J39 - Entrée dans la semaine sainte - Levez les yeux vers le Crucifié

Méditation biblique : Isaïe 50, 4-11

4 Le Seigneur mon Dieu m’a donné le langage des disciples, pour que je puisse, d’une parole, soutenir celui qui est épuisé. Chaque matin, il éveille, il éveille mon oreille pour qu’en disciple, j’écoute. 5 Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. 6 J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats. 7 Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages, c’est pourquoi j’ai rendu ma face dure comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu. [8 Il est proche, Celui qui me justifie. Quelqu’un veut-il plaider contre moi ? Comparaissons ensemble ! Quelqu’un veut-il m’attaquer en justice ? Qu’il s’avance vers moi !

9 Voilà le Seigneur mon Dieu, il prend ma défense ; qui donc me condamnera ? Les voici tous qui s’usent comme un vêtement, la teigne les dévorera ! 10 Est-il quelqu’un parmi vous qui craint le Seigneur, qui écoute la voix de son serviteur ? S’il a marché dans les ténèbres sans la moindre clarté, qu’il se confie dans le nom du Seigneur, qu’il s’appuie sur son Dieu.

11 Mais vous tous qui allumez un feu, formant un cercle de flèches incendiaires, allez dans le brasier de votre propre feu, au milieu des flèches que vous enflammez. Voici ce que vous réserve ma main : vous resterez gisant dans la douleur.]

 

1. Commentaire : « Si tu portes ta Croix, c’est elle qui te portera, elle te sera béatitude. » (Malgré la nuit, Poésies complètes, Ad Solem 2002 69)

Les quelques versets de la lecture prophétique (Is 50,4-7) du dimanche de la Passion sont un passage autobiographique du serviteur de Dieu. Il a reçu le langage des disciples et il écoute en disciple, c’est-à-dire qu’il est fidèle à Dieu dans toute son action et ne fait que transmettre à ses auditeurs les ordres reçus de Dieu pour accomplir sa mission. « Homme docile, rempli de confiance (…), pourtant il est soumis à l’épreuve, mis en procès, persécuté, outragé. » (Anne-Marie Pelletier, Le livre d’Isaïe, Cerf, lire la bible, 151, p. 125) Dans sa « confession », le serviteur nous découvre ses dispositions intérieures : il tient bon puisque le Seigneur vient à son secours. La « face dure comme pierre » évoque la parole de Dieu à Ezéchiel (3,8-9) rendant dur le visage de son prophète face à ses ennemis : « Et voici que je rends ton visage aussi dur que leur visage, ton front aussi dur que leur front. Comme un diamant plus dur que le roc, ainsi je rends ton front. Ne les crains pas, devant eux ne t’effraie pas ! »

Au verset 9 le serviteur reconnaît que le Seigneur prend sa défense. « Qui donc me condamnera ? »  Saint Paul s’en souviendra dans ses épreuves apostoliques en évoquant Jésus crucifié (Rm 8,31-34) : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Il n’a pas épargné son propre Fils, mais il l’a livré pour nous tous : comment pourrait-il, avec lui, ne pas nous donner tout ? Qui accusera ceux que Dieu a choisis ? Dieu est celui qui rend juste : alors, qui pourra condamner ? » Les versets 10 et 11 forment un discours très bref où le prophète s’adresse à ceux qui craignent Dieu et marchent dans les ténèbres. Il les encourage à persévérer et garder l’espérance en s’appuyant sur Dieu. Les ennemis sont soumis au jugement de Dieu. Le feu qu’ils ont allumé contre ses serviteurs se retournera contre eux.  

Exercice spirituel 

  « Dans le monde, vous avez à souffrir, mais courage ! Moi, je suis vainqueur du monde. » (Jn 16,33)

Nous demandons à Dieu de retenir les enseignements de la Passion de Jésus subissant la mort de la croix. Nous espérons ainsi avoir part à sa résurrection. Durant la semaine sainte qui commence, je demande la grâce d’oser regarder avec réalisme toutes les dimensions de l’épreuve que fut pour le Christ le chemin de sa Passion. Le Christ souffre pour mes péchés. J’accepte de souffrir en quelque chose, moi aussi, pour mes péchés. Je souffre alors avec le Christ, je souffre par amour du Christ sur son chemin de la douleur qui conduit à la victoire de sa Résurrection. Je me dispose à me laisser davantage configurer à lui en imitant son abaissement.

 

2. Méditations d’Edith Stein

  • Ave Crux, spes unica !

[Salut ô Croix, notre unique espérance]

Contexte : Cette méditation a été composée pour le 14 septembre 1939, dans les premières semaines de la deuxième guerre mondiale. Sr Thérèse Bénédicte de la Croix (Edith Stein) a trouvé refuge au carmel d’Echt en Hollande. Le cri liturgique est tiré de l’hymne pour la fête de la Croix glorieuse.  

 « ‘Salut, ô croix, notre unique espérance’ : tel est le cri que l'Eglise met dans notre bouche en ce temps consacré à la contemplation de l'amère souffrance de Notre Seigneur Jésus-Christ… Le signe de notre Rédemption est dressé bien haut devant nous et nos regards doivent y rester attachés jusqu'à ce que l'alléluia pascal nous invite à nouveau à perdre de vue la terre un instant et à nous réjouir des noces de l'Agneau…

Les bras du Crucifié sont grands ouverts pour t’attirer contre son Cœur. Il réclame ta vie pour te donner la sienne.

Ave Crux, spes unica !

Le monde est en flammes. L'incendie peut aussi embraser notre maison. Mais la croix se dresse plus haut encore que toutes les flammes. Elles ne peuvent la détruire. Elle est le chemin de la terre au ciel. Celui qui l'embrasse avec foi, avec amour, avec espérance, est emporté par elle dans le sein du Dieu un et trine.

Le monde est en flammes. As-tu l’ardent désir d'éteindre l'incendie ? Lève les yeux vers la croix. Le sang du Sauveur jaillit de son Cœur ouvert. Il éteint les flammes de l'enfer. Rends ton cœur libre par l'accomplissement fidèle de tes vœux et l'amour divin s'épanchera alors dans ton cœur jusqu'à ce qu'il déborde et irrigue jusqu'aux extrémités de la terre. Entends-tu le gémissement des blessés sur les champs de bataille à l'est comme à l'ouest ? Tu n'es ni médecin ni infirmière et tu ne peux soigner leurs blessures. Tu es enfermée dans ta cellule et tu ne peux parvenir jusqu'à eux. Entends-tu l'appel de détresse des mourants ? Tu voudrais bien être prêtre pour les assister. Es-tu touchée par la plainte des veuves et des orphelins ? Tu voudrais être un ange consolateur pour les aider. Lève les yeux vers le Crucifié. Si tu lui es unie comme une épouse par l'observance fidèle de tes vœux, alors son précieux Sang est à toi. En lui étant unie, tu es omniprésente comme il l'est lui-même. Ce n'est pas à tel ou tel endroit que tu peux aider comme le médecin, l'infirmière ou le prêtre. C'est sur tous les fronts, dans tous les lieux de souffrance que tu peux être présente par la puissance de la croix ; ton amour miséricordieux, l'amour jailli du Cœur de Dieu, te porte partout ; partout l'amour répand son sang précieux, portant l'apaisement, la guérison, le salut.

Les yeux du Crucifié sont maintenant posés sur toi avec gravité ; ils t'interrogent, ils te scrutent : veux-tu conclure à nouveau, et solennellement, ton alliance avec le Crucifié ? Que lui répondras-tu ? ‘Seigneur, vers qui pourrions-nous aller? Tu as les paroles de la vie éternelle.’ (Jn 6, 68)

Ave Crux, spes unica! »

 (Source cachée, Ad Solem - Cerf 1999, p.239-240)

 

  • Pour vivre le Jeudi Saint

 

« Nous savons d'après les récits évangéliques que le Christ a prié comme priait un juif croyant et fidèle à la loi. Comme il le faisait avec ses parents au temps de son enfance, il est plus tard monté à Jérusalem avec ses disciples aux temps prescrits pour participer à la célébration des grandes fêtes au Temple. Avec une sainte ferveur, il a certainement chanté avec les siens les cantiques d'allégresse où débordait la joie anticipée des pèlerins: « Quelle joie quand on m'a dit : Nous irons à la maison du Seigneur ! » (Ps 121, 1) Il a prononcé les antiques prières de bénédiction, comme elles le sont encore de nos jours sur le pain, le vin et les fruits de la terre ; nous en avons le témoignage par le récit du soir où, pour la dernière fois, il réunit ses disciples en vue d'accomplir l'un des devoirs religieux les plus sacrés : le solennel repas de la Pâque, où l'on fait mémoire de la délivrance de l'esclavage d'Egypte. Et c'est précisément cette dernière réunion qui nous fait peut-être pénétrer le plus profondément dans la prière du Christ et nous donne la clé pour comprendre la prière de l'Eglise. « Pendant le repas, Jésus prit le pain, prononça la bénédiction, le rompit et le donna à ses disciples, en disant : "Prenez, mangez: ceci est mon corps." Puis, prenant une coupe et rendant grâce, il la leur donna, en disant: "Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l'Alliance, répandu pour la multitude en rémission des péchés". »

La bénédiction, le partage du pain et du vin appartenaient au rite du repas pascal. Mais tous deux reçoivent ici un sens entièrement nouveau. Avec eux commence la vie de l'Eglise. Certes, ce n'est qu'à la Pentecôte qu'elle apparaîtra publiquement en tant que communauté visible et comblée de l'Esprit. Mais ici, en ce repas pascal, s'accomplit la greffe des sarments sur la vigne, greffe qui rend possible l'effusion de l'Esprit. Les antiques formules de bénédiction sont devenues dans la bouche du Christ parole créatrice de vie. Les fruits de la terre sont devenus sa chair et son sang, remplis de sa vie. La création visible, au sein de laquelle il a déjà pénétré par l'incarnation, lui est maintenant unie d'une manière nouvelle, mystérieuse. Les substances qui servent à la croissance du corps humain sont radicalement transformées et, en les consommant dans la foi, les hommes aussi sont transformés : rendus participants de la vie du Christ et remplis de sa vie divine. La puissance du Verbe, créatrice de vie, est liée au sacrifice. Le Verbe s'est fait chair pour livrer la vie qu'il a assumée ; pour offrir au Créateur en sacrifice de louange sa propre personne et la création rachetée par l'offrande qu'il fait de lui-même. Par le dernier repas du Seigneur, le repas pascal, l'ancienne Alliance est amenée à s'accomplir en celui de la nouvelle Alliance : dans le sacrifice de la croix sur le Golgotha, en chacun des repas célébrés dans la joie entre Pâques et l'Ascension au cours desquels les disciples ont reconnu le Seigneur à la fraction du pain, et dans le sacrifice de chaque messe avec la sainte Communion.

Lorsque le Seigneur prit la coupe, il rendit grâce ; nous pouvons songer là aux paroles de bénédiction qui expriment certes une action de grâce envers le Créateur, mais nous savons aussi que le Christ avait coutume de rendre grâce chaque fois qu'avant d'accomplir un miracle il levait les yeux vers le Père des Cieux. Il rend grâce parce qu'il se sait d'avance exaucé. Il rend grâce pour la puissance divine qu'il porte en lui et par laquelle il va manifester aux yeux des hommes la toute-puissance du Créateur. Il rend grâce pour l'œuvre de Rédemption qu'il lui est donné d'opérer, et il rend grâce par cette œuvre qui est elle-même glorification du Dieu-Trinité de qui elle renouvelle en sa pure beauté l'image défigurée. Ainsi, le sacrifice éternellement actuel du Christ, sur la croix, au cours de la sainte messe et dans la gloire éternelle du Ciel, peut se comprendre comme une seule immense action de grâce, comme eucharistie: comme action de grâce pour la création, la rédemption et l'achèvement final. Il s'offre lui-même au nom de tout l'univers créé dont il est le modèle originel et dans lequel il est descendu pour le renouveler de l'intérieur et le conduire à son achèvement. Mais il appelle aussi tout ce monde créé à présenter avec lui au Créateur l'hommage d'action de grâce qui lui revient.

Dans l'ancienne Alliance, on avait déjà une certaine compréhension du caractère eucharistique de la prière : cet ouvrage prodigieux de la tente de l'Alliance comme, plus tard, celui du Temple de Salomon bâti selon les directives divines, fut considéré comme l'image de toute la création se rassemblant autour de son Seigneur pour l'adorer et le servir. La tente autour de laquelle le peuple d'Israël campait durant sa pérégrination au désert reçut le nom de « demeure de la Présence divine » (Ex 38, 21). Elle fut considérée comme « demeure d'ici-bas » par rapport à la « demeure d'en-haut ». « J'aime le lieu de ta maison, et le lieu du séjour de ta gloire », chante le psalmiste (Ps 25, 8), puisque la tente de l'Alliance « représente tout l'univers créé ». De même que le ciel a été déployé comme une tenture selon le récit de la création, des tentures devaient constituer les parois de la tente. De même que les eaux d'en-bas ont été séparées des eaux d'en-haut, le rideau du Temple séparait le Saint des Saints des espaces extérieurs. La mer ‘d'airain’ fut construite selon le modèle de la mer endiguée par ses rivages. Dans la tente, le chandelier à sept branches figure les luminaires du ciel. Des agneaux et des oiseaux représentent le foisonnement des êtres vivants qui peuplent l'eau, la terre et l'air.  Et de même qu'à l'homme fut confiée la terre, c'est au grand-prêtre « ayant reçu l'onction pour œuvrer et servir en présence de Dieu » qu'il revient de se tenir dans le sanctuaire. Moïse bénit, oignit et sanctifia la demeure une fois achevée comme le Seigneur avait béni et sanctifié au septième jour l'œuvre de ses mains. La demeure de Dieu devait porter son témoignage ici-bas de la même manière que le ciel et la terre témoignent de lui (Dt 30, 19). »

(La prière de l’Eglise in Source cachée, Cerf - Ad Solem 1999, p. 54-58)

 

N'es-tu pas la manne si douce à mon palais,

qui du Cœur du Fils déborde dans le mien,

nourriture des anges et des bienheureux ?

Lui qui s'est levé de la mort vers la vie,

il a su m'éveiller du sommeil de la mort

à une vie nouvelle.

Vie nouvelle qu'il me donne chaque jour

et dont la plénitude doit un jour m'inonder,

Vie de ta propre vie, toi-même en vérité,

Saint-Esprit, vie éternelle!

(Poésie « Et je demeure en vous » in Source cachée, Cerf - Ad Solem 1999, p. 339)

Réflexion

Comment vais-je vivre la Semaine sainte ? Dans quelles dispositions intérieures ? Suis-je décidé à participer (autant que possible) aux offices des Trois Jours Saints : la sainte Cène (jeudi), la célébration de la Passion (vendredi), et la Vigile pascale (samedi soir) ?

Philippe de Jésus, ocd (couvent d’Avon)

Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

2 commentaires

Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

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Carême – Chemin pascal avec Édith Stein