, ils le disent à tous. Au centre du poème, à partir du chapitre 5, il semble que les événements évoqués dans les premiers poèmes recommencent à nouveau avec l’invitation à l’assemblée : mangez et buvez !  La bien-aimée, dont le cœur veille, entend le bien-aimé, qui insiste pour entrer, trempé de rosée… Elle tarde à répondre. Elle s’élance, mais il a disparu… Au chapitre 6, elle répond au chœur des filles de Jérusalem que le bien-aimé est descendu dans son jardin à lui. Ils sont l’un à l’autre. Le bien-aimé loue la beauté de la bien-aimée…

(Cf. Paul Beauchamp, L’un et l’autre Testament, tome  2. Seuil, 1990, p. 159-195). 

 

Exercice spirituel

Dans les Exercices spirituels, saint Ignace de Loyola fait « demander la grâce afin d’éprouver intensément l’allégresse et la joie pour tant de gloire et jouir du Christ notre Seigneur. » (ES 221). Me réjouir de la joie de Jésus, me réjouir de la joie de l’Eglise où résonnent les Alléluia ! ce sera me décentrer de moi-même en accueillant la joie d’aimer, fruit de l’Esprit saint. Vous pouvez également lire le Cantique des cantiques en contemplant la rencontre de Jésus ressuscité, au matin de Pâques, avec Marie Madeleine (Jn 20, 11-17) : Marie Madeleine se tenait près du tombeau, au-dehors, tout en pleurs. Et en pleurant, elle se pencha vers le tombeau. Elle aperçoit deux anges vêtus de blanc, assis l’un à la tête et l’autre aux pieds, à l’endroit où avait reposé le corps de Jésus. Ils lui demandent : « Femme, pourquoi pleures-tu ? » Elle leur répond : « On a enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où on l’a déposé. » Ayant dit cela, elle se retourna ; elle aperçoit Jésus qui se tenait là, mais elle ne savait pas que c’était Jésus. Jésus lui dit : « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » Le prenant pour le jardinier, elle lui répond : « Si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as déposé, et moi, j’irai le prendre. » Jésus lui dit alors : « Marie ! » S’étant retournée, elle lui dit en hébreu : « Rabbouni ! », c’est-à-dire : Maître. Jésus reprend : « Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » 

2. Texte d’Edith Stein sur la Résurrection

Les splendeurs de la Résurrection

« Il n’y a rien dans le Christ qui, par sa nature et la libre décision de sa volonté, s’opposât à l’amour. Il a vécu chaque instant de son existence terrestre dans un abandon sans réserve à l’amour divin. Mais il a pris sur lui, dans son Incarnation, tout le fardeau des péchés des hommes ; son amour miséricordieux les a pris et enfouis dans son âme lors de l’Ecce venio [Voici, je viens] par lequel il commença sa vie terrestre. Il a renouvelé ce geste de façon expresse lors de son baptême, ainsi qu’en prononçant son fiat [que ta volonté soit faite] à Gethsémani. C’est de la sorte que se consomme dans son intérieur le feu de l’expiation. Alors les flammes expiatrices furent les souffrances qui l’accompagnèrent tout au long de sa vie. Elles se ravivèrent avec une intensité accrue au jardin des oliviers et sur la croix. A ce moment la félicité même que procurait à son âme son union indissoluble avec le Père prit fin, afin de l’abandonner tout entier à la douleur pour lui laisser éprouver l’ultime délaissement de Dieu. Le Consummatum est [Tout est achevé] annonce que le feu de l’expiation touche à son terme. Le In manus tuas commendo spiritum meum [En tes mains je remets mon esprit] signifie le retour définitif à l’union de l’Amour éternel.

C’est par la Passion et la Mort du Christ que nos péchés ont été consumés. Lorsque nous acceptons avec foi cette vérité et que, dans un abandon que la même foi nous inspire, nous acceptons également le Christ tout entier, c’est-à-dire que nous choisissons d’imiter le Christ, alors il nous conduit « par sa Passion et par sa Croix, à la gloire de la Résurrection. » C’est exactement ce que l’on éprouve dans la contemplation. On y traverse le feu de l’expiation pour atteindre à la bienheureuse union d’amour. Elle est à la fois mort et résurrection. Après la nuit obscure, c’est maintenant la vive flamme d’amour qui rayonne de tous ses feux…

L’âme sent comme si du centre le plus intérieur jaillissaient des fleuves d’eau vive. Il lui semble qu’elle est transformée en Dieu et possédée par lui avec tant de force, qu’elle reçoit de si grands dons et vertus  que rien ne la sépare de la félicité, sinon une toile très mince… Cette vive flamme d’amour n’est rien d’autre que l’Esprit Saint… Dans cette transformation de l’âme en flamme d’amour, le Père, le Fils et le Saint-Esprit se communiquent à elle. Elle arrive si près de Dieu qu’elle saisit comme un rayon de la vie éternelle.

(Science de la Croix, éd. Nauwelaerts, 1998, p. 208-212)     

3. Prier avec Edith Stein au long du temps pascal

 

Invocation de l’Esprit Saint 

Nous vous invitons de la Pâque du Seigneur à la Pentecôte de l’Esprit Saint à prier chaque jour − à votre convenance − cette magnifique poésie offerte à la Pentecôte 1942 à la prieure du carmel d’Echt qui avait accueilli en sa communauté Sœur Bénédicte de la Croix, ainsi que sa sœur Rosa comme sœur externe. La poésie a été composée pour la Pentecôte du 17 mai 1937, jour de la confirmation de Rosa à Breslau.

Christ est ressuscité, joyeux temps pascal !

 

 

3. Sept rayons d’une neuvaine de Pentecôte

    

     Qui es-tu, douce lumière, qui me remplit

     et illumine la ténèbre de mon cœur ?

     Comme la main d'une mère, tu me conduis

     et, si tu me lâchais,

     je ne saurais faire un pas de plus.

     Tu es l'espace enveloppant mon être

     et l'abritant en toi.

     Le rejetterais-tu,

     il coulerait à pic dans l'abîme du néant

     d'où tu le tiras pour l'élever vers la lumière.

     Toi, qui m'es plus proche que je ne le suis moi-même,

     qui m'es plus intérieur que mon propre cœur,

     et pourtant insaisissable, inconcevable,

     au delà de tout nom,

     Saint-Esprit, éternel Amour !

 

    N'es-tu pas la manne si douce à mon palais,

    qui du Cœur du Fils déborde dans le mien,

    nourriture des anges et des bienheureux ?

    Lui qui s'est levé de la mort vers la vie,

    il a su m'éveiller du sommeil de la mort

    à une vie nouvelle.

    Vie nouvelle  qu'il me donne chaque jour

    et dont la plénitude doit un jour m'inonder,

    Vie de ta propre vie, toi-même en vérité,

    Saint-Esprit, vie éternelle !

 

    Es-tu le rayon jaillissant comme l'éclair

    depuis le trône très haut du Juge éternel,

    pénétrant comme un voleur dans la nuit de l'âme

    qui s'ignorait elle-même ?

    Miséricordieux, impitoyable aussi,

    tu pénètres jusqu'en ses profondeurs cachées.

    L'âme est effrayée de ce qu'elle voit d'elle-même

    et se garde ainsi dans une crainte sacrée

    devant le commencement de toute Sagesse

    qui vient d'en-haut

    et nous y ancre d'un ancrage solide,

    devant ton action qui nous crée à nouveau,

    Saint-Esprit, rayon que rien n'arrête !

 

    Es-tu la plénitude d'Esprit et de puissance

    qui permet à l'Agneau de rompre les scellés

    du décret éternel de la divinité ?

    Sur ton ordre, les messagers du jugement

    chevauchent de par le monde entier et séparent,

    du tranchant de l'épée, le Royaume de lumière

    de celui de la nuit.

    Les cieux seront nouveaux et la terre nouvelle,

    et tout retrouvera alors sa juste place

    par ton souffle léger :

    Saint-Esprit, puissance victorieuse !

 

     Es-tu le Maître d'œuvre,

     le bâtisseur de la cathédrale éternelle

     qui depuis la terre s'élève jusqu'au ciel ?

     Tu donnes vie à ses colonnes, qui se dressent,

     hautes et droites, solides et immuables.

     Marquées du signe de l'éternel Nom divin,

     elles s'élancent vers la lumière et portent le dôme

     qui achève et couronne la sainte cathédrale,

     ton œuvre qui embrasse l'univers entier:

     Saint-Esprit, Main de Dieu créatrice!

 

     Es-tu Celui qui créa le miroir limpide

     tout proche du trône du Seigneur, le Très-Haut,

     semblable à une mer de cristal où se contemple

     la divinité en un échange d'amour?

     Tu te penches sur l'œuvre la plus belle

     de toute ta création

     Et ta propre splendeur éblouissante de lumière

     te renvoie son reflet,

     qui unit la pure beauté de tous les êtres

     en la figure pleine de grâce de la Vierge,

     ton Epouse immaculée:

     Saint-Esprit, Créateur de tout ce qui est!

 

     Es-tu le doux cantique de l'amour

     et du respect sacré qui retentit sans fin

     autour du trône de la Trinité sainte,

     symphonie où résonne

     la note pure donnée par chaque créature ?

     Le son harmonieux,

     l'accord unanime des membres et de la Tête,

     dans laquelle chacun, au comble de la joie,

     découvre le sens mystérieux de son être

     et le laisse jaillir en cri de jubilation,

     rendu libre

     en participant à ton propre jaillissement :

     Saint-Esprit, jubilation éternelle !

Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

1 commentaire

Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

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Carême – Chemin pascal avec Édith Stein