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Bienheureuse Agnès Galand - Chapitre 4

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Les ennemis de Mère Agnès qui n’ont eu de cesse de l’effrayer, de la faire souffrir, de la rouer de coups n’ont pas désarmé. Certes, depuis qu’elle a prononcé ses vœux, les démons ne peuvent plus la persécuter mais, devant sa réputation de sainteté et le bien qu’elle répand autour d’elle, ils vont chercher à la discréditer.

Ainsi quelques Sœurs du Puy, mues par une secrète jalousie, n’avaient pas admis la nomination de Mère Agnès comme Prieure de Langeac. «  Cette fille de coutelier, disaient-elles, admise comme simple Converse, a trouvé moyen de passer Sœur de Chœur, et peut-être, pour contenter sa vanité, de se faire nommer Prieure». Ces ragots se répandent d’abord dans la ville du Puy et parviennent ensuite à Langeac, qui n’en est guère éloigné. La calomnie pénètre le monastère de la Mère Agnès. Certaines Religieuses se soulèvent alors contre elle, témoignant du regret de l’avoir mise à leur tête. L’une d’elles ose déclarer que la Prieure ne vit pas seulement du pain eucharistique, mais déguste dans sa chambre des mets succulents. On censure la conduite de la Supérieure, on dénature ses intentions et tous ses actes sont taxés d’hypocrisie. Au point que les Sœurs écrivent à l’évêque de Saint-Flour pour solliciter la déposition de leur Prieure. Le prélat oppose un refus catégorique à cette demande. Mais comme les Religieuses insistent, il charge son grand vicaire, pour préserver la paix du monastère, de déclarer le priorat vacant et de procéder à une élection nouvelle. Sœur Anne-Marie Martinon est élue.

Face à cette tempête, la Mère Agnès ne se départ jamais de son calme. Unie à Dieu, elle se contente de dire, pour toute justification, que les accusations dont elle est l’objet ne sont point conformes à la vérité. Dépossédée de sa fonction de Prieure, elle se répand en actions de grâces, bénissant le Seigneur de l’avoir déchargée de ce fardeau, et priant de tout son cœur pour celles qui l’ont calomniée.

 

Son plus cher désir est de quitter cette terre  et d’aller à Jésus. Un jour que, en larmes, elle supplie le Seigneur d’exaucer ce vœu, Il lui dit : « Tu m’es encore nécessaire pour la sanctification d’une âme qui doit servir à ma gloire ». Une autre fois, en l’année 1631, comme elle prie pour la conversion des pécheurs, et spécialement pour les habitants de l’Auvergne, la Sainte Vierge lui apparaît et lui dit : « Prie mon Fils pour l’abbé de Pébrac ».

Qui est donc l’Abbé de Pébrac ? Il s’appelle Jean-Jacques Olier. Entré de bonne heure dans l’état ecclésiastique, il est nommé, à dix-huit ans, abbé de Pébrac, une abbaye proche de Langeac où il ne réside pas mais dont il perçoit les bénéfices…  Avec d’autres clercs, il commence par mener une vie mondaine puis il se convertit en se rendant en pèlerinage à la Santa Casa de Lorette. Mais son apostolat manque de ferveur. Le Seigneur, qui le destine à une haute mission, choisit Agnès de Jésus comme instrument de Sa Volonté. Cette dernière ne connaît pas du tout M. Olier. Mais pendant trois ans, elle prie et s’inflige des pénitences pour lui obtenir la sainteté nécessaire afin qu’il réponde à l’appel du Seigneur.

 

Cependant les Religieuses de Langeac commencent à regretter la cabale montée contre leur Prieure. Sensibles à l’humilité, à la simplicité, à la piété, à l’immense bonté de Sœur Agnès, elles lui demandent pardon. Trois ans après sa destitution, Agnès est donc rétablie dans sa charge et cette décision la peine infiniment. Elle supplie même l’évêque de Saint-Flour de n’en rien faire mais elle doit s’incliner. Pendant deux ans encore, elle gouvernera sa communauté pour le plus grand bien de toutes.

Pendant cette période, son influence surnaturelle lui permet d’éclairer des âmes et de dénoncer des mensonges.

Un avocat du Puy qu’elle avait connu autrefois, étant venu à Langeac, se présente pour la voir. Avant d’aller au parloir, la servante de Dieu prie le Seigneur de lui inspirer ce qu’elle aura à dire. A peine est-elle en présence du visiteur que la conscience de cet homme lui devient transparente. La Mère Agnès voit ses péchés et lui recommande de les confesser au plus vite.

Une autre fois, le servant de messe du monastère est en train de se noyer dans l’Allier. Agnès en est informée par son Ange gardien, qui lui ordonne de prier pour ce jeune homme. Elle obéit. On retire de l’eau le jeune homme inconscient et il reprend connaissance en présence du Père Panassière.

Une jeune fille prétend à la sainteté et montre des stigmates que le démon lui a imprimés. Elle fait part de cette faveur, on la visite, on la vénère, on baise ses plaies. Même le confesseur d’Agnès est ébranlé. Mais l’humble Agnès déclare la visionnaire trompée par le démon. On ne la croit pas et l’aveuglement de tous persiste. Il faut une ruse d’un Père dominicain pour la démasquer.

Mère Agnès prodigue des conseils éclairés. A un jeune homme qui s’interroge sur sa vocation et l’Ordre où il doit entrer, elle déclare : « Dans le saint Ordre des Chartreux, c’est là que Dieu vous appelle ». Le jeune homme obéit, et trouve tant de paix dans ce monastère qu’il lui écrit pour la remercier.

Elle préserve de la mort un certain M. Martinon en l’avertissant de se retirer au plus tôt d’une galerie qui s’effondre dès qu’il en sort. Ce dernier avoue que la Mère Agnès possède une parfaite connaissance de sa conscience et lui dénonce tous ses défauts et imperfections.

Au couvent, on sait que la Prieure a le don de pénétrer les cœurs. Les religieuses disent que, connaissant déjà leurs pensées, elle les gouverne avec plus de sûreté et de profit pour leurs âmes.

Elle prend soin de ceux qu’elle a sauvés de quelque péril comme un jeune enfant dont elle avait guéri les ulcères ou ce jeune homme sauvé de la noyade. Elle inspire au premier une solide piété. Sur son avis, le second prend plus tard l’habit de Capucin.

Quant au don des miracles, il lui est donné dès l’enfance. A douze ans, trouvant dans la campagne un paysan grièvement blessé, elle prie la Sainte Vierge de le guérir, et touche de ses mains les plaies du malheureux. Elles se ferment à l’instant.

L’an 1625, la rivière qui coulait près du monastère, ayant grossi d’une manière subite, fait redouter l’écroulement du mur du jardin. Agnès, voit le danger, se met en prières et la rivière poursuit tranquillement son cours, tandis qu’aux alentours le courant emporte des habitations.

Par la simple application de son rosaire ou par une prière, Mère Agnès délivre plusieurs possédés, guérit des malades, obtient une pluie bienfaisante lors d’une grande sécheresse, assainit légumes et fruits gâtés par les mauvaises saisons.

Conformée au Christ, elle lui ressemble jusqu’à l’identification. Elle marche sur les eaux, multiplie le pain, transforme en vin un mauvais breuvage, guérit les malades, chasse les démons. Elle souffre la Passion de Jésus et en porte les stigmates, aidée par la présence constante de la Vierge qu’elle appelle « maman », et qui l’entraîne parfois visiter des régions du Ciel. Elle reçoit également de fréquentes visites des saints, Sainte Catherine de Sienne, Saint François, Saint Dominique, Sainte Cécile, Sainte Agnès, Sainte Thérèse d’Avila. Son Ange ne la quitte pas. Une nuit, il l’emmène visiter le Purgatoire où elle voit des formes humaines crier miséricorde et des anges les consoler. Une autre fois, Agnès est conduite en esprit dans le ciel où Marie lui offre une rose rouge qui porte le nom de Jésus sur chaque pétale. La vision dure douze heures et, pendant ce temps, les religieuses croient que leur Prieure est morte. Quand elle se réveille, elle réclame sa rose…

 

Mais revenons à Jean-Jacques Olier. Il reçoit les ordres et rejoint Saint Vincent de Paul. Celui-ci avait notamment fondé la Congrégation de la Mission qui avait pour objet d’évangéliser les campagnes. Bientôt appelés Lazaristes (depuis qu’ils s’étaient établis à Paris dans l’enclos Saint-Lazare) ces prêtres participaient aussi à l’enseignement dans les séminaires diocésains. Dans la maison Saint-Lazare, le jeune Olier se prépare à aller prêcher en Auvergne. Un jour qu’il prie dans sa chambre, il aperçoit une Religieuse, un crucifix à la main. Elle est en pleurs et semble venir du ciel. L’Ange qui l’accompagne recueille ses larmes sur un mouchoir. « Je pleure pour toi, dit-elle. »

Jean-Jacques Olier va rapporter ces faits par écrit. La Religieuse vient le visiter à nouveau et il se la rappellera parfaitement. Comme preuves de son passage, elle lui a laissé son crucifix et son mouchoir trempé de larmes.

Le jeune homme commence bientôt son apostolat en Auvergne et les faits merveilleux qui se déroulent à Langeac parviennent jusqu’à lui. Il décide de s’y rendre et, à peine arrivé à l’hôtellerie, il a la surprise de voir une Sœur tourière venir le saluer de la part de la Mère Prieure. Il se présente alors au monastère et la Mère Agnès le reçoit au parloir, voile baissé. Humblement, Jean-Jacques Olier la prie de lever son voile et s’écrie : « Je vous ai vue ailleurs ». Ce que confirme Mère Agnès : « Cela est vrai, vous m’avez vue deux fois à Paris, où je vous ai apparu dans votre retraite à Saint-Lazare, parce que j’avais reçu de la Très Sainte Vierge l’ordre de prier pour votre conversion, Dieu vous ayant destiné à jeter les premiers fondements des séminaires du royaume de France ».

Jean-Jacques Olier passe six mois en Auvergne au cours desquels il visite souvent Mère Agnès. Elle lui apprend à corriger ses défauts, à aimer la croix et à mourir à lui-même. Elle lui prédit les importants moments de sa vie et lui annonce que Dieu formera par lui un grand nombre d’ecclésiastiques, que la Sainte Vierge le chérit beaucoup, et qu’il aura de grandes croix. Heureuse des progrès qu’il accomplit, elle lui dit un jour : « Autrefois, je vous ai regardé comme l’enfant de mes larmes, en priant pour votre conversion ; maintenant, je vous regarde comme mon Père ». Une profonde amitié les unit mais, hélas, au bout de six mois, Jean-Jacques Olier est rappelé à Paris. Mère Agnès, très affectée de ce départ, le presse cependant d’obéir à la volonté divine. En prenant congé d’elle, le 12 octobre 1634, Jean-Jacques Olier l’entend s’écrier : « Adieu, parloirs, je ne vous reverrai plus ».

Ce même jour, Mère Agnès tombe gravement malade. Les médecins la soignent sans succès. Le mal dépasse leur science et ils l’attribuent aux excès de son amour pour le Christ. Elle endure d’atroces souffrances dont elle dit qu’elles lui donnent une idée des peines de l’enfer. Pressée de s’unir à Dieu, elle se plaint de son exil sur  terre : « Une heure m’en dure mille ! » dit-elle.

A la marquise de Langeac, venue la voir, elle annonce qu’elle mourra le lendemain. Elle promet à ses filles qu’elle ne les oubliera jamais et leur dit : « Adieu, mes filles, à Dieu ! » avant d’entrer en agonie. Elle meurt le 19 octobre 1634. Dès son décès, son visage devient d’une beauté surprenante, ses mains et ses pieds prennent l’aspect du cristal. Le lendemain, jour des funérailles, on doit surseoir à l’inhumation car on constate que son côté gauche est d’une chaleur intense. Son corps qui répand une suave odeur est exposé pendant cinq jours avant d’être inhumé.

Le jour même de la mort d’Agnès, Jean-Jacques Olier fait une chute de cheval. Il voit alors fondre vers lui un Ange merveilleux qui le prend sous sa protection. Quelques jours plus tard, il reçoit une lettre annonçant la mort de la Mère Agnès. Comme il prie devant le Saint Sacrement, en implorant sa bienfaitrice, il entend au fond de son âme : « Ne t’afflige pas, je t’ai laissé mon Ange ». Il s’aperçoit que l’Ange lui est apparu à l’heure exacte du décès de Mère Agnès. Celle-ci lui apparaîtra plusieurs fois après sa mort.

 

A la demande de la Mère Agnès, le Père de Condren, Supérieur de l’Oratoire, se chargea de la conduite spirituelle de Jean-Jacques Olier. Il le détourna de l’épiscopat, qu’on voulait lui faire accepter, et le prépara à sa grande mission de directeur de Séminaire. Quelques années plus tard, en effet, M. Olier, réalisant la prédiction d’Agnès de Jésus, jeta les premiers fondements des Séminaires du royaume de France, en instituant, à Vaugirard, un Séminaire et une Compagnie de prêtres. Transférés plus tard à Paris, sur la paroisse Saint-Sulpice, ils reçurent les noms de Séminaire et de Prêtres de Saint-Sulpice.

Lui-même, en souvenir d’Agnès, sa Mère spirituelle, revêtit, en 1651, l’habit de Tertiaire de l’ordre de Saint Dominique avec plusieurs de ses collaborateurs.

 

Mère Agnès de Jésus, dite de Langeac, fut béatifiée le 20 novembre 1994 par le pape Jean-Paul II. Elle est fêtée le 19 octobre, date anniversaire de son décès. Vénérée en son siècle et, par la suite, longtemps restée dans l'oubli, elle est souvent priée par les futures mamans car elle veille, notamment, sur le bon déroulement des accouchements comme elle le fit sur terre dans sa jeunesse. Aujourd’hui, la Bienheureuse Agnès de Langeac fait l'objet d'un net regain d'intérêt, comme en témoignent de récentes publications à son sujet, ainsi que l'ouverture, fin 2010, d'un « Historial Mère Agnès » à Langeac.

 

 

Mère Agnès n’avait qu’un désir, sortir de l’exil de cette terre. Elle disait au Seigneur : « Tirez-moi à Vous et donnez-moi place parmi ceux qui Vous bénissent et Vous adorent sans cesse ; car si Vous ne le faites, je crois que je mourrai de langueur à chaque moment ». Mais chez elle, l’obéissance était toujours la plus forte : « Vivre tant que Dieu voudra et mourir quand il Lui plaira ». Cette soumission à son divin Epoux la gardait sereine, tranquille, au milieu des épreuves et des souffrances de sa vie. Qu’elle nous apprenne à rester calmes et humbles en toutes circonstances « dans la clôture de nos cœurs » attentifs à la volonté divine, dans la douceur de Son Amour.

 

Je vous salue, Marie…

Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

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Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

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